Charles V du Saint-Empire


Charles V du Saint-Empire

Charles Quint

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Charles Quint
Empereur des romains
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Règne
15191555
Dynastie Habsbourg
Titre complet Roi des romains
Souverain des Pays-Bas
Archiduc d’Autriche et de Tyrol
Grand-duc de Milan (à partir de 1535)
Prédécesseur Maximilien Ier du Saint-Empire
Successeur Ferdinand Ier du Saint-Empire

Autres fonctions
Roi des Espagnes
Période
1516 - 1555
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Monarque Charles Ier
Gouverneur général {{{gouverneur1}}}
Prédécesseur Ferdinand II d'Aragon (Aragon)
Jeanne Ire (Castille et León)
Successeur Philippe II d'Espagne

Roi des Deux-Siciles
Période
1516 - 1555
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Monarque Charles II de Sicile
Charles IV de Naples
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Prédécesseur Ferdinand II d'Aragon
Successeur Philippe II d'Espagne

Duc de Brabant
Période
1506 - 1549
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Monarque Charles II
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Prédécesseur Philippe Ier de Castille
Successeur Pays-Bas espagnols

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Biographie
Nom de naissance Charles de Habsbourg
Naissance 24 février 1500
Gand (Pays-Bas)
Décès 21 septembre 1558
Monastère de Yuste (Espagne)
Père Philippe Ier de Castille
Mère Jeanne Ire de Castille
Conjoint(s) Isabelle de Portugal
Descendance Philippe II d'Espagne (1527-1598)
Marie d'Espagne (1528-1603)
Jeanne d'Espagne (1537-1573)
illégitimes :
Marguerite de Parme (1522-1586)
Don Juan d'Autriche (1547-1578)

Armoiries empereur Charles Quint.svg
Souverains du Saint-Empire

Charles de Habsbourg, né le 25 février 1500 à Gand en Flandre, et mort le 25 septembre 1558 au monastère de Yuste dans la province d'Estrémadure en Espagne, fut duc de Brabant sous le nom de Charles II (1515-1555), roi d'Espagne et de l’Amérique espagnole, sous le nom de Charles Ier (Carlos I), roi de Sicile, sous le nom de Charles IV (Carlo IV) (1516-1556) et empereur du Saint Empire Germanique (1519-1556) sous le nom de Charles V (Karl V), nom sous lequel il est passé à la postérité (Quint signifiant cinquième en ancien français).

Charles Quint est issu d'une série d'alliances entre de nombreuses familles régnantes d'Europe, ce qui le met à la tête du plus vaste ensemble territorial d’Europe par simple héritage.

Dernier empereur germanique à nourrir le rêve carolingien de la monarchie universelle, Charles Quint voit son ambition d'unité européenne se briser sur la longue résistance à l'hégémonie Habsbourg, opposée, entre autres, par les rois de France François Ier et Henri II, mais surtout sur la déchirure religieuse irrémédiable provoquée par la schisme de Martin Luther à partir de 1517. Découragé, il abdique ses différentes couronnes (1555-1556) et se retire au couvent. L'ensemble trop disparate de ses possessions, qui l'oblige durant tout son règne à d'épuisants voyages, est désormais géré séparément par les Habsbourg d'Espagne (jusqu'en 1700) et les Habsbourg d'Autriche (Habsbourg-Lorraine depuis 1765) jusqu'en 1918.

Sommaire

Héritage et patrimoine

États héréditaires
des Habsbourgs
  Maison ducale
de Bourgogne
  Royaumes d'Aragon
et de Sicile
  Royaumes de Castille
et de León
Autriche
Gules a fess argent.svg
Tyrol
Blason Comtes de Tyrol.svg
  Philip the Good Arms.svg   Armoiries Aragon Sicile.svg   Blason Castille Léon.svg

Maximilien Ier du Saint Empire
(1459-1519)

x

Marie de Bourgogne
(1457-1482)

 

Ferdinand II d'Aragon
(1452-1516)

x

Isabelle Ire de Castille
(1451-1504)



conquête de
Grenade

Granada Arms.svg

Philippe Ier de Castille
(1478-1506)

x

Jeanne Ire de Castille
(1479-1555)


