Château de Champs-sur-Marne


Château de Champs-sur-Marne
Château de Champs-sur-Marne
Image illustrative de l'article Château de Champs-sur-Marne
façade sud
Période ou style Classique
Type château
Architecte Pierre Bullet, Jean-Baptiste Bullet de Chamblain
Début construction 1699
Fin construction 1707
Propriétaire initial Charles Renouard de La Touanne, Paul Poisson de Bourvallais
Destination initiale maison de plaisance
Propriétaire actuel État français (Ministère de la Culture et de la Communication)
Destination actuelle visite
Protection Logo monument classe.svg Monument historique (24 juillet 1935)
Coordonnées 48° 51′ 14″ N 2° 36′ 15″ E / 48.85389, 2.6041748° 51′ 14″ Nord
       2° 36′ 15″ Est
/ 48.85389, 2.60417
  
Pays Drapeau de France France
Région Île-de-France
Département Seine-et-Marne
Commune française Champs-sur-Marne

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Champs-sur-Marne

Le château de Champs-sur-Marne est un château français du XVIIIe siècle situé au centre de la ville de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

Ce château a été construit au début du XVIIIe siècle par Pierre Bullet et son fils Jean-Baptiste Bullet de Chamblain pour deux financiers de Louis XIV. Type accompli de la maison de plaisance à la française, avec son plan rectangulaire et sa rotonde sur le jardin, il témoigne de l'évolution de la société vers la recherche de davantage de confort.

En 1895, il est racheté par le comte Louis Cahen d'Anvers qui le restaure, le remeuble et fait recréer les jardins par les paysagistes Henri et Achille Duchêne.

En 1935, le château de Champs est donné à l'État. Il est aujourd'hui géré par le Centre des monuments nationaux.

Sommaire

Histoire

Champs est mentionné entre 1079 et 1096 dans une charte de franchise signée par Adam de Champs. La seigneurie reste dans sa famille jusqu'en 1399, date à laquelle Jeanne II de Champs la vend à la famille d'Orgemont, originaire de Lagny-sur-Marne.

Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, elle passe entre plusieurs mains avant d'être acquise entre 1696 et 1698 par Charles Renouard de La Touanne (†1704), trésorier de l'Extraordinaire des guerres. En 1699, il fait appel aux architectes Pierre Bullet et Jean-Baptiste Bullet de Chamblain pour lui construire une nouvelle demeure, mais il fait banqueroute et les travaux sont arrêtés[1].

Le domaine est confisqué en 1701 et revendu en 1703 à un autre financier Paul Poisson de Bourvallais, secrétaire du Conseil royal des finances qui est le modèle du Turcaret de Lesage[2]. Il fait achever les travaux, toujours sous la direction de Bullet de Chamblain. La construction est terminée en 1707. Les jardins à la française sont créés vers 1710, sans doute par Claude Desgots, petit-neveu et élève de Le Nôtre[3].

Deux ans après l'opération du visa, Poisson de Bourvallais est accusé de malversations et, en 1716, est condamné à des restitutions par la chambre de justice[4]. Il doit abandonner le château de Champs-sur-Marne ; selon les Mémoires du duc de Saint-Simon, à l'avènement du Régent Philippe d'Orléans, « Bourvallais, un des plus riches traitants et des plus maltraités par la chambre de justice, fut dépouillé d'une superbe maison de campagne à Champs qu'il avait rendue charmante et que d'une maison de bouteille[5], il avait fait chef-lieu d'une grande et belle terre à force d'acquisitions. »[6].

Le château confisqué par la Couronne est vendu en 1718 à la princesse de Conti, fille légitimée de Louis XIV et de Louise de La Vallière. Celle-ci en cède aussitôt la nue-propriété à son cousin, Charles François de La Baume Le Blanc, marquis puis duc de La Vallière. Le fils de celui-ci, Louis César de La Baume Le Blanc, duc de La Vallière (1708-1780) en hérite en 1739. Il y reçoit des hommes de lettre dont Voltaire, Diderot, d'Alembert, Moncrif. Mais, après la construction de son magnifique château de Montrouge vers 1750, il délaisse le château de Champs et cherche à vendre le domaine. Faute de trouver un acquéreur, il le loue entre juillet 1757 et janvier 1759 à la marquise de Pompadour, dont il est l'ami, pour 12 000 livres par an. En novembre 1757, celle-ci y reçoit le prince de Soubise au retour de la défaite de Rossbach.

