Chant (oiseau)


Chant (oiseau)

Vocalisation des oiseaux

Merle noir chantant à partir d'un perchoir improvisé, lui permettant de dominer son environnement proche, visuellement et auditivement. Bogense havn, île de Fionie, Danemark.

Comme la plupart des vertébrés, les oiseaux émettent des sons vocalisés.

L'Homme différencie bon nombre de ces chants ou sons et leur a donné un nom particulier, par exemple roucoulement, piaillement, cancanement. Parfois le nom vernaculaire d'un oiseau évoque ses vocalises comme pour les coucous. Le terme Coq en français est issue du chant que les locuteurs francophones transcrivent en « Cocorico »[1], alors qu'il est transcrit « Kikeriki » par les locuteurs germanophones, etc.). Ces relations étymologiques sont étudies en ethnoornithologie.

Lorsque ces sons paraissent mélodieux à l'oreille humaine, ils sont désignés sous le terme de chants. En ornithologie, on étend le terme de chant à tous les « appels » émis en vu de communiquer. Par ailleurs les Passeriformes, s'ils sont surnommés « oiseaux chanteurs », ne sont pas les seuls à pouvoir vocaliser.

Sommaire

Définition

Oisillons de merle noir piaillant pour obtenir la becquée

D'une manière générale l'oiseau babille, chante, gazouille, jabote, , piaille, piaule, ramage. Le piaillement est un appel bref, les oisillons piaillent pour réclamer de la becquée. Le gazouillis est un petit chant. Le pépiement est une série de petits cris brefs, peu sonores. Le babil est un chant répétitif qui ressemble à un récit des humains. La distinction entre chant et cris est quelque peu arbitraire. On considère cependant les chants comme plus longs et plus complexes. Les vocalises les plus complexes servent toujours aux préludes amoureux. Les autres sons servent à exprimer une menace, la peur ou à signaler son autorité sur un territoire. Le cri d'un oiseau exprime tantôt un appel, une menace, la peur, un signal d'avertissement ou une demande. Certaines espèces d'oiseaux sont capables d'imiter les autres oiseaux. Les étourneaux savent imiter des bribes de chants notamment ceux du loriot, ce qui peut dérouter certains observateurs[2]. La rousserolle verderolle inclut dans son répertoire des chants de dizaines d'oiseaux dont certaines espèces qu'elle rencontre en Afrique durant son hivernage. Les plus remarquables de ces espèces étant les Mainates et certains Psittacidae qui peuvent même imiter l'homme.

Rôle social

La plupart des espèces chantent, les espèces qui ne chantent jamais, comme les cigognes, font plutôt exceptions. Les rossignols et les Passeri sont reconnus pour leur chant. Ce sont les mâles qui chantent en général pour séduire les femelles ou marquer leur territoire. Ils chantent donc le plus souvent au printemps dans les régions boréales, mais les espèces qui élèvent deux couvées par saison, comme les troglodytes, chantent entre les couvées[2]. Ils possèdent un répertoire de chants, avec un chant précis pour certaines situations. Certaines espèces peuvent chanter en duo. Les chants peuvent évoluer en fonction de la saison des amours. Il arrive aussi aux couples de chanter en duo, exercice alors très impressionnant.

Chez certaines espèces le chant est inné tandis que pour d'autres le chant est appris à l'écoute des oiseaux de la même espèce mais peut aussi inclure des vocalises d'autres espèces. Il en résulte que chaque population dispose de ses chants propres et que chaque individu a sa propre particularité vocale. Si les jeunes oiseaux peuvent chanter, ils n'ont pas la dextérité de leurs aînés la plupart du temps mâle, l'aptitude à chanter s'affinera en vieillissant. Si cette période d'apprentissage, chez certaines espèces comme le Diamant mandarin, est perturbée, la capacité à chanter se dégrade. Chez cette espèce il faut 20 jours pour que l'oisillon s'empreigne des vocalises de l'adulte et 35 jours pour développer le sien. À 90 jours, devenu adulte, son chant ne varie plus.