Charles Quint
(1500-1558)


Ferdinand Ier du Saint-Empire
(1503-1564)

souverain des Pays-Bas Bourguignon 1506
roi d'Espagne (Aragon et Castille) 1516
roi de Sicile 1516
archiduc d'Autriche 1519
empereur 1519
roi de Naples 1521

archiduc d'Autriche 1520
roi des Romains 1530
empereur 1556


Philippe II d'Espagne
(1527-1598)

souverain des Pays-Bas 1555
roi d'Espagne 1556
roi de Sicile et de Naples 1556

Armoiries

Les armoiries de Charles Quint sont un coupé qui associe les armoiries maternelles en chef (l'Espagne étant le plus puissant de ses états, avec la découverte des Amériques), et les armoiries paternelles en pointe, modifiées par l'ajout du blason du Tyrol dans l'écusson en abîme.

Philippe Ier de Habsbourg
Armoiries Philippe Ier de Habsbourg.svg
Charles Quint
Armoiries Charles Quint.svg
Jeanne la Folle
Armoiries Espagne Catholique.svg

Le blason est : « coupé en chef parti en 1 écartelé en 1 et 4, de gueules au château d'or ouvert et ajouré d'azur et en 2 et 3 d'argent au lion de gueules armé, lampassé et couronné d'or, en 2 parti en 1 d'or à quatre pals de gueules et en 2 écartelé en sautoir d'or aux quatre pals de gueules et d'argent à l'aigle de sable, accompagné en pointe d'argent à une pomme grenade de gueules, tigée et feuilleté de sinople, et en pointe écartelé en 1 de gueules à la face d'argent, en 2 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la bande componée d'argent et de gueules, en 3 bandé d'or et d'azur de six pièces, à la bordure de gueules et en 4 de sable au lion d'or, armé et lampassé de gueules, sur le tout parti d'or au lion de sable armé, couronné et lampassé de gueules et d'argent à l'aigle éployé de gueules, membré et becqué d'or. »

Biographie

Portrait de Charles Quint par Bernard van Orley
Portrait de Charles Quint par Bernard van Orley
L'empire européen de Charles Quint : Castille, Aragon, Bourgogne et Autriche.
Marguerite d'Autriche
tante et régente de Charles Quint
Portrait de Charles Quint par Christoph Amberger

Héritier de la maison de Bourgogne, de la maison allemande des Habsbourg et du patrimoine espagnol, Charles Quint est un personnage historique qui a transcendé les frontières ethniques et nationales. Sa devise était Plus Ultra (encore plus loin), et est devenu la devise nationale de l'Espagne.

En 1506, à la mort de son père le roi Philippe le beau, Charles hérite des Pays-Bas bourguignons et de la Franche-Comté.

En 1516, à la mort de son grand-père maternel Ferdinand II d'Aragon, il devient roi de Castille, conjointement avec sa mère Jeanne la Folle et hérite également de l'Aragon, la Haute-Navarre, Grenade, Naples, la Sicile, la Sardaigne, les Baléares, Malte, et des possessions espagnoles en Amérique.

En 1519, à la mort de son grand-père, Maximilien d'Autriche, il hérite des territoires des Habsbourg en Autriche et est élu Empereur du Saint Empire Romain Germanique.

Jeunesse aux Pays-Bas

Charles est né à dans la ville flamande de Gand en 1500. Il est le fils de Philippe de Habsbourg, souverain des Pays-Bas, et de Jeanne d'Espagne. Pendant dix-sept ans, il passe sa jeunesse aux Pays-Bas, ensemble territorial reuni par ses ancêtres les ducs de Bourgogne. Il a pour précepteur Guillaume de Croÿ, seigneur de Chièvres, puis reçoit son éducation d'Adrien Florensz, archevêque de Tortosa et futur pape sous le nom d'Adrien VI.

Elevé dans un mode de vie hérité de la cour de Bourgogne, sa langue maternelle est le français. Charles partage avec le royaume de France de nombreuses formes culturelles, mais il hérite également de l'inimitié historique existant entre les Valois et la maison de Bourgogne. Cet ancien conflit se renouvellera sous son règne et sera amplifié par son accession au trône d'Espagne et du Saint Empire romain germanique.

