Dalaï-lama

Dalaï-lama
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le statut du chef spirituel. Pour le quatorzième et actuel dalaï-lama, voir Tenzin Gyatso.
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Dalaï-lama
Tenzin Gyatzo foto 2.jpg
Titulaire actuel : Tenzin Gyatso
Premier :
Gedun Drub
Formation :
1391

Le dalaï-lama (tibétain : ཏཱ་ལའི་བླ་མ་, Wylie : tala'i blama ; en sinogrammes traditionnels : 達賴喇嘛 ; en sinogrammes simplifiés : 达赖喇嘛 ; en pinyin : Dálài Lǎmá) est reconnu par les Tibétains comme le plus haut chef spirituel (religieux) du Tibet et une émanation du bodhisattva de la compassion. Il a été le chef temporel (politique) du gouvernement du Tibet depuis le XVIIe siècle jusqu'à la première moitié du XXe siècle, puis chef du gouvernement tibétain en exil de 1959 à 2011.

Sommaire

Histoire des dalaï-lamas

Articles connexes : Histoire du Tibet et Tibet (1912-1951).

Les dalaï-lamas suivants sont considérés comme ses réincarnations successives. Mais c'est seulement son deuxième successeur, Sonam Gyatso (1543–1588) qui reçut des Mongols le titre de dalaï-lama, sans avoir encore de pouvoir autre que spirituel. C'est seulement à partir de 1642, sous le 5e d'entre eux, Lozang Gyatso (1617-1682), que les dalaï-lamas devinrent, avec les régents, les principaux dirigeants politiques du gouvernement tibétain, à la suite du règne des Phagmodrupa, une lignée Kagyupa, succédant au règne des Sakyapa, à la suite des Rois du Tibet. C'est aussi le 5e dalaï-lama qui installa sa capitale à Lhassa.[réf. nécessaire]

Le règne du 5e dalaï-lama eut pour résultat l'unification du Tibet en une nation. Son pouvoir politique indépendant s'étendait à toutes les anciennes provinces tibétaines, y compris le Kham et l'Amdo[1].

Sous le 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso (1876-1933), l'armée britannique envahit le Tibet en 1904 puis se retira la même année[2], provoquant son exil en Mongolie. L'invasion chinoise de 1909 menée par Zhao Erfeng, un général qing, entraîna sa fuite en Inde. il échappa à ses assaillants grâce au général tibétain Tsarong Dzasa[2]. Après son retour au Tibet en 1912, le dalaï-lama lança une proclamation, réaffirmant l'indépendance du Tibet. Le Tibet et la Mongolie reconnurent mutuellement leur indépendance[2]. Qualifié d'« avant-gardiste » par l'abbé Jean-Maurice Champagne[3] — il avait aboli la peine de mort en 1898 —, il entreprit des réformes pour moderniser le Tibet, et éliminer certaines caractéristiques oppressives du système monastique[4],[5],[2].

À l'époque du 14e dalai lama, Tenzin Gyatso (1935), après une guerre sino-tibétaine, l'armée populaire de libération envahit le Tibet en 1951. Le dalaï-lama demeura au Tibet jusqu'en 1959, date à laquelle il fut contraint de s'exiler en Inde, suite au soulèvement tibétain de 1959.[réf. nécessaire]

La popularité des dalaï-lamas parmi les Tibétains

Le 14e dalaï-lama évoque un plan de Chenrézi qui aurait promis au Bouddha Sakyamuni de guider et de protéger le peuple tibétain[6].

Ce plan se serait poursuivit du 1er au 5e dalaï-lama. Le 1er dalaï-lama fonda dans la région de Tsang autour du Tashilhunpo la base d'un pouvoir soutenu par la population. Sa réincarnation Gedun Gyatso fut amenée au Tashilhunpo où il resta jusqu'à l'âge de 16-17 ans avant de partir pour études à Lhassa où il devint l'abbé du monastère de Drépung. Sa renommé s'étendit à Lhassa et au Tibet central. Il se rendit au Tibet du sud où il construisit le monastère de Chorgyal. C'est là qu'il définit le système d'identification des dalaï-lamas à venir sur la base de visions à percevoir dans le lac de Palden Lhamo, un système qui s'est perpétué jusqu'au 14e dalaï-lama. A la fin de son règne, sa popularité s'étendait du Tibet central au Kongpo et au Dagpo, 2 régions du Tibet du sud. Cette augmentation de popularité ouvrit la vie au 3e dalaï-lama qui se rendit en Mongolie où il convertit les Mongols au Bouddhisme[7].

