Cosa nostra


Cosa nostra
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Cosa nostra
Image illustrative de l'article Cosa nostra
Localisation de la Sicile (en rouge) sur la carte d'Italie

Date de fondation XIXe siècle
Lieu Drapeau de l'Italie Sicile
Territoire Drapeau : Union européenne Europe du Sud et Europe de l'Ouest, Amérique du Nord (Drapeau des États-Unis États-Unis, Drapeau du Canada Canada), Amérique latine et Drapeau de l'Australie Australie
Année active XIXe siècle à nos jours
Éthnies présentes Sicilienne
Nombre de membres 187 familles 5 400 affranchis et 65 000 associés.
Activités criminelles
Alliés
Rivaux

Cosa nostra (Ce qui est à nous, notre chose) est le nom de la mafia sicilienne (bien qu'une seconde organisation, la Stidda, soit implantée dans le sud de l'île). Elle est aussi surnommée « La Piovra » pour ses réseaux tentaculaires et pour sa capacité à renouveler ses réseaux comme la pieuvre lorsqu'elle perd un de ses tentacules. Les membres de la Cosa nostra sont appelés « mafieux » ou « mafistes » en français et « Mafioso » au singulier et « mafiosi » au pluriel en italien, le terme de « mafia » désignant originellement la Cosa nostra jusqu'à ce qu'on apprenne son nom véritable, lequel aurait commencé à être utilisé après la Seconde Guerre mondiale.

On parlait auparavant de mafia ou de Società onorata (l'« honorable société »), appellation qui viendrait du fait que la Cosa nostra aurait eu des règles d'honneur strictes, telles que l'interdiction théorique du mensonge entre membres, de l'adultère et du proxénétisme. Aujourd'hui, la plupart de ces principes ont été nettement délaissés, notamment l'interdiction du proxénétisme et le mépris du trafic de stupéfiants, peut-être sous l'influence de la mafia italo-américaine. Du fait de l'émigration massive d'Italiens du Mezzogiorno à la fin du XIXe siècle, elle est également présente aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Amérique latine. Elle était considérée comme l'organisation la plus puissante jusqu'au début des années 2000. Elle est considérée par de nombreux spécialistes comme l'organisation criminelle la plus influente en Europe[1]. Mais la répression des autorités semble l'avoir affaiblie au profit de la 'Ndrangheta qui posséderait, depuis 2006, 80% du trafic de cocaïne en Europe[2].

Sommaire

Étymologie du terme Mafia

Article détaillé : Mafia (étymologie).

Le terme mafia a diverses étymologies possibles, plus ou moins vérifiables et réalistes. Dans les années 1860 commence la notoriété du terme, qui désigne par exemple dans les documents officiels, comme les communications des fonctionnaires, à la fois une association de malfaiteurs et un comportement courant dans la société sicilienne[3].

Selon l’historique des traditions populaires de Giuseppe Pitrè (1841-1916), dont les travaux sont fortement remis en cause par certains historiens de la mafia (John Dickie souligne qu'il était, coïncidence ?, proche collaborateur du député Raffaele Palizzolo, mafieux notoire[4]), le terme était utilisé comme synonyme de beauté, de bravache et d’audace dans le parler d’un quartier populaire de Palerme. Cette étymologie a été reprise par Diego Gambetta (en) (1993)[5], tandis que John Dickie insiste davantage sur l'ambiguïté du terme, désignant à la fois un tel comportement machiste et dit d'honneur et l'association criminelle elle-même, certains auteurs ayant, selon lui, plus ou moins à dessein, ouvertement insisté sur le premier sens afin de faire croire à l'inexistence de l'association criminelle.

Maxi-procès de 1901 contre la mafia, à l'issue duquel 32 des 89 inculpés furent condamnés, mais une bonne partie fut libéré en raison de la détention provisoire déjà effectuée. Illustration du journal de Palerme, L'Ora (it), propriété de la riche famille Florio (it), elle-même liée à la mafia.

L’expression mafia serait devenue courante, dans son sens criminel[3], à partir de 1863, avec la pièce I mafiusi di la Vicaria de Giuseppe Rizzotto (en) et Gaetano Mosca, qui eut un grand succès et fut traduit en italien, napolitain et meneghino, diffusant le terme sur tout le territoire national[3]. Dans cette pièce, le mafioso est le camorrista[réf. nécessaire], l’« homme d’honneur », c’est-à-dire l’individu qui adhère à une société qui s’oppose aux institutions et qui exhibe courage et supériorité. Selon J. Dickie, cette pièce est à l'origine du mythe de la Mafia protectrice des faibles et symbole de comportement honorable[3]. Dans son rapport de 1864 sur la sécurité publique en Sicile, le baron Turrisi Colonna (en) ne parle pas de mafia, mais de « secte »[3]. Dickie affirme que c'est le gouvernement italien qui popularisa le terme dans son sens actuel[3].

Un document confidentiel signé par le marquis et préfet de Palerme Filippo Antonio Gualterio, en avril 1865, mentionne la « Mafia, o associazione malandrinesca » (en français « la Mafia, ou association de malandrins »)[réf. nécessaire]. Selon Gualterio, la Mafia offrait alors sa protection aux opposants du gouvernement[3]. Le gouvernement profita des suggestions de ce rapport pour envoyer une troupe de 15 000 soldats en Sicile, pendant six mois, pour réprimer l'opposition politique[3]. Selon Dickie, Gualterio avait opportunément classé tous les agissements de la Mafia du côté des adversaires du gouvernement, alors que des chefs importants, tels Antonino Giammona, s'étaient placés du côté du gouvernement[3]. Son rapport suscita également une longue controverse sur le sens du mot mafia, certains affirmant qu'il voulait dire « comportement honorable et brave », d'autres déclarant au contraire qu'il désignait une organisation criminelle[3]. En 1877, le rapport de Leopoldo Franchetti (en) et Sidney Sonnino décrivit la mafia comme une « industrie de la violence », et le sens d'association criminelle fut consacré à nouveau par le rapport Sangiorgi (it) au tournant du XXe siècle.

D'autres étymologies ont pu être invoquées, suscitant l'ironie de la nouvelle Philologie (1973, in La Mer couleur de vin) de Leonardo Sciascia qui met en scène deux mafieux présentant des significations opposées afin d'égarer le lecteur[3].

Terminologie

  • l'omertà : c'est la loi du silence imposée par la mafia (« Je ne vois pas, je n'entends pas, je ne parle pas »). Les non mafieux ont peur des représailles qui attendent celui qui parlerait. Cette loi implique que la personne trahie doit tuer le coupable.
  • il pentito : c'est littéralement un « repenti », c'est-à-dire un ex-mafieux qui accepte de rompre l'omertà et de collaborer avec la justice en donnant des informations aux carabiniers, cela en échange d'une protection policière et d'une réduction de peine.
  • il gabbelluto : c'est un intermédiaire entre les grands propriétaires terriens et les paysans, qui loue les terres aux paysans en échange d'une part très importante de leur récolte[3].
  • la cosca est une association mafieuse structurée par différents clans généralement comparés aux feuilles d'un artichaut.
  • le pizzo : litt. « le bec », désignant l'argent du racket par dérivation issue de l'expression « se mouiller le bec »[3]. Le pizzo est le nom du racket en Sicile. La mafia impose une taxe aux commerçants et entreprises.
  • i latifondi : ce sont des exploitations agricoles qui pratiquent une agriculture extensive. Elles sont caractéristiques d'économies peu développées : manque de structures d'irrigation et des moyens rustiques.

Histoire de la Cosa nostra sicilienne

Origines

Une carte, datée de 1900, qui marque les villes avec des clans mafia. La distribution de ces villes correspond avec la distribution de la productivité agricole, avec une concentration plus forte dans l'est.

Il a été longtemps débattu des origines médiévales de la Mafia, lesquelles étaient affirmées par le pentito Tommaso Buscetta. La plupart des historiens contemporains écartent cependant cette version en tant que mythe. John Dickie et Salvatore Lupo lient ainsi l'émergence de la mafia à l'agriculture capitaliste des citronniers de la Conca d'Oro, région située autour de la riche Palerme, loin du cliché qui en ferait la réminiscence d'une culture arriérée liée à la misère de l'intérieur de l'île[3],[6]. Selon J. Dickie, la mafia est ainsi apparue au moment de l'unification italienne, entre 1860 et 1880. En effet de 1759 à 1825, Ferdinandi Ier, roi des deux Siciles, inspire une haine quasi-générale aux siciliens qui vont créer des sociétés secrètes et mouvements dits de "Renaissance". En 1848, il y aura une première révolte des paysans contre l'autorité italienne. Le 11 mai 1860, Garibaldi débarque avec 1 000 volontaires en Sicile et libère le pays. Le 21 octobre 1860 par 432 053 voix contre 667[7], l'île devient italienne et Garibaldi va tenter une marche sur Rome. Comme celle-ci va échouer, les siciliens accablés de nouveaux impôts, se révolteront. Les déserteurs formeront des troupes de brigands. Ce sont les débuts de la mafia dans l'ouest.