En 1506, lorsque son père, Philippe le beau meurt, Charles hérite de ses territoires bourguignons. Les plus importants sont le duché de Brabant, le comté de Flandre, le comté de Hollande et le comté de Bourgogne (aujourd'hui appelé Franche-Comté). Comme Charles à six ans est encore mineur, son grand-père Maximilien d'Autriche prend la Régence. Mais parce que sa présence dans d'autres pays européens est nécessaire, il nomme à sa place sa fille Marguerite régente des Pays-Bas.

A son avènement, le jeune Charles est emmené dans une tournée des villes de son pays qui honorent son passage par les célébrations traditionnelles des joyeuses entrées. Après une longue tournée du pays, Charles s'installe avec sa tante et sa fratrie à Malines qui devient pour l'heure capitale des Pays-Bas.

Le 5 Janvier 1515, la majorité de Charles est déclarée dans une séance solennelle des États-généraux réunis dans le Palais Royal à Bruxelles. C'est l'occasion pour lui de révoquer sa tante, ce qu'il fait sur les conseils de son précepteur Guillaume de Croy qui lui était hostile.

Charles Ier des Espagnes

Charles reçoit la couronne de Castille aux Cortes de Valladolid en 1518. Son accession au trône est cependant soumise aux conditions suivantes :

  • L'apprentissage du castillan (il a reçu toute son éducation en français) ;
  • L'interdiction de promouvoir des étrangers ;
  • L'interdiction de sortie du royaume pour les métaux précieux provenant des Amériques ;
  • Un traitement plus respectueux de sa mère, Jeanne la Folle, recluse à Tordesillas.

Le couronnement de Charles est le point de départ du règne de la maison d'Autriche sur l'Espagne, qui dure jusqu'en 1700 et l'arrivée des Bourbons. En 1518, il reçoit la couronne d'Aragon à Saragosse et est le premier monarque à réunir les deux couronnes.

Charles doit faire face à plusieurs troubles dans son nouveau royaume. Entre 1520 et 1521, il affronte une révolte en Castille où ses sujets refusent d'accepter le régent nommé par ses soins, Adrien d'Utrecht et sa cour flamande. La rébellion, menée par Juan de Padilla est vaincue lors de la bataille de Villalar. Charles accepte néanmoins de renvoyer les Flamands, y compris Adrien d'Utrecht qu'il fait nommer pape ultérieurement, et confie le gouvernement de ses sujets à des Castillans.

Entre 1519 et 1523, Charles doit également faire face à un soulèvement armé dans la région de Valence, les Germanías, du nom de ces milices locales, dont la constitution est autorisée depuis un privilège accordé par Ferdinand le catholique pour la lutte contre les Barbaresques. En 1520, profitant de l'abandon de la ville par la noblesse à la suite d'une épidémie de peste, ces milices, sous le commandement de Joan Llorenç, prennent le pouvoir et refusent la dissolution prononcée par Adrien d'Utrecht. Les Baléares sont contaminées à leur tour par le mouvement, qui n'est vaincu par la force qu'en 1523.

Article détaillé : Germanías.

Amérique

Sous le règne de Charles Quint se poursuit la conquête du Nouveau Monde initiée sous les Rois catholiques. A partir de 1521, Hernán Cortés conquiert la Nouvelle Espagne - vaste région qui couvre le Mexique actuel, l'Amérique Centrale et le sud des États-Unis actuels, Francisco Pizarro soumet de Tahuantinsuyu - l'empire inca - qui devient la Vice-royauté du Pérou, et Gonzalo Jiménez de Quesada prend le contrôle du royaume des Chibchas, aujourd'hui en Colombie.

Juan Sebastián Elcano boucle le premier tour du monde en (1522), achevant le voyage commencé sous les ordres de Magellan et marquant le début de la domination espagnole sur les Philippines et les Mariannes.

En 1536, Pedro de Mendoza fonde la ville de Buenos-Aires sur la rive droite du Río de la Plata. Peu après, en 1537, Asunción est fondée par Juan de Salazar et Gonzalo de Mendoza, et devient le centre de la conquête et de l'administration de la région.