Au cours du conflit sino-tibétain postérieur à 1950, le 14e dalaï-lama devint une représentation pan-tibétaine symbolisant les valeurs de la culture tibétaine et les aspirations du peuple tibétain. Bien que les Tibétains à l'intérieur et à l'extérieur du Tibet perçoivent le dalaï-lama comme leur dirigeant légitime, cela ne signifie pas la restauration de l'« ancien régime » comme le soulignent à la fois par les déclarations constitutionnelles du dalaï-lama et les aspirations politiques du peuple tibétain. Les projets de constitution du dalaï-lama en exil reflètent la direction prise par la section politisée du peuple tibétain au Tibet. Comme le remarque Ronald Schwartz, les Tibétains associent à présent leur lutte pour l’indépendance avec des exigences de démocratie et de respect des droits de l’homme. Cela s'explique par le contexte moderne des Tibétains après 1959 au Tibet comme en exil. Au Tibet, les communistes ont propagé une idéologie égalitaire où l'équité et la liberté sont les nouveaux canons, bien que peu mis en pratique dans les régions des minorités. Cette contradiction est la base idéologique et politique de l'intelligentsia tibétaine contre la domination chinoise au Tibet. En exil, c'est principalement l'influence positive du fonctionnement de la démocratie indienne qui a suscité la diffusion de sentiments démocratiques chez les refugiés tibétains en dépit d'un culte de la personnalité autour du dalaï-lama et de sa famille. Depuis 1951, il y a un fossé entre les aspirations réalistes des élites et les aspirations populaires pour l'indépendance. Ces idées sont réprimées par le régime communiste chinois au Tibet, mais à long terme, ce dernier ne peut résoudre la question tibétaine. Avec la globalisation de l'économie chinoise et l'émergence de la démocratie, la République populaire de Chine ne peut demeurer un bloc monolithique maoïste isolé. Dans cette situation, il est possible que seul le dalaï-lama puisse convaincre les masses tibétaines nationalistes d'accepter des solutions réalistes au conflit au Tibet[8].

Liste des dalaï-lama

Article détaillé : Liste des dalaï-lama.
  • 1391-1474 : 1er dalaï-lama, Gedun Drub (དྒེ་འདུན་འགྲུབ་)
  • 1475-1542 : 2e dalaï-lama, Gedun Gyatso (དགེ་འདུན་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1543-1588 : 3e dalaï-lama, Sonam Gyatso (བསོད་ནམས་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1589-1616 : 4e dalaï-lama, Yonten Gyatso (ཡོན་ཏན་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1617-1682 : 5e dalaï-lama, Lozang Gyatso (ངག་དབང་བློ་བཟང་རྒྱ་མཚོ་), « le Grand Cinquième »
  • 1683-1706 : 6e dalaï-lama, Tsangyang Gyatso (ཚངས་དབྱངས་རྒྱ་མཚོ་), le seul à avoir refusé une vie de moine
  • 1708-1757 : 7e dalaï-lama, Kelzang Gyatso (བསྐལ་བཟང་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1758-1804 : 8e dalaï-lama, Jamphel Gyatso (འཇམ་དཔལ་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1806-1815 : 9e dalaï-lama, Lungtok Gyatso (ལུང་རྟོགས་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1816-1837 : 10e dalaï-lama, Tsultrim Gyatso (ཚུལ་ཁྲིམས་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1838-1856 : 11e dalaï-lama, Khendrup Gyatso (མཁས་གྲུབ་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1856-1875 : 12e dalaï-lama, Trinley Gyatso (འཕྲིན་ལས་རྒྱ་མཚོ་)
  • 1876-1933 : 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso (ཐུབ་བསྟན་རྒྱ་མཚོ་), « Le Grand Treizième »
  • 1935-aujourd'hui : 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso (བསྟན་འཛིན་རྒྱ་མཚོ་)

Origine du nom

Le dalaï-lama est un moine de l'école Guélougpa (dite des « bonnets jaunes »), une des quatre écoles du bouddhisme tibétain, fondée par Tsongkhapa (1357-1419).