En 1763, le duc de La Vallière parvient à vendre le domaine à l'armateur nantais Gabriel Michel (1702-1765[7]), directeur de la Compagnie des Indes. À la mort de Gabriel Michel, le château passe à sa fille, Henriette Françoise, épouse depuis 1757 de Jacques Auger, marquis de Marbeuf (†1789)[8]. Dès 1763, cependant, les époux sont séparés "d'habitation et de biens". Riche de 8 millions de livres, la marquise a aussi un hôtel particulier à Paris rue du Faubourg-Saint-Honoré à l'emplacement de l'actuel no 31. Elle possède également la Folie Marbeuf sur les Champs-Élysées, au niveau des actuelles rues Lincoln et Marbeuf. Durant la Révolution, elle est condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire et exécutée le 5 février 1794, « comme convaincue d'avoir désiré l'arrivée des Prussiens ».

Le domaine est saisi comme bien national et vendu par adjudication en 1801 au neveu de la marquise de Marbeuf, Pierre-Marc-Gaston de Lévis (1764-1830), fils de Gabrielle Augustine Michel (1744-1794). Il y reçoit notamment Chateaubriand. En 1831, son fils revend le château à Jacques Maurice Grosjean. En 1858, il devient la propriété de l'agent de change parisien Ernest Santerre. Le fils de ce dernier, Sébastien, le vend en 1895 au comte Louis Cahen d'Anvers (1837-1922), riche banquier parisien, qui le fait restaurer entièrement et le remeuble.

Les Cahen d'Anvers mènent grand train au château où ils organisent de nombreuses fêtes et reçoivent, entre 1895 et 1922, Marcel Proust, Isadora Duncan, Alphonse XIII d'Espagne, Paul Bourget. Le domaine emploie plus de soixante jardiniers, douze gardes-chasse, une vingtaine de domestiques et de nombreux ouvriers[9]. En 1935, Charles, le plus jeune fils du comte, fait don du château à l'État et lui vend son mobilier, en émettant le souhait qu'il devienne une résidence présidentielle ou serve de résidence de weekend au Président du Conseil.

Le château est classé parmi les monuments historiques le 24 juillet 1935 et un conservateur du domaine est nommé, le château étant ouvert à la visite. Toutefois, sitôt après la donation, des hôtes d'honneur de la Présidence de la République sont reçus à Champs, comme le sultan du Maroc Mohamed V et sa famille en juin 1939. Ces séjours obligent à chaque fois à fermer le château au public.

À partir de 1959, le général de Gaulle fait de Champs une résidence pour les chefs d'État en visite officielle en France. Les intérieurs sont entièrement restaurés. De nombreux responsables des pays africains accédant à l'indépendance y sont reçus, comme le président de la République du Congo, l'abbé Fulbert Youlou, qui y reçoit le général et Mme de Gaulle à déjeuner le 22 novembre 1961.

Cette vocation cesse définitivement en 1971. Le château est alors affecté au ministère de la Culture qui se charge de l'ouvrir à la visite et installe le laboratoire de recherche des monuments historiques dans les communs sud-ouest du château, construits pour les Cahen d'Anvers à la fin du XIXe siècle.

Depuis le 20 septembre 2006 et l'effondrement d'un plafond attaqué par la mérule[10], le château est en attente de réparations[11] et fermé au public jusqu'à nouvel ordre. Le parc peut néanmoins être visité.

Architecture

Vue générale de l'édifice.

La construction du château et ses transformations

La conception du château de Champs intervient à une période d'innovation architecturale et en fait l'archétype de ces « petites maisons », résidences de campagne bâties à proximité de Paris pour des aristocrates ou des financiers désireux d'échapper pour un moment à la pesanteur de la cour.

Le parti initial conçu par les Bullet pour Renouard de La Touanne est ensuite amplifié et simplifié par Bullet de Chamblain pour Poisson de Bourvallais. Le père Bullet reste marqué par la tradition italienne, caractérisée par une abondante ornementation, tandis que son fils a complètement assimilé le style classique français.

