Croisades baltes


Croisades baltes

Aussi appelées croisades nordiques, les croisades baltes ont été menées par les puissances de l'Occident chrétien contre les peuples païens du nord-est de l'Europe riverains de la mer Baltique à partir de la fin du XIIe siècle : les peuples baltes, et également les habitants originels de la Prusse désignés sous le nom de Vieux-prussiens (ou borusses).

Ordre livonien, 1202.

Leur lancement a été officiellement prononcé par Célestin III en 1193, mais les royaumes germaniques[1] et scandinaves déjà convertis au catholicisme avaient déjà commencé à envoyer des croisés à la conquête de leurs voisins à cette date.

Elles durent jusqu’au début du XIVe siècle ; comme bien des croisades, elles se détournent de leur but originel et s'achèvent par la territorialisation des ordres militaires qui les ont conduites.

Sommaire

Contexte

  • Baltique / colonisation germanique ;
    • 1165 : Le moine français Fulco est nommé évêque missionnaire en Estonie ;
    • 1170 : colonisation et évangélisation de la région de la Lettonie par des peuples germaniques.

Déroulement des opérations

En 1202, le Prince-Évêque de Livonie instaure la Milice du Christ de Livonie à Rīga, afin de protéger les colons venus de Germanie. En 1218, ils s'allient à un souverain séculier danois, Valdemar Sejr, et soumettent le nord de l'Estonie : la bataille de Lyndanisse (en) le 15 juin 1219 livre Tallinn aux Danois[2]. Maîtres de la Livonie[3], ils achèvent la conquête de l'Estonie en 1223.

En 1222, Henri Ier le Barbu, duc de Silésie, combat les Vieux-prussiens au nom de l'évangélisation chrétienne. Il tente de réunir les duchés polonais sous sa coupe. S'il trouve un terrain d'entente avec Ladislas III, duc de Grande-Pologne, il trouve face à lui Conrad de Mazovie pour le contrôle de la Petite-Pologne, avec lequel il doit guerroyer.

L'évêque missionnaire cistercien Christian, dépêché sur place, trouve un allié en la personne du duc Conrad Ier de Mazovie. Ce dernier fonde un ordre militaire, mais recrute peu.

En 1228, le pape Grégoire reconnaît les Chevaliers de Dobrzyń, mais, trop peu nombreux, ils ne laissèrent leur trace que dans la ville éponyme de Dobrzyń nad Wisłą.

Ordre de Dobrzyń, 1228.
Charge des chevaliers de l'Ordre livonien ; illustration rendue par un artiste russe.

Conrad fait alors appel aux chevaliers teutoniques dans sa lutte contre les Vieux prussiens. Ils s'installent dans la région de Chełmno, sur la Vistule. Puis, son fils Boleslas installe les derniers frères de Dobrin à Drohiczyn.

La même année, le conflit dans le Royaume de Pologne se cristallise sur la domination de la région de Petite-Pologne, où Conrad dépêche une armée.

En 1231, les Teutoniques débutent leur longue guerre contre les Vieux-prussiens et commencent à s'approprier leurs terres, y fondant la cité de Toruń dans la perspective de créer un État teutonique. Il leur faudra 50 ans pour le concrétiser.

Le 22 septembre 1236, les Chevaliers Porte-Glaive livrent bataille contre les Lituaniens de Courlande : c'est la bataille du Soleil[4]. Vaincus, les Porte-Glaives sont incorporés aux Teutoniques.

C'est alors que les Russes interviennent. Alexandre Nevski, un stratège de la république de Novgorod, écrase les Suédois lors de la bataille de la Neva en 1240.

A la Bataille de Legnica (1241), les Teutoniques, qui ont rallié les Polonais dans leur combat contre les Mongols, subissent de lourdes pertes. Selon certains, on parlerait de 300 chevaliers (alors que l'Ordre à son apogée n'a jamais rassemblé plus de 1 200 chevaliers dans ses rangs) et 4 000 sergents et fantassins tués. La bataille du lac Peïpous en 1242, défaite des Teutoniques et des Porte-Glaives livoniens face à Alexandre Nevski de Novgorod, le même stratège, peut être considérée comme la fin de la période d'expansion liée aux croisades. Le bilan est désastreux pour les Teutoniques qui perdent un grand nombre des quelques centaines de chevaliers qu'ils rassemblaient en Europe du Nord. La guerre contre Novgorod et les défaites subies par les Teutoniques incitent les Baltes à continuer le combat et à refuser la conversion.