Le chant joue un rôle social important, car on sait qu'un oiseau isolé ou sans femelle chante plus fort qu'en couple. Cette caractéristique est utilisée pour faire parler les Psittacidae et les mainates. Le chant sert aussi aux mâles pour séduire les femelles et revendiquer un territoire. Il en résulte que des mâles, privés de cette aptitude, gardent plus difficilement leur territoire[3].

Les alarmes

De nombreux oiseaux émettent des cris d'alarme, éventuellement interprétés par d'autres espèces, tel le cri du geai qui semble alerter d'autres espèces que des intrus se présentent sur leur territoire. L'enregistrement de cris d'alarme a été utilisé pour éloigner certains groupes d'oiseaux des pistes d'aérodromes ou aéroports.

La capacité à apprendre et/ou imiter les sons

Le perroquet et le mainate sont connus pour leurs capacités à mémoriser et répéter une grande variété de sons, mais de nombreuses autres espèces en sont capables dont l'étourneau sansonnet ou le loriot qui peut par exemple imiter le miaulement du chat.

Organes

L'organe producteur de son

L'organe vocal aviaire s'appelle le syrinx. C'est une structure cartilagineuse au fond de la trachée qui possède deux cavités ou pavillons. Cette structure, à laquelle s'ajoutent pour certaines espèces, une poche d'air formant une caisse de résonance, vibre produit des sons en faisant changer les volumes des membranes des cavités. Les oiseaux peuvent commander les vibrations de chacune des cavités indépendamment ce qui permet à certaines espèces de produire deux notes simultanément.

Le cerveau

Sur les 23 ordres d'oiseaux, seul trois ordres regroupent des oiseaux avec la capacité d'apprendre leurs vocalises, les Trochiliformes, les Passeriformes, les Psittaciformes. Ils apprennent d'une manière assez semblable à la façon dont les enfants apprennent à parler. Ils doivent mémoriser les sons et les reproduire dans un bon contexte. Il a été montré, par contre que les Galliformes ne reproduisent les sons que d'une façon innée.

Ces trois ordres d'oiseaux ne sont pas très proches pourtant leurs adaptations sont similaires. Il a été montré que ces oiseaux utilisent les sept même aires de leur cerveau pour vocaliser et que ces aires ne sont pas présentes pour les espèces des autres ordres. Ceci soulève une question sur l'évolution des oiseaux. Soit ils héritent tous d'un ancêtre commun disposant de ces facultés, perdue pour les autres ordres, soit il s'agit d'une convergence évolutive « normale » liée à la structure des cerveaux des oiseaux.

Cette dernière est, selon certains auteurs, un exemple de convergence évolutive[4], ce phénomène est identique aux ressemblances observées chez les cétacés et les homo sapiens. Cette similitude est étudiée pour comprendre comment quelques mammifères ont développé la capacité de vocaliser pour s'exprimer.

Les diamants mandarins sont très utilisés pour étudier les capacités d'interprétation des sons par le cerveau chez les oiseaux, grâce à leur capacité à reconnaître et réagir aux chants de leurs congénères. Leurs chants sont innés.

Aptitudes connexes

Les oiseaux possèdent un système d'audition moins sophistiqué que celui des mammifères et, sauf exceptions, pas d'organe externe, mais disposent cependant pour certains d'entre eux une audition extrêmement fine. Certaines espèces sont capables de reconnaître la signature vocale d'autres individus, même après plusieurs mois, comme les couples de manchots sont capables de se reconnaître parmi des centaines d'individus[5].

Particularités

Certaines espèces émettent des sons de communication non vocaux comme des froissements d'ailes, ou grâce à des poches de peaux comme les gélinottes. Certaines espèces sont également capables de se servir d'écholocation comme les Salanganes ou le Guacharo des cavernes.

L'homme et les vocalisation des oiseaux

Dans l'Antiquité européenne et dans plusieurs légendes, on prête aux oiseaux le pouvoir de parler. Ils deviennent alors des messagers, des espions. En Afrique, des chants et cris sont interprétés et traduits par certains peuples qui en tirent une signification particulière, qu'elle soit néfaste ou positive. Les oiseaux produisant ces cris sont alors considérés comme bénéfiques ou maléfiques[6].