Article détaillé : Empire colonial espagnol.

L'empereur Charles Quint

Le 12 janvier 1519, la mort de Maximilien ouvre la succession à la couronne impériale. Cette couronne apporte à son titulaire un surcroît de prestige et un certain poids diplomatique mais n'ajoute aucun contrôle territorial. Charles, élevé dans cette perspective, est le candidat naturel à la succession de son grand-père et doit affronter les rois Henri VIII d'Angleterre et François Ier de France, ainsi que le duc albertin Georges de Saxe, dit le Barbu.

La compétition se résume vite à un duel François contre Charles. Pour convaincre les 7 princes-électeurs allemands, les rivaux usent tour à tour de la propagande et d'arguments sonnants et trébuchants.

Le parti autrichien présente le roi d'Espagne comme issu du véritable estoc (lignage), mais la clef de l'élection réside essentiellement dans la capacité des candidats à acheter les princes-électeurs. Les écus français s'opposent aux florins et ducats allemands et espagnols mais Charles bénéficie de l'appui déterminant de Jakob Fugger, richissime banquier d'Augsburg, qui émet des lettres de change payables « après l'élection » et « pourvu que soit élu Charles d'Espagne », ainsi que des richesses amenées de l'empire américain. Charles Quint est élu roi des Romains le 28 juin 1519 et est sacré empereur à Aix la Chapelle le 23 octobre 1520[1]. Sa devise « Toujours plus oultre » correspond à son ambition de monarchie universelle d'inspiration carolingienne alors qu'il est déjà à la tête d'un empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais » mais néanmoins très hétérogène.

Le conflit avec la France

Les affrontements avec François Ier

Article détaillé : Guerres d'Italie.

La compétition avec François Ier marque l'essentiel de l'histoire impériale de Charles Quint. Le roi de France veut poursuivre l'action initiée par ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII dans la péninsule italienne. De son côté, Charles Quint n'aura de cesse de récupérer le duché de Bourgogne sur lequel il estime - à tort puisque ce duché avait été donné en apanage - avoir des droits par sa grand-mère Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. Bourgogne et Italie sont les principaux théâtres où s'affrontent les deux rivaux, sans qu'aucun des deux ne finisse par réaliser ses ambitions.

Bronze de Leoni Leone (Louvre)
François Ier et Charles Quint entrent dans Paris (1540)

Le premier heurt se produit en Royaume de Navarre. Ce royaume, dont une partie est située au nord des Pyrénées - les provinces d'outre-monts ou Basse-Navarre à partir de 1512 -, est sous contrôle espagnol depuis sa conquête par Ferdinand d'Aragon en 1512.

La Maison d'Albret, qui bénéficie de l'appui du roi de France François Ier, tente une reconquête en 1521. Les Franco-Navarrais profitent d'une démilitarisation partielle du royaume due à la Guerre des Communautés de Castille et s'appuie sur le soulèvement du peuple Navarrais pour prendre la capitale, Pampelune. Le rapide ressaisissement de l'armée espagnole et les erreurs stratégiques du général Français André de Foix ne permettent pas de consolider la victoire et les troupes de Charles Quint remportent la victoire à Noain sur une armée largement inférieure en effectifs. Après divers sièges et batailles, un accord diplomatique est signé : Charles Quint conserve la Haute-Navarre mais restitue la Basse-Navarre à la Maison d'Albret.

Pendant cette même année 1521, Charles Quint prend l'initiative et ouvre deux nouveaux fronts. Poursuivant son objectif Bourguignon, l'empereur envoie Franz von Sickingen et le comte Philippe Ier de Nassau vers le nord de la France ; ces derniers obligent Bayard à s'enfermer dans Mézières assiégée. Bayard défend la ville sans capituler malgré les canonnades et les assauts; le maréchal de La Palisse, arrivé en refort, oblige Nassau à lever le siège. En Italie, Charles Quint forme une coalition avec Henri VIII d'Angleterre et les États pontificaux pour contrer l'alliance de la France et de la république de Venise. L'armée franco-vénitienne est battue lors de la bataille de la Bicoque ; Charles Quint et ses alliés reprennent le Duché de Milan. L'armée impériale entre en Provence mais échoue au siège de Marseille. François Ier prend la tête d'une contre-attaque mais est sévèrement battu à Pavie en 1525 et devient prisonnier de l'empereur. Charles Quint garde le roi de France prisonnier à Madrid pendant plus d'un an, jusqu'à la conclusion du traité de Madrid.