Le plan massé du château reprend des exemples du XVIIe siècle comme le château de Blérancourt par Salomon de Brosse (1612) ou le château de Maisons par François Mansart (1643). Placé dans l'axe de la grille d'honneur, le principal corps de logis est isolé au fond d'une cour, séparée de la route par un court fossé enjambé par un saut-de-loup. De simples grilles le relient aux bâtiments des communs.

Le plan rectangulaire massé est animé sur chacune des façades principales par trois avant-corps : les avant-corps latéraux gardent la trace des ailes du château traditionnel de la Renaissance, de plan en U ; l'avant-corps central présente un salon en rotonde sur le jardin qui permet de jouir de vues plus variées tout en ménageant un effet de transparence de la cour jusqu'au parc.

Le château de Champs peut être rapproché de plusieurs constructions antérieures :

Le traitement des façades de Champs existe dans l'architecture française depuis plus d'un demi-siècle. Les deux niveaux sont d'égale hauteur. L'avant-corps central de la façade sur cour est sobrement orné d'un ordre toscan au rez-de-chaussée et de pilastres composites au premier étage. Les baies rectangulaires, en anse de panier ou en plein cintre animent les façades. La sculpture n'est présente que sur l'avant-corps central de la façade sur jardin, sans doute issu du projet de Pierre Bullet, orné au-dessus de la fenêtre centrale d'un vase flanqué de griffons là où Bullet de Chamblain avait prévu une simple agrafe en forme de tête.

Au XVIIIe siècle, le château de Champs sera imité à de nombreuses reprises, par exemple non loin de là au château de Jossigny (Seine-et-Marne) construit en 1743 peut-être par Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, qui présente un avant-corps central à pans coupés sur la façade côté jardin, ainsi qu'au château de Champlâtreux (Val-d'Oise), bâti entre 1751 et 1757 par Jean-Michel Chevotet qui ouvre sur le jardin une rotonde à deux niveaux d'ordres superposés.

Le duc de La Vallière apporte seulement quelques changements à la façade sur le jardin, dont témoignent les planches publiées par Mariette. Des putti remplacent les griffons au-dessus de la fenêtre centrale du premier étage tandis que le toit du pavillon central est percé d'ouvertures ovales[12]. Une fenêtre est transformée en porte-fenêtre dans l'angle du grand cabinet, devenu un « salon chinois », avec un perron permettant un accès aisé au jardin. Au XIXe siècle, une nouvelle porte-fenêtre sur le jardin est aménagée symétriquement à celle du salon chinois.

En 1832, Jacques Maurice Grosjean écrête les combles et les remplace par un toit en terrasse à l'italienne bordée d'une balustrade d'un effet assez malheureux. Les combles à la Mansart d'origine sont restitués à partir de 1895-1896 pour les Cahen d'Anvers par l'architecte Walter-André Destailleur qui travaille à partir des sept planches gravées publiées par Mariette, non sans modifier légèrement le profil de la toiture de la rotonde. Une nouvelle porte-fenêtre sur le jardin est percée dans le boudoir en camaïeu du rez-de-chaussée.

La distribution intérieure

La distribution intérieure constitue l'aspect le plus novateur du château de Champs. Elle en fait « un jalon majeur de l'histoire de l'architecture française »[13]. Il est donné en exemple dans des recueils tels que De la distribution des maisons de plaisance et de la décoration des édifices en général (1737) et dans le Cours d'architecture civile (1771-1777), tous deux de Jacques-François Blondel, dans L'Architecture française (1727) de Jean Mariette, ainsi que dans L'Art de bâtir des maisons de campagne (1743) de Charles-Étienne Briseux.

L'aspiration de la société va alors vers la recherche de davantage de confort. Le modèle de maison de plaisance conçu en France entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle sera ensuite imité dans toute l'Europe. On trouve à Champs le développement de plusieurs concepts déjà mis en œuvre dans des résidences antérieures :

  • la symétrie axiale de la distribution avec un axe dominant occupé par un salon et un vestibule, comme à Vaux-le-Vicomte ;
  • le traitement de l'escalier, repoussé sur la gauche comme à Issy ou Vaux-le-Vicomte ; néanmoins, à Champs, l'escalier est de proportions monumentales avec une cage s'élevant en dôme jusqu'aux combles, à la différence de celui de Vaux, beaucoup plus discret.

