Claude-Nicolas Ledoux


Claude-Nicolas Ledoux

Claude Nicolas Ledoux

Portrait de Claude Nicolas Ledoux avec sa fille vers 1782 - Musée Carnavalet, Paris.
Barrière Saint-Martin ou Rotonde de la Villette, ancien pavillon du mur des Fermiers généraux, à Paris

Claude Nicolas Ledoux est un architecte et urbaniste français né à Dormans le 21 mars 1736 et mort à Paris le 18 novembre 1806.

Il fut l'un des architectes les plus actifs à la fin de l'Ancien Régime, mais une grande partie des constructions qu'il a édifiées ont été détruites au XIXe siècle. Il fut l'un des principaux créateurs du style néoclassique.

Sommaire

Biographie

Claude Nicolas Ledoux est né en 1736 à Dormans, dans la Marne, fils d'un modeste marchand champenois. Sa mère, Françoise Domino, et sa marraine, Françoise Piloy, l'initièrent au dessin, ainsi qu'il le rapporte lui-même. La protection de l'abbé de Sassenage lui permit d'obtenir une bourse et d'étudier à Paris au collège de Beauvais (1749-1753), où il découvrit les littératures anciennes. Il fut ensuite employé chez un graveur et étudia l'architecture sous la direction de Jacques François Blondel, qui le tenait en haute estime.

Il fit un stage dans le cabinet de Pierre Contant d'Ivry, et entra également en rapport avec celui de Jean-Michel Chevotet, deux maîtres qui pouvaient lui procurer d'utiles relations parmi leurs riches clientèles : grâce à Contant d'Ivry, Ledoux entra en rapports avec le baron Crozat de Thiers qui lui confia l'aménagement d'un appartement dans son hôtel de la place Vendôme tandis que, parmi les clients de Chevotet, il fit la connaissance du président Hocquart et entra dans les bonnes grâces de la présidente et de sa sœur, Mme de Montesquiou.

Contant et Chevotet incarnaient un style Louis XV en voie de passer de mode mais, sans doute par l'intermédiaire de Louis-François Trouard, qui était revenu de Rome en 1757, Ledoux découvrit l'architecture antique, notamment les temples de Paestum, qui devaient exercer une grande influence sur son esthétique, et l'œuvre de Palladio.

Les œuvres de jeunesse (1762-1770)

En 1762, le jeune Ledoux créa pour le café Godeau, rue Saint-Honoré, fréquenté par des officiers, l'époustouflant décor conservé depuis 1969 au musée Carnavalet : sur les murs, il dressa, en guise de pilastres, des faisceaux de piques sommés de casques, entre lesquels il fit alterner des miroirs avec de larges panneaux ornés de trophées d'armes, d'un dessin original et hardi.

Château de Mauperthuis, 1763 (détruit)
Hôtel d'Hallwyll, 1766. Élévation de la façade sur la rue Michel-le-Comte.
Pavillon de Mme du Barry, Louveciennes, 1770-1771.

L'année suivante, le marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac appela Ledoux dans son vaste domaine de Mauperthuis, dans la Brie. L'architecte rebâtit le château au sommet d'une colline, créa des jeux d'eau alimentés par un aqueduc, une orangerie, une faisanderie et de vastes dépendances dont seuls subsistent aujourd'hui quelques vestiges.

Pour la présidente Hocquart, il bâtit en 1764 à la chaussée d'Antin un pavillon de style palladien orné, comme le château de Mauperthuis, d'un ordre colossal, forme que Ledoux devait décliner fréquemment, et que condamnait en principe la stricte tradition française, fidèle au principe de superposition des ordres[1].

Le 26 juillet 1764 à Saint-Eustache, Ledoux épousa Marie Bureau, fille d'un musicien du Roi. Un ami champenois, Joseph Marin Masson de Courcelles, lui obtint une place d'architecte des Eaux et Forêts en remplacement de Claude-Louis Daviler. Pour le compte de cette administration, il travailla, entre 1764 et 1770, à réparer ou à construire des dépendances du domaine forestier telles que des églises, ponts, puits, fontaines, écoles, dans le Tonnerrois, le Sénonais et le Bassigny. Parmi les témoignages conservés de cette activité on peut citer le pont de Marac, le pont Prégibert à Rolampont, les églises de Fouvent-le-Haut, de Roche-et-Raucourt, de Rolampont, de Cruzy-le-Châtel (nef, collatéraux et premier ordre du portail), le chœur de Saint-Étienne d'Auxerre, la nouvelle église (aujourd'hui détruite) de l'abbaye de Reigny.