Selon d'autres versions[réf. nécessaire], la mafia « originelle » aurait été constituée comme une société secrète dont l’objectif avoué était de protéger la population sicilienne de la menace des maraudeurs espagnols au XVe siècle. Cependant, très peu de preuves historiques abondent dans ce sens. Il est également concevable que le mythe de « Robin des Bois » ait été perpétué par les premiers mafieux notoires dans le but de gagner la bienveillance et la confiance des Siciliens.

Après les révolutions de 1848 et 1860, la Sicile sombre dans l’anarchie. Des groupes de bandits, petits et épars, se réunirent dans des cosca (en) (clans), contribuant par les armes à la confusion[8]. Selon J. Dickie, la mafia émergea ainsi, à l'interface entre les bandits et le nouvel État italien, dénonçant certains bandits afin de mieux contrôler certains territoires où le racket (pizzo) et le vol de bétail étaient endémiques, tandis qu'elle faisait pression sur tout témoin ou mafieux « repenti » pour les empêcher de briser la loi de l'omertà. Afin de renforcer les liens entre les bandes disparates et d’assurer ainsi de meilleurs profits et un environnement plus sûr, il est probable que la mafia telle que nous la connaissons ait été formée à ce moment, entre le milieu et la fin du XIXe siècle[8].

Par ailleurs, à partir de 1861, date à laquelle le nouvel État italien unifié prit contrôle de la Sicile et des États papaux, le Vatican s'opposa fortement à Rome. Dès 1870, le Pape déclara être assailli par l’État italien et les catholiques furent fortement encouragés à refuser de coopérer avec lui. En règle générale, en Italie, cela prit un caractère paisible. La Sicile était fortement catholique, dans un sens toutefois plus communautaire qu'intellectuel ou théologique, et se méfiait traditionnellement des étrangers. La friction entre l’Église et l’État aida les bandes criminelles qui pouvaient prétendre aux paysans et aux citadins que coopérer avec la police, qui représentait le nouvel État italien, était un acte anti-catholique.

C’est pendant les deux décennies suivant l’unification de 1860 que le terme mafia est venu à l’attention du grand public. Elle était encore à l’image des contre-maîtres (les gabelloti (en)) qui dirigeaient et louaient les grandes propriétés agricoles aux nobles qui résidaient le plus souvent à Palerme, Naples ou, après l’Unification, Rome. En les re-louant ensuite aux paysans, ils acquirent de fait un pouvoir local, notamment en termes d’impôts et de prélèvements sur les récoltes.

Bref, la mafia se constitua dès cette époque en État parallèle, tiraillée entre une organisation territoriale en cosca (en) plus ou moins rivales et une coordination nécessaire entre celle-ci pour gérer des activités telles que le vol de bétail. Elle s'appuyait des complicités au sein de l'élite, qui se voyait soit contrainte de faire appel à ses services pour protéger ses plantations, soit voyait plus cyniquement une aide précieuse dans cette « industrie de la violence » (expression du rapport de 1877 de Sidney Sonnino et Leopoldo Franchetti (en)), liée à l'émergence d'un système capitaliste moderne (ce que Marx qualifiait d'« accumulation primitive du capital »). Selon le rapport Franchetti-Sonnino, Conditions politiques et administratives de la Sicile :

« Le chef mafieux (...) agit comme capitaliste, impresario et gestionnaire. Il coordonne la perpétration des crimes (...), régule la division du travail et des tâches, contrôle la discipline parmi ses employés (...) Il appartient au chef mafieux de juger, en fonction des circonstances, s'il convient de suspendre les actes de violence pendant un certain temps soit au contraire de les multiplier et d'en augmenter la férocité. Ce patron doit s'adapter aux conditions du marché pour choisir les opérations à mener, les personnes à exploiter, la forme de violence à utiliser[9]. »

Protéger les grandes plantations de bergamote et de citronniers, lesquelles exportaient massivement à destination du Royaume-Uni et de sa flotte qui utilisait ces agrumes contre le scorbut, et les propriétés de la noblesse locale (parfois en son absence jusqu’à la remplacer) devinrent en effet des affaires lucratives bien que dangereuses[3],[6]. Ces activités se déroulaient au début principalement à Palerme, mais la domination de la mafia sicilienne s’étendit bientôt dans tout l’ouest et l'intérieur de la Sicile, s'ingérant dans les mines de soufre. Déjà, des politiques tels que Raffaele Palizzolo s'appuyaient sur la mafia, tandis que le richissime Ignazio Florio Jr. protégeait également celle-ci, ayant comme domestiques deux importants dirigeants mafieux, les frères Noto.

La première mention dans les annales judiciaires officielles du terme mafia apparaît à la fin du XIXe siècle, quand un certain Dr. Galati fut victime de menaces violentes par un mafioso local, Don Antonino Giammona, qui tentait de racketter son exploitation de citronniers. Le pizzo, le vol de bétail et la corruption de fonctionnaires de l’État étaient les sources de revenus et les protections principales des premières mafias. C'est aussi à cette époque que le rapport Sangiorgi (it), du nom du préfet de police de Palerme, évoque les rites d'initiation à la mafia, lesquels auraient emprunté une certaine symbolique aux rites maçonniques.

Elle se fit remarquer dès cette époque pour sa violence et ses liens avec les pouvoirs officiels. En 1867, le préfet de police de Palerme, Giuseppe Albanese, est ainsi poignardé sur la voie publique : il avait essayé de faire chanter un mafieux. Inculpé de meurtre de deux bandits, le préfet sera acquitté en 1871 par manque de preuves, l'omertà aidant. En 1885, 107 hommes, accusés d'être membres de la Fraternité de Favara (it), groupe issu de la fusion de deux clans rivaux, sont inculpés et emprisonnés pour des homicides liés aux mines de soufre de Favara (province d'Agrigente)[10].

Les politiques mettent en place un réseau de clientélisme étendu, monnayant notamment les permis de port d'armes en échange d'appui électoral de la part des mafieux, à l'image du conseiller régional et député Raffaele Palizzolo[11]. En 1893, le marquis Emanuele Notarbartolo (it), ex-président de la Banque de Sicile (it), maire de Palerme de 1873 à 1876, et homme intègre, est assassiné, donnant lieu au second maxi-procès de la mafia, en 1901-1902. Condamné[Qui ?] pour homicide en première instance avec le mafieux Giuseppe Fontana, futur membre du gang new-yorkais de Giuseppe Morello (en), il[Qui ?] sera acquitté lors d'un second procès.

L'une des premières guerres de la mafia est aussi révélée au public à cette époque, avec la découverte de quatre cadavres dans un puits en 1897: elle opposait Don Antonino Giammona au leader Francesco Siino, qui, défait, devint le premier pentito d'importance, cité lors du maxi-procès de 1901. Sous la présidence de Luigi Pelloux (1898-1900), la mafia, qui avait aidé les propriétaires terriens à maintenir l'ordre lors de la révolte de 1891-1894 des fasci (syndicats paysans), se voit ainsi pour la première fois attaquée par l'État, tentative vite avortée.

La répression du régime fasciste de Mussolini

La répression étatique ressurgit sous Mussolini. Cesare Mori, le préfet « de fer » de Palerme de 1924 à 1929, utilisa les pouvoirs spéciaux qui lui furent accordés pour poursuivre en justice la Mafia, forçant beaucoup de mafiosi à fuir à l’étranger pour échapper à l’emprisonnement. Beaucoup se réfugièrent aux États-Unis (souvent en passant par le port du Havre) et parmi eux Joseph Bonanno, surnommé Joe Bananas, qui en vint à dominer la branche américaine de la Mafia[1]. Cependant, quand Mori commença à persécuter les mafiosi qui s’étaient réfugiés dans la hiérarchie fasciste, il fut destitué et les autorités fascistes proclamèrent que la Mafia avait été vaincue. Malgré ses attaques contre leurs confrères, Mussolini eut des partisans dans la mafia de New York, notamment Vito Genovese, qui était toutefois de Naples et non de Sicile[1].

