Descola


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Philippe Descola

Philippe Descola, né en 1949 à Paris, est un anthropologue français. Philippe Descola se consacre à l'étude des modes de socialisation de la nature, dont il tire une analyse anthropologique comparative. Ses recherches de terrain l'ont amené en Amazonie, auprès des Jivaros Achuar. Il est marié à Anne-Christine Taylor, directrice de recherche au CNRS, qui est détachée depuis février 2005 au musée du quai Branly, où elle dirige le département de la recherche et de l’enseignement.

Sommaire

Biographie

Philippe Descola est un ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il a suivi des études de philosophie et d’ethnologie, notamment à l’École pratique des hautes études (6e section), où il a soutenu une thèse dirigée par Claude Lévi-Strauss, qui annonce les prémisses d'un nouveau champ de recherche : l'anthropologie comparative des modes de socialisation de la nature.

Quelques années plus tard, il est nommé à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, comme maître de conférences puis comme directeur d'études. En juin 2000, il obtient la chaire d'Anthropologie de la nature au Collège de France succédant à Françoise Héritier. En juin 1996, Philippe Descola reçoit la médaille d'argent du CNRS pour ses travaux sur les usages et les connaissances de la nature dans les sociétés tribales.

Auteur de plusieurs ouvrages, il est aujourd'hui directeur du laboratoire d'anthropologie sociale (L.A.S.) et professeur au Collège de France. Il fait partie notamment du comité de rédaction de la revue Tracés et il collabore au Journal de la société des américanistes.

Axes de recherche

Philippe Descola, Par dela nature et culture maitrier.jpg

Dans ses recherches, il entend dépasser le dualisme qui oppose nature et culture en montrant que la nature est elle-même une production sociale, et que les quatre modes d’identification qu’il a distingués (totémisme, animisme, analogisme et naturalisme, qu'il a redéfinis) ont un référentiel commun anthropocentrique fort. Ainsi, l’opposition nature/culture ne fait plus sens, et il propose en vertu de ces propositions de constituer ce qu’il appelle une « écologie des relations ».

Il s'agit d'une anthropologie non dualiste (qui ne sépare pas en deux domaines ontologiques distincts les humains et les non-humains) qui s’intéresse aux relations entre humains et non-humains.

Descola distingue quatre « modes d’identification » qui sont le totémisme, l’animisme, l' analogisme et le naturalisme.

Le naturalisme, dit-il, c’est « simplement la croyance que la nature existe, autrement dit que certaines entités doivent leur existence et leur développement à un principe étranger aux effets de la volonté humaine. Typique des cosmologies occidentales depuis Platon et Aristote, le naturalisme produit un domaine ontologique spécifique, un lieu d’ordre ou de nécessité où rien n’advient sans une cause, que cette cause soit référée à l’instance transcendante ou qu’elle soit immanente à la texture du monde. Dans la mesure où le naturalisme est le principe directeur de notre propre cosmologie et qu’il imbibe notre sens commun et notre principe scientifique, il est devenu pour nous un présupposé en quelque sorte « naturel » qui structure notre épistémologie et en particulier notre perception des autres modes d’identification ». C’est-à-dire que notre naturalisme détermine notre point de vue, notre regard sur les autres et sur le monde.

Les modes d’identification sont des manières de définir des frontières entre soi et autrui. Si notre société est naturaliste, d’autres sont animistes ou totémistes.

Ainsi, l’animisme caractérise les sociétés pour lesquelles les attributs sociaux des non-humains permettent de catégoriser des relations ; les non-humains sont les termes d’une relation.

Le totémisme caractérise les sociétés pour lesquelles les discontinuités entre non-humains permettent de penser celles entrent les humains ; pour ces sociétés les non-humains sont comme des signes.

L'analogisme, quant à lui se caractérise par une discontinuité des intériorités et des physicalités des humains et des non humains. Les sociétés où l'analogisme est présent, se caractériseront par des systèmes fortement dualistes.

Seule la société naturaliste (occidentale) produit cette frontière entre soi et autrui à travers l’idée de « nature ». La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, ce qui ne relève pas des traits distinctifs de l’espèce humaine, et des savoirs et savoir-faire humains. Cette distinction occidentale, récente, résultat d’une histoire particulière est inexistante dans certaines sociétés.

En outre, on peut citer comme thèmes de recherches :

  • Ethnologie des sociétés amérindiennes,
  • Anthropologie comparative des modes de socialisation de la nature,
  • Épistémologie et philosophie des sciences sociales,
  • Anthropologie cognitive,
  • Écologie symbolique.

De plus, il coordonne actuellement au sein de l'EHESS le groupe de recherche sur les raisons de la pratique : invariants, universaux, diversité.

Publications

  • (éd), La Nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar, publié par la Fondation Singer-Polignac, Paris, Maison des sciences de l'homme, 1986. (ISBN 2-7351-0165-7)
  • avec Gérard Lenclud, Carlo Severi, Anne-Christine Taylor, Les idées de l'anthropologie, préface de Françoise Zonabend, Paris, Armand Colin, « Anthropologie au présent », 1988. (ISBN 2-200-33024-3)
  • Les lances du crépuscule : relations Jivaros. Haute-Amazonie, avec 10 illustrations de Philippe Munch d'après des documents de l'auteur et 8 dessins de l'auteur, Paris, Plon, « Terre humaine », 1993. (ISBN 2-259-00154-8) ; rééd. Paris, France loisirs, 1994. (ISBN 2-7242-8016-4) ; rééd. Plon, « Terre humaine-poche », 2000. (ISBN 2-266-10223-0) ; rééd. Presses Pocket, 2006. (ISBN 2-266-16145-8)
  • (en) avec Gísli Pálsson (éd.), Nature and society : anthropological perspectives, London ; New York, Routledge, « European association of social anthropologists », 1996. (ISBN 0-415-13215-0)
  • avec Jacques Hamel et Pierre Lemonnier (dir.), La production du social : autour de Maurice Godelier, Colloque de Cerisy, Paris, Fayard, 1999. (ISBN 2-213-60380-4)
  • Leçon inaugurale au Collège de France, pour la Chaire d'anthropologie de la nature, Paris, Collège de France, jeudi 29 mars 2001. (ISBN 2-7226-0061-7)
  • Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2005. (ISBN 2-07-077263-2)
Autres contributions
  • Michel Izard et Pierre Bonte (dir.), Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, rédaction par Marion Abélès, Philippe Descola, Jean-Pierre Digard, et al., Paris, Presses universitaires de France, 1991 ; dernière rééd. 2007.
  • avec Anne-Christine Taylor (dir.) La Remontée de l'Amazone. Anthropologie et histoire des sociétés amazoniennes, numéro spécial de la revue L'Homme, 126-128, avril-décembre 1993.

Voir aussi

Liens externes

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