Les pièces deviennent indépendantes les unes des autres. Comme dans les hôtels parisiens, elles sont distribuées en double profondeur, desservies par un couloir central. Les chambres ne se commandent plus. Les plans initiaux de Bullet de Chamblain montrent ainsi des dégagements à droite et à gauche du salon du premier étage, donnant directement dans les chambres à coucher[14]. Chacune de celles-ci est pourvue d'un cabinet et d'une garde-robe. Trois petits escaliers desservent un entresol de service.

On voit aussi apparaître, pour la première fois, une salle à manger autonome. Un escalier à volée simple contigü la relie à la cuisine, située en sous-sol. Au premier étage, côté ouest, on note la présence d'une chapelle, qui n'existe plus.

Des transformations sont effectuées dans le courant du XIXe siècle, que retrace un plan levé avant 1885 par Claude Sauvageot, dessinateur d'architecture[15] : au rez-de-chaussée, la garde-robe et le passage situé près de la salle de billard sont réunis pour créer une bibliothèque ; le boudoir en camaïeu du rez-de-chaussée, le cabinet à côté de la chapelle, encore citée dans les textes de l'époque, sont transformés en chambres à coucher. « Il est à noter que la chambre de Mme de Pompadour contient deux lits montrant bien que le château a fait l'objet, au cours du XIXe siècle, d'un certain nombre de réaménagements signalés seulement par quelques mentions. Ce siècle reste pour Champs largement méconnu. »[16]

Du temps des Cahen d'Anvers, le boudoir en camaïeu du rez-de-chaussée devient le bureau du comte Louis Cahen d'Anvers. Des salles de bains sont installées dans les garde-robes. Une autre, pour Monsieur, est aménagée dans les sous-sols où elle a été conservée. La chapelle est transformée en chambre à coucher.

Le décor intérieur

Le décor d'origine n'est pas entièrement documenté mais des dessins conservés à Stockholm permettent de se faire une idée de certaines boiseries dessinées par Bullet de Chamblain, notamment celles du salon du premier étage. « Le décor reste dans la tradition de la fin du XVIIe siècle avec de grands pilastres, comme ceux du salon d'assemblée. »[3] Les boiseries du salon chinois – peintes à une époque ultérieure – ainsi que celles de la salle à manger sont également de Bullet de Chamblain et se situent dans la tradition décorative de Jules Hardouin-Mansart et des réalisations de Robert de Cotte pour le château de Versailles et le Grand Trianon, vers 1700.

Le duc de La Vallière fait mettre au goût du jour les décors, essentiellement dans les chambres, le boudoir et le cabinet. Au rez-de-chaussée, dans le salon chinois, les lambris de hauteur dessinés par Bullet de Chamblain sont peints de chinoiseries par Christophe Huet dans les années 1740. Celui-ci décore également le boudoir voisin, dans un camaïeu bleu de même inspiration.

C'est sans doute la marquise de Pompadour, locataire du château pour une brève période, qui fait exécuter les superbes boiseries de la pièce dite aujourd'hui « chambre d'honneur », au décor de palmiers, colombes et paons au milieu de rinceaux qui débordent de la corniche pour se déployer sur le plafond, dans l'esprit des réalisations de Jacques Verberckt et Jules-Antoine Rousseau[17].

Sous le Second Empire, certains décors intérieurs sont enrichis avec des dorures et des faux marbres. Pour les Cahen d'Anvers, Walter-André Destailleur restaure les décors en retrouvant une partie des teintes d'origine sous les couches de peinture. Il dégage ainsi le camaïeu du petit cabinet. Le monogramme LC pour Louis Cahen d'Anvers est ajouté dans la rampe de ferronnerie du grand escalier. Charles Cahen d'Anvers fait décaper les boiseries au rez-de-chaussée dans la bibliothèque et le fumoir.