Article détaillé : Sixième guerre d'Italie.

Aux termes de ce traité, François Ier doit, entre autres, céder le duché de Bourgogne et le Charolais, renoncer à toute revendication sur l'Italie, les Flandres et l'Artois, et épouser Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles. François est libéré contre l'emprisonnement pendant quatre années de ses deux fils aînés, le dauphin François de France et Henri de France (futur Henri II).

Charles Quint ne tire pas grand profit de ce traité, que le roi de France avait d'ailleurs jugé bon de déclarer inexécutable la veille de sa signature. Le 8 juin, les États de Bourgogne déclarent solennellement que la province entend rester française.

En 1526, une nouvelle ligue, scellée à Cognac se constitue, cette fois-ci contre Charles Quint, alors en pleine lune de miel (il vient d'épouser la très belle Isabelle de Portugal). La ligue de Cognac rassemble la France, l'Angleterre, le pape et les principautés italiennes (Milan, Venise et Florence). Les armées de la ligue entrent en Italie et se heurtent à une faible résistance des troupes impériales, mal payées et affaiblies par les maladies. Le siège est mis devant Naples mais Rome, la Ville Sainte, est saccagée par les soudards de l'armée impériale commandée par Charles de Bourbon contraignant Charles, catastrophé, à interrompre les festivités célébrant la naissance de son fils le futur Philippe II d'Espagne.

Cependant, le siège de Naples est un échec et les troupes de la Ligue, affaiblies à leur tour par la malaria et surtout le renversement d'alliance d'Andrea Doria, doivent se retirer du royaume de Naples. Les circonstances semblent rééquilibrer les forces de Charles Quint et François Ier et les amènent à laisser Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, et Louise de Savoie, mère du roi de France, négocier un traité qui amende celui de Madrid : le 3 août 1529, à Cambrai, est signé la Paix des Dames, qui sera ratifiée par les deux souverains. François Ier épouse Éléonore d'Autriche, veuve du roi du Portugal, sœur de Charles Quint, recouvre ses enfants moyennant une rançon de 2 000 000 écus et garde la Bourgogne ; en revanche, il renonce à l'Artois, à la Flandre et à ses vues sur l'Italie.

Article détaillé : Septième guerre d'Italie.
François Ier et Charles Quint se réconcilient sous l'impulsion du pape Paul III. Peinture de Sebastiano Ricci, 1687.

En 1535, à la mort du duc de Milan François II Sforza, François Ier revendique l'héritage du duché. Au début de 1536, 40 000 soldats français envahissent le duché de Savoie, allié de Charles Quint, et s'arrêtent à la frontière Lombarde, dans l'attente d'une éventuelle solution négociée. En juin, Charles Quint riposte et envahit la Provence mais se heurte à la défense du connétable Anne de Montmorency. Grâce à l'intercession du pape Paul III, élu en 1534 et partisan d'une réconciliation entre les deux souverains, le roi et l'empereur signent en 1538 à Nice une trêve de deux ans et promettent de s'unir face au "danger protestant". En signe de bonne volonté, François Ier autorise même le libre passage des troupes de l'empereur à travers la France afin que celui-ci puisse mater une insurrection de sa ville natale, Gand.