La mafia depuis 1943

Après la chute du régime fasciste, la Mafia n’est redevenue puissante en Italie qu’avec la reddition du pays et l’occupation américaine, organisée par l'AMGOT, profitant du marché noir et de l'anticommunisme. Durant toute la guerre froide, la mafia entretient des liens avec les partis politiques italiens, notamment la Démocratie chrétienne qui gouverne quasiment sans interruption le pays jusqu'aux années 1980, via la continuation, en Sicile, du système clientéliste d'avant-guerre.

Les années 1950 voient ainsi l'urbanisation anarchique de Palerme, sous contrôle étroit de la mafia et de la DC, dans ce qui sera appelé le « sac de Palerme (en) » : « entre 1959 et 1963 (...) le conseil municipal accorda 80% des quatre mille deux cent cinq permis de construire à seulement cinq personnes »[12]. Au centre du réseau de corruption, les démocrate-chrétiens Salvo Lima (1928-1992), Vito Ciancimino (1924-2002), qui seront tous deux maires de Palerme, et Giovanni Gioia, secrétaire de la section démocrate-chrétienne de Palerme pendant 25 ans[12]. Ces événements, comme la vie du bandit Salvatore Giuliani, firent l'objet d'un film de Francesco Rosi, Main basse sur la ville (1963).

Les spéculations sur les rapports mafia-États-Unis

Les circonstances de l'Opération Husky (débarquement allié en Sicile en 1943) et de l'immédiat après-guerre en Sicile ont fait l'objet de nombreuses spéculations, tenant à l'étendue de la coopération, avérée jusqu'à un certain point, de mafieux tels que Lucky Luciano avec les autorités américaines, puis de mafieux siciliens avec l'AMGOT et l'Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la Central Intelligence Agency.

En décembre 1941, les services secrets de l'US Navy (l'ONI) contactèrent Joseph Lanza (en), « patron » mafieux du Fulton Fish Market de New York, pour distribuer des cartes syndicales aux agents américains afin qu'ils puissent enquêter sur les espions allemands[13]. Lanza leur transmit le nom de Lucky Luciano[13], lequel fut recruté pour aider à l'enquête[13] et transféré de Dannemora vers une prison plus agréable[13]. Les autorités américaines craignaient en effet que le port de New York ne fasse l'objet de tentatives de sabotage de la part d'agents nazis. Jusqu'en 1945, le Syndicat des dockers, totalement contrôlé par la Mafia, notamment par l'intermédiaire d'Albert Anastasia, aurait ainsi exercé un contrôle très ferme sur les installations portuaires. Selon l'historien John Dickie, « voilà certainement à quoi se résume la collaboration de Luciano avec le gouvernement fédéral », « rien ne [prouvant] qu'il se soit rendu en Sicile pendant la guerre, ni qu'il ait été libéré en échange du soutien de la Mafia au débarquement allié »[13]. Lucky Luciano lui-même nie avoir collaboré avec les autorités américaines dans son livre testament[14].

Certains[Qui ?] affirment que l'OSS aurait délibérément permis à la mafia de retrouver sa position sociale et économique en tant qu’« État dans l’État » en Sicile et que cela fut, avec l’alliance États-Unis-Mafia forgée en 1943, année de la chute de Mussolini, le tournant décisif dans l’histoire de la mafia et les bases nouvelles pour son activité pendant les soixante années suivantes. Le rôle de Don Calo (1877-1954), parrain de la cosca de Villalba et nommé maire de cette ville par les Alliés, est au centre de ces spéculations : certains prétendent en effet qu'il était alors le capo di tutti capi, ce qui demeure douteux pour certains historiens. Quoi qu'il en soit, il joua un rôle central dans la renaissance de la mafia[15], soutenant à l'origine le Movimento Indipendentista Siciliano (en), séparatiste, puis la Démocratie chrétienne[15]. Il était proche des notables siciliens de droite : par exemple, lors du mariage, en 1950, de la fille du parrain Giuseppe Genco Russo (en) (1893-1976), successeur de Don Calo à sa mort, il y était présent à côté du président (monarchiste) de l'Assemblée régionale, Ettore Cipolla (it)[15]. Genco deviendra conseiller municipal de Mussomeli de la DC.

D’autres historiens, tel que le palermitain Francesco Renda[réf. nécessaire], ont nié l’existence de toute alliance de ce type. La mafia aurait plutôt exploité le chaos de la Sicile post-fasciste pour reconquérir sa base sociale. L’OSS en effet, en 1944, dans son « Rapport sur les Problèmes de la mafia » par l’agent W.E. Scotten, a noté les signes de résurgence de la mafia et a averti des périls qu’elle représentait pour l’ordre social et les progrès économiques[réf. nécessaire]. Représentant de l'OSS à Palerme, Joseph Russo admit cependant être alors en rapport constant avec les mafieux, dont Don Calo[16],[17], qui s'instaurèrent comme garants de l'ordre alors que les élites fascistes étaient discréditées et que les Américains et la Démocratie-chrétienne voulaient éviter à tout prix de laisser gagner du terrain au Parti communiste (PCI). Les mafieux, dont la piété affichée en faisait des alliés aux yeux de l'Eglise locale et de la DC, étaient ainsi vus comme de précieux alliés dans le cadre de la guerre froide. Ceux-ci auraient utilisé leurs services aussi bien dans l’industrie navale américaine pour éradiquer les éléments socialistes et communistes, que dans les mouvements de résistance durant la guerre ou dans les gouvernements d’après-guerre, locaux et régionaux, là où la Mafia avait la mainmise.

La réunion de Palerme de 1957 et la « French Connection »

Lucky Luciano pris en photo par la police de New York en 1936.

En 1957, la mafia italo-américaine resserra ses liens avec son homologue sicilien, lors d'une réunion tenue au Grand Hôtel des Palmes de Palerme, en présence de Joseph Bonanno (1905-2002), Lucky Luciano (1897-1962) et Carmine Galante (1910-1979) pour les Américains, et Giuseppe Genco Russo (1893-1976), les deux Salvatore Greco (1923-1978 et 1924-?), Angelo La Barbera (1924-1975), Gaetano Badalamenti (1923-2004) et Tommaso Buscetta (1928-2000) pour les Siciliens. C'est alors qu'aurait été mise en place une Commission chargée de décider des représailles internes à la mafia, ôtant ainsi le pouvoir aux chefs de Familles, et la coordination du trafic d'héroïne. Le trafic de stupéfiants n'était cependant pas une nouveauté: dès les années 1920, la mafia sicilienne envoyait des caisses de morphine, trafic décrit par Nicola Gentile (1885-1966) et auquel participa le parrain new-yorkais Joe Profaci (1897-1962)[18].

Selon l'historien Alfred W. McCoy, Luciano a été autorisé à commander son réseau criminel de sa cellule de prison en échange de son assistance. Après la guerre, Luciano fut récompensé par une libération et une extradition vers l’Italie, où il put continuer sa carrière criminelle sans entrave. Il alla en Sicile en 1946 pour poursuivre ses activités et, selon le livre de McCoy, The Politics of Heroïn in South East Asia, Luciano forgea une alliance cruciale avec la mafia corse, menant au développement d’un vaste réseau international de trafic d’héroïne, initialement fourni par la Turquie et basé à Marseille – connue sous le nom de « French Connection »[19].

Plus tard, quand la Turquie a commencé à éliminer la production d’opium, Luciano usa de ses relations avec les Corses pour ouvrir un dialogue avec les mafiosi corses expatriés au Sud-Vietnam. En collaboration avec les principaux patrons américains comme Santo Trafficante Jr (1914-1987), Luciano et ses successeurs profitèrent des conditions chaotiques en Asie du Sud-Est, résultant de la guerre du Vietnam, pour établir une base d’approvisionnement et de distribution hors d’atteinte dans le « Triangle d’or », laquelle redirigea bientôt des quantités énormes d’héroïne asiatique aux États-Unis, en Australie et dans les autres pays via l’armée américaine.

Relation entre la mafia et la politique et la « première guerre » de la mafia

Après l'attentat de Ciaculli de 1963, au cours duquel une Alfa Romeo piégée, qui visait à l'origine le parrain Salvatore Greco, tua 7 policiers et militaires, une commission Anti-Mafia fut mise en place. Plusieurs propositions antérieures étaient restées lettres mortes, en particulier après le massacre de Portella della Ginestra (11 morts et 33 blessés dont des enfants) du 1er mai 1947 organisé par le bandit Salvatore Giuliano, peut-être affilié à la mafia, dix jours après la victoire de la gauche aux élections locales, et en particulier du paysan sicilien Girolamo Li Causi, membre du PCI.

