Causes de l'intégration des établissements français de l'Inde à l'Union indienne


Causes de l'intégration des établissements français de l'Inde à l'Union indienne

De nombreux facteurs politiques, culturels, socio-économiques et géographiques ont contribué au rattachement des Établissements français de l'Inde (l'Inde française) à l'Union indienne entre 1954 (de facto) et 1963 (de jure).

Sommaire

Différences économiques et culturelles

En effet les Français n'ont pu, en raison de divergences politiques et culturelles notamment, conserver les colonies suivantes en Inde :

  • Pondichéry : la ville est située dans la partie méridionale de la province de Madras (aujourd'hui: Tamil Nadu). La langue qui y est parlée est le tamoul. A l'époque, les Tamouls occupaient de nombreux postes dans l'administration de la province de Madras mais aussi du gouvernement central de l'Union indienne. Et ils avaient une influence indéniable sur les habitants de Pondichéry qui partageaient la même culture et mode de vie que les Tamouls de l'Inde britannique (puis indépendante) voisine. Cependant, à Pondichéry, le nationalisme indien et la francophilie coexistaient.
  • Chandernagor : elle se trouve dans l'État du Bengale-Occidental. La culture et le l'art de vivre y sont typiques du peuple bengali. La section bengali du parti du Congrès (Indian National Congress) avait une influence indéniable sur Chandernagor. Le Bengale ayant été un des berceaux du nationalisme indien, les sentiments prédominants étaient anti-français et nationalistes indiens.
  • Karikal : la ville est à 132 km au sud de Pondichéry dans la province de Madras (Tamil Nadu) et était entièrement dans la sphère d'influence de Pondichéry. La culture et le mode de vie y étaient ceux des Tamouls et c'est la seule des colonies françaises à n'avoir pas de grande différence culturelle ou linguistique avec Pondichéry. Les changements politiques à Pondichéry, et dans la province de Madras, avaient donc une influence sur Karikal aussi.
  • Mahé : elle est localisée sur la côte de Malabar (Mer d'Oman) dans la province de Kerala. La langue pratiquée y est le malayalam. La culture et le mode de vie des habitants y sont ceux des peuples du Kerala. Les membres 'keralite' du parti du Congrès avaient une influence sur la vie politique de Mahé et le sentiment nationaliste y est assez fortement implanté, mais Mahé n'était pas dans la sphère d'influence de Pondichéry.
  • Yanaon : elle se trouve sur la côte de Godavari, dans la partie septentrionale de la province de Madras. La langue y est le télougou mais la langue française y était très présente aussi. Les coutumes et le mode de vie des télougou sont comparables à celles des autres peuples de l'Andhra Pradesh. La politique de l'État de l'Andhra (Andhra State) n'avaient pas d'impact sur la francophile Yanaon. En effet, l'atmosphère générale à Yanaon était très nettement francophile, et c'était d'ailleurs la colonie française en Inde à compter le plus haut niveau de partisans de la présence française parmi la population indigène. Yanaon était largement hors de la sphère d'influence de Pondichéry.

La décolonisation

La décolonisation est un phénomène mondial qui a connu son apogée entre les années quarante et les années soixante du XXe siècle. De nombreuses colonies ont alors envisagé de se libérer des empires coloniaux et à gagner leur indépendance, et le nationalisme et le socialisme ont joué un rôle très important dans cette prise de conscience et les mouvements d'indépendance qui ont été son aboutissement.

Avant l'indépendance de l'Inde (1947)

  • Insignifiance en termes de population et de territoire par rapport à l'Inde britannique : ce fut une des principales causes de la libération des colonies françaises de l'Inde.
    • Insignifiance de la taille des territoires : la petite taille des comptoirs comparée à celle de l'Union indienne. En effet la surface cumulée des comptoirs français en Inde n'atteignait pas les 5000 km carrés, alors que celle de l'Union (à l'exclusion du Cachemire) dépassait les 2,5 millions de km carrés.
    • Faible volume de population : la taille de la population comparée à celle de l'Union indienne. La population totale des comptoirs n'atteignait pas le million d'individus alors que celle de l'Union dépassait les 360 millions d'habitants.
  • Manque de frontières précises avec l'Inde : très peu de comptoirs ont eu des frontières nettes avec l'Inde. Beaucoup étaient complètement enclavés dans le territoire indien, surtout dans la région de Pondichéry.
  • Facteurs économiques : l'existence économique même des comptoirs dépendait de la bienveillance indienne.
  • Absence de résistance militaire : si l'Inde avait souhaité annexer les comptoirs de force, la France n'aurait pas pu faire grand-chose pour l'arrêter.

