Chemtou


Chemtou
Position de Simitthu dans la Tunisie antique

Chemtou ou Chimtou (شمتو) est un site antique du nord-ouest de la Tunisie anciennement rattaché à la province d'Afrique proconsulaire. L'ancienne Simitthu ou Simitthus à l'époque romaine, est située à une vingtaine de kilomètres de la ville de Jendouba, à proximité de la frontière tuniso-algérienne, au carrefour de deux importantes routes : celle qui relie Carthage à Hippo Reggius (actuelle Annaba) et celle de Tabraca (actuelle Tabarka) à Sicca Veneria (actuelle Le Kef).

Une campagne de fouilles réalisées par une équipe archéologique tuniso-allemande a permis de mettre au jour la cité numide puis romaine, ainsi qu'une voie spéciale la reliant à Tabraca, qui permettait d'acheminer le marbre vers la mer Méditerranée. Les vestiges exhumés sont ainsi typiques des cités romaines avec temples, thermes, aqueduc, amphithéâtre ainsi que logements pour les ouvriers carriers dont le nombre pouvait dépasser un millier.

Simitthus reste un évêché de l'Église catholique romaine.

Sommaire

Histoire

Vestiges de l'autel élevé à la mémoire du roi numide Massinissa (Musée de Chemtou)

La ville naît après la conquête de la vallée de la Medjerda par les Numides. On suppose qu'elle existe déjà au Ve siècle av. J.‑C.. Peu à peu, la petite cité se développe grâce aux routes commerciales. Plus tard, Micipsa érige au sommet d'une montagne un sanctuaire pour son père défunt, le roi numide Massinissa, qu'il bâtit grâce aux carrières de marbre qui auraient été exploitées dès le IIe siècle av. J.‑C.. Ce marbre appelé « marbre numide » (marmor numidicum) était caractérisé par une palette de couleurs variant entre le jaune et le rose. Il aurait été également utilisé dans la construction d'édifices locaux de prestige (temples et villas surtout) mais aussi dans les différentes provinces romaines et byzantines. La ville devient, au début de l'Empire romain, municipe puis colonie sous le nom de Colonia Iulia Augusta Numidica Simitthu.

Carrières de marbre

Sous la domination romaine, au Ier siècle av. J.‑C., la roche commence à être exploitée à une bien plus grande échelle. Le marmor numidicum devient, dans la haute société romaine, un matériau de luxe très prisé (plus tard connu des Italiens sous le nom de giallo antico). On l'utilise jusqu'à Rome dans les fastueuses constructions impériales.

Types de marbres extraits des carrières de Chemtou (Musée de Chemtou)

Les carrières sont séparées de la ville par un mur, véritable ghetto comprenant à l'ouest les bâtiments administratifs, à l'est les ateliers et, au milieu, un bâtiment hermétiquement clos pour héberger les prisonniers condamnés aux travaux forcés. Ces travailleurs dorment à la dure sur des plates-formes, avec des latrines rudimentaires à leur disposition. Les conditions de travail dans les carrières sont très dures et les accidents mortels fréquents. On a donc recours au système du travail forcé, avec tout ce qu'il entraîne : des chrétiens persécutés pour avoir refusé d'abjurer leur foi et condamnés pour cela « aux carrières » y sont notamment envoyés.

Ville antique

Forum de Chemtou

Simitthu tire des avantages de ce camp de travail, le plus grand de tout l'Empire romain. La ville profite aussi du pont-barrage construit sur la Medjerda (ancienne Bagradas) pour détourner une partie de l'eau destinée au camp. Les dirigeants des carrières ont par ailleurs fait don à la ville de monuments publics, mais pas de leur précieux marbre, exclusivement réservé à l'exportation.

Ruines du moulin à turbines

Les ruines de l'ancienne Simitthu sont disposées tout autour de la montagne de marbre, présentant les bâtiments habituels des villes romaines : on peut distinguer très nettement l'amphithéâtre, le théâtre avec sa scène, le forum avec une basilique à trois nefs et les thermes municipaux. Sous le forum romain, les fouilles ont révélé un cimetière daté du IVe siècle av. J.‑C. au Ier siècle av. J.‑C. et qui a été en partie reconstitué, non loin de la basilique et des restes de la fontaine monumentale. On peut voir aussi les restes d'un aqueduc, de citernes, et aussi d'une église paléo-chrétienne du VIe siècle.

Près de la Medjerda sont conservés les restes d'un pont-barrage construit du temps du règne de l'empereur Trajan, en 112, dont la dédicace se trouve au Musée de Chemtou. Ce pont est le plus important pont romain connu en Tunisie. Après sa destruction par des inondations, on construisit à proximité, vers le IIIe-IVe siècle, l'un des deux moulins à turbines horizontales connus en Afrique du Nord, l'autre étant situé à Testour. Un modèle exposé au musée montre le fonctionnement du dispositif.

Musée de Chemtou

Article détaillé : Musée de Chemtou.
Musée de Chemtou

Le musée archéologique de Chemtou a été construit en 1992-1997, près de la carrière antique, en coopération avec Christoph B. Rüger et le docteur suisse Martin Hartmann, pour le compte de la commission culturelle du ministère allemand des affaires étrangères.

Les fouilles ont été menées par l'Institut archéologique allemand de Rome. En 1993, un spectaculaire trésor de 1 447 pièces d'or d'époque romaine a été découvert au cours des travaux de construction du musée. En 1998 a eu lieu une nouvelle campagne de fouilles centrée sur le camp de travail, sous la direction de Michael Mackensen, de l'Université de Munich.

Références

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages anciens
  • Louis Carton, Deux jours d'excursion en Tunisie : Souk-el-Arba, Bulla Regia-Chemtou, Thuburnica-Ghardimaou, par le Dr. Carton, éd. Imprimerie Léonard Danel, Lille, 1891
  • Louis Carton, « Note sur des fouilles exécutées à Thuburnica et à Chemtou », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1908, pp. 410-444
  • Antoine Héron de Villefosse et Alfred Louis Delattre, Inscriptions de Chemtou (Simittu, Tunisie), éd. Librairie académique Didier Perrin et Cie, Paris, 1882
  • Jules Toutain, Fouilles à Chemtou (Tunisie) en septembre-novembre 1892, éd. Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1892
Ouvrages modernes
  • Azedine Beschaouch et al., Die Steinbrüche und die antike Stadt, éd. Philipp von Zabern, Mayence, 1993 (Simitthus, 1) (ISBN 3805315007)
  • Mustapha Khanoussi et al., Der Tempelberg und das römische Lager, éd. Philipp von Zabern, Mayence, 1994 (Simitthus, 2) (ISBN 3805316259)
  • Friedrich Rakob, « Chemtou. Aus der römischen Arbeitswelt », Antike Welt. Zeitschrift für Archäologie und Kulturgeschichte, vol. 28, n°1, 1997, pp. 1-20

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