Decrochage scolaire


Decrochage scolaire

Décrochage scolaire

Le décrochage scolaire est l'arrêt d'études avant l'obtention d'un diplôme. Il n'est pas possible d'assimiler le « décrochage scolaire » à l'« échec scolaire », même si les thématiques sont proches. L'expression « décrochage scolaire », assez à la mode dans le milieu éducatif français, provient en fait du ministère de l'éducation du Québec.

Sommaire

Introduction

Le ministère de l’Éducation du Québec étudie le décrochage scolaire dans le cursus menant au diplôme du secondaire. Est considéré comme « décrocheur » tout élève qui était inscrit au début d'une année scolaire et qui ne l’est plus l’année suivante sans être titulaire d'un diplôme d'études secondaires. Les décès et les déménagements à l'étranger ne sont pas inclus. Un élève est dit « à risque de décrochage scolaire » lorsqu'il fréquente toujours l'école, mais qu'il présente une forte probabilité de décrochage.

La décision d'abandonner l'école est le résultat d'un cumul de situations complexes scolaires, relationnelles, sociales et/ou personnelles. Il s'agit donc d'un long processus incluant des facteurs multidimensionnels.

Caractéristiques de l'élève dit à risque

Données individuelles

Parmi les variables d’ordre individuel, les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement constituent des facteurs personnels les plus déterminants du décrochage scolaire. En effet, l’élève en trouble du comportement montre un déficit important dans sa capacité d’adaptation à l’école. Selon la plupart des études, les jeunes décrocheurs participent moins aux activités scolaires, portent peu d’attention en classe, passent moins de temps à faire leurs devoirs, ont des problèmes d’absentéisme et valorisent davantage le travail rémunéré que les études, comparés aux autres élèves.

La majorité des études montre que les garçons sont plus nombreux à décrocher de l’école. Les chiffres reflètent un taux d'accès aux diplômes plus bas chez les garçons qui tend à se maintenir de génération en génération. Les jeunes filles à risque de décrochage scolaire présentent davantage de troubles intériorisés, le plus fréquent étant la dépression, tandis que les garçons ont des troubles plus extériorisés tels que les troubles de comportement.

Données relationnelles

Les écrits relatent également que ces jeunes éprouvent d’importantes lacunes dans leurs habiletés sociales. Ainsi, leur manque d’habiletés sociales diminuerait leurs aptitudes à interagir adéquatement avec autrui. Leurs relations se résument principalement par de l’irritation, des échanges sociaux hostiles et par de l’intimidation.

Données sociales

Le milieu familial est fortement lié à la réussite scolaire et à l’adaptation des jeunes. Un faible statut socioéconomique, un faible niveau de scolarité des parents et plusieurs aspects de la structure familiale (conflit, alcoolisme, violence,…) sont des caractéristiques fortement liées à l’abandon scolaire. Le rôle déterminant des parents relatif au risque d’abandon scolaire est bien documenté dans les écrits. En effet, les valeurs des parents, la supervision parentale ainsi que les attentes des parents envers la réussite scolaire représentent des éléments impliqués dans le phénomène. Le mode de vie des parents est également une dimension du fonctionnement familial qui doit être considérée quant on parle de décrochage scolaire. Les résultats de nombreux travaux permettent d’affirmer qu’un faible encadrement parental, un d’engagement dans les activités scolaires et l’absence d’encouragement à l’autonomie ont une influence directe sur le risque que l'enfant quitte l’école définitivement.

Inadaptation ou facteurs de risque ?

En constatant l’existence de ces facteurs de décrochage scolaire, il importe de savoir si ce phénomène résulte d'un facteur particulier ou s'il est plutôt un symptôme général d'inadaptation sociale.