D'autres propositions avaient été émises, en 1948 par le député communiste Giuseppe Berti, et en 1958 par l'ex-Premier ministre Ferruccio Parri, cette dernière étant rejetée par les politiciens siciliens membres de la Démocratie chrétienne, en particulier Bernardo Mattarella et Giovanni Gioia.

L'attentat de Ciaculli marque l'apogée d'un conflit interne, abusivement surnommé « première guerre » de la mafia : des conflits fratricides avaient pourtant eu lieu dès le XIXe siècle, et dans l'immédiat après-guerre deux clans portant le nom des Greco, descendants de Salvatore Greco, capomafia de Ciaculli selon le rapport Sangiorgio (en), s'étaient affrontés en 1946-1948, probablement pour obtenir le contrôle du marché des agrumes : le prétexte d'une vendetta familiale n'aurait été qu'une façon de dissimuler ces enjeux de pouvoir, 6 des victimes n'étant d'ailleurs pas des Greco[20]. Le 17 septembre 1947, lors d'une fusillade à Ciaculli, deux femmes de mafieux avaient achevé au couteau des blessés, ce qui leur valurent d'être exécutées à leur tour[20]. La cosca de Croceverde Giardini finit par l'emporter sur celle de Ciaculli[20]. L'un des fils du vainqueur n'était autre que Michele Greco, capo di tutti capi dans les années 1970. En 1955-1956, de nouveaux affrontements avaient eu lieu à Palerme, la presse se félicitant de cette auto-destruction des gangsters.

Le prétexte initial du nouveau conflit fut la disparition, en décembre 1962, d'un lot d'héroïne envoyé aux Etats-Unis sous la responsabilité de Calcedonio Di Pisa, assassiné le 26 décembre 1962. La guerre vit s'affronter les Greco, survivants de la guerre de 1946-1948, aux frères La Barbera, auparavant associés dans un cartel d'héroïne. D'autres Pisa furent assassinés, suscitant des représailles contre le clan Barbera, avec l'assassinat de Salvatore La Barbera en janvier 1963. Son frère, Angelo, s'attaqua alors à Salvatore Greco, survivant de 1946-1958, qui riposta par une fusillade dans une poissonnerie le 19 avril 1963. Le 25 mai 1963, le conflit déborda la Sicile, Angelo La Barbera étant grièvement blessé à Milan et arrêté dans la foulée.

Parfois présenté comme un conflit entre vieux et jeunes loups, les deux catégories étaient en fait présents dans les deux camps. Selon les allégations de Tomasso Buscetta, le premier Di Pisa aurait été assassiné par Michele Cavataio, perdant de la guerre de 1955-56, afin de déclencher un conflit entre les Greco et les Barbera. Selon J. Dickie, les mafieux eux-mêmes ignoraient les raisons véritables du conflit[21].

Originaire de Corleone, Luciano Leggio s'impose à la tête de sa cosca en faisant assassiner en 1958 le docteur Michele Navarra, parrain de Corleone. Ce dernier cumulait les fonctions de médecin-chirurgien attitré des chemins de fer italiens, de directeur de l'hôpital Dei Bianchi de Corleone et de président de la coopérative des agriculteurs et des caisses maladie et des mutuelles des vilage de Corleone, Misilmeri, Bolognetta et Lercara Friddi[1].

Suite à cette guerre des gangs à Palerme, en 1962, la création de la Commission devint enfin effective. La première Commission parlementaire sur les activités de la mafia, présidée par Paolo Rossi, du Parti socialiste démocratique italien, fut mise sur pieds en 1963. En mai 1965, le Parlement vota la loi 575, « Dispositions contre la mafia ». La Commission enquêta sur l'échec du procès contre Luciano Leggio.

Danilo Dolci, surnommé le « Gandhi de Sicile », témoigna en 1967 contre les liens entre la mafia et la classe politique italienne, s'attirant les foudres de trois hauts responsables de la Démocratie chrétienne, dont le ministre Bernardo Mattarella, ainsi que celles de l'Eglise.

En 1972, neuf ans après le massacre de Ciaculli et un an après la démission du maire démocrate-chrétien de Palerme, Vito Ciancimino (qui devint en 1992 le premier politicien condamné pour ses liens avec la mafia), l'arrivée à la Commission anti-mafia du démocrate-chrétien Giovanni Matta, ex-membre du conseil municipal de Palerme, suscita un scandale, l'opposition de gauche accusant la Démocratie chrétienne au pouvoir de tout faire pour limiter les enquêtes de la Commission. Finalement toute la Commission dût démissionner, avant d'être reformée sans intégrer Matta[22].

Pour lutter contre la mafia, Peppino Impastato se porta candidat en 1978 sur la liste Democrazia Proletaria (extrême gauche) aux élections municipales de Cinisi. Il fut assassiné dans la nuit du 8 au 9 mai 1978, pendant la campagne électorale.

Deuxième guerre de la mafia et victoire des Corleonesi : 1978-1982

La montée en puissance des Corleonesi au sein de l'organisation mafieuse sicilienne, sur fond de rivalités entre familles pour le contrôle du trafic d'héroïne, déclenche une nouvelle guerre interne, particulièrement meurtrière pour les familles parlermitaines. Les Corleonesi, sous la houlette de Toto Riina, entreprennent d'éliminer méthodiquement les familles palermitaines concurrentes[1]. Les Corleonesi est une dénomination pour désigner les mafiosi qui viennent du village de Corleone, comme dans le roman de Mario Puzo, Le Parrain.

Entre 1978 et 1982, les homicides se multiplient : les opposants aux Corleonesi au sein de Cosa nostra mais aussi les représentants des autorités publiques comme le colonel Giuseppe Russo en août 1977, l'inspecteur Boris Giuliano en juillet 1979, le magistrat et député Cesare Terranova. Même certaines personnalités politiques seront victimes de cette vague d'assassinats menée par les Corleonesi comme Michel Reina, secrétaire de la Démocratie chrétienne de Palerme en 1979 et le président de Sicile Piersanti Matarella en janvier 1980. Mais après l'assassinat en avril 1982 du membre de la Commission Pio La Torre, député communiste qui avait fait voter la loi anti-mafia[23] Rognoni-La Torre et, en septembre 1982, du général Carlo Alberto Dalla Chiesa, célèbre pour avoir capturé en septembre 1974 les fondateurs des premières Brigades rouges, Renato Curcio et Alberto Franceschini, la Seconde Commission Antimafia est mise sur pied la même année[1].

Leader de la lutte antiterroriste, Chiesa avait été nommé préfet à Palerme le 1er mai 1982 pour mettre un terme aux violences commises lors de la Seconde guerre de la mafia. Entre 1981 et 1983, il y'eut plus d'un millier d'homicides avec une moyenne d'un meurtre par jour à Palerme. Suite au retrait de Michele Greco, au début des années 1980, le clan des Corleonesi (Toto Riina, Bernardo Provenzano et Loluca Bagarella prend le contrôle de la Commission inter-régionale[1].

Offensive de l'État et Maxi-Procès

Dossier sur Michel Greco pendant le Maxi-Procès

En 1984, l'arrestation de Tommaso Buscetta au Brésil porte le premier coup d'envergure à Cosa nostra. Devenant le premier pentito (« repenti »), son arrestation permis le maxi-procès de 1986-1987 à Palerme, au cours duquel étaient inculpés 475 mafieux (dont les repentis Antonino Calderone ; le « soldat » de la mafia Salvatore Contorno tué en 1986, ainsi que l'ex-maire de Palerme Vito Ciancimino). Buscetta collabora aussi avec les Américains lors de l'opération Pizza connection. En 1992, il fit des déclarations fracassantes contre l'ex-président du Conseil Giulio Andreotti, qui avait dominé pendant 50 ans la scène politique italienne, et dont le dernier gouvernement était tombé la même année en raison de l'opération Mains propres.