Dalaï est un mot mongol signifiant « océan » qui est la traduction de Gyatso (rgya mtsho) en tibétain. Lama (bla ma), est un mot tibétain signifiant « maître spirituel ».

Sur un plan spirituel, les dalaï-lamas sont considérés comme des émanations du bodhisattva de la compassion, Chenrezig en tibétain, Avalokiteshvara en sanskrit. Les bodhisattvas choisissent, suivant la voie du Mahayana, de renaître pour le bien de tous les êtres.

Les dalaï-lamas constituent une lignée de tulkus, maîtres réincarnés. Après le décès d'un dalaï-lama, ses moines et maîtres spirituels, dont souvent le panchen-lama, engagent une enquête pour rechercher sa réincarnation. Des oracles, dont l'oracle de Nechung, oracle d'État du Tibet, sont souvent consultés. Les enfants candidats sont interrogés pour rechercher des signes tels que la reconnaissance d'objets possédés par le précédent dalaï-lama. Le jeune tulku est alors amené dans un monastère pour qu'il reçoive les enseignements bouddhiques.

Le titre de cette lignée de tulkus fut donné par l'empereur mongol Altan Khan en traduction du nom du 3e dalaï-lama, Sonam Gyatso. On dit que dès la seconde incarnation, l'enfant se souvenait de ses vies passées et des noms des dignitaires de l'entourage du premier dalaï-lama, Gendun Drup[9].

Autorité spirituelle

Selon Mick Brown, l'autorité spirituelle du dalaï-lama était respectée par les anciennes écoles du bouddhisme tibétain, Kagyupa, Nyingmapa et Sakyapa, lesquelles reconnaissaient en lui le de facto « roi du Tibet » [10].

Le quatorzième dalaï-lama a reconnu Jetsun Dhampa Khutukhtu comme Bogdo Gegen, c'est-à-dire chef du bouddhisme en Mongolie, ainsi que chef des Jonangpa[11]. Il a aussi reconnu Orgyen Trinley Dorje comme 17e Karmapa, chef de l'école Karma-Kagyu[12].

Le dalaï-lama actuel

Le quatorzième dalaï-lama, Tenzin Gyatso rencontre Mao Zedong
Article détaillé : Tenzin Gyatso.

En 1949, Mao Zedong, à la tête du parti communiste chinois, arrive au pouvoir en Chine et, rejetant les revendications d’indépendance du Tibet, notamment affirmées en 1913, y envoie des troupes militaires en 1950.

C’est en 1950, à l’âge de quinze ans, que le dalaï-lama devient chef d'État et du gouvernement tibétain. Il passe les neuf années qui suivent à la recherche d’une solution pacifique à la crise[réf. nécessaire], avant d’être contraint de fuir en Inde, où il établit, à Dharamsala, un gouvernement tibétain en exil.

Selon Etudiants pour un Tibet libre, pendant la Révolution culturelle, au Tibet, les monastères sont détruits, les moines et nonnes emprisonnés et torturés[13]. Aujourd'hui encore, non seulement les Tibétains sont sévèrement réprimés et empêchés de s'exprimer, mais en plus, ils subissent la très forte pression d'une politique de colonisation. « Si rien ne change, la culture tibétaine risque de disparaître d'ici quinze ans », affirme le dalaï-lama [14].

Depuis son exil en 1959, le dalaï-lama est dénoncé systématiquement par le gouvernement chinois qui le qualifie d'indépendantiste. Malgré cela, le dalaï-Lama persévère dans la voie de la non-violence et demande à la Chine de négocier pour aboutir à un compromis politique. Le 9 mars 1961, il lance un appel à l'Organisation des Nations unies en faveur d'une restauration de l'indépendance du Tibet.[réf. nécessaire] Puis, après l'ouverture de Deng Xiaoping qui déclara en 1979 qu'en dehors de l'indépendance tout sujet pouvait être discuté, le dalaï-lama ne demande plus qu'une autonomie réelle du Tibet au sein de la République populaire de Chine se basant sur la constitution chinoise[15]. Si des discussions entre des émissaires du dalaï-lama, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, avec des représentants du gouvernement chinois ont débuté en 2002, aucune négociation directe entre le Dalaï-Lama, son gouvernement en exil et le gouvernement chinois n'a encore débuté[16].

