Claudius Rutilius Numatianus


Claudius Rutilius Numatianus

Rutilius Namatianus

Rutilius Claudius Namatianus est un poète latin du début du Ve siècle, païen, auteur d'un poème narrant son retour de Rome vers la Gaule, le De Reditu suo.

Sommaire

Vie

On ne sait de Rutilius Claudius Namatianus que ce qu'il nous apprend lui-même dans son poème De Reditu suo.

Appartenant à une riche famille de propriétaires terriens originaire Gaule (certainement de Toulouse) où il passe son enfance, Rutilius Claudius Namatianus suit son père nommé Gouverneur de Toscane et d'Ombrie. De culture classique, il est nommé Préfet de Rome en 414 après avoir été Comes sacrarum largitionum et Quaestor sacri Palatii. Comme le montrent les allusions à ses amis, dans son poème, il fait partie d'un milieu de hauts fonctionnaires lettrés.

Au faîte de sa carrière, vers la fin d'octobre 417, il décide de revenir en Narbonnaise, pour prendre connaissance de l’étendue des dévastations perpétrées par les Wisigoths dans son domaine, vraisemblablement vers Toulouse. Rome avait été précédemment saccagée par les Wisigoths en 410.

Dans son poème qui commence par l’éloge de Rome : « Est-ce trop que de vénérer Rome toute la vie ? », il médite sur son déclin irrémédiable et c’est à contre-cœur qu’il s’éloigne de la Ville. « Tu as fait une seule patrie de peuples différents, ta conquête a servi à qui vivait sans loi : offrant aux vaincus l’union dans son droit rendant unique l’Urbs divisée » écrit-il avec nostalgie.

Rutilius décrit chaque étape et les lieux qu’il visite. Son récit est un précieux témoignage du paysage et des villages de la côte du Latium et de la Toscane de l’Antiquité tardive. « Les villes aussi peuvent mourir », écrit-il en passant devant l’antique Populonia, dont ne subsistent plus que les ruines de ce qui fut le plus grand port de l’Étrurie.

À l’automne, période limite de la fermeture de la navigation saisonnière en méditerranée, il s’embarque à Ostie le 14 novembre 415, la via Aurelia lui semblant peu sûre par la présence des Goths qui ont détruit les ponts, rendant la route côtière difficilement praticable. Sous forme de poème, De reditu suo (Mon retour), il écrit le récit de son voyage par mer qu’il effectue en huit étapes sur environ deux semaines, suivant la route maritime suggérée par l’Itinerarium Maritimum, sorte de guide de la navigation en Méditerranée. Marseille est la destination probable de ce voyage maritime, dont le récit est interrompu à Luni (Carrare) aux premiers jours de décembre. Le reste est perdu.

Œuvre : le De Reditu suo

Il s’agit avant tout d’une œuvre poétique qui présente un contraste saisissant entre la splendeur du passé et un présent de ruines et de désolation. On perçoit dans la poésie de Rutilius l’appréhension d’un futur lourd d’incertitudes.

On n'a pas conservé l'ensemble du De reditu suo. On ne conserve que le livre I, ainsi que les 68 premiers vers du livre II, et quelques extraits.

Le texte que nous conservons présente la partie du voyage qui va du départ d'Ostie (31 octobre 417) à l'arrivée à Luni (11 novembre 417, c'est-à-dire le jour de la « fermeture » de la navigation sur mer). Après un vibrant éloge de la Rome éternelle qu'il doit quitter (éloge dans lequel il présente Rome comme la « plus belle reine du monde » — Regina tui pulcherrima mundi, I, 47 —, mère des hommes et mère des dieux — Genitrix hominum genitrixque deorum, I, 49 —, qui a fait une seule patrie de peuples divers — fecisti patriam diuersis gentibus unam, I, 63), Rutilius Namatianus décrit les paysages qu'il voit, et surtout les réflexions mélancoliques qu'ils lui inspirent : car nous avons en Rutilius un des derniers représentants de la littérature païenne, fortement attaché à la grandeur du passé romain (même s'il semble croire au destin éternel de Rome, comme le suggère l'éloge qu'il en fait), et représentant parfaitement l'attitude politique, culturelle et littéraire de ce que P. de Labriolle a appelé la « réaction païenne ».

Ainsi, le lyrisme éprouvé face à certains paysages (par exemple la description de « l'aurore humide de rosée qui luit dans un ciel empourpré » — Roscida puniceo fulsere crepuscula caelo, I, 277) laisse parfois la place à une violente satire d'ordre culturel et politique (contre les Juifs — I, 387-390 —, contre les moines — I, 439-453, puis I, 515-526 —, contre Stilicon, présenté comme un traître — 2, 39-60), qui témoigne de l'aigreur d'un des derniers intellectuels païens attachés à la Rome traditionnelle, au moment où triomphe le christianisme. Car l'antisémitisme de Rutilius, ainsi que sa haine des moines, sont autant d'attaques dissimulées contre le christianisme, qu'un intellectuel ne peut plus, à son époque, attaquer de front : l'insulte de radix stultitiae (« souche de sottise », I, 389) employée contre les Juifs semble faire allusion à la « sottise » issue de cette souche, c'est-à-dire au christianisme ; de même, le « scandale » que constitue la vie asociale des moines, est étendu par Rutilius à toute leur « secte » (secta, I, 525), qui semble empoisonnée par un poison plus violent que celui de Circé

Réception, postérité, redécouverte

Le texte du De reditu suo de Rutilius Namatianus a traversé une longue période d'oubli : ce n'est qu'en 1493 que G. Galbiato, secrétaire de G. Merula, découvrit à Bobbio l'unique manuscrit, oublié depuis le VIIIe siècle, qui contenait le texte de Rutilius Namatianus (vraisemblablement en écriture lombarde) ; ainsi le Moyen Âge n'eut aucune connaissance du poème de Rutilius. Les manuscrits sur lesquels est fondé le texte des éditions actuelles ne sont que des copies de ce manuscrit de Bobbio, aujourd'hui disparu.

On a découvert en 1973 quelques autres extraits du poème de Rutilius Namatianus.

Bibliographie

  • J. Carcopino, « À propos du poème de Rutilius Namatianus », dans R.E.L. 6, 1928, p. 180-200 ;
  • J. Vessereau et F. Préchac (édition et traduction), Rutilius Namatianus. Sur son retour, Paris, Les Belles Lettres, 1933¹, 1961², 2003³ ;
  • P. de Labriolle, La réaction païenne. Etude sur la polémique antichrétienne du Ier au VIe siècle, Paris, 1934, p. 470 sq. ;
  • P. Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, Études augustiniennes, 1964¹³, p. 102 sq. ;
  • E. Doblhofer (édition, traduction allemande et commentaire), Rutilius Claudius Namatianus. De reditu suo sive Iter Gallicum (2 vol.), Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag, 1972 ;
  • A. Garcia-Toraño Martinez (traduction espagnole et commentaire), Rutilio Namaciano. El retorno, dans Geografos latinos minores, Madrid, Gredos, 2002.
  • F. Paschoud, À quel genre littéraire le poème de Rutilius Namatianus appartient-il ?, dans R.E.L. 57, 1979, p. 315-322
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