Charles Quint ayant refusé, malgré ses engagements, l'investiture du duché de Milan à un des fils du roi, une nouvelle guerre éclate en 1542. Le 11 avril 1544, François de Bourbon-Condé, comte d'Enghien, à la tête des troupes françaises, défait le marquis Alfonso de Avalos, lieutenant général des armées impériales à la bataille de Cérisoles. Cependant, l'armée de Charles Quint, avec plus de 40 000 hommes et 62 pièces d'artillerie, traverse la Lorraine, les Trois-Évêchés et envahit la Champagne. Mi-juillet, une partie des troupes assiège la place forte de Saint-Dizier, tandis que le gros de l'armée poursuit sa marche vers Paris. De graves problèmes financiers empêchent l'empereur de solder ses troupes, où se multiplient les désertions. De son côté, François Ier doit également faire face au manque de ressources financières ainsi qu'à la pression des Anglais qui assiègent et prennent Boulogne-sur-Mer. Les deux souverains, utilisant les bons offices du duc François Ier de Lorraine, finissent par consentir à une paix définitive en 1544. Le traité de Crépy-en-Laonnois reprend l'essentiel de la trêve signée en 1538. La France perd sa suzeraineté sur la Flandre et l'Artois et renonce à ses prétentions sur le Milanais et sur Naples, mais conserve temporairement la Savoie et le Piémont. Charles Quint abandonne la Bourgogne et ses dépendances et donne une de ses filles en mariage, dotée du Milanais en apanage, à Charles, duc d'Orléans et deuxième fils du roi.

Les affrontements avec Henri II

Les relations avec Henri II s'inscrivent dans la continuité de celles avec le prédécesseur de ce dernier.

Dès 1551, Henri II écoute les prince réformés d'Allemagne, qu'il avait bien connus lorsqu'il était dauphin. En janvier 1552, il reçoit à Chambord le margrave Albert de Brandebourg qui lui suggère d'occuper Cambrai, Verdun, Toul et Metz (ces trois dernières villes constituant les Trois-Évêchés), cités d'empire de langue française et bénéficiant traditionnellement d'une certaine autonomie. Henri II y prendrait le titre de Vicaire d'Empire. Le traité de Chambord est signé le 15 janvier 1552, scellant l'alliance d'Henri II avec les princes réformés contre Charles Quint.

En mars 1552, l'armée française est massée à Joinville sous le commandement du connétable de Montmorency et du duc de Guise. Cambrai, Verdun et Toul ouvrent leurs portes sans opposer de résistance; le 18 avril 1552, Henri II entre dans Metz.

Six mois plus tard, en octobre 1552, sur ordre de Charles Quint, le duc d'Albe met le siège devant Metz, où reste une faible garnison sous les ordre de François de Guise. Le siège dure 4 mois et, malgré le déploiement d'importantes forces impériales (35 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 150 canons), reste voué à l'échec, et l'armée de Charles Quint finit par lever le siège en janvier 1553.

Toujours en 1552, en Italie, la ville de Sienne chasse sa garnison espagnole (26 juillet) et demande l’intervention française. Henri II en profite pour ouvrir un nouveau front. Défendue par Monluc, la ville capitule finalement le 17 avril 1555. Charles Quint cède Sienne à Florence mais conserve les présides toscans de Piombino (Italie) et Ortobello.

Charles Quint et la Réforme

Présentation à Charles Quint de la confession d'Augsbourg (1530)

Le règne de Charles Quint correspond à la naissance en Allemagne du luthéranisme. Sacré par le pape, l'empereur ne peut se soustraire à l'obligation de défense de la foi catholique et une diminution de l'intensité du conflit avec François Ier lui permet de s'attacher à cette mission.

L'année même de son sacre, Charles Quint convoque la Diète d'Augsbourg. Cette diète est convoquée par l’empereur pour poser la question de la soumission des princes du Saint-Empire convertis à la Réforme luthérienne. La réunion tourne à son désavantage, les princes du Nord réformistes se coalisant sous l'autorité de Philippe de Hesse et de l'électeur Jean Frédéric de Saxe.

Le 25 juin les protestants présentent au souverain la Confession d'Augsbourg, texte fondateur du luthéranisme rédigée par Philippe Melanchthon (qui remplace Luther, alors au ban de l’Empire et ne pouvant être présent à la diète) et Camerarius, qui sera rejetée par les théologiens catholiques. Malgré quelques modifications conciliatrices apportées par le prudent disciple Melanchthon au texte original de Luther, Charles Quint la fait proscrire par la diète, où les députés catholiques se trouvent en majorité.