À Paris, Ledoux se fit connaître en 1766 avec l’Hôtel d'Hallwyll, dans le quartier du Marais. Les commanditaires, Franz-Joseph d'Hallwyll, colonel des Suisses et sa femme, Marie-Thérèse Demidorge, veillaient de près à la dépense. Ledoux dut réutiliser une partie des bâtiments existants et imagina deux colonnades doriques conduisant à un nymphée orné d'urnes renversées pour tenir lieu du jardin que l'exiguïté de la parcelle ne permettait pas d'aménager. Il fit peindre une colonnade en trompe l'œil sur le mur aveugle du couvent de Carmélites voisin, de l'autre côté de la rue de Montmorency, afin d'étendre la perspective, procédé astucieux qui frappa les contemporains.

Ce bâtiment relativement modeste lui permit d'obtenir en 1767 la commande beaucoup plus importante du somptueux hôtel d'Uzès, construit pour le duc d'Uzès rue Montmartre. Là aussi, Ledoux conserva les structures d'un bâtiment plus ancien. Les boiseries du salon de compagnie, sculptées par Joseph Métivier et Jean-Baptiste Boiston, sont conservées au musée Carnavalet : elles constituent un exemple précoce du style néoclassique.

Le château de Bénouville, au nord de Caen (département du Calvados), fut construit en 1768-1769 pour le marquis de Livry. Avec ses volumes massifs, son vaste péristyle, c'est la plus importante des œuvres de jeunesse de Ledoux. On remarque particulièrement le superbe escalier d'honneur sous coupole conduisant au premier étage.

Ledoux fit un voyage en Angleterre dans les années 1769-1771 où il put se familiariser avec le palladianisme, et ses figures obligées telles que les serliennes, dont il usera. Il construisit de nombreux pavillons de style palladien, de volume généralement cubique et ornés d'un péristyle qui donnait de l'allure même aux constructions de petite taille. Dans ce genre, il bâtit à la chaussée d'Antin la maison de la Guimard, célèbre danseuse, la maison de Mlle Saint-Germain, rue Saint-Lazare, le pavillon d'Attilly au faubourg Poissonnière, le pavillon du poète Saint-Lambert à Eaubonne, et surtout le pavillon de musique de Madame du Barry à Louveciennes, inauguré le 2 septembre 1771.

La maturité

Sa réputation s'affirmant, Ledoux commença à construire des édifices beaucoup plus ambitieux, comme l’hôtel de Montmorency à la chaussée d'Antin, qui comportait en façade un ordre ionique sur un soubassement rustique et un toit à l'italienne orné des statues de huit connétables. Mais, constatant l'appauvrissement relatif de la noblesse, il cherchait à se rapprocher des milieux de la finance, aux moyens beaucoup plus considérables.

Dans le même temps, il suivait de près les opérations des administrations et songeait à se mettre à leur service, ne dédaignant pas des travaux à la frontière entre les compétences de l'architecte et celles de l'ingénieur. Grâce à la protection de Mme du Barry, Ledoux devint commissaire aux Salines de l'Est, dont la modernisation était engagée à la suite de la construction du canal de Bourgogne. Il fut ensuite promu, en 1771, inspecteur des salines de l'État en Franche-Comté[2]. Il entre à l'Académie royale d'architecture en 1773[3].

La saline royale d'Arc-et-Senans (1774-1779)

Saline royale d'Arc-et-Senans : à gauche, la maison du directeur
Saline royale d'Arc-et-Senans : projet initial pour la maison du directeur

Le sel était, autrefois, une denrée d'autant plus essentielle qu'elle servait à conserver certains aliments comme la viande ou le poisson. Sa consommation supportait un impôt fort impopulaire, la gabelle, perçu par la ferme générale. En Franche-Comté, du fait de l'existence dans le sous-sol de gisements de sel gemme, on trouvait des puits salés dont on extrayait le sel par ébullition dans des chaudières chauffées au bois.

À Salins-les-Bains ou à Montmorot, on avait construit les chaudières près des puits et l'on amenait le bois des forêts voisines. Près du premier de ces sites, les fermiers généraux décidèrent d'expérimenter une autre méthode : construire une usine d'extraction du sel à proximité de la forêt de la Chaux, au lieu dit le Val d'Amour, entre les villages d'Arc et de Senans, et y amener l'eau salée par une canalisation.