Jardins et dépendances

Une partie du parc du château

Les jardins sont commencés vers 1710 par Poisson de Bourvallais, qui fait réaliser un jardin à la française. Sa conception serait due à Claude Desgots, petit-neveu et élève de Le Nôtre dont il suit étroitement les principes : un grand axe ponctué de bassins et de sculptures, une grande allée de pourtour longeant le mur d'enceinte, engazonnée en son centre et bordée d'arbres, « des parterres de broderies, des divisions en bosquets recoupés par des allées transversales et secondaires, des quinconces. Cependant, les surfaces de gazon sont plus nombreuses et se rapprochent du château. Une certaine monotonie se lit dans les dessins répétitifs des masses boisées. »[18] Le plan de ce jardin est publié en 1722 par Mariette dans le tome III de son Architecture française. Il est décrit par Dezallier d'Argenville en 1755 : « Le château est porté par deux terrasses qui l'élèvent. La première terrasse est bordée d'un talus en glacis, la seconde d'un mur de soutènement. Au bas des degrés, s'étendent les parterres. Ils sont suivis de deux bassins que séparent quatre longues pièces de gazon, interrompues par un rond où est un groupe de sculptures. Toutes ces pièces sont soutenues de quinconces verds [sic] ornés de figures et de deux petits bois compartis en croix de Saint-André. Un autre bosquet, au-dessus, forme une grande salle longue accompagnée de cinq cloîtres ou étoiles, ornés dans leurs milieux de figures et de vases. En se rapprochant du château, on aperçoit deux salles dont l'une est en boulingrin et l'autre est compartie de sept pièces de gazon, toutes deux entourées d'arbres isolés. »

Les éditions successives du Voyage pittoresque des environs de Paris de Dezallier d'Argenville permettent de retracer la transformation du jardin par Jean-Charles Garnier d'Isle à l'époque des ducs de La Vallière. Un plan anonyme qu'on peut dater entre les 3e et 4e éditions du livre de Dezallier d'Argenville, soit entre 1768 et 1779, met en évidence son intervention qui concerne principalement l'axe est-ouest, perpendiculaire au château, ponctué de « parterres, de bosquets meublés de pièces de gazon excentrées et asymétriques et d'allées aux tracées plus souples et plus indépendants »[19] Sur l'axe nord-sud, le groupe sculpté situé entre les deux bassins disparaît. Les surfaces en herbe se rapprochent du château.

En 1779, le jardin a encore évolué : un long tapis vert sépare les deux bassins sur l'axe nord-sud. Les broderies sont supprimées et l'ensemble du parc est transformé à l'anglaise.

À partir de 1895, Henri et Achille Duchêne recréent des jardins à la française en s'inspirant des dessins anciens. Mais ils redessinent les bosquets et les parterres et conservent comme toiles de fond de larges paysages à l'anglaise. « Les terres n'ont pas été rabaissées au niveau d'autrefois, car si lors de la construction du château le jardin était destiné à être admiré depuis les appartements du premier étage, le mode de vie privilégie désormais le plain-pied. La perspective est donc différente. Par ailleurs, la dimension du parc est aussi modifiée, nécessitant des adaptations aux nouveaux panoramas rendus possibles grâce à l'agrandissement du domaine. »[20] Le salon dit « de Madame » présente une grande architecture de treillages. Les statues du parc sont des copies ou des ré-interprétations d'originaux qui se trouvent dans le parc de Versailles ou en Italie, mais certaines sont des originaux, à l'instar de la cuve baptismale romaine ornée de médaillons sculptés représentant des papes du XVIe siècle.

La laiterie est édifiée en 1884 contre la façade orientale de la ferme. Pour les Cahen d'Anvers, Walter-André Destailleur bâtit au début du XXe siècle l'orangerie, la maison du jardinier et de nouveaux communs au sud-ouest du château. Il construit de chaque côté de l'avant-cour un mur composé de dix arcades aveugles séparées en leur milieu par une porte et dont chaque extrémité est terminée par un pavillon carré. Les communs de droite, comprenant l'ancienne ferme et le pigeonnier seigneurial, datent eux du début du XVIIe siècle et sont ainsi antérieurs au château actuel.

Les jardins du château sont labellisés « Jardin remarquable ».