Charles Quint à la bataille de Muehlberg, par Titien

Le 20 septembre, Luther conseille aux princes protestants de se préparer à la guerre plutôt que d'accepter de transiger avec l'Église catholique, ce qui aboutit début 1531 à la formation de la Ligue de Smalkalde menée par Philippe de Hesse. La diète se termine le 19 novembre avec le recès d’Augsbourg qui confirme l'édit de Worms : il ordonne aux princes coalisés de se soumettre avant le 15 avril 1531, de rétablir dans leurs États la juridiction épiscopale et de restituer les biens de l'Église.

Conscient de la nécessité de réformer l'Église et résoudre le problème protestant, le pape Paul III convoque le concile de Trente, dont les travaux démarrent le 5 décembre 1545. Les protestants ne reconnaissent pas le concile et l'empereur déclenche les hostilités en juin 1546, avec une armée équipée par le pape et commandée par Octave Farnèse, futur duc de Parme, une armée autrichienne sous les ordres de son frère Ferdinand de Habsbourg et une armée de soldats des Pays-bas sous les ordres du comte de Buren.

Grâce à l'appui du prince-électeur Maurice de Saxe, Charles Quint remporte sur Jean Frédéric de Saxe la bataille de Mühlberg en 1547, emprisonne Philippe de Hesse et obtient la soumission des princes rebelles. En 1551, le même Maurice de Saxe réalise un renversement d'alliance pour délivrer le landgrave de Hesse-Cassel retenu prisonnier par Charles-Quint. Ce dernier est contraint à traiter et à accorder, par la Paix de Passau (1552), une amnistie générale et le libre exercice du culte réformé. Le 3 octobre 1555, est signée la paix d'Augsbourg qui reconnaît le protestantisme dans tout l'Empire selon la règle cujus regio, ejus religio (la religion du prince est la religion du pays).

Charles Quint en Méditerranée

L'empire de Charles Quint a le désavantage d'être dispersé et donc vulnérable aux attaques turques et des pirates comme Barberousse. L'un des principaux points de contrôle disputés est Tunis et plus généralement les villes d'Afrique du nord. En 1534, Barberousse renverse le bey Mulay Muhammad de Tunis. Tunis est un point stratégique de contrôle de la Méditerranée par rapport à la Sicile et au royaume de Naples et un point de passage vers le Levant. Mulay Hassan demande à l'empereur Charles Quint d'équiper une flotte pour faire une expédition contre Tunis, non seulement pour le rétablir sur le trône, mais aussi pour freiner la piraterie sur les côtes de Sicile et d’Italie. Il arme une flotte de 62 galères et de 150 autres navires qui partent de Barcelone le 29 mars. Les troupes impériale et les troupes espagnoles, commandées par le Génois Andrea Doria, avec l'appui de chevaliers de Malte, arrive à proximité de Carthage et de Tunis. Tunis est prise 21 juillet 1535. Mulay Hassan est remis sur son trône, 20 000 chrétiens esclaves sont libérés. Mulay Hassan devient un vassal de l'Espagne et accepte la fin de l'esclavage et la tolérance religieuse. Cette expédition est plus connue sous le nom d'expédition de Tunis.

Abdication de Charles Quint

Le monastère de Yuste

Le 25 octobre 1555, affaibli par la vieillesse et les maladies, aigri par les revers, Charles Quint abdique solennellement, dans la grande salle du palais du Coudenberg à Bruxelles de sa souveraineté sur ses possessions non-autrichiennes. Le duché de Bourgogne-Franche Comté et les Pays-Bas sont transmis à son fils Philippe.

Quelques mois plus tard, le 16 janvier 1556, il lui transmet également son héritage espagnol, tandis que les possessions autrichiennes et la dignité d'empereur romain germanique, après élection (24 mars 1558), reviennent à son frère cadet Ferdinand Ier de Habsbourg.

Souffrant d'une goutte particulièrement invalidante[2] et très marqué par la disparition en 1555 de sa mère Jeanne Ire d'Espagne dite Jeanne la Folle (malgré leur absence de proximité affective), il se retire en 1556 dans son palais-monastère résidentiel de Yuste où il meurt deux ans plus tard, à l'âge de 58 ans, de la malaria (maladie endémique dans la région jusqu'en 1960). Il repose au Panthéon des Rois d'Espagne à 40 km de Madrid sur le site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial construit par son fils Philippe II d'Espagne pour lui et tous ses descendants.

