Confederation generale du travail unitaire


Confederation generale du travail unitaire

Confédération générale du travail unitaire

La Confédération générale du travail unitaire (CGTU) était un syndicat français ayant existé entre 1921 et 1936. Elle nait de la volonté d'une minorité de la Confédération générale du travail de s'affilier à l'Internationale syndicale rouge. En 1936, dans l'élan du Front populaire, les deux confédérations se réunifient. La CGTU était lié étroitement, pendant toute son existence, au Parti communiste français.

Sommaire

Histoire

La minorité syndicale pacifiste pendant la Première Guerre mondiale (1914-1917)

Dès le début de la Première Guerre mondiale, une minorité refuse le ralliement à l'Union sacrée qu'opère la majorité confédérale menée par Léon Jouhaux. Cette minorité s'exprime lors du comité confédéral national de la fin de l'année 1914. Pierre Monatte démissionne en janvier 1915, la lettre ouverte qu'il publie à cette occasion pour dénoncer la chauvinisme de la majorité est diffusée en tract. Autour de Pierre Monatte et d'Alphonse Merrheim, La Vie Ouvrière mène une action pacifiste malgré la censure, relayé à l'étranger par Romain Rolland et des révolutionnaires russes, comme Léon Trotsky. Le 1er mai 1915, le journal de la Fédération des métaux publie un numéro spécial expliquant la guerre comme un conflit interimpérialiste. Léon Jouhaux convoque alors une conférence nationale des fédérations et unions de la CGT, qui se tient le 15 août 1915. La motion minoritaire dénonçant l'Union sacrée reçoit 27 voix, contre 79 pour la motion majoritaire.

Quelques semaines plus tard, lors de la conférence de Zimmerwald, les représentants de la minorité de la CGT, Alphonse Merrheim et Albert Bourderon participent à l'écriture du manifeste qui sera ensuite distribué par La Vie Ouvrière et la Fédération des métaux, mais ils s'opposent à Lénine sur la création d'une "IIIe Internationale". Pour répondre au manifeste de Zimmerwald, Léon Jouhaux publie dès janvier 1916 la brochure, La Majorité confédérale et la Guerre. Lors de la conférence de décembre 1916, Jouhaux est approuvé par 99 voix contre 26 et 8 abstentions, y compris le bilan de la Conférence de Leeds qui s'est tenue pendant l'année entre les confédérations des Alliés et qui prépare la reconstruction de la Fédération syndicale internationale. Mais la minorité se divisent entre plusieurs comités, le Comité pour la reprise des relations internationales de Fernand Loriot et Alphonse Merrheim, le Comité de défense syndicale, plus anarcho-syndicaliste, et le Comité de défense du socialisme international plus modéré.

L'année 1917

L'année 1917, alors que le conflit paraît s'enliser militairement, voit une hausse considérable de l'agitation revendicative dans les usines, avec une explosion des jours de grèves et des manifestations dans lesquelles s'insèrent les militants pacificistes. Albert Thomas, Ministre de l'Armement, instaure alors les délégués ouvriers dans les usines pour faire baisser la tension. Dans ce climat relativement tendue, la nouvelle de la Révolution d'Octobre en Russie soulève un immense espoir, donnant un élan aux minoritaires. Lors de la conférence de décembre 1917, Léon Jouhaux qui constate lui aussi l'élan révolutionnaire, tend la main à Alphonse Merrheim et soumet au vote une motion se réclamant à la fois du Président Wilson et de la Révolution russe. Cette motion est adoptée à l'unanimité, moins deux voix (dont celle de Fernand Loriot).

L'affirmation de la minorité révolutionnaire (1918-1921)

Lors de son 13e Congrès en juillet 1918, Léon Jouhaux et la majorité confédérale obtiennent une double victoire en obtenant le ralliement d'Alphonse Merrheim et Georges Dumoulin a sa résolution adoptée par 908 mandats, contre 253 et 46 abstentions, et surtout, il fait voté une réforme des statuts qui achève l'intégration des structures issues de la Fédération nationale des syndicats et de la Fédération des bourses du travail et renforce le poids de l'appareil confédéral. L'autonomie des fédérations et des bourses est abolie.

En décembre, le CCN adopte un « programme minimum » et la CGT se dit attachée à une politique de présence dans les organismes paritaires mis en place à l'occasion du conflit. Enfin, elle montre son attachement aux quatorze points de Wilson en adressant une lettre de soutien au président américain. La majorité voit sa position renforcée avec les lois sur les conventions collectives et sur les 8 heures, et la mise en place de l'organisation internationale du travail. Cependant, le groupe de La Vie Ouvrière accuse la majorité de trahison et d'impréparation lors des grèves de 1919. Lors du congrès de septembre 1919, la minorité révolutionnaire s'affirme avec plus de 300 mandats. À la même période, la CGT connait un afflux d'adhérents, et atteint le million de syndiqués, mais la majorité défend ses orientations réformatrices, et au niveau international participe pleinement aux travaux de la Fédération syndicale internationale.

Au printemps 1920, de grands mouvement de grèves traversent la France, un mouvement par vague mené par la CGT s'affronte cependant à une répression très efficace des pouvoirs publics et du patronat, la majorité décide alors d'arrêter le mouvement lors du CCN de la fin mai 1920. Certains, particulièrement les cheminots, refusent. Mais la reression s'abat férocement, avec 18 000 révocations. Les effectifs syndicaux s'effondrent, et les positions à l'intérieur de la Confédération se radicalisent.

