Dependance au petrole


Dependance au petrole

Dépendance au pétrole

La dépendance au pétrole est une partie importante de la problématique énergétique actuelle. Cet article vise à préciser le constat de cette dépendance, puis à envisager les mesures disponibles pour la réduire. Elle concerne surtout les pays développés, particulièrement dans les doimaines du transport individuel et aérien.


Sommaire

La civilisation du pétrole

La civilisation de l'automobile : notre politique énergétique est-elle adaptée à la situation ?

Devenu indispensable à la vie quotidienne, le pétrole a des effets sociaux importants. On a vu des émeutes parfois violentes dans certains pays suite à des hausses de prix. En 2006, certains syndicats français demandent l’instauration d’un « chèque transport » pour aider les salariés qui se déplacent beaucoup à faire face au prix des carburants.

Dans les pays développés, une hausse du prix du pétrole se traduit par un accroissement du budget consacré à la voiture, mais dans les pays les plus pauvres, elle signifie moins d’éclairage et moins d’aliments chauds, car le kérosène est souvent la seule source d’énergie domestique disponible.

Outre que le pétrole est utilisé dans toutes les industries mécanisées comme énergie de base, ses dérivés chimiques servent à la fabrication de toutes sortes de produits, qu’ils soient hygiéniques (shampooing), alimentaires, de protection, de contenant (matière plastique), tissus, etc. Ce faisant, le pétrole est devenu indispensable et par conséquent très sensible stratégiquement.


Bien produit Quantité de pétrole utilisé ou équivalent Détail Source
Nourriture consommée par une personne en une année 1 514 litres engrais, machines agricoles, irrigation, pesticides, transport,... (Chiffre de source américaine.) [1]
Voiture 6 678 litres Chiffre de source américaine. La construction de voitures en France consomme surtout de l'électricité nucléaire, du charbon et du gaz [2]
Micro-ordinateur 10 fois son poids Chiffre de source américaine. [3]
Micro-processeur 1,5 kg Chiffre de source américaine. [4]


Alternatives

Les effets du pétrole sur l’environnement et la diminution prévue des stocks obligent à envisager, à plus ou moins long terme, le remplacement de cette énergie par une autre qui soit plus propre à obtenir.

Les différentes pistes sont :

Néanmoins, ces sources d’énergie conviennent surtout pour la production d’électricité. Elles peuvent donc réduire directement la consommation de charbon et de gaz naturel. Par contre, elles ne peuvent pas directement se substituer au pétrole, qui sert principalement à la production de carburants liquides.

L’industrie chimique est à même, depuis la Seconde Guerre mondiale, de reproduire l’ensemble des produits chimiques issus du pétrole par le procédé Fischer-Tropsch, mais pour cela il faut disposer d’un combustible bon marché. L’Afrique du Sud produit plus de 160 kbbls/j de pétrole à base de charbon, mais les émissions de gaz à effet de serre sont énormes : les carburants en produisent autant que les carburants pétroliers conventionnels lors de leur utilisation, et d’autres émissions s’ajoutent lors de la production. Une solution, coûteuse mais efficace, serait de coupler à ces procédés la séquestration du CO2.

Les agrocarburants sont la seule source renouvelable de carburants liquides. Ils se développent dans nombres de pays, mais suscitent des inquiétudes. Ils entrent en compétition avec l’agriculture pour l’alimentation et avec les milieux naturels pour l’occupation des sols. Leur rendement énergétique est souvent critiqué[5] De petites quantités d'agrocarburants peuvent être produits à partir de déchets de l’industrie agroalimentaire, dans ce cas le bilan est bien meilleur. La production de biodiesel à partir d’algues attire un intérêt croissant : elle ne réclame ni eau douce, ni terres cultivables, offre un rendement à l’hectare bien supérieur et permet de recycler du CO2 industriel[6] ; la technologie n'est pas encore au point.

