Crise Iranienne Des Otages


Crise Iranienne Des Otages

Crise iranienne des otages

Le sceau de l'ambassade américaine de Téhéran en 2004.
Manifestation le 9 novembre 1979 à Washington, DC contre la prise d'otages.

On désigne sous le nom de crise iranienne des otages un épisode de 444 jours ayant marqué les débuts de la République islamique d'Iran et ses relations conflictuelles avec les États-Unis.

Sommaire

La prise d'otages

L'élément déclencheur de cette crise est l'hospitalisation le 22 octobre 1979 à New York de l'ancien dirigeant iranien réfugié au Mexique, le chah Mohammad Reza Pahlavi.

Le 4 novembre 1979 en fin de matinée, quelques 400 « étudiants islamiques » prennent d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran. La garde des marines présente sur place les retient pendant à peu près deux heures, pendant que le personnel détruit les documents sensibles. Lorsque les « étudiants » voient de la fumée s'échapper des bâtiments, ils forcent le passage et prennent 53 personnes en otages, auxquelles s'ajouteront trois autres, capturées au ministère des Affaires étrangères. Ils réussissent néanmoins à saisir des documents classifiés des services de renseignement américains, qui ont été publiés par la suite en Iran, en persan et, dans une moindre mesure, en anglais. Ces documents sont disponibles en 2008 sous forme de CD en Iran et dans Internet sur Memory Hole et en partie sur le site de l'ONG National Security Archive de l'Université George Washington[1][2].

En échange de la libération d'otages, les autorités iraniennes réclament que les États-Unis leur livrent le shah qui y séjourne officiellement pour raison de santé, afin que celui-ci soit jugé.

Treize des 56 otages sont libérés dans les deux semaines suivantes, ainsi qu'un quatorzième en juillet 1980. Les autres otages restent 444 jours en détention, durant lesquels certains tentent de s'échapper, mais en vain. Depuis leur libération, ils dénoncent la torture psychologique qu'ils subirent à l'époque.[réf. nécessaire]

La réponse de Jimmy Carter

En réponse à la prise d'otages, le président des États-Unis Jimmy Carter applique immédiatement des pressions d'ordre économique et diplomatique à l'égard de l'Iran : les importations de pétrole iranien sont stoppées le 12 novembre [3], un grand nombre de ressortissants iraniens sont expulsés des États-Unis[réf. nécessaire] et d'importants fonds iraniens se trouvant dans les banques américaines sont gelés le 14 novembre[3]. Le 15, moins de dix jours après la démission du premier ministre Mehdi Bazargan, qui s'était plaint des « comités Khomeini », Khomeini fait adopter par l'Assemblée des experts le texte de la nouvelle Constitution de l'Iran[3]. En janvier 1980, les partisans modérés de l'ayatollah Chariat Madari sont arrêtés et fusillés : Khomeini détient dorénavant tous les pouvoirs[4].

Selon la journaliste Dominique Lorentz, au printemps 1980, l'ayatollah Khomeini discute avec les deux candidats présidentiels, Carter et Reagan[5]. Les pourparlers ont fait appel aux protagonistes de l'Irangate, ainsi qu'aux deux pays liés à l'Iran par des accords nucléaires, la France (via Eurodif) et l'Allemagne (contrat pour la centrale de Bushehr, devant être construite par Kraftwerk Union)[5].

Mais au début d'avril 1980, Khomeini publie un communiqué, affirmant que « les otages resteraient aux mains des étudiants islamiques jusqu'à la réunion du Parlement. » [6]. Selon l'ex-président de la République islamique, Bani Sadr, « Cette démarche était pour moi synonyme de blocage définitif. (...) Ce communiqué de Khomeiny était l'aboutissement des contacts (avec les proches de Ronald Reagan) et qui n'avaient qu'un seul but: empêcher la libération des otages avant les élections américaines de novembre 1980 pour handicaper Carter dans sa réélection. »[7].

Le lendemain du communiqué, le 7 avril 1980, Carter rompt les relations diplomatiques avec l'Iran[8]. Deux semaines plus tard, il lance l'Opération Eagle Claw, pour essayer de libérer les otages par un commando. Celle-ci échoue. « Par une troublante conjonction de malchance »[9], trois hélicoptères sur huit tombent en panne, et un quatrième s'écrase, faisant huit morts[8].

Le premier ministre iranien, Mehdi Bazargan, jugé par l'ayatollah Khomeini trop conciliant avec Washington, démissionne le 6 décembre.

Fin 1980, après la défaite de Carter aux élections au profit de Ronald Reagan, la mort du chah le 27 juillet et le début de la guerre Iran-Irak, la voie de la négociation semble préférée. Les États-Unis font appel au ministre des Affaires étrangères algérien, Mohamed Seddik Benyahia, pour servir d'intermédiaire.

Finalement, la libération des otages est décidée en échange du dégel des fonds iraniens et de la promesse qu'aucune poursuite judiciaire ne sera lancée contre les autorités iraniennes (Accords d'Alger).

Libération des otages

Les otages sont libérés le 20 janvier 1981, douze minutes après l'adresse inaugurale du président Reagan, nouvellement élu, mais ne rejoignent leur pays que le 27, à l'occasion de l'investiture du président Reagan, après une étape sur la base aérienne de Wiesbaden.

Leur libération coïncidant avec le discours inaugural de Reagan, beaucoup (dont Bani Sadr, alors président de la République islamique d'Iran, et Gary Sick, alors membre du Conseil de la sécurité nationale et conseiller principal du président américain en ce qui concernait le Golfe Persique) ont parlé d'une « surprise d'octobre », affirmant qu'un marché avait été négocié par des républicains ayant des connexions avec la CIA (dont George H.W. Bush), appartenant à l'entourage de Reagan, afin de s'assurer que les otages ne soient libérés qu'après l'élection de Reagan.

Ainsi, une « surprise d'octobre » aurait été empêchée, une libération antérieure des otages aurait pu en effet permettre à Carter de gagner. En échange, l'équipe de Reagan aurait promis à Téhéran des armes.

Après douze ans d'enquête et la découverte de l'affaire Iran-Contra, deux commissions parlementaires ont été ouvertes. Celles-ci ont conclu à l'absence de négociations secrètes, néanmoins certains continuent à croire qu'elles ont bien eu lieu. En 2001, Ernest Backes, ancien banquier chez Clearstream, affirmait qu'il avait été en charge du transfert d'argent ayant payé la libération des otages. Il a transmis ses documents à l'Assemblée nationale.[réf. nécessaire]

Références

  1. (en) Documents From the US Espionage Den, Memory Hole. (400 pages des documents saisis à l'ambassade des États-Unis à Téhéran pendant la crise iranienne des otages)
  2. (en) Edward Jay Epstein, Secrets of the Teheren Archive, Orbis, printemps 1987.
  3. a , b  et c Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.86
  4. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.87
  5. a  et b Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.88
  6. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.88, cite Chapour Haghighat, Iran, la Révolution islamique
  7. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.88, cite Bani Sadr, Le Complot des ayatollahs, La Découverte, 1989.
  8. a  et b Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.89
  9. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002

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