Le 3 octobre 1920, la minorité révolutionnaire crée des Comités syndicalistes révolutionnaires dont le secrétaire est Pierre Monatte. Ces CSR progressent au sein de l'appareil et gagne peu à peu des fédérations entières, comme les Cheminots ou les Métalos. Le 16e Congrès de la CGT en juillet 1921 à Lille voit une tension très forte entre les deux tendances, dont les délégués s'affrontent physiquement. Cependant, la majorité confédérale, menée par Léon Jouhaux rassemble 53 % des mandats sur sa motion. Au CCN de septembre, Jouhaux propose un compromis, une dissolution des CSR contre une démission des dirigeants majoritaires. Au nom des minoritaires, Gaston Monmousseau refuse le compromis. Deux motions s'affrontent, celle de Léon Jouhaux qui interdit la double appartenance (aux CSR et à la CGT) et celle de Léopold Cazals. La motion de Jouhaux obtient 63 votants, Cazal 57. Les majoritaires vont ensuite mené une politique délibérée d'obstruction à l'activité syndicale des minoritaires.

La naissance de la CGTU et son alignement progressif sur le PCF (1921-1926)

En décembre 1921, un bureau provisoire de la CGTU est élu. Il est composé de trois membres, tous de tendance anarchiste : Paul Cadeau, Labrousse, Pierre Totti. Mais au 1er congrès de la nouvelle confédération, cette direction est désavouée et doit céder la place à une coalition qui rassemble des syndicalistes se rapprochant du Parti communiste, sans y adhérer inconditionnellement. C'est ainsi que Gaston Monmousseau, issu du syndicalisme révolutionnaire, rassemble sur le vote d'une adhésion à l'Internationale syndicale rouge 741 voix, alors qu'une résolution défendue par l'anarchiste Pierre Besnard n'obtient que 406 voix.

Pourtant la nouvelle direction est loin d'être unanime. Gaston Monmousseau évolue rapidement vers le communisme, tandis que ses collègues Marie Guillot et Léopold Cazals tiennent à préserver un certain degré d'autonomie du syndicalisme. Ils démissionnent en juillet 1923. Le 2e congrès, tenu à Bourges en novembre 1923 marque la victoire du premier. Sur la question centrale de l'affiliation à l'ISR, 1 114 voix se prononcent pour, alors que 220 voix votent contre. La CGTU glisse alors dans l'orbite communiste, qui n'est pas encore monocolore. Cependant en 1926, les anarcho-syndicalistes et une grande partie des syndicalistes révolutionnaires quittent la CGTU pour fonder la Confédération générale du travail - Syndicaliste révolutionnaire.

La « bolchevisation » de la CGTU (1926-1934)

Jusqu'en 1931 différentes minorités vivent au sein de la CGTU, animées par des syndicalistes qui récusent à la fois le "réformisme" de Léon Jouhaux et l'alignement inconditionnel sur le parti communiste. Parmi ces minoritaires figure un proche compagnon de Pierre Monatte, dont le journal La Révolution prolétarienne répercute les thèses Maurice Chambelland. La Fédération unitaire de l'enseignement est également dans cette opposition non negligeable. En 1931, lors du 6e congrès, la minorité obtient 191 voix, face à une majorité communiste de 1 324 voix. Cette minorité s'était rassemblée en novembre 1930 autour d'un manifeste pour l'unité syndicale, dit Manifeste des 22, signé par des unitaires ( Lucie Colliard, Chambelland, Paul Cadeau), des syndicalistes autonomes, et des adhérents de la CGT, Pierre Monatte lui-même, Georges Dumoulin, Léon Digat.

À partir de 1932, la stalinisation du communisme pousse hors de la CGTU les opposants.

Le tournant unitaire et la réunification (1934-1936)

Suite au changement radical de stratégie du PCF, et à son alliance avec la SFIO en un Front populaire, la CGT et la CGTU se réunifient en 1936 au congrès de Toulouse. Celui qui depuis 1933 tend à supplanter Gaston Monmousseau dans la direction du syndicalisme communiste, Benoît Frachon, devient un des huit membres du Bureau confédéral de la Confédération générale du travail. Il y est accompagné par Julien Racamond. Désormais le vocabulaire va les désigner « anciens unitaires », tandis que les membres de la CGT maintenue par Jouhaux sont les « confédérés ». Jusqu'en 1939, puis de 1944 à 1947, c'est ce critère qui différencie les deux tendances principales de la CGT.

Les effectifs de la CGTU

Le dénombrage des effectifs syndicaux est un exercice toujours aléatoire, tant les données sont contradictoires selon les sources. Ce ne sont que des repères. Il en est de la CGTU comme des autres syndicats.

  • 1921: 333 000 adhérents.
  • 1927: 431 000 adhérents
  • 1931: 322 000 adhérents
  • 1935: 264 000 adhérents

Les principaux points d'ancrage de la CGTU étaient les Chemins de fer, le Bâtiment, les Services publics et l'Éclairage.

Congrès et bureaux confédéraux

Voir aussi

Sources

  • Comptes-rendus des Congrès de la CGTU.
  • Loïc Le Bars, La fédération unitaire de l'enseignement (1919-1935), éditions Syllepse, Paris, 2005.
  • Pierre Monatte Syndicalisme révolutionnaire et communisme, les archives de Pierre Monatte, François Maspero éditeur, Paris, 1968.
  • Antoine Prost, La CGT à l'époque du front populaire, Armand Colin, Paris, 1964.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome 16. Introduction à la période 1914-1939.

Liens externes

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