Pour les autres utilisations du pétrole (industriel, résidentiel, tertiaire), des solutions locales, très dépendantes du contexte, peuvent apporter une diminution de l’emploi du pétrole, mais non un remplacement complet. Certaines industries génèrent des coproduits qui sont des sources d’énergie potentielles et ne sont pas toujours utilisées de façon optimale. À titre d’exemple, citons l’industrie du papier qui pourrait devenir autonome en énergie en valorisant plus efficacement les écorces et la liqueur noire[7] ou des stations de retraitement des eaux usées qui peuvent s’auto-alimenter au moins partiellement grâce à la production de biogaz[8].

Pour le chauffage, les alternatives les plus courantes sont le gaz naturel et l’électricité. L’emploi d’électricité pour la production de chaleur par effet joule est thermodynamiquement inefficace, car l’électricité est généralement produite à partir de chaleur avec un mauvais rendement. Cependant, des solutions basées sur la géothermie, les pompes à chaleur ou sur l’amélioration de l’isolation permettent un gain de rendement important. Enfin, pour la chaleur à basse température (comme l’eau chaude domestique), l’emploi du pétrole peut être assisté par l’énergie solaire[9].

Réduction de la dépendance

Consommation globale du pétrole et croissance économique sont étroitement liées

En 2005, le pétrole représentait 36 % des ressources énergétiques consommées annuellement sur la planète. Le pétrole connaît de nombreuses utilisations selon la qualité pour laquelle on l'emploie :

Le pic pétrolier vient bouleverser la donne. Les impératifs nationaux liés à toute indépendance énergétique sont à réviser.

Énergies de substitution

En ce qui concerne l'utilisation du pétrole comme source d'énergie, diverses solutions existent :

Houille : Le charbon présente des réserves très supérieures aux réserves pétrolières ; les chaudières à charbon ont beaucoup évolué depuis deux siècles, et les techniques modernes (Cycle combiné à gazéification intégrée) permettent une combustion avec de très faibles niveaux de pollution. De plus, la technique du Stockage géologique du dioxyde de carbone permettra d'éliminer les émissions de CO2 à la source à l'horizon 2015. Cette solution est la plus utilisée, et la plus probable dans l'avenir.

Gaz naturel : L'une des sources d'énergie les moins chères en 2006, non renouvelable.

Energie nucléaire : Cette source d'énergie est abondamment critiquée depuis les accidents de Three Mile Island et Tchernobyl ; en revanche, elle fournit près de 80 % de l'électricité en France (2006). Il est envisageable que cette source retrouve de la vigueur dans un avenir plus éloigné.

Énergie éolienne : Cette énergie déjà ancienne a fait l'objet de beaucoup de développements récents ; en Europe, le Danemark, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne investissent rapidement dans cette source renouvelable. La France commence à rattraper son retard, et a passé en 2006 la barre de 1 GW installé.

Bois : Sous diverses formes (granulés, sciure ou copeaux, bûches). Cette ressource n'est renouvelable et neutre en CO2 que si son exploitation est organisée, la quantité de bois utilisée étant compensée par la même quantité produite. Si le bois vient d'une déforestation définitive, son utilisation dégage du CO2 dans l'atmosphère ; il y a donc peu de différences avec un combustible fossile. L'utilisation abusive du bois comme source d'énergie présente des désavantages tels que dérèglement du climat local, appauvrissement des sols, pollution par Dioxyde de soufre et NOx.

Biogaz : Peut être produit par fermentation de matière organique et notamment de déchets organiques (boues de stations d'épuration, déchets d'ordures ménagères, effluents d'élevage…). L'intérêt de cette source d'énergie contre l'effet de serre est très important : non seulement on économise des ressources fossiles, mais surtout on brûle le méthane qui sinon serait émis dans l'atmosphère, le méthane ayant un effet de serre 21 fois plus élevé que le CO2.

Article connexe : Gestion des déchets.