Drapeau commémorant la mort des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino

L’Italie a réussi à donner quelques coups importants aux organisations mafieuses qui œuvraient sur son territoire et à partir de celui-ci. La magistrature lance alors l'Opération Mains propres, qui sonne la fin de la Seconde République italienne, les deux partis principaux, la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste étant contraints de se dissoudre, en raison du très grand nombre de politiciens impliqués dans des affaires avec la mafia (dont les ex-présidents du Conseil Bettino Craxi pour les socialistes, et Giulio Andreotti pour les démocrates chrétiens ; bien que ce dernier ait toujours été acquitté en dernière instance ; Salvo Lima, le « pro-consul d'Andreotti » en Sicile, fut assassiné le 12 mars 1992 pour éviter qu'il ne parle). Des procès à grande échelle permettent ainsi l’arrestation de nombreuses figures emblématiques de la mafia locale, tout en mettant hors d’état de nuire de nombreux politiciens véreux (dont les fameux fermiers généraux qui collectaient les impôts, une partie leur revenant). Le premier politique à tomber fut Vito Ciancimino, l'ex-maire de Palerme, en 1992.

Réplique de Cosa nostra contre l'État mené par Toto Riina

Mais la mafia réplique à ces procès par une guerre ouverte contre l'État italien. L’assassinat particulièrement démonstratif du Général Carlo Alberto Dalla Chiesa, du magistrat Rosario Angelo Livatino, puis des juges Giovanni Falcone (mai 1992) et Paolo Borsellino (juin 1992) (au moyen d’une tonne de TNT dans chaque cas), même s’ils eurent l’effet d’un électrochoc avec les nouvelles lois antimafia votées qui reprenaient l’essentiel des théories de ce haut fonctionnaire de l’armée ou des deux magistrats, donna malheureusement un coup d’arrêt grave à cette action.

Fin 2009, Massimo Ciancimino, le fils de l'ex-maire de Palerme devenu pentito (« repenti » ou « collaborateur de justice »), fit une série de déclarations fracassantes à la justice et à la presse, affirmant entre autres que Silvio Berlusconi avait bénéficié de fonds de la mafia dans les années 1970[24] et que Forza Italia était né de l'accord entre l'État et la mafia (le capo di tutti capi Toto Riina et Bernardo Provenzano) entre mai et juin 1992, accord en douze points prouvé par le Papello, qui devait permettre l'arrêt de la guerre contre l'État en échange de la réforme de la législation anti-mafia et des conditions de détention des mafieux[25],[26],[27],[28]. Dans le même temps, le sénateur Marcello Dell'Utri, fondateur de Forza Italia, était condamné pour association mafieuse.

Plusieurs sites Web anti-mafia ont été créés comme Libera[29] et Addiopizzo.

En 1993, la commission italienne d’enquête sur les phénomènes mafieux révéla que le principe de fonctionnement de la mafia avait des points communs avec celui de la franc-maçonnerie, pyramidale.

  • L'étude de la mafia va de pair avec l'analyse de la société dans laquelle elle est née et s'est développée. La Sicile, en particulier sa région occidentale, est définie comme une société mafiogène (c'est-à-dire productrice de mafia) en raison de certaines caractéristiques, telle que l'acceptation, par une grande partie de la population, de la violence et de l'illégalité, la faiblesse de l'économie légale ou la fragilité du tissu social.
  • Pour autant, cela n'est ni le produit d'un immuable ethos (au sens de « familisme amoral » de Banfield) ni celui d'un incivisme ancestral (thèse de Putnam). La Sicile a en effet connu d'importantes luttes populaires contre la mafia, de celles des Fasci siciliens (1891-1894 : organisations politiques de paysans contre les grands propriétaires) à celles des masses paysannes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes et causé des centaines de morts.
  • L'échec de ces luttes populaires, qui a forcé à l'émigration des millions d'individus, s'explique non seulement par la réaction violente des propriétaires terriens et des mafiosi, mais aussi par la complicité des institutions locales et centrales.

Règne de Bernardo Provenzano

À partir de 1993, Bernardo Provenzano, avec l'arrestation de Totò Riina et Leoluca Bagarella, devient le chef de Cosa nostra (il en était le bras droit). Il change radicalement la politique et le modus operandi dans les affaires de la mafia sicilienne. Il opte pour une stratégie dite de l'invisibilité ; les divisions mafieuses des zones d'influence en Sicile les plus riches cèdent leurs gains à celles moins rentables afin de contenter tout le monde (une sorte de statut social), en évitant d'inutiles guerres. Tout est contrôlé par un « boss » avec le charisme de Provenzano qui gère de façon impeccable l'organisation. La mafia maintenant n'est plus riche comme aux temps des grands trafics internationaux et c'est pourquoi elle est devenue en Sicile plus oppressive et capillaire.

Mais la Cosa nostra, affaiblie par la multiplication des arrestations, le recours systématisé aux repentis et les tensions internes dût à la maniére de commander de Toto Riina et des Corleonesi, aurait voulu au cours de l'année 2000 engager une tentative de concilation avec l'État italien par le biais du chef mafieux Salvatore Biondino, représentant de Toto Riina. Contre la reconnaissance de leurs culpabilités et la dissolution de l'organisation mafieuse, la plupart des chefs de Cosa nostra réclament à Pier Luigi Vigna, le procureur national antimafia, le droit d'être libéré dans quinze ou vingt ans[1].

Matteo Messina Denaro, associé dans cette entreprise à Filppo et Giuseppe Graviano, deux chefs mafieux de la famille Brancaccio à Palerme, va avoir pour mission par le biais d'un attentats (10 morts) d'imposer à l'État des négociations autour de la libération, sous conditions, des principaux chefs mafieux. Grâce à cela, il va acquerir de l'importance au sein de Cosa nostra[1]. Ce qui signe la fin du règne des Corleonesi.

Depuis 2002 et suite à la vague répressive des années 1990, Cosa nostra s'est restructurée sous la main de fer du nouveau patron Bernardo Provenzano. La mafia sicilienne a fait un virage stratégique important. Comme après chaque crise grave, les initiations ont été arrêtées, des familles ont été restructurées - voire dissoutes - des hommes remplacés pour un remaniement des chaînes de commandement afin que les « repentis » et les instances de répression perdent toutes traces de la société clandestine. De plus, le capo di tutti capi a décrété :

  • Fin des attentats-spectacles contre des magistrats ou des policiers,
  • Fin des tueries de mafieux rebelles,
  • Interdiction formelle de tuer des non-mafieux.

La Sicile devait retrouver une apparence paisible et cesser de faire la « une » des journaux. Dans le but de démotiver la police et pousser à l'oubli l'opinion publique italienne.

Le 11 avril 2006, après 43 années de cavale (depuis 1963), Provenzano est capturé dans une ferme à 2 km de Corleone. Sa capture marque la fin du règne des Corleonesi.

Évolution de Cosa nostra depuis l'arrestation de Bernardo Provenzano en 2006

Les rapports de la Direction Nationale Antimafia (DNA) sont assez pessimistes. Cosa nostra poursuit obstinément ses activités illicites et criminelles et conserve un fort pouvoir économique et d'intimidation. Elle renforcerait même son influence dans les entreprises, les milieux judiciaires et l'administration de l'île sicilienne. Cosa nostra est dirigé par la suite par Salvatore Lo Piccolo, chef indiscuté de Palerme depuis 25 ans. Il est arrêté 5 novembre 2007.

Suite à cela, les Corleonesi semblent avoir perdu le pouvoir au profit de Matteo Messina Denaro, originaire de Trapani. Ce nouveau chef du niveau et de la capacité de Provenzano pourrait continuer la gestion de l'organisation. Matteo Messina Denaro, 48 ans (recherché depuis 1993), est le boss de Trapani comme son père Francesco. Ce dernier a acquit de l'importance suite aux négociations entamées avec l'État en 2000 pour tenter les principaux chefs mafieux et de sa capacité à gérer les fonds criminels. Il est par ailleurs propriétaire de sablières dans sa province de Trapani. Depuis le début des années 1990, il est au mieux avec les familles des Cuntrera et des Caruana, originaire de Siculiana et installé en Amérique du Nord pour le trafic de stupéfiant et le blanchiment d'argent[1].

Depuis, il n'y a plus que de rares guerres de familles qui restent désormais locales et la Commission inter-provinciale ne s'en mêle plus. Toutefois, l'ordre règne grâce à une omertà féroce, une sélection draconienne des nouveaux soldats et une poigne de fer sur les principales ressources locales de la mafia : marchés publics et racket des entreprises (pizzo). Cosa nostra fait pression sur les habitants par la multiplication des incendies criminels. Cosa nostra était considérée comme l'organisation la plus puissante jusqu'au début des années 2000. Mais la repression des autorités semble l'avoir affaibli au profit de la Ndrangheta qui possède, depuis 2006, 80 % du trafic de cocaïne en Europe.