Aujourd'hui en Chine, le culte bouddhiste tibétain de l'école Gelugpa est officiellement autorisé par le gouvernement central, même à Pékin dans le très ancien temple de Yonghe[17]. Cependant, selon le Dr John Powers, un spécialiste de la religion et de la culture tibétaines à l'université nationale australienne, les moines tibétains sont contraints de dénoncer le dalaï-lama[18]. De nombreuses associations internationales dénoncent une répression de la religion au Tibet, comme l'illustre, par exemple, la détention en résidence surveillée du jeune panchen-lama, Gedhun Choekyi Nyima[19], en 1995, la destruction en 2001 de l’institut bouddhiste de Serthar fondé par Khenpo Jigme Phuntsok mis en résidence surveillée et disparu dans des circonstances douteuses[20] ou encore la condamnation à une peine de prison à vie de Tenzin Delek Rinpoché en 2005[21].

La plupart des grands maîtres du Bouddhisme tibétain ont été contraints de s'exiler, comme l'ont illustré la fuite de Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché en 1998 et celle à la veille de l'an 2000 du 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje[22].

Le 14e Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, a reçu le soutien de nombreuses personnalités, dont celui du président George W. Bush, et, plus modérément, de Barack Obama[23], et d'institutions de par le monde pour sa lutte non-violente pour la liberté du Tibet[24]. Il a notamment reçu le Prix Nobel de la paix en 1989 et la Médaille d'or du Congrès des États-Unis le 17 octobre 2007[25].

Selon le 14e dalaï-lama, si « le mouvement pour le Tibet a attiré un large soutien mondial, c'est en raison des principes universels que le peuple tibétain a incorporés dans sa lutte. Ces principes sont la non-violence, la démocratie, le dialogue, le compromis, le respect des préoccupations sincères des autres, et de notre environnement commun[26]. Le dalaï-lama annonce, jeudi 10 mars 2011, qu'il prévoit de renoncer à sa fonction de chef du gouvernement tibétain en exil, estimant que le temps était venu de laisser sa place à un nouveau dirigeant "librement élu". "Mon désir de transmettre l'autorité n'a rien à voir avec une volonté de renoncer aux responsabilités", a déclaré le dalaï-lama durant un discours à Dharamsala, dans le nord de l'Inde où vivent les Tibétains en exil. "C'est pour le bien à long terme des Tibétains. Ce n'est pas parce que je me sens découragé", a-t-il ajouté (Le Monde 10 mars 2011)».

Le dalaï-lama à venir ou le dernier dalaï-lama ?

Dans Le Dernier Dalaï-Lama ? publié en 1986, Michael Harris Goodman évoque une prophétie selon laquelle le peuple tibétain perdrait à la fois son pays et le dalaï-lama. Par la suite, il les retrouverait tous les deux mais le 14e dalaï-lama serait le dernier de la lignée.

Le Dalaï-lama déclare qu'il est possible qu'il soit le dernier, mais qu'il n'y a pas de prophétie claire à ce sujet. Il précise que le choix d'un dalaï-lama par le peuple tibétain est une question d'utilité du dalaï-lama en tant qu'institution. Mais concernant sa propre renaissance, en tant que bouddhiste du Mahayana, il ajoute « tant qu'il y aura de la souffrance dans le monde, je reviendrai »[27].

De son côté, le gouvernement chinois a déclaré que le prochain dalaï-lama naîtra en Chine et sera choisi par la Chine[28]. Le Dalaï-lama a cependant déclaré[29] :

« Si la situation présente du Tibet reste la même, je renaîtrai hors du Tibet, loin du contrôle des autorités chinoises. C'est logique. Le but même d'une réincarnation est de continuer le travail inachevé de l'incarnation précédente. Si donc la situation tibétaine n'est toujours pas résolue, il est logique que je renaisse en exil, pour continuer mon travail inachevé. »

En 2007, deux moines du monastère de Tashilhunpo au Tibet se seraient suicidés, à la suite à une campagne d'exclusion menée par des officiels chinois[30]. Ces deux moines avaient participé à la reconnaissance du onzième panchen-lama, Gendhun Choekyi Nyima, et pouvaient donc être appelés à reconnaître le prochain dalaï-lama [31],[32].

Des Tibétains ont suggéré que le 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje, qui s'est évadé du Tibet à la veille de l'an 2000, pourrait à l'avenir remplacer le 14e dalaï-lama s'il prenait sa retraite en tant que chef du gouvernement tibétain en exil[citation nécessaire] [33].

