Cent quatre (établissement culturel)


Cent quatre (établissement culturel)

Cent Quatre (établissement culturel)

Traversée centrale♦

Le Cent Quatre est un établissement public de coopération culturelle parisien qui est ouvert depuis le 11 octobre 2008 sur le site de l'ancien Service municipal des pompes funèbres au 104 rue d'Aubervilliers, dans le 19e arrondissement de Paris.

Sommaire

Histoire

En 1870, l'archevêché de Paris, en charge des enterrements sur la ville, installe un service de pompes funèbres sur le lieu dit des Petits Noyers[1]. Il va alors commander la construction d'un nouveau bâtiment sur ce site, une parcelle de 26 000 m2, le long des voies ferrées de la gare de Paris-Est, entre la rue des Vertus (actuelle rue d'Aubervilliers) et la rue Curial[1] à la place des abattoirs de Villette-Popincourt.

En 1874, après deux ans de travaux, le nouveau bâtiment des pompes funèbres de Paris est inauguré au 104 de l’ancienne rue des Vertus (actuelle rue d'Aubervilliers ). Il est l'œuvre des architectes Delebarre de Bay et Godon, sous la houlette de Victor Baltard, architecte de la ville de Paris. Ils ont conçu un bâtiment dans le style de l’architecture industrielle de l'époque (celle des grandes gares et des halls d'exposition universelle[1]), utilisant largement le verre et la brique et des structures de fonte et de fer. Le bâtiment qui a une superficie équivalente à celle de la place de la République[1] est composé de deux grandes halles dotées de verrières, de quais de déchargement, de cours anglaises, d'écuries et de caves sur plus de 270 mètres de long[1].

Protection et classement

L’ensemble a été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1997. Le lieu possède une forte charge symbolique. Sa théâtralité se traduit par une alternance de petites cours et de longues halles suivant un axe visuel qui traversait autrefois la parcelle d’une extrémité à l’autre. Le caractère fermé des façades sur les rues Curial et d’Aubervilliers renforce la sensation, une fois à l’intérieur du lieu, d’un dehors qui s’efface. Le maire de Paris a décidé de protéger et de réhabiliter l’ensemble architectural du 104, rue d’Aubervilliers en l’inscrivant dans une démarche de renouvellement urbain.

Architecture

Pompes funèbres

Pendant plus de 120 ans, le bâtiment va servir à l'activité des Pompes funèbres de Paris. Plus de mille personnes y travaillent organisant 150 convois mortuaires quotidiens. La première halle, rue d'Aubervilliers, servait à la préparation des cercueils et à la réalisation des catafalques[1]. La seconde halle, rue de Curial, abritait 80 corbillards et une centaine de chars au rez de chaussée et 18 écuries en sous-sol abritant 300 chevaux. On y trouvait également la réserve de cercueils, plus de 6000, des greniers à fourrage et un réservoir de 50 000 litres d'eau[1].

Les halles abritaient également une douzaine de boutiques proposant toute sorte d'ornements funéraires et des ateliers de menuiserie, de tapisserie, de peinture ou d'armoirerie[1](par exemple jusqu'au début des années 1980, les pompes funèbres installaient un catafalque à l'entrée des immeubles où venait de décéder une personne).

En 1905, après la séparation de l'Église et de l'État, les Pompes funèbres deviennent municipales.

Au cours du XXe siècle, le bâtiment connait son activité maximale. 1400 personnes y travaillent, presque exclusivement du personnel masculin (seulement une quarantaine de femmes)[1].

Après la Seconde Guerre mondiale, les pompes funèbres se motorisent, la halle Curial devenant un immense garage accueillant 150 fourgonnettes et 92 berlines, toutes des corbillards, avec ses ateliers et mécaniciens[1].

Le bâtiment n'avait pas de morgue et ne servait pas à l'accueil des corps des défunts à l'exception des périodes de guerre. En effet, pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, à la demande des pouvoirs publics, le bâtiment accueillit les corps rapatriés pour être présentés aux familles[1].

En mai 1968, les pompes funèbres ne firent pas grève mais fonctionnèrent en autogestion pendant un mois[1].

Suite à la fin du monopole municipal en 1993, l'activité a décliné pour disparaître en 1997.


Le Cent Quatre, une reconversion artistique

En 2003, après avoir lancé une procédure de marchés de définition simultanés mettant en concurrence trois agences d’architecture, la Ville de Paris a confié la maîtrise d’œuvre des travaux de réhabilitation à l’Atelier Novembre[2], dont le projet préserve l’authenticité du site. « Habituée à travailler sur des projets de réhabilitation dans le champ culturel, cette équipe a proposé un projet ouvert sur la Ville, mettant en valeur la transversalité du site. Elle a proposé une grande souplesse dans l’utilisation des différents espaces offerts par le bâtiment, en résonance avec l’ambition du projet artistique de la Ville de Paris ». Le Cent Quatre a été inauguré le Samedi 11 octobre 2008

Desciptif du projet

Sur 35.000 m2 de planchers, le 104 disposera de 16 plateaux de fabrication artistique de tailles variables et aux équipements modulables, dans lesquels il est prévu d’accueillir chaque année 30 à 35 projets artistiques pour des résidences temporaires de 1 à 12 mois. Des espaces mutualisés (bureaux de production, vestiaires, stockage, salles de formation...) et des régies techniques complètent l’accompagnement de la création artistique.

Deux salles de diffusion de 200 et 400 places sont situées au cœur du bâtiment. Au sous-sol, les anciennes écuries sont rénovées pour pouvoir accueillir des manifestations telles que salons, expositions, événements d’entreprise ou défilés de mode.