Construite entre 1774 et 1779, la saline royale d'Arc-et-Senans (Doubs), dont les plans furent approuvés par Louis XV et par Trudaine, est le chef-d'œuvre de Ledoux. On peut y accéder par une route rectiligne tracée à travers la forêt de Chaux. L'entrée, précédée par un péristyle d'ordre dorique, dont les proportions massives, d'allure archaïsante, sont copiées de Paestum, est logée dans une grotte qui donne l'impression de pénétrer dans une mine de sel. L'alliance des colonnes, motif archétypal du néoclassicisme, et de la grotte ornée de concrétions, qui évoque les créations de la Renaissance, marque l'opposition, mais aussi l'articulation, entre les forces élémentaires de la nature et le génie organisateur de l'homme, qui traduit les réflexions du XVIIIe siècle – on pense notamment à Jean-Jacques Rousseau – sur le rapport entre la technique et la nature.

L'entrée donne sur un vaste espace semi-circulaire entouré de dix bâtiments qui s'ordonnent sur la demi-circonférence et son diamètre. Sur la partie circulaire on trouve la tonnellerie, la forge et les deux bâtiments d'habitation pour les ouvriers ; sur la partie rectiligne les ateliers d'extraction du sel (ou bernes) alternent avec des bâtiments administratifs dont, au centre, le pavillon du directeur, qui contenait à l'origine la direction et la chapelle.

La signification de ce plan est ambivalente : le cercle, figure parfaite, évoque l'harmonie de la Cité idéale, lieu de la concorde dans le travail commun, mais il rappelle aussi les théories contemporaines de l'organisation et de la surveillance, particulièrement le panoptisme de Jeremy Bentham.

La saline peine à entrer dans une phase de production industrielle et rentable, en raison de la concurrence des marais salants. Après quelques essais peu fructueux, elle doit s'arrêter définitivement à cause de la Révolution française en 1790. Le rêve d'achèvement d'une manufacture, conçue à la fois comme une demeure royale et une nouvelle ville, prend fin.

Le théâtre de Besançon

Théâtre de Besançon, 1784
Projet de palais de justice d'Aix-en-Provence
Hôtel de Thélusson, 1778

Faisant de fréquents séjours en Franche-Comté en raison de ses fonctions, Ledoux fut choisi pour construire le théâtre de Besançon. Les salles de spectacles publiques étaient encore peu nombreuses en France.

Jusqu'alors, l'usage était que les nobles seuls étaient assis, le peuple restant debout. Mais cet état de fait suscitait des critiques auxquelles Ledoux, qui concevait le théâtre comme une communion de tous les spectateurs, à caractère quasi-religieux, souhaita répondre. Il trouva dans l'intendant de Franche-Comté, Charles André de La Coré, un esprit éclairé qui consentit à le suivre. Ainsi le théâtre de Besançon se trouva-t-il être le premier dont le parterre fut garni de fauteuils destinés aux abonnés. Les officiers s'installèrent au premier balcon, la noblesse occupa les premières loges et la bourgeoisie les secondes, tandis que le peuple eut des places assises dans l'amphithéâtre : ainsi le théâtre put-il être à la fois le lieu de la communion et celui d'une stricte hiérarchie des classes.

Avec l'aide du machiniste Dard de Bosco, élève de Servandoni, Ledoux dota la cage de scène, à laquelle il donna un grand volume, de tous les perfectionnements. Il fut le premier à dissimuler les musiciens dans une fosse d'orchestre.

L'édifice fut inauguré en 1784 et reçut des éloges. Ledoux présenta ensuite un projet pour le théâtre de Marseille mais il ne fut pas retenu. En 1784, on lui préféra Pierre-Adrien Pâris pour la construction du nouvel hôtel de ville de Neuchâtel. Si le projet spectaculaire qu'il conçut pour le palais de justice et la prison d'Aix-en-Provence reçut, après bien des difficultés, un commencement d'exécution en 1786, il fut interrompu par la Révolution française alors que les murs ne dépassaient pas la hauteur du rez-de-chaussée[4].