Interrogé en mars 2009 sur la possibilité qu'il puisse succéder au Dalaï-lama, Orgyen Trinley Dorje a déclaré : « Si l'occasion m'en est donnée, je ferai de mon mieux », ajoutant : « le Dalaï-lama a été très efficace pour établir les fondations de la lutte des Tibétains en exil. C'est à la génération suivante de construire sur ces bases et d'aller de l'avant. » [34].

En février 2010, le Dalaï-lama a déclaré : « Si une majorité de Tibétains a le sentiment que l'institution du dalaï-lama n'a plus de sens, alors cette institution doit cesser d'exister, il n'y a aucun problème. », ajoutant en riant « Il semblerait que les Chinois soient plus inquiets pour cette institution que moi. »[35].

En mars 2011, le 14e dalaï-lama, chef du gouvernement tibétain en exil depuis 1959 qui dès 1990 amorça progressivement une démocratisation du régime[36], demanda au Parlement tibétain en exil un amendement constitutionnel permettant de réaliser sa retraite politique[37], pour lui l'institution des dalaï-lamas est dépassée et doit laisser place à la démocratie[38].

Rumeurs anciennes et témoignages modernes

Ce qui frappait surtout les voyageurs était le respect dont on entourait la personne du dalaï-lama[39].

Rumeurs anciennes

D'après certains voyageurs dont les propos furent repris à la fin du XVIIIe siècle dans des ouvrages de vulgarisation tels que ceux de J.F. Laharpe, les excréments et l'urine du dalaï-lama auraient été considérés comme des choses sacrées, voire employés comme remèdes[40]. Cependant, le père Evariste Huc, missionnaire catholique dans le secteur de 1844 à 1846, déclare après enquête qu'il s'agit là d'une légende ridicule, d'une fable, qui ne fait pas honneur à la géographie européenne[41]. Selon Jean Dif, cette fable remonterait au récit de deux missionnaires européens, Johann Grueber et Albert Dorville, qui avaient résidé à Lhassa pendant un mois en 1661[42].

Huc dénonce aussi la légende répandue par ses prédécesseurs selon laquelle le dalaï-lama aurait porté des serpents autour de ses bras pour impressionner les fidèles[43].

Il faut cependant remarquer que les premiers missionnaires à l'origine de ces légendes n’ont jamais rencontré le 5e Dalai-lama qui régnait à cette époque, car ils ne souhaitaient pas demander audience à une personne qui selon eux se considérait comme le « Très Haut » [44].

Témoignages modernes

Le Britannique Robert W. Ford, envoyé à Chamdo dans le Kham pour assurer une liaison radio avec Lhassa en 1949-1950, écrit dans ses mémoires que « les seuls médecins professionnels au Tibet étaient des moines médecins » et que « le traitement le plus prisé était l'urine du Dalaï Lama » [45].

Heinrich Harrer, qui séjourna au Tibet dans la 2e moitié des années 1940, constate que les gens font davantage confiance à l'imposition des mains et à la guérison par la foi qu'aux remèdes administrés par les moines de l'école de médecine. Il cite ainsi le recours à l'« urine de saint homme » : non seulement des lamas appliquent souvent leur « sainte salive » sur leurs malades mais un gruau mélangeant tsampa, beurre et urine de saint homme est administré aux malades. L'auteur ajoute que le remède le plus coté est un objet ayant appartenu au dalaï-lama et que les nobles qu'ils fréquentaient lui exhibaient avec fierté des reliques du 13e dalaï-lama qu'ils conservaient précieusement dans de petits sachets de soie[46].

Pour autant, les fondements de la médecine tibétaine traditionnelle remontent au VIIIe siècle, époque à laquelle aucune des lignées de grands lamas n’était connue. Les recettes concernant l’élaboration des médicaments incluant principalement des ingrédients végétaux et minéraux sont décrites dans les « Quatre Tantras Médicaux », un ouvrage de Yutok Yonten Gonpo l'ancien (VIIIe siècle, 708-833) [47].