Journées portes ouvertes du chantier, le 29/12/2007

Le 104 s’étend sur une parcelle de 15.848 m². Sa surface totale est de 36.800 m² dont 7300 m² de parkings et 4500 m² de traversée centrale, soit 25.000 m² de surfaces exploitables.

  • 1900 m² de services et de commerces
  • un pôle évènementiel et commercial de 2500 m² qui peut se déployer sur deux niveaux.
  • dans la nef centrale, deux salles de spectacles de 200 à 400 places avec leurs foyers.
  • 4000 m² de plateaux de fabrication et de production répartis en 16 ateliers et 18 bureaux
  • une pépinière d’entreprises occupant environ 800 m².
  • un équipement de pratiques artistiques amateurs de 500 m².
  • 6 appartements allant du studio au 4 pièces.
  • plus de 1400 m² de stockage répartis sur le site.
  • un parking réservé aux professionnels de 162 places et un plateau de logistique avec une ample zone de quais de déchargement.
  • un parking public de 162 places situé à proximité
  • environ 2500 m² de locaux techniques nécessaires pour entretenir, éclairer, chauffer, climatiser et connecter le 104.
  • 200 artistes en permanence sur le lieu.
  • 60 permanents
  • jauge maximum : 5000 personnes
  • 110 millions d'euros d'investissement financé à 100 % par la Ville de Paris
  • 12 millions d'euros de fonctionnement annuel, dont au minimum 8 millions financés par la Ville de Paris
  • 35.000 m² ouverts au publics dont 500 m² dédiés à un travail en lien avec le quartier: Le Cinq

Missions de l'équipement

Statuts et administration

Les deux directeurs, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, ont été nommés en 2005 par le maire de Paris Bertrand Delanoë.

Missions

Tous les arts pour chacun

Le projet consiste à inviter des artistes de toutes disciplines à venir produire des œuvres en ouvrant régulièrement au public les portes de leurs ateliers pour montrer le cheminement de l'art.

Un réseau national et international
Journées portes ouvertes du chantier, le 29/12/2007

Le 104 s'inscrit dans un réseau de lieux d’art européens réfléchissant aux mêmes problématiques. À Berlin, Sasha Waltz et Jochen Sandig pour la danse, Folkert Uhde pour la musique, viennent d’ouvrir le RadialSystem dans un ancien transformateur électrique situé au bord de la Spree. À Rome, en 2008, Zone Attive aménage dans les anciens abattoirs de la ville un complexe de 10 000 m2 dédié à l’innovation dans les arts. À Madrid, le Matadero se situe aussi dans les anciens abattoirs, fleuron de l’architecture industrielle, et s’étend sur 148 000 m2. Tous ces lieux sont créés sur des bases similaires au 104 : ils croisent les arts et se soucient de transmission. Ces nouveaux sites d’art s’attachent, ensemble, à repenser la place de l’artiste dans la société, les conditions de production et les modes d’accès à l’art.

Le projet économique

Un restaurant et un café assureront la convivialité de cet équipement, des commerces de proximité s'implanteront prochainement.

Il est prévu que des entreprises utilisent le 104 pour y tenir des congrès, salons, évènements, pour y présenter de nouveaux produits.

Une pépinière d’entreprises culturelles pourrait accueillir, pour deux à quatre ans, une dizaine de jeunes sociétés choisies par la direction du 104 pour la qualité de leur projet et les synergies possibles avec les artistes résidents et les équipements du site. Ces sociétés bénéficieront d’un accompagnement professionnel pour le développement de leurs activités.

Le projet social

Le projet du 104 a aussi un projet social. Ce quartier parisien au fort taux de chômage et d'échec scolaire, permet d'associer dès l'origine la recherche d'une démocratisation de l'accès à l'art et d'un développement économique. Un équipement de proximité permet aux habitants du quartier de mener à bien leurs pratiques artistiques en complicité avec les artistes invités: le cinq.

Le Cent Quatre travaille aussi avec des entreprise d'insertion, dans le cadre de marchés publics, apportant ainsi à des publics dit en "difficultés" des emplois dans le domaine de l'accueil, de la billetterie, de la sécurité et de la maintenance informatique.

Associé à la réhabilitation profonde du quartier (ouverture des Jardins d'Éole), l'implantation d'un équipement culturel revendiquera un rayonnement international qui pourra apporter une réelle plus-value sociale pour les habitants du quartier, tout en essayant de maintenir une mixité sociale. Dans leur éditorial diffusé dans la lettre du 104 du mois de juin 2007, suite à l'invasion du local de préfiguration par le Comité des mal logés du 19°, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach: « Nous pensons qu’il y a urgence et nécessité à ouvrir un tel lieu dans le quartier Flandre–Aubervilliers. L’art en sortira grandi, les habitants, les Parisiens, les visiteurs étrangers pourront y trouver un logement de l’esprit, du corps, des langues et des écritures. Voilà pourquoi le 104 existe avec et au milieu des habitations »

Les événements artistiques marquants

Références

  1. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k  et l "Les Pompes funèbres de Paris", p. 128, L'Expansion, octobre 2008 n° 734.
  2. Atelier Novembre, Jacques Pajot architecte ; site de l'agence


Annexes

Liens externes

Bibliographie

Bruno Bertherat, Christian Chevandier, Paris, dernier voyage ; histoire des pompes funèbres, La Découverte, Paris, 2008, 196 p. 


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