Structure de Cosa nostra

Cosa nostra se structure de manière hiérarchisée avec à son sommet la Commission régionale ou Commission inter-provinciale appelé « la Coupole » (la Cuppola). Elle est composée des chefs des Commissions provinciales. La Commission provinciale est composée des chefs de canton (capo mandamento). Les cantons sont dirigés par une ou plusieurs familles (cosca) avec à sa tête le chef de canton (Capo Mandamento)[30].

  1. Commissione interprovinciale ou Commissione regionale ou la Coupole (la Cupola) composée de capi della commissione provinciale avec à sa tête un possible capo dei capi ou capo di tutti capi.
  2. Commissione provinciale (Commission provinciale), composé des chefs de canton (Capo Mandamento) avec à sa tête un capo de Commisssione Provinciale.
  3. Mandamento (canton) avec à sa tête un capo mandamento (chef de canton). Un canton est sous la domination de plusieurs cosca (familles).
  4. Capofamiglia / boss / parrain (chef de la famille)
  5. Consiglieri (conseil du Capofamiglia), un ou plusieurs, jamais plus de trois.
  6. Sottocapo / sous-chef/ underboss dirige plusieurs caporegime ou capodecina
  7. Capodecina / caporegime / capitaine) dirige un groupe de dix (decine) soldats ou Picciotti
  8. Soldati / picciotti / uomini d'onore / hommes d'honneur

Commission inter-provinciale ou régionale

Cette structure hiérarchique comporte un sommet et un épicentre basé à Palerme. C'est là que siège l'organe de direction dénommé commission régionale, ou inter-provinciale, ou « coupole ». La commission régionale (ou inter-provinciale) a été créée en 1975. À l'origine, c'est une instance collégiale entre les chefs de « famille » qui dirigeent des cantons localement "Mandamento". Mais à la fin des années 1970, les Corléonais — que les mafieux palermitains surnomment avec mépris « U Viddanu » (Les « ploucs », les « pèquenots ») — ont pris le pouvoir de la province de Palerme, puis de la commission au prix d'un véritable bain de sang. Pendant près de quinze ans et jusqu'à sa capture (janvier 1993), Toto Riina dirigea d'une main de fer la commission régionale et exerça une véritable dictature sur toute la mafia sicilienne au mépris de toutes ses traditions. L'organigramme mafieux évolue selon les opportunités économiques, financières et du niveau de répression. Le chef de la « coupole » Toto Riina avait des conceptions dictatoriales, centralisées et terroristes de l'organisation. Son successeur Bernardo Provenzano avait une conception discrète, plus consensuelle, décentralisée, quasi-féodale.

Chaque « famille » est obligée d'obéir aux décrets de la commission inter-provinciale (coupole). L'instance suprême en Sicile décide par exemple des trêves de Pâques et Noël, interdiction de séquestrations de personnes sur l'île, etc.

Toutes les questions stratégiques de Cosa nostra relèvent de la commission régionale. Ses décisions sont sans appel et doivent être exécutées à n'importe quel prix, même de longues années après l'ordre initial. C'est à elle que revient le pouvoir de valider ou non toute sanction frappant un mafieux. Exercice finalement assez simple puisque la mesure des peines infligées par la « justice mafieuse » ne compte que deux barreaux :

  • Le mafieux est exclu et ne peut plus approcher quiconque appartient à Cosa nostra, et aucun des membres de l'« honorable société » ne doit plus lui parler. Seule solution : l'exil.
  • Bien plus fréquemment, le mafieux est condamné à mort et abattu.

La direction centrale de la Cosa nostra sicilienne est assurée depuis les années 1980 jusqu'en 2006 par la famille de Corleone. Cette puissance criminelle d'envergure planétaire a su tailler ses fiefs dans les grandes zones urbanisées du Nord de l'Italie. Elle entretient des liens anciens avec des clans puissants de la Camorra et a noué des contacts suivis avec les cartels colombiens tout en conservant un monopole quasi-absolu du trafic d'héroïne entre la Sicile et les États-Unis.

Commission provinciale

Chaque province de Sicile possède une commission provinciale sauf les provinces de Messine, Raguse et de Syracuse. À la tête de chaque province se trouve un chef de province désigné parmi les chefs de cantons.

Cantons de la Cosa nostra en 2008

Provinces de la Sicile

La province de Palerme et sa capitale, la province de Trapani, la province d'Agrigente, la province de Caltanissetta et dans une moindre mesure la province de Catane sont des régions où Cosa nostra est très présent. Le sud est en général dominé par une autre organistion : Stidda.

Ville de Palerme

La ville de Palerme est partagée entre 28 clans qui se divisent en 8 cantons, tandis que le reste de la province est divisé en 8 cantons[31].

Mandamenti et clans dans la ville de Palerme
Canton : (Mandamento) Chef de canton : (Capo mandamento) Clans
Brancaccio Ludovico Sansone Brancaccio, Ciaculli, Corso dei Mille, Roccella
Noce Luigi Caravello Malaspina-Cruillas, Noce
Pagliarelli Giovanni Nicchi Borgo Molara, Corso Calatafimi, Pagliarelli, Rocca-Mezzo Monreale
Passo di Rigano - Boccadifalco (inconnu) Altarello, Passo di Rigano - Boccadifalco, Torretta, Uditore
Porta Nuova Gaëtano Lo Presti Borgo Vecchio, Palermo Centro, Porta Nuova
Resuttana Gaetano Fidanzati Acquasanta - Arenella, Resuttana
San Lorezno Capaci, Carini, Cinisi, Partanna Mondello, San Lorezno, Terrasini, Lagosanto, Tommaso Natale - Sferracavallo
Santa Maria de Gesu' Gianni Tatagliani Almuzara Santa Maria di Gesu', Villagrazi di Palermo

province de Palerme

La province de Palerme est divisée en 7 cantons[31].

Mandamenti et clans dans la province de Palerme
Canton : (Mandamento) Chef de canton : (Capo mandamento) Clans
Bagheria/Villabate Giuseppe Scaduto
Partinico (inconnu)
San Giuseppe Jato Antonio Tatagliani Almuzara
Corleone Rosario lo Bue
Lagosanto (inconnu)
Belmonte Mezzagno Antonino Spera
Gangi – San Mauro Castelverde (o delle Madonie) Francesco Bonomo

Province d'Agrigente

La province d'Agrigente a 42 clans actifs répartis sur 6 cantons (mandamenti). Giuseppe Falsone est l'actuel représentant à la Commission (la Cupola)[31].

Canton : (Mandamento) Clans
Porto Empedocle Realmonte, Siculiana, Giardina Gallotti, Agrigento/Villaseta, Joppolo Giancaxio
Campobello di Licata Canicattì, Favara, Camastra, Campobello di Licata, Castrofilippo, Grotte, Licata, Naro, Racalmuto, Ravanusa
Cianciana Cianciana, Alessandria della Rocca, Bivona, Cammarata, San Giovanni Gemini, Santo Stefano di Quisquina
Ribera Burgio, Calamonaci, Cattolica Eraclea, Lucca Sicula, Ribera, Villafranca Sicula, Montallegro
Sambuca di Sicilia Sambuca di Sicilia, Caltabellotta, Menfi, Montevago, Santa Margherita di Belice, Sciacca
Casteltermini Casteltermini, Aragona, Raffadali, Sant'Angelo Muxaro, San Biagio Platani, Santa Elisabetta
(unaffiliated) Lampedusa/Linosa, Palma di Montechiaro

Province de Trapani

La province de Trapani a 17 clans divisés en 4 cantons (mandamenti). Matteo Messina Denaro est l'actuel représentant de la province à la Commission[32].

Canton (Mandamento) Chefs de cantons (Capo mandamento) Clans
Castelvetrano Matteo Messina Denaro Castelvetrano, Campobello di Mazara, Salaparuta & Poggioreale, Santa Ninfa, Gibellina, Partanna
Mazara del Vallo Mariano Agate Mazara del Vallo, Vita, Salemi, Marsala
Alcamo Antonio Melodia Alcamo, Castellammare del Golfo, Calatafimi
Trapani Antonio Tatagliani Almuzara Trapani, Paceco, Valderice, Custonaci

La Province de Caltanissetta

Canton (Mandamento) Chefs de cantons (Capo mandamento) Clans
Gela
Vallelunga
Riesi
Mussomeli

Province de Catane

La province de Catane est considérée être une zone où l'obtention de marché public par corruption est la plus importante. La province est divisée en 7 cantons. Les familles sont en rapport étroit avec les familles palermitaines[33].