Notion de groupes types

Les élèves à risque de décrochage forment un groupe hétérogène. Par exemple, une étude de Janosz et al. (2000) identifie quatre groupes de décrocheurs potentiels :

  1. Décrocheurs discrets : ils aiment l’école, sont engagés, ne présentent aucun problèmes comportementaux et ils ont un rendement scolaire un peu faible. (40 %)
  2. Décrocheurs inadaptés : ils ont des échecs scolaires, des problèmes comportementaux, sont délinquants et proviennent de familles difficiles. (40 %)
  3. Décrocheurs désengagés : ils ne présentent pas de problèmes de comportement et ont des notes dans la moyenne, mais sont très désengagés face à leur scolarisation. (10 %)
  4. Décrocheurs sous-performants : ils sont en situation d’échec scolaire et sont désengagés face à leur scolarisation. Ils présentent des troubles d’apprentissage, mais aucun trouble de comportement.(10 %)

Prévenir le décrochage…

En milieu scolaire, voici quelques indicateurs facilitant le repérage des élèves "décrocheurs" en lien avec les compétences sociales et/ou les apprentissages :

Compétences sociales

  • absentéismes
  • retards
  • passages à l'infirmerie
  • non respect du règlement – oubli du matériel – travail bâclé, non rendu
  • difficulté à s’intégrer, à communiquer : isolement, mutisme
  • difficulté de comportement : incivilités, agressivité, somnolence
  • problèmes sociaux et/ou familiaux

Apprentissages

  • non maîtrise de la langue
  • difficulté à comprendre une consigne scolaire
  • difficulté à s’organiser (temps – méthodes)
  • lenteur d’exécution et/ou difficulté de concentration
  • travail insuffisant à la maison
  • chute des résultats scolaires

Au sein de la famille, il existe des actions simples permettant de limiter les risques de décrochage scolaire. L'éducation familiale doit permettre :

  • De favoriser la socialisation des enfants et de développer une certaine habileté sociale ;
  • D'apprendre la gestion du stress et des angoisses en organisant un soutien émotif  ;
  • D'organiser un bon réseau relationnel ;
  • De fournir une culture de base large notamment en encourageant les activités parascolaires.

De plus les parents doivent :

  • Construire de bonnes relations avec les enseignants  ;
  • Suivre le cursus de l'enfant d'un point de vue scolaire et personnel.

Une pédagogie du projet pour limiter le décrochage

La plupart des études portant sur les dispositifs pédagogiques et leurs effets s’entendent pour affirmer qu’il n’existe malheureusement pas de solutions simples pour enrailler le phénomène d’abandon scolaire ni de dispositifs pédagogiques totalement efficaces. L’école doit entreprendre différents moyens pour motiver le jeune à poursuivre son processus d’apprentissage.

Habileté sociale

Adopter une approche multidimensionnelle représente un élément à considérer dans la création des programmes d’intervention. Les dispositifs pédagogiques doivent tenir compte d’une combinaison de facteurs de risque puisque le décrochage scolaire, tel qu’énoncé un peu plus haut, regroupe une panoplie de variables personnelles, sociales et environnementales. Pour s’avérer efficace et agir sur les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement du jeune à risque de décrochage scolaire, l’intervention doit porter sur les problèmes scolaires mais aussi sur les habiletés sociales. Plusieurs résultats d’étude révèlent que l’apprentissage des habiletés sociales, particulièrement les compétences d’affirmation de soi et de contrôle de soi, représentent un élément fort des programmes d’intervention. L’acquisition de ces habiletés permettrait à l’élève de développer des relations saines avec autrui et des interactions socialement acceptables.

Approche globale

L’implication et la participation des personnes faisant partie de la vie du jeune amènent des effets positifs au programme d’intervention. Les programmes indiquent de meilleurs résultats quand les principales cibles de l’intervention sont les élèves, les enseignants et les parents.

L'élève

En ce qui concerne l’élève, l’intervention doit lui permettre de se sentir engagé dans la planification du projet afin d’augmenter sa motivation et de le responsabiliser. Les principaux objectifs des dispositifs pédagogiques visent la réussite scolaire, le développement des comportements adaptatifs et l’acquisition des aptitudes de travail. Ces objectifs doivent être accompagnés de règles de discipline clairement définies et bien comprises par tous. Ces règles sont importantes puisqu’elles permettent d’éclaircir le rôle de chacun, leurs droits et les attentes envisagées envers eux.

