Collèges médiévaux


Collèges médiévaux

Collège (Moyen Âge)

Les collèges médiévaux de la fin du XIIe siècle au XVe siècle

Les collèges n’ont accueilli, dans les universités du XIIIe au XVe siècle, qu’une minorité d’étudiants. À savoir en 1450 un étudiant sur 10 à Paris, 1 sur 6 à Cambridge et 1 sur 4 à Toulouse. C’est différent selon les villes, mais cela ne concerne toujours qu’une minorité d’étudiants. Cependant, ils ont joué un rôle important. Ils sont à l’origine des lieux d’hébergement en faveur d’étudiants pauvres qui se trouvaient assurés du gîte et du couvert, mais qui fréquentaient les mêmes cours que les autres étudiants. Leurs fondateurs sont des laïcs (rois, reines, grands aristocrates…) mais ils peuvent être aussi des ecclésiastiques. Ces fondations ont un objectif spirituel et charitable : assurer l’entretien de communautés estudiantines qui œuvreront pour le Salut des fondateurs. Le nombre de ces collèges a été très variable selon les lieux et les villes. Du XIIIe au XVe siècle, une quarantaine sont créés à Paris, une douzaine à Cambridge et 8 à Oxford. Il y a eu des fondations assez nombreuses dans les villes universitaires méridionales, en particulier à Toulouse, mais aussi à Bologne, Montpellier et Avignon.
Par contre, les créations de collèges sont peu fréquentes dans les villes universitaires germaniques et d’une manière plus générale dans les villes d’Europe centrale. Au XIIIe siècle, les collèges accueillent souvent des étudiants en art ou en théologie alors qu’aux XIVe ‑ XVe siècles, les fondations s’adressent plus largement aux étudiants en droit; cela est à mettre en rapport avec le succès des études de droit à la même époque.
Ces collèges vont progressivement devenir des lieux d’enseignement parallèlement aux universités et cela surtout au XVe siècle.

Sommaire

Les premiers collèges, la genèse de l’institution

On n'emploie pas le mot de collège au XIIIe siècle ; ce mot n’a été employé que tardivement. On parle plutôt de maison ou aussi « d’hostel ». L’apparition des collèges à Paris est antérieure à celle de l’université, ils apparaissent dès la fin du XIIe siècle.

Ce mouvement de fondations est dû principalement à l’initiative de riches bienfaiteurs. La préoccupation des fondateurs de ces collèges s’enracine dans la volonté d’assurer l’existence matérielle des étudiants pauvres et de leur permettre de faire leurs études en leur garantissant un hébergement et une bourse. Les petits collèges répondent à un besoin social, mais ils n’ont pas laissé une documentation importante, on en a que des traces limitées. Un des plus anciens a été créé à Angers au tout début du XIIe siècle en 1116. Ce collège était destiné à 13 écoliers de la ville.

Les premières fondations se font à Paris. Le plus ancien collège est celui des Dix-Huit fondé en 1180 (voir : collège des Dix-Huit). Il a été fondé à l’initiative d’un marchand anglais, Josse de Londres qui lors de son retour de Jérusalem achète un local près des écoles de Notre-Dame où il décide de loger 18 étudiants et fait une donation à cette fin.
Sur ce modèle, d’autres riches bienfaiteurs vont fonder à Paris des collèges, dont le comte de Dreux en 1186 qui fonde le collège Saint-Thomas ou bien encore des ecclésiastiques comme Robert d'Harcourt, archidiacre de Rouen qui fonde le collège d’Harcourt (voir : Collège d'Harcourt) en 1280 pour des étudiants normands (24 au total) c’est-à-dire originaires de son pays natal. De la même manière, le cardinal de Cholet fonde lui-même le collège de Cholet (voir : Collège des Cholets) destiné aux boursiers d’Amiens et de Roubaix.