Géothermie : Cette technologie exploite la chaleur du sol, dont la température augmente avec la profondeur. Certains sites présentent un profil de température plus avantageux, avec une température plus élevée à proximité de la surface, rendant la géothermie financièrement réalisable. Ces sites on fait l'objet d'un recensement en France.

Énergie solaire photovoltaïque : Propre, potentiellement illimité mais coût initial actuellement prohibitif.

Énergie solaire thermique : Très facile à mettre en œuvre, mais encore peu répandue.

C'est actuellement le pétrole qui constitue l'énergie de référence, sur laquelle le prix des autres énergies est indexé. A l'avenir on peut anticiper que le pétrole perdra cette place quand son prix aura dépassé un seuil, alors le prix des autres énergies et notamment ceux du charbon et du gaz naturel suivront leur dynamique propre, avec des hausses plus faibles compte tenu de leurs disponibilités encore grande.

Transports

En 2008, 96 % des transports mondiaux utilisent des hydrocarbures comme énergie : le transport maritime, aérien, fluvial, routier, utilise presque toujours un moyen de propulsion (moteur à explosion, turboréacteur, turbopropulseur) brûlant du pétrole (ou du gaz, parfois GPL). Seul le transport ferroviaire, fréquemment électrifié, dépend moins du pétrole.

Les transports maritime et fluvial semblent a priori être moins pénalisés par une hausse des prix du carburant, car les volumes de marchandises sont tels que le prix du transport est largement dilué dans le prix total.

Les transports terrestre et maritime pourraient se tourner partiellement vers les agrocarburants et/ou le gaz naturel, voire le charbon (trains et bateaux), mais l'avion reste dépendant du kérosène pour longtemps encore, aucune alternative n'ayant dépassé le stade du laboratoire, à part le pétrole "Fischer-Tropsh" produit à partir de charbon, qui fournit le tiers de la consommation de l'Afrique du Sud, mais dont la production est polluante et émettrice de beaucoup de CO2. L'armée de l'air états-unienne a procédé en 2006 à des essais en vol concluants avec un combustible produit de cette façon et plusieurs pays s'intéressent actuellement à cette technologie, dont la Chine et les États-Unis, qui disposent respectivement des troisième et première réserves de charbon.

L'apparition de batteries à meilleur rendement (Li-Ion, Li-polymère, etc.) rend envisageable le développement du véhicule électrique.

Le marché de l'automobile ne semble pas encore affecté par le prix du pétrole, il continue en 2008 à se développer, y compris dans les pays émergents. Une étude[10] récente estime que le risque de récession n'apparaîtrait qu'avec un baril dépassant les 180 dollars en 2012, sauf en Chine où les ventes n'augmenteraient que de 30,5 % au lieu de 60,9 % (avec un baril respectivement à 150 et 180 dollars). Dans ce cas les grosses cylindrées seraient plus défavorisées.

Résidentiel-tertiaire

Le parc résidentiel français est l'un des moins performants d'Europe en termes de performance énergétique ; les économies d'énergie possibles sont donc multiples, avec en premier lieu l'isolation des bâtiments. Il est possible de réduire de 50 à 80 % les dépenses d'énergie domestique, par exemple avec des habitations ne nécessitant pas de chauffage, seule une ventilation mécanique à récupération de chaleur (double flux) étant nécessaire (cette méthode est basée principalement sur l'isolation et l'effet de serre des vitres).

Une approche de cette « bonne conception » architecturale est la démarche Haute qualité environnementale qui se développe principalement dans les chantiers publics à l'heure actuelle ou le concept de maison solaire passive qui se développe dans les pays germaniques. Une bonne conception des bâtiments doit également permettre d'éviter le recours à la climatisation en été tout en maintenant une température correcte.

De nombreux exemples se développent à l'heure actuelle, on peut citer BedZED.

Agriculture

L'agriculture intensive repose sur l'utilisation d'intrants (engrais chimiques, pesticides) élaborés à partir de l'énergie pétrolière ou issus de l'industrie pétrochimique. Par ailleurs, l'agriculture consomme de grandes quantités de plastiques (serres, mulch, emballages, outils…) et de carburant pour les engins agricoles (et ce même dans des schémas dits non productivistes).