La loge féminine de la Candeur se réunissait dans l'hôtel qu'il avait construit, rue des Petites-Écuries, pour Mme d'Espinchal[5]. Il était désormais bien introduit dans le milieu de la finance. Pour le trésorier des maréchaussées, Praudeau de Chemilly, il dessina le parc de Bourneville près de la Ferté-Milon. Pour la veuve du banquier genevois Thélusson, ancien associé de Necker, il construisit l'hôtel Thellusson que tout Paris vint visiter : niché au cœur d'un jardin paysager, il ouvrait sur la rue de Provence par un immense porche en forme d'arc triomphal aux piles surbaissées ; les voitures pénétraient jusqu'à l'intérieur de l'hôtel dans un passage circulaire et le salon central, également circulaire, avait en son centre un rocher qu'enveloppait une colonnade.

Rue Saint-Georges, pour le créole Hosten, Ledoux construisit également un ensemble d'immeubles locatifs selon un principe constructif qui pouvait se développer à l'infini. Rue Saint-Lazare, autour d'un entrepôt de commerce, il dessina les jardins de Zéphyr et de Flore, dont Hubert Robert a fixé l'apparence.

L'architecte de la ferme générale

Rotonde de Chartres (aujourd'hui : entrée du parc Monceau)
Barrière de Chartres, rotonde du parc Monceau
Barrière Saint-Martin, rotonde de la Villette

Dans la suite de ses travaux franc-comtois, Ledoux était devenu architecte de la Ferme générale. Pour cette compagnie, il construisit un grenier à sel à Compiègne et entreprit de dresser un vaste siège rue du Bouloi à Paris.

Charles Alexandre de Calonne étant contrôleur général des finances, la Ferme obtint, sur une idée du chimiste et fermier général Lavoisier, de dresser une barrière autour de Paris pour limiter la contrebande qui occasionnait une évasion importante des droits d'octroi : ce fut le fameux mur des Fermiers généraux qui devait avoir 6 lieues de tour (24 kilomètres) et comporter 60 bureaux de perceptions (voir la Liste des barrières de Paris). Ledoux fut chargé de dresser ces édifices, qu'il baptisa pompeusement « les Propylées de Paris » et auxquels il voulut donner un caractère de solennité et de magnificence tout en mettant en pratique ses idées sur les liens nécessaires entre la forme et la fonction.

Pour couper court aux protestations de la population parisienne, l'opération fut menée tambour battant : 50 barrières d'octroi furent construites entre 1785 et 1788. La plupart ont été détruites au XIXe siècle ; il en subsiste un très petit nombre[6], dont celles de La Villette et de la place Denfert-Rochereau sont les seules à ne pas avoir été dénaturées. Dans certains cas, la porte était encadrée de deux bâtiments identiques ; dans d'autres, elle ne comportait qu'un seul bâtiment. Les formes se rattachaient à quelques grands types : la rotonde (Monceau, Reuilly) ; la rotonde surmontant une croix grecque (La Villette, La Rapée) ; le cube à quatre péristyle (Picpus) ; le temple grec (Gentilly, Courcelles) ; la colonne (le Trône). À l'Étoile, les pavillons, flanqués de colonnes faisant alterner les éléments cubiques et cylindriques, évoquaient le bâtiment de la direction d'Arc-et-Senans ; au bureau des Bonshommes, une abside ouverte par un péristyle rappelait le pavillon de la du Barry et l'hôtel de la Guimard. L'ordre employé était généralement le dorique grec. Ledoux avait également multiplié les bossages rustiques.

Les critiques d'ordre politique adressées à cette construction audacieuse[7] se doublèrent de critiques esthétiques pour l'architecte, accusé d'avoir pris des libertés excessives avec les canons antiques par des commentateurs tels que Dulaure ou Quatremère de Quincy. Bachaumont dénonce un « monument d'esclavage et de despotisme »[8]. Dans son Tableau de Paris (1788), Louis-Sébastien Mercier stigmatise « les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes », et s'exclame : « Ah ! Monsieur Ledoux, vous êtes un terrible architecte ! ». Ledoux, livré en pâture à l'opinion, fut révoqué de ses fonctions en 1787 tandis que Necker, succédant à Calonne, désavouait l'entreprise.

