Chateau de Meudon


Chateau de Meudon

Château de Meudon

Le château de Meudon fut la résidence de Louvois puis du Grand Dauphin. Incendié en 1795 (ancien château) et en 1871 (nouveau château), le nouveau château est transformé en 1876 en observatoire avant d'être progressivement rattaché à l'Observatoire de Paris après la Première Guerre mondiale.

Le site du château sur l'arête d'un plateau boisé offre des vues sur la Seine et Paris. Situé entre Paris et Versailles, au cœur d'une abondante réserve de chasse, jouissant d'une topographie idéale pour de vastes jardins, il bénéficia d'aménagements somptueux de la part de ses propriétaires successifs.

Sommaire

Histoire

Le château renaissance

On dispose de peu de sources sur l'origine du château à part quelques noms de seigneurs à partir du XIIe siècle et la mention d'un manoir du Val de Meudon au XIVe siècle.

Le fief de Meudon est acheté en 1426 par Guillaume Sanguin valet de chambre de Charles VII et trésorier du duc de Bourgogne. Le manoir n'est démoli qu'en 1520 par Antoine Sanguin qui fait construire un corps de logis carré en brique et pierre d'un étage avec combles à lucarnes ouvragées. Il est égayé à l'italienne de pilastres, bandeaux et encadrement de pierre. Antoine Sanguin fait don du château en 1527 à sa nièce Anne de Pisseleu maîtresse de François Ier. Pour mieux loger sa maîtresse, il entreprend d'ajouter deux pavillons carrés et deux ailes en retour terminées par des pavillons identiques. Ces agrandissements respectent le style du corps de logis. Dans le style d'Écouen on ajoute aux pavillons des tourelles d'angle en encorbellement.

La grotte de Meudon
Charles de Lorraine

À la mort de François Ier, Anne de Pisseleu en disgrâce doit vendre le domaine de Meudon en 1552 à Charles de Guise. Le cardinal de Lorraine transforme alors sa résidence en s'inspirant des modèles italiens. Il fait doubler les ailes côté cour d'une galerie et terrasse sur des dessins de Primatice. Les intérieurs sont décorés de scènes du Concile de Trente par Taddeo et Federigo Zuccaro. Des jardins en terrasse et une orangerie sont créés autour de petits bâtiments dont un petit palais de fantaisie dédié aux nymphes et aux muses et surtout une grotte édifiée sur les dessins de Primatice entre 1552 et 1560. Celle-ci forme un petit palais sous un soubassement formé d'arcades. Trois pavillons adossés à la pente mélangent les style italiens et français. Le pavillon central abrite la grotte décorée de mosaïques, coquillages, coraux et majoliques dont le maître d'œuvre est Primatice. À l'étage du pavillon central, des antiques sont exposées. Cette grotte connaît un succès immédiat et sera louée par Pierre de Ronsard dans le Chant pastoral sur les noces de Mgr. Charles, duc de Lorraine et Madame Claude, fille II du roy. L'un des pavillons latéraux portera d'ailleurs le nom du poète.

Un joyau du classicisme

Le parc et les jardins du château
Abel Servien


À la mort du cardinal de Lorraine, le château reste propriété de la famille de Guise. Il est pillé pendant les guerres de religion puis sous la fronde. Il est racheté en 1654 par Abel Servien, surintendant des finances qui prend le titre de baron de Meudon. Il fait faire de grands travaux d'embellissement par Louis Le Vau. Le château est richement meublé et décoré. L'avant corps central est remplacé par un pavillon octogonal surmonté par un haut toit en pyramide tronquée avec une vaste terrasse à son sommet : la calotte de Meudon d'où l'on peut admirer les jardins. On y accède par un grand escalier à double révolution. Le premier étage abrite un grand salon à coupole ouvert sur les jardins dans le style du Château de Vaux-le-Vicomte. Servien fait édifier une vaste terrasse sur l'avant cour et commence à tracer le parc : une allée centrale est dégagée et l'on creuse bassins et étangs. Cet ensemble est clôturé en 1656. Servien meurt en 1659, ruiné. Son fils est contraint de vendre le domaine de Meudon à Louvois en 1679.