Mariage et descendance

Le 10 août 1501 est signé, à Lyon, un contrat de mariage entre Charles et la princesse Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne.

Mais il se marie le 11 mars 1526 avec sa cousine l'infante Isabelle de Portugal (1503-1539), sœur du roi Jean III de Portugal, lui-même marié peu de temps auparavant avec Catherine d'Autriche, sœur cadette de Charles Quint, pour conforter son alliance avec l'Espagne et le Saint Empire romain germanique. De cette union naissent :

  • Philippe (1527-1598) qui épousera en 1543 sa cousine, Marie de Portugal (1527-1545), puis en 1554, sa cousine , la reine Marie Ière d'Angleterre (1516-1558), puis en 1559, Elisabeth de France (1545-1568), puis en 1570 sa nièce, Anne d'Autriche (1549-1580)
  • Ferdinand (1529-1530)
  • Jean (1539-1539)

On lui connaît également des enfants illégitimes mais tous sont nés avant son mariage et pendant son veuvage :

Fratrie

Les enfants de Philippe "le Beau" et de Jeanne "la folle"
  • Charles (1500-1558)

Charles Quint dans les arts

En littérature

Charles Quint, sous le nom de Don Carlos, est l'un des personnages principaux de la pièce de théatre Hernani de Victor Hugo. Il y décrit pendant la période entourant son intronisation en tant qu'empereur.

Bibliographie

  • Bartolomé Bennassar et Jean Jacquart, Le XVIe siècle, Armand Colin. Une solide introduction à l'époque de Charles Quint... ainsi qu'aux décennies suivantes.
  • Histoire du règne de l'empereur Charles-Quint, précédée d'un tableau des progrès de la société en Europe depuis la destruction de l'Empire romain jusqu'au commencement du XVIe siècle, traduite de l'anglais de Robertson, par M. Suard, secrétaire perpétuel de l'Académie française (plusieurs éditions), Paris, Imprimerie de Didot l'Ainé, Librairie de Janet et Cottile, 1817, 4 vol. in-8.', 118 feuilles, 24 fr.
  • Jean Lucas-Dubreton, Charles Quint, Marabout Université, 1958, 383 p.
  • Ghislaine De Boom, Charles-Quint, prince des Pays-Bas, Bruxelles, La Renaissance du Livre, Collection "Notre Passé", 1943. In-12, 124 p.
  • J. Babelon, Charles Quint, Paris, 1958.
  • P.Erlanger, Charles Quint, Paris, 1981.
  • Otto de Habsbourg, Charles Quint, Paris, 1967.
  • Pierre Chaunu et Michèle Escamilla, Charles Quint, Fayard, 2000.
  • Jean-Michel Sallmann, Charles Quint. L'Empire éphémère, Payot, 2004.
  • Karl Brandi, Charles Quint, Paris, 1951.
  • Carpentier et Lebrun, Histoire de la méditerranée, Le Seuil point Histoire, 1998

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

  1. MEMO - Le site de l'Histoire - Charles Quint
  2. Les quartiers généalogiques de Charles Quint

Source partielle

Notes et références

  1. Le pape Clément VII le sacrera pour sa part le 2 mars 1530 à Bologne, une fois apaisés ses différends avec Charles Quint.
  2. Le diagnostic a été établi par examen en microscopie d'un doigt momifié conservé au monastère Royal San Lorenzo de l'Escurial : The Severe Gout of Holy Roman Emperor Charles V, J Ordi, P Alonso, J de Zulueta, J Esteban, M Velasco, E Mas, E Campo, P Fernández, New Engl J Med, 2006,355,516-520
Précédé par Charles Quint Suivi par
Maximilien Ier
Empereur romain germanique
Archiduc d'Autriche
1519-1555
Ferdinand Ier
Jeanne Ire la Folle
roi de Castille et de León
1516-1555
royaume d'Espagne
Ferdinand II
roi d'Aragon
1516-1555
Roi des Deux-Siciles
1516-1555
Philippe II
Union des royaumes d'Aragon,
de Castille et de León
Roi d' Espagne
1516-1555
Philippe Ier le Beau
Souverain des Pays-Bas
1506-1555
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