Des services spécialisés doivent être disponibles pour répondre le plus adéquatement possible aux difficultés cognitives et psychoaffectives éprouvées par les élèves.

L’élève a la responsabilité et le devoir de contribuer au bon fonctionnement de la classe, de l’école et du projet en question. La mise en place du conseil d’élèves et du conseil de coopération donne au jeune la chance de s’exprimer et d’échanger sur son vécu scolaire tout en développant des habiletés sociales.

[réf. nécessaire]

Les parents

Pour ce qui est des parents, plusieurs chercheurs soulignent l’importance de l’engagement parental dans la vie scolaire du jeune. L’implication du parent dans le programme d’intervention est irréfutable puisqu’elle favorise l’intégration des apprentissages dans le milieu familial. De cette manière, le parent s’informe sur le vécu scolaire de son enfant et se responsabilise par rapport à l’intervention sous tous ces aspects (les soins à donner, la supervision …).

Le corps enseignant

L’enseignant constitue également un élément à considérer dans l’intervention. Une formation est nécessaire afin de mieux gérer cette catégorie d’élèves et de permettre aux enseignants d’avoir des attitudes positives.

L’enseignant doit participer à la planification du programme. Pour être efficace, un programme peut contenir un enseignement modulaire personnalisé des matières scolaires et un stage dans un domaine qui intéresse le jeune. Un suivi dans l’acquisition des connaissances de l’élève peut se faire par une rencontre individuelle avec l’enseignant. Ce moment de rencontre permettrait d’évaluer les projets de l’élève et l’atteinte des objectifs, de faire des résolutions de problèmes face aux difficultés rencontrées par le jeune et de développer une relation positive et privilégiée entre l’enseignant et l’élève.

Durée

Plusieurs auteurs estiment que les programmes d’intervention doivent proposer un continuum de services aux élèves fortement à risque de décrocher l’école qui s’échelonnent sur une longue période de temps. Selon eux, les programmes doivent être continus pour permettre aux jeunes d’avancer à leur rythme et, par le fait même, d’intégrer des connaissances scolaires de base et des compétences sociales essentielles pour favoriser la transition vers l'emploi.

Évaluation

Pour évaluer les effets d’un programme d’intervention auprès des jeunes à risque de décrochage scolaire, il est essentiel de ne pas seulement considérer les notes scolaires. La performance scolaire de cette catégorie d’élèves ne permet pas d’évaluer l’effet réel du programme en question. L’évaluation doit également porter sur les aspects d’ordre comportemental, motivationnel et social afin d’avoir une meilleure idée des effets bénéfiques, sur le jeune, du programme.

Statistiques

Au Québec

Sur l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal, 40 % des garçons et 28,4 % des filles quittent l'école sans diplôme, 7 ans après leur entrée au secondaire. Taux de décrochage inquiétant à Montréal, radio-canada.ca, 22 octobre 2005

Dans près de la moitié des écoles secondaires de Montréal, plus d'un élève sur trois n'a pas terminé ses études secondaires à la fin de l'année scolaire 2006-2007. [1]

Dans les quartiers les plus défavorisés (comme Saint-Michel (Montréal), Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve, Petite-Bourgogne et Saint-Laurent-Ouest, le taux de sortie du secondaire sans diplôme s'élèvent à 60 % pour les garçons et 50 % pour les filles.

La proportion de décrocheurs atteint près de 85% à l'école secondaire Pierre-Dupuy (arrondissement de Ville-Marie, Montréal). Dans cinq des sept écoles secondaires de Longueuil, plus du quart des élèves ont quitté l'école sans diplôme en 2007. [2]

Le gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de voir 80 % des jeunes Québécois obtenir leur diplôme d'études secondaires d'ici 2010.

Voir DEMS : Évaluation du risque de décrochage en milieu scolaire

Références

Voir aussi

Liens externes

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