Tout au long de la seconde moitié du XIIIe siècle, les Teutoniques doivent livrer une guerre sans merci aux païens de leurs terres qui ne cessent de se rebeller. La guerre est cruelle pour la population balte car ni l'Ordre ni ses ennemis ne reculent devant aucune extrémité. La population prussienne passe d'environ 150 000 habitants en 1250 à moins de 80 000 un siècle plus tard. L'Ordre en sort finalement victorieux, les prussiens se soumettent et cessent de se révolter. Néanmoins on trouvera toujours au XVIe siècle des vieux-prussiens païens.

Statue de Grand Maître, Marienburg

C'est dans la perspective de construction de leur État que les Teutoniques fondent Königsberg en 1255. Jusque la mort de Ulrich von Jungingen au champ de bataille de Grunwald, à l'apogée de leur influence, ils feront leur jeu sans tenir compte des papes du Vatican. Ensuite, le règlement du second traité de Thorn allait ruiner l'Ordre comme l'État des Chevaliers, qui se retranchaient dans leur forteresse de Marienbourg. Les terres qu'ils contrôlaient seront perdues au profit du Grand-Duché de Lituanie.

Bilan

Christianisation des Lituaniens en 1387. Le grand-duc de Lituanie Jogaila s'était converti au christianisme catholique à l'occasion de l'union de Krewo (1385) ; il épousa l'héritière du trône de Pologne Hedwige : Jogaila devint ainsi roi de Pologne sous le nom de Władysław II Jagiełło. La conversion par la force des baltes païens par le biais des croisades baltes avait échoué : l'opposition des Teutoniques continua.

Ces croisades ont réussi à soumettre les peuples de Livonie, de Latgale et d'Estonie. Restent les Lituaniens, fermement opposés aux Teutoniques et aux Scandinaves. Les habitants de Samogitie, à titre d'exemple, restent de confession païenne jusqu'au XVe siècle.

L'Ordre teutonique y a gagné les terres qu'il recherchait depuis son éviction de Terre sainte. Il y installe une théocratie dite "monastique"[5].

Christianisés, mais non soumis

Les Lituaniens ne se sont pas soumis aux Teutoniques. S'ils se christianisent à la suite de leur grand-duc, c'est pour mieux se fondre dans l'Union de Pologne-Lituanie, qui cristallise l'opposition avec l'État teutonique. Ce contentieux achève donc les croisades nordiques, mais d'autres guerres se préparent, les deux camps étant devenus irréconciliables. La première est la guerre du royaume de Pologne-Lituanie contre l'Ordre Teutonique.

Dérive de l'objectif initial

Territorialisés dans l'État teutonique pensé comme une théocratie au sens strict, les chevaliers se battront ensuite sans discontinuer contre les peuples baltes, Russes et Polonais.

La sécularisation de cette théocratie monastique et militaire dans un duché héréditaire de Prusse, prémisse de la fondation de l'État prussien n'enlève rien à sa dangerosité. L'État teutonique laissera une marque de fer sur la mentalité nationale : le militarisme prussien. Leurs opposants durant ces siècles de lutte fonderont une part importante de leur identité nationale sur la germanophobie induite.

Le lien entre les populations germaniques et les pays de la Baltique était scellé pour longtemps. Un autre épisode de l'Histoire semble en être une résurgence : lire Histoire des corps francs de la Baltique.

Voir aussi

Bouclier des chevaliers teutoniques, 1198.
Bouclier des frères de l'Épée.

Notes

  1. germaniques et non allemands : Saint-Empire romain germanique. La nation allemande est née plus tard.
  2. Voir aussi la légende du Danebrog, qui forme partie du récit national danois.
  3. Livonie en Estonie : cette terre porte alors ce nom pour eux et, du reste, pour leurs descendants germano-baltes.
  4. Schaulen en allemand, Saule en letton : la bataille se nomme Saulės Mūšis en lituanien et Saules kauja en letton.
  5. religieuse et militaire, selon le modèle régulier suivi par l'Ordre.

Références historiques

Bibliographie

  • Eric Christiansen, Les croisades nordiques, Alerion, 1995. ISBN 2910963047

Liens internes


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Croisades baltes de Wikipédia en français (auteurs)

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