Le château, vue des jardins au XVIIe siècle
Louvois
Vue et perspective du Château de Meudon sous Louvois

Pour le puissant ministre, la situation de Meudon est idéale, à proximité de Versailles et de Chaville où se trouve la propriété familiale. Il se lance dans une série d'aménagements grandioses. Louvois enrichit la façade du château de bustes et de balcons sur colonnes. Il aménage somptueusement l'intérieur. Il fait poser des boiseries en 1684. Au-dessus des portes, sont installées des peintures de fleurs dans le style de Jean-Baptiste Monnoyer, un cabinet présente des miniatures des bosquets de Versailles. La grande galerie qui occupe l'aile droite est ornée de 12 toiles de Van der Meulen sur les grandes batailles du règne. Louvois fait réaliser de vastes travaux hydrauliques pour alimenter les plans d'eau du parc. Le parc haut est percé et Le Nôtre travaille entre 1679 et 1681 sur les jardins. Il crée de nouveaux bosquets et bassins en particulier dans les jardins hauts et le parterre devant la grotte. Il fait également aménager un grand potager le long de l'avenue du château, afin de subvenir aux besoins du château ; potager qui prendra par la suite le nom de "potager du Dauphin". En 1695 la veuve de Louvois échange Meudon contre le Château de Choisy avec le Grand dauphin. Le château va alors connaître sa période la plus brillante.

L'âge d'or du château

Monseigneur

Monseigneur fait redécorer les salons à son goût. Le Dauphin laisse s'exprimer à Meudon son tempérament d'artiste et ses propres conceptions artistiques rompant avec l'aspect grandiose du style Louis XIV. Pour la première fois, on utilise des lambris bois et or de chêne, sculptés et vernissés, précurseurs du style Régence. Le Dauphin réunit à Meudon ses riches collections qui rivalisent avec celles du roi : vases d'agate, tissus des Indes, tapisseries des Gobelins, porcelaines de Chine, tableaux de grands maîtres et surtout sa collection de gemmes. D'humeur changeante, il n'hésite pas à faire décorer certaines pièces à plusieurs reprises. Il occupa même quatre appartements différents dans le château au gré des agrandissements successifs. Le Dauphin aime à s'entourer à Meudon de ses amis, artistes et courtisans. Il y loge également sa maîtresse Mademoiselle de Choin, fée de Meudon qui est l'âme du domaine. Comme son père au château de Marly, Louis de France aime à retrouver à Meudon une ambiance plus détendue et chaleureuse auprès d'une compagnie choisie. Pour loger cette nombreuse suite, le Dauphin doit entreprendre de vastes travaux d'agrandissement. Il fait d'abord ouvrir une série d'appartements en entresol. Mais cela est insuffisant et, en 1702, il fait bâtir l'aile des marronniers qu'il relie au château par une galerie suspendue. Il y aménage au rez-de-chaussée un appartement de réception d'une surprenante simplicité qui tranche avec la pompe versaillaise. Il fait construire de nouveaux communs qui sont encore visibles. Il confie également à Jules Hardouin-Mansart la construction d'une chapelle. Antoine Coypel, ami du Dauphin, peint les tableaux d'autel. Les sculptures sont réalisées par Noêl Jouvenet, François Lespingola et Jean Hardy.

façade et plan du premier étage du château neuf
La disposition des pièces est une nouveauté

En 1705 la place manque toujours. Le Dauphin décide de démolir la grotte, passée de mode, et d'y construire un nouveau château, le Château neuf. Sa réalisation à laquelle collabore Mansart et Louis XIV est confiée aux entrepreneurs de la Chapelle du château de Versailles. Le Château neuf comprend deux étages sur le parc et quatre sur l'ancien parterre de la grotte. Il est composé de trois pavillons couronnés de toits à terrasse faîtière reliés par un corps de logis un peu plus bas. Cette sobre architecture est enrichie par des sculptures sur les pavillons latéraux et des anges soutenant les armes du Dauphin sur le pavillon central. C'est surtout la disposition intérieure qui est l'innovation principale du bâtiment. Des enfilades d'appartements s'ouvrent sur un grand couloir médian desservant de grandes salles de réunion. La décoration intérieure qui met en lumière les collections du Dauphin est composée de lambris vernissés ou peints de couleurs claires, rehaussées de dorures. Le Château neuf fait l'admiration de toute l'Europe et lance un nouveau style.

Les jardins ne sont pas en reste. Le dauphin fait l'acquisition en 1696 du domaine de Chaville. Il se constitue une vaste réserve de chasse où lui et son père, qui aime Meudon, pratiquent la vénerie. Le parc de Meudon est ainsi relié à celui de Versailles. De nombreux embellissements sont menés dans les jardins. Louis XIV prend d'ailleurs plaisir à conseiller son fils en la matière. Il rédige même une Manière de montrer Meudon sur le modèle de son texte rédigé pour Versailles.