Par la combinaison de l'augmentation du prix des engrais et de celui des carburants, deux clefs de la révolution verte sont sérieusement remises en question. En effet, le pétrole peut théoriquement être remplacé par des biocarburants (carburants issus de l'agriculture) ou par des huiles végétales. Le bilan énergétique de ces carburants « verts » est cependant pour le moment trop faible. De plus, les techniques de synthèse en chimie organique pour l'élaboration par exemple de molécules pesticides devraient être revues en l'absence de pétrole.

La mutation du modèle agricole actuel vers un système « sans pétrole » sera laborieux. Les pertes de productivité qui pourraient en découler pourraient engendrer des situations de crise alimentaire dans le pire des cas ou, du moins, un questionnement sur la consommation alimentaire et ses modes. Il est peu probable que l'agriculture puisse se maintenir ou se développer dans le modèle productiviste, même sans pic pétrolier (problèmes écologiques, économiques, de santé publique et sociétaux avec par exemple la dégradation de la qualité des eaux et des sols).

Plasturgie

Aujourd'hui, une grande part des matériaux d'emballage et de fabrication des produits industriels utilisent du plastique, c'est-à-dire du pétrole transformé. Mais seulement 4% du pétrole mondial devient matière plastique. Les emballages unitaires (flacons, pots, tubes…) sont apparus vers les années 80. La plupart des aliments (vin, moutarde, pâtes, bonbons…) se vendaient en vrac avant les années 1950. La généralisation des emballages individuels a permis de sauver de nombreuses vie humaines grâce au développement de la sécurité alimentaire[réf. nécessaire]. De même, les fibres synthétiques et la suprématie du tout-jetable sont un phénomène relativement récent.

Il est désormais possible de produire certaines matières plastiques en utilisant des végétaux ou des bactéries ; mais pas dans la gamme de diversité obtenue par la pétrochimie traditionnelle. Ces produits ne sont pas encore non plus finalisés pour une utilisation industrielle :

  • les surfaces de production agricole ne peuvent pas être immédiatement concédées à ces cultures industrielles (si elles le sont, ce sera sans doute au détriment d'autres cultures, les jachères ne suffisant pas) ;
  • la filière industrielle reste à créer.

Enfin, compte-tenu de l'impossibilité de consacrer une trop grande partie des terres agricoles à des productions non nutritives, la voie du recyclage des matériaux doit être privilégiée.

Voir aussi

Bibliographie

Liens internes

Références

  1. Eating Fossil Fuels
  2. Michael C. Ruppert Crossing the Rubicon: The Decline of The American Empire at the End of the Age of Oil
  3. Computer manufacturing soaks up fossil fuels, UN University study says
  4. The three-and-a-half pound microchip: Environmental implications of the IT revolution
  5.  ; le cas le plus documenté est celui de l’éthanol de maïs aux États-Unis, pour lequel des dizaines d’études ont été publiées, toutes indiquant que la production (engrais, machines agricoles…) consommait une part importante (supérieure à 100% dans certaines études) de l’énergie obtenue au final, en plus d'énormes quantités d'eau et d'engrais. L’une de ces études [1] qui conclut à un gain de seulement 24%
  6.  ; voir par exemple les projets de Greenfuel Technology [2]
  7. A cost–benefit assessment of BLGCC technology, Eric D. LARSON & Al, Princeton University
  8. Un exemple déjà ancien [3]
  9. Par exemple, en Israël, selon WEC [4], 80% des maisons sont équipées de chauffe-eaux solaires dont la production thermique vaut 3% de la consommation d’énergie du pays
  10. étude faite par le cabinet Aethur D. Little, sur la base de 3 scenarii d'évolution à horizon 2012, citée par Les Echos du 19 juin 2008, page 22

Liens externes

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