Canton (Mandamento) Chefs de cantons (Capo mandamento) Clans
Santapaola
Mazzei
La Rocca
Sciuto
Laudani
Pillera
Romeo

Province d'Enna

La Province d'Enna est considérée comme une zone de retrait pour Cosa nostra.

Province de Messine

La province de Messine se divise en trois zones[33] :

  • Une zone est contrôlée par la Ndrangheta.
  • Une autre zone est contrôlée par des clans de Catane.
  • la dernière zone est contrôlée par des clans palermitains.

Province de Syracuse

La Province de Syracuse est plus dominée par la criminalité de droit commun, mais elle est sous la domination de[33] :

  • le clan Nardo de Lentini,
  • le clan Bottaro-Attanasio.

Province de Raguse

Cosa nostra est très peu présent. La région est dominée par Stidda.

Structure d'une famille (Cosca) de Cosa nostra

Mafia family structure tree.jpg

Cosa nostra compterait environ 186 familles de tailles et de virulence diverses. On estime que le nombre de personnes affiliées (chefs, soldats, initiés, loyaux du clan, etc.) est de 5 400 individus sur l'ensemble du territoire de la Sicile et 65 000 associés.

Chaque famille de Cosa nostra est organisée de façon pyramidale :

  1. Famille (Cosca) ;
  2. Parrain/Chef de la famille (Don) ;
  3. Conseiller(s) (Consigliere) — en général un seul conseiller, jamais plus de trois ;
  4. Sous-chef délégué (Sotto-capo ou Underboss) ;
  5. Chef(s) d'équipe(s) (Capodeccina, Caporegime ou Capitaine) ;
  6. Soldats (Soldato) ;
  7. Associés.

Au-dessus de la famille et au niveau local, régional ou national (Sicile), la structure est identique. La Famille mafieuse de Cosa nostra se compose toujours de 3 cercles humains concentriques généralement comparés aux feuilles d'un artichaut :

  • Au centre, le noyau dur composé des cadres et hommes d'honneur formellement initiés.
  • Autour du noyau, un cercle composé des proches des initiés par la voie du sang ou parrainage.
  • Second cercle, celui qui est composé des alliés tactiques, des associés, les prête-noms, etc. Aucun de ces derniers n'a une chance d'être initié.

Recrutement de la Cosa nostra

Les Dix Commandements

En novembre 2007, la police sicilienne déclare avoir trouvé une liste contenant Dix Commandements dans les affaires du Salvatore Lo Piccolo, capo de tutti capi de Cosa nostra. Cette liste explique comment être un bon, respectable et honorable mafiste[34].

  • Personne ne doit se présenter directement à un autre de nos amis. Une tierce personne doit être présente.
  • Ne convoite pas les femmes d'un autre homme d'honneur.
  • Ne collabore jamais avec la police
  • Les bars et discothèques te sont interdits.
  • Toujours être disponible pour Cosa nostra, même si ta femme est en train d'accoucher.
  • Les rendez-vous doivent être toujours respectés.
  • Les femmes doivent être traitées avec respect.
  • Quand on te demande une information, la réponse doit être la vérité.
  • L'argent ne peut pas t'être attribué s'il appartient à un autre ami ou à une autre famille.
  • Ne peuvent faire partie de Cosa nostra les personnes qui ont un proche dans la police, quelqu'un qui a quelqu'un de sa famille dans une autre famille mafieuse, quelqu'un qui se comporte mal et qui n'a pas de valeurs morales et les homosexuels.

Régles d'initiation

Membres sélectionnés

Cosa nostra est scrupuleuse lors de l'initiation d'un futur membre au sein de leur famille. Un mafieux doit être obligatoirement :

  • Sicilien de père et de mère,
  • de sexe masculin et catholique.

Sont d'office interdits d'initiation :

Rite d'initiation

Dès l'âge de raison, et souvent de père en fils, le jeune est imprégné des valeurs mafieuses. Il est observé, jaugé longuement par les anciens, puis prudemment abordé par des sous-entendus, des demi-silences ou allusions. Si l'évaluation est positive, le candidat est invité à adhérer à Cosa nostra. Cette introduction est à sens unique et on ne sort de l'honorable société que mort ou exclu.

Le rite d'initiation comme le décrit Tommaso Buscetta au juge Giovanni Falconne, le néophite est réuni avec au moins trois "homme d'honneurs" de la famille et le plus vieux membre l'avertit que cette "Maison" est signifiée pour protéger le faible contre l'abus de pouvoir; il pique alors le doigt de l'initié et renverse son sang sur une image sacrée, d'habitude un saint. L'image est placée dans la main de l'initié et liée par le feu. Le néophyte doit résister à la douleur du feu, passer l'image d'une main à l'autre, jusqu'à ce que l'image soit consommée, tout en jurant solennellement de garder la foi avec les principes de la "Cosa Nostra" en utilisant la formule « pour voir ma brûlure de chair comme ce saint si je ne garde pas mon serment ». Joseph Valachi était la première personne à mentionner ceci au tribunal[35].

Lors de son initiation, le nouveau mafieux doit prêter serment. Le code d'honneur suivant lui est édicté :

  • Ne pas voler, ne pas se livrer au proxénétisme,
  • Ne pas tuer d'autres hommes d'honneur, sauf ordre de la « Coupole »,
  • Ne jamais parler de Cosa nostra en public,
  • Respecter l'omertà (loi du silence).
    • l'omertà : c'est la loi du silence imposée par la mafia (« Je ne vois pas, je n'entends pas, je ne parle pas" »). Les non-mafieux ont peur des représailles qui attendent celui qui parlerait. Cette loi implique que la personne trahie doive tuer le coupable. la rupture de l’omertà est punie de mort, même des décennies après la sentence. Pour illustrer de ce qu'est l'Omertà, les mafieux ne doivent sous aucun prétexte écrire ce qui concerne Cosa nostra. Ainsi, à la fin des années 1960, alors que le jeune et brillant Michele Cavataino de la famille de l'Acquasanta discutait du redécoupage territorial de la capitale sicilienne avec des membres de la commission provinciale de Palerme, il prit une feuille de papier et expliqua son idée en crayonnant un schéma. Condamné à mort par la commission, il fut exécuté peu après la réunion.

La première épreuve après l'initiation est souvent un meurtre désigné par la Coupole en signe de soumission et d'obéissance à l'organisation. Toutefois, les entrepreneurs, les fonctionnaires, les membres de professions libérales et les ecclésiastiques sont dispensés d'assassinat.

Sont strictement interdits :

Économie de Cosa nostra

Activités

En Sicile, Cosa nostra est présente dans les champs d'activité suivants :

  • Trafic de drogues[30]
  • Trafic de cigarettes
  • Interventions illicites dans les contrats d'adjudications des travaux publics et de construction,
  • Collecte de il pizzo : c'est le nom du racket en Sicile. C'est un système qui permet à la mafia de fixer des taxes aux commerçants et entreprises pour contrôler le territoire. Les commerçants sont contraints à payer cet impôt pour être protégés. De plus en plus, les Siciliens se mobilisent et font des campagnes publicitaires pour appeler la population à rompre l'omertà[30].
  • Usure.
  • Blanchiment d'argent dans l'économie légale.
  • Détournements des subventions de l'aides communautaires sur les marchés du vin, de la pêche, des agrumes et des oléagineux[30].
  • Trafic de carte bancaire.
  • Jeux et paris clandestin.
  • Trafic d'armes.
  • Enlévements
  • Incendies criminels utilisés comme moyen de pression sur les personnes qui ne veulent pas payer le pizzo
  • Meurtres pour traîtres et tous les adversaires de Cosa nostra. Le meurtre entre mafieux est prohibé sauf si la commission ou le capo famiglia en décident autrement.

Pour les extorsions, la Mafia n'épargne pas les grandes entreprises italiennes, en particulier celles engagées dans les grands travaux publics comme Italcementi (ciment), Impregilo (numéro un italien du BTP) et Condotte (BTP et adduction d'eau). Ces firmes préfèrent pactiser plutôt que de dénoncer les chantages dont elles font l'objet (Rapport 2007, "SOS Entreprises", Confesercenti)[36].