Les temps difficiles

Au même moment, les travaux du palais de Justice d'Aix-en-Provence étaient suspendus, Ledoux accusé de pousser le Trésor à des dépenses inconsidérées. Lorsque la Révolution éclata, sa riche clientèle prit le chemin de l'émigration ou périt sous la guillotine. Il vit sa carrière et ses projets arrêtés alors même que les premiers coups de pioche s'acharnaient sur l'enceinte déjà désuète des fermiers généraux : si, dès juin 1790, la Ferme générale avait pu installer ses employés dans les pavillons de Ledoux, l'octroi fut supprimé dès mai 1791, rendant l'ouvrage inutile. Symbole malgré lui de l'oppression fiscale, Ledoux, qui avait constitué une belle fortune et menait grand train, fut arrêté et jeté à la prison de la Force.

Il donna encore un projet d'école d'agriculture pour le duc de Duras, son compagnon de captivité. Peut-être l'intervention du peintre David, gendre de l'entrepreneur Pécoul, considérablement enrichi dans la construction des octrois, lui évita-t-elle la guillotine. Mais il perdit sa fille préférée tandis que l'autre lui intentait un procès.

Ledoux, rendu à la liberté, cessa de construire et s'attacha à préparer la publication de son œuvre complète. Depuis 1773, il avait commencé à faire graver ses constructions et ses projets mais, en raison de l'évolution de son style, il ne cessait de retoucher ses dessins et les graveurs devaient constamment refaire leurs planches. Ledoux évoluait vers une architecture toujours plus détaillée, colossale, avec de vastes parois de plus en plus lisses, des ouvertures de plus en plus rares, etc.

Pendant son emprisonnement, il avait commencé à rédiger un texte pour accompagner les gravures. Seul le premier volume parut de son vivant, en 1804, sous le titre L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation. Il présente le théâtre de Besançon, la saline d'Arc-et-Senans et la ville de Chaux.

Il mourut à Paris en 1806.

L'utopiste

Projet pour la ville de Chaux, autour de la saline royale d'Arc-et-Senans

Autour de la saline royale, Ledoux formalisa ses conceptions innovantes d'un urbanisme et d'une architecture destinés à rendre la société meilleure, d'une Cité idéale chargée de symboles et de significations. Il est considéré, avec Étienne-Louis Boullée et ses projets de Cénotaphe de Newton ou de basilique, comme l'un des précurseurs du courant utopiste[9].

Dès 1775, il avait présenté à Turgot les premières esquisses de la ville de Chaux, dont la saline royale devait former le centre. Le projet, constamment perfectionné, fut gravé à partir de 1780.

Utopiste radical de l'architecture, enseignant à l'École royale des beaux-arts, il crée un singulier ordre architectonique, une nouvelle colonne formée d'une alternance de pierres cylindriques et cubiques superposées à l'effet plastique saisissant. L'époque est alors au retour à l'antique, à la distinction et au dépouillement, au goût pour le style "rustique".

Principales œuvres

Constructions

Hôtel de Mlle Guimard - Élévation
Pavillon de Louveciennes - Plan du rez-de-chaussée
Bâtiment futuriste selon les plans exacts de Claude Nicolas Ledoux

Projets

Parmi ses autres conceptions « visionnaires » :

Publications

En 1804 est publié un volume comprenant des œuvres allant de 1768 à 1789 : L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation.

Galerie

Bâtiments effectivement réalisés

Projets

La ville idéale de Chaux

Bâtiments publics

Établissements commerciaux et divers

Postérité critique

Lorsqu'elles furent publiées en 1804, les planches gravées de Ledoux furent admirées pour leur qualité d'exécution mais le texte qui les accompagne fut jugé délirant.

L'œuvre de Ledoux a été réévaluée depuis 1925. Reconnu comme un visionnaire par le cubisme, le surréalisme ou le postmodernisme, Ledoux est désormais considéré comme l'un des tout premiers architectes de son temps.

On a pu parler d'un véritable « mythe Ledoux » dont témoignent les films de Pierre Kast (La Morte saison des amours, 1952 ; L'Architecte maudit, 1953) et son roman Le Bonheur ou le pouvoir.

Le bicentenaire de la mort de Claude Nicolas Ledoux fut célébré en 2006. Le Conseil général du Doubs organisa durant cette année de nombreux événements à destination de tous les publics : expositions, concerts, journées grand public, colloques, visites, etc.