Apparaissent également à Paris, dans la première moitié du XIIIe siècle, des collèges réguliers. Parmi ces collèges apparaissent les fondations des Mendiants. Des couvents-collèges (studia) sont fondés très tôt dès 1215-1219 à Paris. Ces établissements hébergent les Frères et disposent d’écoles. D’autres ordres religieux s’occupent de fonder des collèges : on peut citer le collège Saint-Bernard pour l’Ordre cistercien ou le collège de Cluny fondé en 1260.

Le cas particulier de la fondation de Robert de Sorbon : si certains collèges ne sont que de simples fondations destinées à loger quelques étudiants pauvres, d’autres ont des préoccupations plus larges qui sont à la fois religieuses et intellectuelles. C’est le cas pour la fondation de Robert de Sorbon. Cette fondation est difficile à dater, se situant entre 1255 et 1258. Robert de Sorbon, chapelain de Louis IX, réserve son collège à des séculiers destinés à une vingtaine d’étudiants en théologie soumis à une discipline bien définie. Les statuts de 1270 imposent les repas en commun, une assistance journalière aux offices et une règle de vie austère. Robert de Sorbon est incontestablement animé par un souci pédagogique qui l’emporte sur le souci charitable. Il s’agit d’offrir des conditions d’étude satisfaisantes. Le collège n’est pas cependant un lieu d’enseignement. Les boursiers reçoivent un enseignement donné dans le cadre de l’université. Très vite, Robert de Sorbon se préoccupe de bien doter la bibliothèque de son collège pour offrir de bonnes conditions d’étude aux boursiers.

Les étudiants étrangers à Paris ont leur propre collège, ce sont par exemple le collège de Danemark au XIIIe siècle, celui de Suède au XIIIe siècle toujours et le mouvement se poursuit au XIVe siècle. Ailleurs en France, il n’y a que peu de collèges qui sont fondés car il n’y a encore que peu d’universités au XIIIe siècle. Les deux premiers en France méridionale sont Toulouse et Montpellier.

Concernant l'Angleterre, dès l’origine, ils sont réservés aux étudiants des facultés supérieures soumis aux études les plus longues et les plus coûteuses. Leur fondation est plus tardive qu’en France, le premier collège apparaît en 1264, il s’agit de Merton College. On a entre les deux pays un décalage chronologique assez sensible. À Cambridge, le premier collège est fondé en 1284 par l’évêque d’Ely. À Oxford entre les XIIIe ‑ XVe siècles, 9 des 10 collèges ont été fondés par des ecclésiastiques et tous se trouvent sous autorité ecclésiastique. À Cambridge, les fondations sont le fait de fondateurs laïcs. L’autorité extérieure est celle du chancelier de l’université. Ce sont des institutions autonomes dirigées par l’assemblée des boursiers. Ces derniers vont se coopter eux-mêmes, même s'il était prévu que ce soit une autorité extérieure qui les désigne. Les boursiers participent activement à la vie du collège. À la fin du XIIIe siècle, on a encore un réseau de collèges à peine esquissé. Aucun des collèges séculiers n’abrite d’enseignement, ils n’abritent qu’une petite minorité d’étudiants. Ces communautés de boursiers reçoivent l’enseignement à l’université.

Au XIVe siècle, multiplication des fondations

La situation en France

Les collèges fondés en France sont de plus en plus nombreux aux XIVe et au XVe siècles. Les fondations de collèges séculiers se multiplient en particulier à Paris. En 1400, on compte à Paris une cinquantaine de collèges. Mais ils ne sont pas fondés dans les seules villes universitaires, on en voit se créer dans les villes capitulaires comme à Soissons par exemple. Deux collèges y sont créés au XIVe siècle pour 100 écoliers au total, recrutés dans la famille du fondateur ou parmi les enfants originaires du pays du fondateur. Les boursiers fréquentent les écoles capitulaires de la ville.
Le plus important à Paris est celui de Navarre.

Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne et reine de France a fait inscrire dans son testament de 1305 son projet de collège (voir : Collège de Navarre). Elle souhaitait que ces étudiants bénéficient d’un toit et d’une bourse. Mais ce qui est nouveau, c’est d’abord de fonder un collège important par le nombre des boursiers puisque l’on prévoit d’accueillir 70 boursiers dont 20 en grammaire, 30 en art et 20 autres en théologie. D’autre part, elle voulait que son collège soit un lieu d’enseignement. Elle prévoyait que 3 maîtres enseignants seraient payés pour faire des cours aux boursiers en grammaire, en art et en théologie. Elle fait une hiérarchisation des apprentissages entre grammaire et art différente de l’université. L’institution est mise en place en 1315, mais elle ne correspond pas aux vœux de sa créatrice puisqu’il n’y a pas d’enseignement. C’est le premier collège royal fondé à Paris. Il faut attendre la fin du XIVe siècle pour que le projet soit de fait réalisé. Le collège est placé sous l’autorité d’un recteur lui-même sous autorité du doyen et des maîtres en théologie de la faculté de Paris.

Les rois au cours du XIVe siècle s’intéressent de plus en plus aux collèges. Jean II le Bon, le premier en 1353, fait passer sous son autorité directe un collège (le collège Mignon) que ce soit en ce qui concerne le recrutement, l’administration ou la gestion des biens du collège. C’est une initiative nouvelle qui témoigne de l’intérêt du pouvoir royal envers ces institutions. Charles V va réaffirmer la protection royale vis à vis des universités et conçoit une véritable politique visant à placer les collèges sous le contrôle royal. Le collège de Navarre a attiré son attention et une série d’ordonnances est produite entre 1369 et 1374 où Charles V s’octroie le pouvoir de collation des bourses (c’est-à-dire leur attribution) et porte dorénavant le titre de gouverneur supérieur du collège. Le collège de Navarre devient le centre du culte universitaire de saint Louis (qui est le saint patron de la dynastie royale). Ce sont autant de signes qui montrent l’intérêt du roi pour ce type d’institutions.
Le principal conseiller de Charles V, Jean Dormans (qui était cardinal) fonde un collège. Cette fondation est confirmée par le roi, ce collège est destiné à recevoir des étudiants en droit destinés ensuite à servir le pouvoir. La tutelle royale s’affirme à partir de Charles V. C’est sous Philippe VI, entre 1328 et 1350, que le plus grand nombre de collèges est fondé. Les fondateurs de ces collèges étaient souvent des gens de l’entourage royal, on peut citer notamment beaucoup de fondateurs issus du conseil du roi. C’est le cas du collège de l’Ave de Maria. Cela témoigne de la volonté du roi d’exercer une tutelle réelle sur les différents collèges parisiens.

Au XIIIe siècle pour les autres collèges, les fondations sont moins nombreuses qu’à Paris. Au XIVe siècle, de la même manière, les fondations sont toujours moins nombreuses. Elles se poursuivent toutefois et notamment à Toulouse. Ils sont soit fondés par des ecclésiastiques comme le collège de Périgord fondé à Toulouse par Hélie de Talleyrand, évêque de Limoges pour des étudiants en droit. On note également l’apparition de collèges à Montpellier pour les étudiants en médecine, mais également à Avignon et Cahors.