Notes et références

  1. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, 1993, (ISBN 2-226-13317-8)p. 142-143
  2. a, b, c et d (en) The Thirteenth Dalai Lama, Thupten Gyatso
  3. Le monachisme au premier millénaire : « le 13e D.L. Thubten Gyatso (1876-1933), avant-gardiste qui avait aboli la peine de mort, créé le drapeau tibétain en 1912, la monnaie propre au Tibet, les timbres. »
  4. (en) The third World day against Death Penalty, Jean-François Leclere
  5. Florence Perret, La répression est féroce, sur le site helvétique 24 heures (entretien avec Katia Buffetrille), 26 mars 2008.
  6. Thomas Laird, p. 174
  7. Thomas Laird, op. cit.
  8. (en) Dawa Norbu, Tibet : the road ahead, 1998, Rider & Co, (ISBN 978-0712671965), P. 294-296, cité également dans un ouvrage postèrieur.
  9. (en) Glenn H. Mullin, The Dalai Lamas on Tantra, Snow Lions Publications, Ithaca (USA), 2006, 352 p., pp. 89-90 et 164 (ISBN 978-1-55939-269-3).
  10. (en) Mick Brown, The Dance of 17 Lives: The Incredible True Story of Tibet's 17th Karmapa, Éditeur Bloomsbury Publishing USA, 2005 (ISBN 978-1-58234-598-7), p. 47 : « the 'old schools' of Kagyu, Nyingma and Sakya respected the spiritual authority of the Dalai Lama, and recognised his position as the de facto 'King of Tibet' ».
  11. (en) His Eminence Jetsun Dhampa Khutukhtu, Khalkha Rinpoche (Bogdo Gegen).
  12. (en) The Buktham Rinpoche granted by His Holiness the Dalai Lama to His Holiness the Gyalwang Karmapa.
  13. Étudiants pour un Tibet libre, Les droits de l'homme au Tibet.
  14. (en) Dalai Lama: Tibet Culture Could Soon End.
  15. Message du Dalaï Lama à l’occasion du 48e anniversaire du soulèvement de Lhassa
  16. Discussions des émissaires du Dalai Lama avec la Chine.
  17. Anne-Marie Blondeau, Le Tibet est-il chinois ?: réponses à Cent questions chinoises
  18. (en) Chinese authorities in revenge attacks on Tibetan monks, ABC news.
  19. (en) Chadrel Rinpoche released from prison but under house arrest.
  20. (en) press releases (Association of Tibetan Journalists).
  21. Préoccupations d'Amnesty.
  22. La fulgurante épopée des Karmapas : entretien avec Francesca Yvonne Caroutch.
  23. (en) Dalai Lama gets upbeat — but quiet — Obama welcome.
  24. Le Dalaï Lama citoyen d'honneur de la Ville de Paris.
  25. La visite du Dalaï-Lama à Washington provoque la colère de Pékin, Le Monde du 17.10.07 : « Le geste le plus significatif est intervenu mercredi au Capitole. George W. Bush a remis la médaille d'or du Congrès, la récompense civile la plus prestigieuse, au chef de l'Église tibétaine, lors d'une cérémonie solennelle. »
  26. (en) Dalai Lama's Message to Brussels TSG Conference.
  27. M. G. Chitkara, Buddhism, reincarnation, and Dalai Lamas of Tibet, APH Publishing, 1998, (ISBN 8170249309 et 9788170249306) p. 18
  28. La Chine impose de nouvelles règles pour les réincarnations de bouddha, nouvelobs.com, 23 juin 2008.
  29. interview sur le site du dalaï-lama.
  30. (en) Two Monks from Panchen Lama's Monastery Commit Suicide, RFA.
  31. "Suicides" de deux Moines tibétains chargés de reconnaître le prochain dalai Lama.
  32. (en) Tibetan monks commit “suicide,” victims of pre-Olympic repression.
  33. (en) A change at the top.
  34. (en) Karmapa Lama emerging a Tibet's new voice.
  35. Le dalaï lama prêt à quitter ses fonctions.
  36. Audrey Garric, Le Dalaï-lama renonce à son rôle politique mais pas à son influence, 10 mars 2011, « Mais en 1990, par souci d'amorcer une démocratisation du régime, il cesse de nommer les membres du cabinet, désignés depuis par le Parlement. Puis, en 2001, il décide de modifier la Constitution : le gouvernement sera dirigé par un premier ministre, élu par les Tibétains en exil, soit près de 150 000 personnes – vote auquel ne participent pas les 6 millions de Tibétains de Chine. Le rôle politique du Dalaï-lama se voit alors restreint à des fonctions honorifiques, telles qu'un rôle de représentation sur la scène internationale ou la nomination de trois des quarante-trois députés du Parlement. »
  37. Tibet : opposition au retrait du dalaï-lama, AFP, 15 mars 2011