Certaines espèces d'oiseaux sont également élevées en cage depuis l'antiquité dans l'unique objectif de distraire par leurs chants. Pour obtenir de meilleurs chants, on isole l'oiseau afin que son stress le pousse à chanter plus fort et plus longtemps. C'est par exemple le moyen utilisé pour faire parler les Psittacidae et les mainates qui imitent l'Homme par crainte de la solitude. En raison de cette aptitude appréciée, des braconniers capturent de nombreux spécimens sauvages pour la vente. Malgré les mesures de protection, certaines espèces sont menacées.

L'étude des vocalises

L'homme sait reconnaître certaines vocalisations et les reproduire depuis des milliers d'années. Cette capacité lui permet d'identifier l'oiseau et même de le tromper — elle lui a aussi été utile pour la chasse. Les appeaux sont des leurres qui imitent les vocalises afin d'attirer des oiseaux pour les chasser. L'Homme a d'ailleurs cherché à reproduire ces vocalises avec certains automates au XVIIe siècle.

Ce n'est pourtant que récemment que l'Homme a cherché à mieux connaître la signification de ces vocalisations.

Le premier enregistrement de chant a été fait par Ludwig Koch en Allemagne en 1889. La suivante par le biologiste américain Sylvester Judd en 1898. L'enregistrement en milieu naturel pose de nombreux problèmes techniques liés à l'isolation du son. Le premier enregistrement de bonne qualité en milieu naturel n'a été réalisé qu'en 1932 lorsqu'une une équipe de l'université Cornell dirigée par Arthur Allen a mis au point les instruments et les techniques nécessaires. Après avoir isolé les chants, cette équipe les a fait écouter à d'autres oiseaux et a observé les réactions de ceux-ci. Aujourd'hui, on analyse directement les sonogrammes.

On a depuis découvert qu'au sein de métapopulations pouvaient exister des sortes de "dialectes régionaux" traduites par des variations de chant.

De plus, la complexité du chant d'un groupe au sein d'une espèce aviaire serait un bon indicateur de la bonne santé globale de la population de cette espèce[7]. Par exemple, les mâles des populations de Sirli de Dupont comprenant le plus d'individus (supposées les moins enclines à l'extinction) émettent des chants plus complexes que les autres, peut-être en raison d'une moindre compétition au moment de l'accouplement et d'un contexte "culturel" plus pauvre. Ceci laisse penser que l'étude des chants de population d'oiseaux pourrait donner des informations sur leur degré de menace d'extinction.

Culture

  • Restera-t-il un chant d'oiseau, une chanson de Jean Ferrat

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • Hervé Millancourt, Les plus beaux chants d'oiseaux, 40 virtuoses de France, Flammarion, 2008 (ISBN 9782081209435) , un livre accompagné d'un CD
  • André Bossus, François Charron, Le chant des oiseaux, Sang de la Terre, 1997 (ISBN 978-2869850897) 
  • Sterckeman, Le chant des oiseaux, Astrabile, 2002 (ISBN 2940329028) , une bande dessinée
  • (en)(en) Erich D. Jarvis, Sidarta Ribeiro, Maria Luisa da Silva, Dora Ventura, Jacques Vielliardk & Claudio V. Mello, « Behaviourally driven gene expression reveals song nuclei in hummingbird brain », dans Nature, vol. 406, août 2000 [texte intégral] 

Liens externes

Sources

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bird song ».

Notes

  1. (fr) Définitions lexicographiques et étymologiques de coq du CNRTL.
  2. a  et b (fr)Gilbert Blaising, « Pour les oiseaux, chanter est indispensable » sur oiseau.net
  3. McDonald, M.V. (1989). Function of song in Scott's seaside sparrow, Ammodramus maritimus peninsulae. Anim. Behav. 38:468-485.
  4. Erich Jarvis de Duke University Medical Center et Claudio Mello de la Rockefeller University
  5. (fr)Ecologie comportementale animale sur futura-sciences
  6. (fr)Le langage des chants d'oiseaux sur Institut de culture africaine
  7. Étude conduite par le Conseil espagnol de recherche (CSIC) et publiée dans PLoS Biolog (2008), ayant porté sur le chant des mâles du Sirli de Dupont (espèce menacée), selon la répartition des groupes de cette espèce au le Nord-Est de l’Espagne.
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