Notes et références

  1. Un ordre par étage, en allant du plus simple au plus complexe : toscan, dorique, ionique, corinthien, composite.
  2. Ces fonctions, qu'il conserva jusqu'en 1790, lui assuraient un traitement de 6000 livres par an.
  3. David de Pénanrun, Roux et Delaire, Les architectes élèves de l'école des beaux-arts (1793-1907), Librairie de la construction moderne, 2e éd., 1907, p. 318
  4. Le palais de justice actuel a été bâti sous la Restauration par l'architecte Penchaud sur les substructures du bâtiment de Ledoux.
  5. Les allusions des images et du texte de 1804, autant que sa construction comme un parcours « initiatique » ont engagé de nombreux auteurs à supposer l’appartenance de Ledoux à un ordre « maçonnique ». William Thomas Beckford (in Lettre à Louisa) l’imagine en 1782 membre zélé d’un « ordre militaire et religieux » mais aucune source, même parmi ses amis maçons, ne fait allusion à une appartenance obédientielle à la « maçonnerie », même si une part importante de l’œuvre de papier, comme plusieurs programmes réalisés appartiennent à une pensée symbolique hermétique que met en lumière la trame eschatologique du texte de 1804 (S. Conard, « Pour une herméneutique de L’Architecture.. de C.N.Ledoux », dans Colloque Soufflot, C.N.R.S., Paris, 1980). L’incontournable autonomie de l’œuvre de Ledoux conçu sur un mode prophétique et paradoxal par un architecte se déclarant « nouvel Epiménide » et prophète orphique offre encore de nombreux champs d’investigation et d’analyse. Les connivences ponctuelles avec la pensée maçonnique des Lumières qui ont pu y être relevées ne sauraient constituer un canevas explicatif spécifique.
  6. Place Denfert-Rochereau, place de la Nation, parc Monceau et au bord du bassin de la Villette.
  7. Beaumarchais, qui y voyait une des causes de la Révolution, rapporta l'alexandrin fameux : « Le mur murant Paris, rend Paris murmurant ».
  8. Mémoires secrets, octobre 1785
  9. Celui-ci se poursuivra brillamment au XIXe et au début du XXe siècle : Phalanstère de Charles Fourier, Familistère de Guise de Jean-Baptiste André Godin
  10. Gravure conservée aux Archives départementales de Seine-et-Marne
  11. CNL, L'Architecture considérée ..., pl. 169-170.

Voir aussi

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Bibliographie

  • Chouquer (Gérard) et Daumas (Jean-Claude) (dir.), Autour de Ledoux : architecture, ville et utopie, Actes du colloque à la Saline royale d'Arc-et-Senans 25-27 octobre 2006, Les Cahiers de la MSHE Ledoux n°13, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2008
  • Michel Gallet, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), Paris, 1980. [ouvrage de référence pour le catalogue des œuvres]
  • id., Architecture de Ledoux, inédits pour un tome III, Paris, 1991.
  • E. Kaufmann, Three Revolutionary Architects, Boullée, Ledoux and Lequeu, Philadelphie, 1952.
  • G. Levallet-Haug, Claude-Nicolas Ledoux, 1736-1806, Paris et Strasbourg, 1934.
  • J.-Ch. Moreux, M. Raval, Claude-Nicolas Ledoux, architecte du Roi, Paris, 1945.
  • D. Rabreau, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) : l'Architecture et les Fastes du temps, Bordeaux, 2000. [ouvrage de référence, par le spécialiste français de C.-N. Ledoux]
  • id., Claude Nicolas Ledoux, Paris, éd. du Patrimoine, 2005.
  • id., Claude-Nicolas Ledoux et le livre d'architecture en français. Étienne-Louis Boullée, l'utopie et la poésie de l'art, Actes des colloques de décembre 1999 et décembre 2004, Paris, 2006.
  • Jacques Rittaud Hutinet, Claude Nicolas Ledoux : L' Œuvre et la vie, Châtillon-sur-Chalaronne, Ed. La Taillanderie, 2005.
  • Bernard Stoloff, L'affaire Claude-Nicolas Ledoux, autopsie d'un mythe, Pierre Mardaga éditeur, Bruxelles, 1979 (ISBN 2-870009-088-9).
  • A. Vidler, Ledoux, Paris, 1987. [ouvrage de référence, par la spécialiste américain de C.-N. Ledoux]
  • id., Claude-Nicolas Ledoux, Architecture and Social Reform at the End of the Ancien Régime, Cambridge (Mass.) et Londres, 1990.
  • id., Ledoux, Paris, éd. Hazan, 2005.
  • Marie Bels, Sur les Traces de Ledoux, Éditions Parenthèses, 2004, (ISBN 2-86364-079-8).

Liens externes


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