  38. Phurbu Thinley, Dalai Lama asks Tibetans to embrace democratic change, rejects parliament's resolution, Phayul, 19 mars 2011.
  39. Revue contemporaine, p 304
  40. « Tous les prêtres tibétains, mongols et kalmouks s'accordent à dire que les excréments et l'urine du dalaï-lama sont considérés comme des choses sacrées ; les excréments, réduits en poudre, se portent au cou dans des reliquaires, servent à faire des fumigations dans les maladies, et sont même employés comme remèdes internes par les dévots. (...) Les lamas tirent un profit considérable de ces déjections sacrées. » J.F. Laharpe, Abrégé de l'Histoire générale des voyages, édition de 1820, tome VIII, p.332 (mise en ligne par Google).
  41. Evariste Huc, Souvenir d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846, Paris, Le Clere, 1853, tome II, pp. 344-345 : « Ces assertions, qu'on lit dans certaines géographies, sont entièrement dénuées de fondement. Pendant notre séjour à Lha-Ssa, nous avons beaucoup interrogé à ce sujet, et tout le monde nous a ri au nez. A moins de dire que, [p.435] depuis le Régent jusqu'à notre marchand d'argols, tout le monde s'est entendu pour nous cacher la vérité, il faut convenir que les relations, qui ont donné cours à ces fables, ont été écrites avec bien peu de circonspection ».
  42. Jean Dif, dans sa Chronologie en ligne fait référence à la publication en 1667, en latin, de la China Illustrata d'Athanasius Kircher. Il y est fait état du voyage au Tibet, en 1661, d'un jésuite autrichien Johannes Grueber accompagné d'un missionnaire belge Albert d'Orville. Il y aurait deux rois à Lhassa : un temporel et un spirituel. Le second resterait enfermé dans son palais où il serait adoré par les fidèles. La vénération que ces derniers lui vouent serait telle qu'ils porteraient son urine et ses excréments en sautoir autour du cou et qu'ils les mélangeraient à leur nourriture ! Le rituel du culte rendu au dalaï-lama ferait parfois penser aux pratiques chrétiennes. Les Tibétains boiraient du thé au beurre et feraient dévorer leurs morts par les bêtes sauvages. Les deux derniers points sont rigoureusement exacts, ce qui peut expliquer pourquoi le reste a été accepté par les géographes postérieurs, d'autant qu'on rapportait des choses analogues au sujet du roi du Bhoutan.
  43. Evariste Huc, Souvenir d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846, op. cit.
  44. Voir le chapitre « Lobsang Gyatso » dans Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lama, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, édition Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel (ISBN 978-2-226-13317-5).
  45. (en) Robert W. Ford, Tibet Rouge. Capturé par l’armée chinoise au Kham, Olizane, 1999, pp. 39-40 (ISBN 978-2-88086-241-1) (il s'agit de la traduction de la réédition de 1990, préfacée par le dalaï-lama, d'un ouvrage paru pour la première fois en 1957 sous le titre Wind Between the Worlds, publié par la société David McKay).
  46. (en) Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997 (ISBN 978-0-87477-888-5) : « Superstition is the enemy. We found that the people had more confidence in the laying on of hands and faith healing than in the ministration of the monks of the schools of medicine. The lamas often smear their patients with their holy spittle. Tsampa, butter, and the urine of some saintly man are made into a sort of gruel and administered to the sick. (…) Nothing ranks higher as a remedy for illness than objects that have belonged to the Dalai Lama. All the nobles used to show me with pride relics of the thirteenth Dalai Lama carefully sewn up in little silk bags ».
  47. (en) Men-Tsee-Khang’s (Tibetan Medical & Astro. Institute).

Bibliographie

  • Au-delà des dogmes, Albin Michel, 1994
  • Tant que durera l'espace, Albin Michel, 1996
  • Pacifier l'esprit, Albin Michel, 1999, réed. 2007
  • Avec Jeremy Hayward et Francisco Varela, Passerelles, Entretiens avec des scientifiques sur la nature de l'esprit, Albin Michel, 2000

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