Accès au château

L'entrée du domaine est matérialisée par une place circulaire qui ménage, du côté du château, une demi-lune et, à l'opposé, un vertugadin prolongé par une allée bordée d'arbres qui suit l'axe d'ordonnance du domaine. À son extrémité, cette allée est ornée d'un vase de marbre blanc orné d'un soleil aux traits d'Apollon, copie de la fin du XIXe siècle d'un des deux vases du Soleil exécutés en 1684-1688 pour les jardins de Versailles par Jean Dugoulon et Jean Drouilly d'après un dessin de Jules Hardouin-Mansart.

L'accès à la cour d'honneur s'effectue à travers un saut-de-loup franchissant une douve sèche et une grille de ferronnerie couronnée du monogramme LC pour Louis Cahen d'Anvers. L'architecte Walter-André Destailleur, à la fin du XIXe siècle, a conservé les deux pavillons d'entrée couverts d'un comble brisé à la Mansart et a édifié de part et d'autre de la cour d'honneur deux murs percés de dix arcades et comportant en leur centre une porte surmontée d'un fronton triangulaire, qui dissimulent à gauche la cour des écuries, édifiée à la même époque, et à droite la ferme et le pigeonnier circulaire du XVIIe siècle.

Filmographie

Galerie

Notes

  1. Les projets des deux architectes sont conservés dans la collection Tessin-Hårleman du Nationalmuseum de Stockholm (Suède), Carl Hårleman ayant été l'élève de Jean-Baptiste Bullet de Chamblain. On n'a toutefois aucune information sur le degré d'avancement du château au moment de l'arrêt des travaux à la fin du XVIIe siècle.
  2. L'Hôtel de Bourvallais place Vendôme est l'actuel siège du ministère français de la Justice.
  3. a et b Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 14
  4. Daniel Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, 1984, p. 671
  5. « petite maison de campagne qui n'est qu'un pied-à-terre » (Littré)
  6. Saint-Simon, Mémoires, Paris, 1842, 40 vol., chap. 471, p. 243
  7. 1768 selon Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 21
  8. Jacques Auger est le neveu du général et gouverneur de Corse Charles Louis de Marbeuf.
  9. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 33
  10. Château fermé à Champs : la capacité de l'État à entretenir son patrimoine en question, 14 décembre 2006
  11. Château fermé à Champs-sur-Marne : 450 000 euros de travaux prévus en 2007, 16 décembre 2006
  12. Un dessin de Carl Hårleman montrait déjà un projet en ce sens, mais avec des percements rectangulaires sommés d'un arc segmentaire.
  13. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 12
  14. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 13
  15. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 21
  16. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 22
  17. Aucun document n'atteste que c'est bien la marquise de Pompadour qui a fait réaliser ces boiseries. On sait seulement qu'elle a dépensé la somme considérable de 200 000 livres pour la décoration intérieure du château. V. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 20
  18. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, pp. 14-15
  19. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, p. 23
  20. Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, pp. 28-29

Voir aussi

Sources

  • Marie-Hélène Didier et Renaud Serrette, Le château de Champs, Paris, Monum'/Éditions du patrimoine, coll. Itinéraires du patrimoine, s.d. (ISBN 2-85822-855-8)

Articles connexes

Liens externes

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Bibliographie

  • Charles Cahen d'Anvers, Le Château de Champs, Paris, Imprimerie nationale, 1928
  • Jean Cordey et Jean Verrier, « Le château de Champs », Congrès archéologique de France, CIIIe session, Ile-de-France, 1944, pp. 27-43
  • Ernest de Ganay, « Le château de Champs », La Gazette illustrée des amateurs de jardins, 1933-1934
  • Runar Stranberg, « Le château de Champs », Gazette des Beaux-Arts, 1963, n° 1129, pp. 81-100
  • Runar Stranberg, Pierre Bullet et Jean-Baptiste Bullet de Chamblain à la lumière des dessins de la collection Tessin-Harleman du musée national de Stockholm (thèse)
  • Jean Taralon, « Le château de Champs-sur-Marne », Monuments historiques, 1974, n° 4, tiré à part
  • Claude Hourdel, De Gaulle et ses hôtes à Champs-sur-Marne au temps des indépendances, la décolonisation (1959-1969), Paris, Éditions l'Harmattan, 2011

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