Chiffres d'affaires

Selon un rapport d'Eurispes datant de 2003[Lequel ?], institut de données économiques, le chiffre d'affaires de la Cosa nostra s'élèverait à 13 milliards d'euros[réf. nécessaire]. Il se divise de la manière suivante :

  • 8,005 milliards d'euros annuel pour le trafic de drogue.
  • 2,841 milliards d'euros provenant de la criminalité « en col blanc » (appels d'offre truqués, recyclage de l'argent sale, acquisition de commerces légaux...).
  • 1,549 milliard pour le trafic d'armes.
  • 351 millions provenant de l'extorsion (pizzo) et de l'usure.
  • 176 millions provenant du proxénétisme.

Cosa nostra à l'étranger

Elle a été internationalisée par des membres nord-américains de la mafia qui ont immigré vers la fin du XIXe siècle et XXe siècle. Lucky Luciano est considéré comme l'élément fédérateur de Cosa nostra aux États-Unis, notamment dans le contrôle du trafic mondial de l'héroïne entre les États-Unis, la France et l'Asie du Sud-Est.

Organisation criminelle planétaire

À l'étranger, la Cosa Nostra a renforcé son implantation en Allemagne, aux États-Unis, au Canada et en Australie tout en resserrant les liens avec des sociétés criminelles d'Amérique latine et de l'Europe de l'Est. Dans les Balkans, elle a développé un énorme marché noir d'armes de guerre et d'explosifs, dont des missiles sol-air.

Plusieurs familles ont une activité internationale en Amérique latine, en Amérique centrale, en Turquie et s'occupent d'inonder les marchés européens et nord-américains d'héroïne. Le juge Giovanni Falcone avait dénoncé, quelques jours avant sa mort, le rôle de « blanchisseurs planétaires » des frères Cuntrera. Ces derniers issus de la famille de Siculiana (ville sicilienne proche d'Agrigente), avaient émigré au Canada avant d'émigrer dix ans plus tard au Venezuela. En vingt ans, la clan Cuntrera-Caruana y ont édifié un véritable empire immobilier et touristique dans les îles proches de Medellin (en Colombie) et des Caraïbes. Région parsemée, non sans hasard, de terrains d'atterrissage.

Cosa nostra américaine

Le FBI estime qu'environ 3 000 siciliens y résident en permanence, souvent clandestinement. L'activité de la Cosa nostra sicilienne s'étend dans plusieurs métropoles américaines. Dans la Mafia italo-américaine, la double appartenance à Cosa nostra sicilienne est acceptée. Cette collaboration avait donné naissance en son temps à la célèbre Pizza Connection de Toni Malone.

Aux États-Unis, on compte 25 familles mafieuses, essentiellement implantées dans les agglomérations new-yorkaise, à Chicago, en Nouvelle-Angleterre (Nord-Est), au sud de la Floride, à Las Vegas et Atlantic City (Côte Est). Seules les villes d'Atlantic City, Las Vegas et Miami sont ouvertes à toutes les familles.

Les familles n'initient que des hommes d'origine italienne, généralement originaires du Mezzogiorno (Sud). Il y en aurait environ 1 300 à ce jour[réf. nécessaire]. Rappelons que chaque homme d'honneur possède sa propre équipe qui compte entre dix et trente associés non initiés.

On estime[Qui ?] le chiffre d'affaires annuel de la Cosa nostra américaine à entre 30 et 60 milliards de dollars[réf. nécessaire].

Au-dessus des familles existe un organe suprême (la Commission) qui tranche et arbitre les litiges. Créée en 1931 par Salvatore Lucania - plus connue sous le nom de Lucky Luciano - cette « Coupole » rassemble 24 des 25 familles. La plus ancienne, celle de la Nouvelle-Orléans reste indépendante.

Les interdits mafieux édictés en Sicile concernant la pornographie et la prostitution n'ont pas résisté à la traversée de l'Atlantique. La Cosa nostra américaine a la particularité de contrôler des pans entiers du mouvement syndical. Elle parvient ainsi à étrangler des chaînes de production et de distribution dans le but de racketter les entreprises. Une section syndicale corrompue est plus efficace qu'un revolver ou une batte de baseball. Des grandes fédérations syndicales sont accusées par la justice d'être sous influence mafieuse. Notamment celle des employés de l'hôtellerie et de la restauration, des dockers et des conducteurs de poids-lourds.

Quelques arrestations et crimes liés à Cosa nostra en France

Notes et références de l'article

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Frank Furet, Histoire de la Cosa nostra, Banc Public n°115, décembre 2002, Bruxelles
  2. (en) John Hooper, "Move over, Cosa nostra", The Guardian, 8 juin 2006
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o John Dickie (2004), Cosa nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éd. Perrin, 2007, en particulier chapitre I
  4. John Dickie (2004), Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éd. Perrin, 2007, p. 119
  5. Diego Gambetta (en), The Sicilian Mafia: The Business of Private Protection, Harvard Univ. Press, 1993
  6. a et b Jacques de Saint-Victor, "La mafia, fille d’une certaine modernité", Radici-Press, n°35
  7. Paragraphe : les plébiscites sur cronologia.leonardo.it. Consulté le 13 mars 2011
  8. a et b Philippe Conrad, "La mafia sicilienne : de « l'honorable société » à l'internationale du crime", septembre 2002, sur le site Clio
  9. Sidney Sonnino et Leopoldo Franchetti (en) (1877), Conditions politiques et administratives de la Sicile, cité par J. Dickie, op. cit., chap. I, p. 81
  10. John Dickie, op. cit., chap. II, p. 106 sq.
  11. John Dickie, op. cit., chap. III, p. 124-125
  12. a et b John Dickie, op. cit., p. 308
  13. a, b, c, d et e John Dickie (2004), Cosa nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éd. Perrin, 2007, chap. VI, p. 266
  14. Lucky Luciano, Le Testament, Martin Gosch.
  15. a, b et c John Dickie, op. cit., p. 277-279
  16. John Dickie, op. cit., p. 276
  17. (en) Salvatore Lupo, "The Allies and the mafia", in Journal of Modern Italian Studies, Volume 2, Issue 1 Spring 1997, pages 21 - 33
  18. John Dickie, op. cit., p. 323
  19. (it) centroimpastato.it
  20. a, b et c John Dickie, op. cit., p. 283-286
  21. J. Dickie, op. cit., p. 341
  22. (it) "I pregiudicati nell'Antimafia", by Umberto Santino, Centro Siciliano di Documentazione "Giuseppe Impastato"
  23. [PDF] loi anti-mafia
  24. Nick Squires, (en)"Mafia investment 'gave Silvio Berlusconi his big break'", The Telegraph, 3 février 2010
  25. (it) Palermo, Ciancimino: « Forza Italia frutto trattative Stato-mafia ». Alfano : piano per delegittimarci, L'Unita, 8 février 2010
  26. Philippe Ridet, "Massimo Ciancimino : au nom du père et du fils...", Le Monde, 26 novembre 2009
  27. Vito Vespucci, "Papello : la négociation entre Cosa nostra et l'État italien n'est plus une légende. Le document est au Parquet de Palerme", Italopolis, 15 octobre 2009 (traduction de l'italien sur Antimafia)
  28. (en) "The relationship between the mafia and the State - Ciancimino jr. hands over to magistrates a copy of the papello", Italian News
  29. (it) Site italien de Libera
  30. a, b, c et d Italie - Naissance et expansion de la mafia sicilienne, Le Cartographe, 19 novembre 2009 : Source : Atlas des mafias, texte de Fabrizio Maccaglia.
  31. a, b et c (it) Relazione del Ministro dell’Interno al Parlamento sull’attività svolta e sui risultati conseguiti dalla Direzione Investigativa Antimafia, 2° semestre 2008
  32. (it) [PDF] interno.it
  33. a, b et c [PDF] interno.it
  34. "Le code d'honneur de Cosa nostra découvert", Le Figaro, consulté le 8 novembre 2007
  35. http://www.mafia-news.com/fr/comment-page-1/#comment-1069
  36. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées lemonde20071024.

Annexes

Autres groupes mafieux en Italie

Liens externes

Bibliographie

  • Salvatore Lupo, Histoire de la mafia des origines à nos jours, Champs/Flammarion, France, 2001.
  • Giovanni Falcone & Marcelle Padovani, Cosa nostra, le juge et les hommes d'honneur, Éditions Austral, 2001.
  • Ferdinando Imposimato, Un juge en Italie, les dossiers noirs de la mafia, Éditions du Fallois, Paris, 2000.
  • Pino Arlacchi, Buscetta, la mafia par l'un des siens, Éditions du Félin, Paris, 1994.
  • John Dickie (2004), Cosa nostra, L'histoire de la mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éd. Perrin, Buchet/Chastel, Paris, 2007.


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