Ce sont les quatre facteurs les plus importants qui ont finalement mené à la fusion de ces territoires avec l'Inde.

Après l'indépendance de l'Inde (1947)

Après l'indépendance, les principaux facteurs qui mènent à la fusion entre les Établissements français et l'Inde sont :

  • Le nationalisme indien
    Avec l'indépendance de l'Inde en 1947, le nationalisme indien monte en puissance dans les colonies qui subsistent en Inde. Un des signes évidents est l'ascension de partis nationalistes locaux dans ces régions. Leur rôle de plus en plus important dans la vie politique de l'Inde française va créer petit à petit un sentiment anti-français.
  • Le retournement des socialistes
    C'est la cause principale (et peut-être même la seule cause) de la libération des colonies françaises en Inde. Les membres du parti socialiste de l'Inde française, connu sous le nom de "Socialistes", ont progressivement changé leur position pour se rapprocher des groupes nationalistes pro-fusion. C'est ainsi que le ralliement du maire de Pondichéry, Édouard Goubert, au camp de la fusion avec l'Inde a porté le coup de grâce à la souveraineté française sur ces territoires.
    • Quelques personnalités de cette époque sont :
      • Édouard Goubert (ancien maire de Pondichéry)
      • Caïlacha Subbiah (sénateur communiste de l'Inde française - Pondichéry)
      • Kamichetty Sri Parassourama Varaprassada Rao Naidu (membre de l'Assemblée représentative - Yanaon)

Les causes immédiates de l'intégration

L'intervention du gouverneur

Un événement important sur la route vers la liberté de Pondichéry s'est produit le 18 mars 1954, lorsque les membres de l'exécutif municipal, le maire de Pondichéry et sept communes attenantes ont proclamé leur décision de fusionner avec l'Union indienne sans passer par un référendum. Toutes les communes de Karikal ont fait de même. Cette décision devait être confirmée par l'Assemblée représentative, mais au moment où les membres du parti socialiste de l'Inde française voulaient passer cette résolution, le gouverneur français a ajourné la séance. Ressentant cette manœuvre comme une provocation, les dirigeants socialistes décidèrent de prendre les communes avoisinantes l'une après l'autre puis de revenir à Pondichéry. Suivant ce plan, des dirigeants du parti socialiste ont hissé le drapeau national indien sur du poste de police de Nettapakkam le 31 mars 1954.

Ainsi, l'intervention du gouverneur général pour empêcher le débat à l'Assemblée représentative a eu pour résultat :

  • la prise de la commune de Nettapakkam;
  • la prise de Mannadipet et de Bahour;
  • la formation du gouvernement provisoire à Nettapakkam.

La Conférence de Kandamangalam

Dans la nuit du 11 avril 1954, à la conférence de Kandamangalam, le consul général indien, Sri Kewal Singh, conclut que "pour libérer les colonies, il faudrait attaquer l'un des quatre principaux Établissements français" puisque les Français se moquent du gouvernement provisoire installé à Nettapakkam. Suivant son idée, le consul demanda à M. Dadala de préparer un plan pour la libération de Yanaon, dont la population et la superficie étaient modestes. Cela mena directement au coup d'État de Yanaon mais également à la libération définitive des colonies françaises en Inde.

Les conséquences de la conférence de Kandamangalam sont donc :

  • un piquet de grève du mahajana sabha sous la direction d'I. K. Kumaran à Mahé, le 16 juin 1954, au terme duquel l'administrateur colonial remet la ville à ses habitants.

Les membres actifs engagés dans la libération

  • V. Subbaih
  • Édouard Goubert, maire de Pondichéry
  • Sellane Naicker
  • Sri Kewal Singh, consul général
  • Venkatasubba Reddiar, conseiller municipal de Nettapakkam
  • K. Kumaran
  • Dadala Raphael Ramanayya
  • Kamichetty Venugopala Rao Naidou, membre de l'assemblée représentative de Yanaon.

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Sri Dadala Raphael Ramanayya, My Struggle for freedom of French Provinces in India, autobiographie
  • (en) R. H. Parker, « The french and portuguese settlements in India », dans The Political Quarterly, vol. 26, no 4, octobre 1955, p. 389–398 (ISSN 0032-3179) [lien DOI] 

Lien externe


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