Concernant le Château neuf, on peut se faire une idée du volume du vestibule d'entrée ouvert à l'italienne (voir le plan du premier étage ci-joint) en se rendant au musée Jacquemart-André à Paris, dans le salon de musique, qui a la même configuration. En outre, la façade sur jardin du château de Compiègne s'inspire de la façade sur deux niveaux du Château-Neuf de Meudon.


Déclin et destructions

Le roi de Rome
Le Château neuf en 1871
La grande lunette de l'observatoire construite sur les ruines du Château neuf

À la mort du Dauphin en 1711, le château est délaissé. Louis XV lui préfère le Château de Bellevue qu'il fait construire pour Madame de Pompadour. Le château est utilisé pour le logement des courtisans. Le parc est délaissé au profit de la réserve de chasse. On détruit des bosquets et l'on comble des étangs pour faciliter le passage des équipages. Le château est en partie pillé en 1792. En 1793 il est transformé par la Convention en établissement national pour différentes épreuves. Il sert alors de fabrique d'aérostats. Un atelier d'artillerie est installé, où l'on procède à des essais d'obus. En 1795, un incendie ravage le Château vieux. Il est détruit en 1803 après récupération de certains ornements réutilisables :

En 1807, Napoléon restaure les jardins et fait réaménager le Château neuf. Il y installe le roi de Rome en 1811. Mais, à la chute de l'Empire, le château est à nouveau délaissé. Le site est stratégique, dominant Paris, et une batterie d'artillerie prussienne y est installée en 1870. Le château est incendié par les Prussiens en 1871. Ses ruines sont confiées à l'astronome Jules Janssen, en 1874, qui, en 1877, y construit, avec l'architecte Constant Moyaux, un observatoire, rattaché à l'observatoire de Paris après la Première Guerre mondiale.

L'avenue du château

Il ne reste plus grand chose de la splendeur du château. On peut cependant encore admirer l'avenue du château tracée par Louvois, les corps de gardes et les communs du grand dauphin, le chenil de Louvois, le grande trouée de Servien, le nymphée et l'orangerie de Le Vau, et on devine le site des jardins en terrasse en contrebas de l'observatoire.

Sources et bibliographie

  • Jantzen Michel, avec la collaboration de Valérie Solignac, Plan général des jardins et châteaux de l'ancien domaine de Meudon. Étude historique et iconographique, commande du Ministère de la Culture, 1979.
  • Herlédan Marie-Thérèse, Les perspectives de Meudon et la constitution foncière d'un axe, XVIe ‑ XVIIe siècle, dans La culture d'André Le Nôtre, 1613-1700. Institutions, arts, sciences et techniques, actes du colloque de Sceaux, octobre 1999, sous la direction de G. Farhat, M. Mosser, A. Picon.
  • Hoog Simone, édition de l'ouvrage de Louis XIV, Manière de montrer les jardins de Versailles, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1982.
  • Le Guide du patrimoine, volume Ile de France sous la direction de Jean Marie Perouse de Montclos, Paris, Hachette, 1992.
  • Bourel Le Guilloux Christophe, “Il castello e la grotta di Meudon”, in Sabine Frommel (Dir.), Francesco Primaticcio, pp. 283–303, Milan, 2005, Electa.
  • Bourel Le Guilloux Christophe et Morin Christophe, “Epilogi per una foresta di colonne: la Rotonda dei Valois e il castello di Meudon”, in Sabine Frommel (Dir.), Francesco Primaticcio, pp. 228–233, 2005 Milan, Electa
  • Bourel Le Guilloux Christophe, « “Pour donner plaisir & contentement” : la grotta all’antica in Francia negli anni Cinquanta », in Coll., Villa Lante a Bagnaia, Milan, 2005, Electa, pp. 230–243.
  • Leproux Guy-Michel, Claudes Foucques, architecte du cardinal de Lorraine, de Diane de Poitiers et de Charles IX, in “Documents d’histoire parisienne”, no 5, Paris 2005, pp. 15–26.
  • Decrossas Michaël, Primatice à Meudon : un chantier inachevé, in “Documents d’histoire parisienne”, no 7, Paris 2005, pp. 61–72

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