Les fondations des collèges dans le reste de l’Occident

Là aussi, on constate un intérêt royal marqué. C’est le cas par exemple en Angleterre avec Cambridge où le premier collège royal est King’s Hall qui comme le collège de Navarre abrite des étudiants en art ainsi que des étudiants des facultés supérieures. Dans la première moitié du XIVe siècle, on a d’autres fondations de collèges à Cambridge qui en compte 8 en 1400. Les fondateurs sont essentiellement issus de la haute aristocratie, de l’entourage royal.
Les Halls en Angleterre sont simplement des lieux de résidence installés dans des maisons louées et où les étudiants payent. Cela n’a donc rien à voir avec les collèges.
En Italie, il y a bien quelques fondations de collèges comme à Bologne et Padoue, mais le mouvement reste très limité. On peut citer à Bologne le collège d’Espagne fondé par un cardinal espagnol ; à Padoue, le collège a été fondé par un bourgeois pour des étudiants en droit. Pour l’Espagne, le premier collège est fondé à Salamanque à la fin du XIVe siècle par l’évêque de la ville pour des étudiants en droit canon (au nombre de 6). Un grand collège est fondé au début du XVe siècle par l’archevêque de Séville, c’est le Colegio Mayor pour les canonistes et les théologiens, mais il ne fonctionne qu’à partir de 1417.

Évolution de l’institution au XVe siècle

Au XVe siècle, l’aspect le plus nouveau est le fait que de façon ponctuelle d’abord puis régulière dès 1430, on voit les collèges abriter des tâches d’enseignement.

En France

Dans le cas français, le projet de Jeanne de Navarre va enfin voir le jour. À partir de la fin du XIVe siècle, il y a des maîtres en grammaire, en art et en théologie. Ce collège devient une institution d’enseignement, les maîtres enseignent dans leurs écoles pour les boursiers du collège. À l’intérieur même du collège, ils assurent des répétitions, dirigent des discussions en complément des cours. Sous le règne de Charles VI, l’activité d’enseignement devient très dynamique au collège de Navarre avec la création de nouveaux offices dont celui de sous-maître des leçons. Le sous-maître des leçons organise les disputes l’après-midi… Il existe également un sous-maître de grammaire. L’encadrement s’étoffe et l’enseignement s’ouvre aux non-boursiers également en contrepartie de leur assistance, ils doivent verser une somme d’argent. Ce collège va devenir un centre d’enseignement brillant. Ce n’est que lorsque survient la guerre civile en 1418 que l’enseignement du collège est remis en cause notamment par le pillage de la bibliothèque.
De la même manière, les grands collèges parisiens deviennent des centres d’enseignement dont celui de Robert de Sorbon. Mais ces collèges ne peuvent distribuer les grades.

En Angleterre

On observe la même évolution qu’en France. On assiste à la mise en place d’activité d’enseignement dans les collèges comme à Paris. Cette activité d’enseignement se développe avec une activité de tutorat. Ces tuteurs peuvent être des boursiers du collège. On organise des disputes dans les collèges, notamment pour les étudiants en art qui se préparent au baccalauréat. On admet les étudiants extérieurs contre paiement. Ce tutorat ouvre la voie à un véritable enseignement au sein des collèges sans que toutefois on ne puisse attester avant le XVIe siècle d’un enseignement régulier. Au départ, il n’y a pas dans les collèges de volonté de concurrence de l’université, mais à partir de 1500, les collèges éclipsent l’université.

Dans l’état actuel des études, il est impossible de faire une synthèse sur le problème des collèges. Toutefois, on a des évolutions en France et en Angleterre assez claire. Les collèges sont de simples lieux d’hébergement au départ, au XIVe siècle, ils sont des institutions fondées de plus en plus par et pour des milieux proches du pouvoir royal. À la fin du XIVe siècle et au milieu du XVe siècle encore, les plus grands d’entre eux deviennent les lieux d’enseignement d’une minorité de boursiers privilégiés. À la fin du XVe siècle, environ 15% des étudiants à Toulouse et à Paris sont dans des collèges contre 10% à Oxford. Ces boursiers sont de moins en moins recrutés parmi les étudiants pauvres. Ce sont très souvent des compatriotes ou des membres de la famille du fondateur auquel s’ajoutent des étudiants extérieurs à l’institution susceptibles de payer les cours.

Bibliographie

  • Aurélie Perraut, L'Architecture des collèges parisiens au Moyen Âge, PUPS, 2009


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