Carl Schmitt


Carl Schmitt
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Carl Schmitt (11 juillet 1888 - 7 avril 1985) était un juriste (constitutionnaliste, théoricien et professeur de droit), un philosophe et un intellectuel catholique allemand. Il s'engage dans le parti nazi dès 1933 et se veut le juriste officiel du IIIe Reich[1].

Ses principales œuvres sont : Théologie politique (1922), Théorie de la Constitution (1928), La notion du politique (1933), Le Léviathan dans la doctrine de l’État de Thomas Hobbes (1938), Le Nomos de la Terre (1950), Théorie du partisan (1963).

Auteur d'une réflexion sur la nature de l'État et des constitutions, il considère, dans la filiation de la pensée de Jean Bodin, que la souveraineté étatique est absolue ou n'est pas. L'autonomie étatique, selon Schmitt, repose sur la possibilité de l'État de s'autoconserver, en dehors même de la norme juridique, par une action qui prouvera cette souveraineté.

Les controverses liées à la pensée de Schmitt sont étroitement liées à cette vision absolutiste de la puissance étatique et son antilibéralisme, qui sont balancés par la posture de l'auteur dans ses engagements vers le «  conservatisme libéral » ou le libéralisme conservateur[2].

Sommaire

Repères biographiques

Carl Schmitt est né le 11 juillet 1888 à Plettenberg (Westphalie), ville située dans le Sauerland, à environ 70 km à l'est de Bonn.

Il étudie la théorie de l'État et le droit aux universités de Berlin, Munich et Strasbourg et obtient ses diplômes universitaires à Strasbourg en 1915. Professeur aux universités de Bonn et de Berlin, Carl Schmitt participe de près à la vie politique des dernières années de la République de Weimar en occupant un poste de conseiller juridique auprès de la Chancellerie. Il joue notamment un rôle de premier plan dans les discussions constitutionnelles qui nourrissent la crise de la République de Weimar. Il est lié dès les premiers mois au régime nazi dont il approuve certains aspects, mais avec lequel il prend ses distances par la suite, pour des raisons diverses, notamment parce qu'il fut accusé d'être opportuniste. Son antisémitisme relève de l'antijudaïsme religieux historique chrétien mais n'a rien de racial. Il soutient le jeune Leo Strauss pour l'obtention d'une bourse Rockefeller afin qu'il aille travailler sur Thomas Hobbes en France et en Angleterre ; ses échanges intellectuels après la Seconde Guerre mondiale avec le philosophe Jacob Taubes montrent l'ambiguïté de ses écrits, où il traite de manière négative l'apport des Juifs à la culture occidentale.

En 1933 il adhère au NSDAP, dont il a été le conseiller juridique. Accusé d’avoir conservé des amitiés juives, il est inquiété après 1936 par la SS, mais conserve jusqu’à la fin de la guerre son titre de conseiller d'État (nommé par Hermann Göring) et de professeur à l'université de Berlin. Il avait d'ailleurs organisé en 1936 un congrès contre l'esprit juif dans la science du droit, qui révèle la radicalité de son antisémitisme - ou l'ampleur de son opportunisme, la culture de Schmitt, foncièrement catholique, ayant moins d'affinités avec un racisme biologisé qu'avec un antijudaïsme chrétien.

Après 1936, devenu suspect aux yeux des dirigeants nazis, il se consacre essentiellement à son œuvre de philosophie politique.

Lors de l'instruction du procès de Nuremberg, il est entendu comme « inculpé potentiel », mais il n'est finalement pas inculpé. Il est emprisonné pendant 18 mois en 1945-1946 avant de recouvrer la liberté. Il n'est pas réintégré dans l'université allemande, mais il n'a pas cessé de publier.

L'itinéraire d'un intellectuel par temps de crise

Théologie politique

Carl Schmitt appartient à une génération qui a connu le militarisme allemand et l'humiliation du Traité de Versailles, qui dépouille littéralement l'Allemagne après sa défaite lors de la Première Guerre mondiale. Sa génération passe de l'Empire allemand à la République de Weimar. Carl Schmitt pose la question centrale du type de constitution politique qu'il faut à la nation allemande, qui, avant 1914, est loin de vivre unitairement (malgré le pangermanisme qui, a contrario, met en lumière l'éclatement politique des Allemands à l'intérieur, dans les différents Länder, comme à l'extérieur les minorités allemandes (en Pologne ou en Autriche-Hongrie).

Dans Le Nihilisme allemand, Leo Strauss éclaire comment de grands esprits ont pu se sentir attirés par la rhétorique de la « décision », de la « situation urgente », de la « réaction vitale », de l'engagement, etc. Ce qui est commun à beaucoup d'intellectuels allemands et à certains mouvements artistiques d'avant-garde de l'époque comme l'expressionnisme, c'est le dégoût pour la vie bourgeoise et décadente et la tendance à attribuer la responsabilité de l'échec de 1918 à une certaine forme de libéralisme et de goût pour le confort matériel. Cette constante (que l'on trouve aussi dans la littérature française, qui s'en prend au « bourgeois ») est sans doute la marque de jeunes esprits plongés dans les temps troublés d'une société peu au clair avec ses propres horizons idéologiques.

Dans le creuset du militarisme allemand allié à l'idéologie nationaliste, pangermaniste et antisémite, le Traité de Versailles va polariser les engagements politiques, soit vers l'extrême gauche révolutionnaire et le communisme, soit vers la droite populiste et son extrême fasciste. Entre les deux, écartelée par ces forces centrifuges, la coalition social-démocrate à laquelle participe le Zentrum catholique, auquel Schmitt appartient, apparaît bien faible.

Origines

Carl Schmitt est né dans une famille nombreuse et modeste. Son père est employé des chemins de fer. La famille est catholique (trois de ses oncles sont prêtres) dans un milieu protestant (la Westphalie a été rattachée à la Prusse en 1815).

Par ses origines religieuses et provinciales, Schmitt est membre d'une minorité. Le père est membre du Zentrum, une organisation catholique qui s'opposa à Bismarck lors du Kulturkampf. Schmitt est donc doublement minoritaire : prussien et catholique. Dès sa jeunesse, Schmitt voit le catholicisme subir une triple pression : confessionnelle (de la part du protestantisme) ; antireligieuse (de la part des idéologies libérales et socialistes) et antiromaine (de la part du pangermanisme). Le catholicisme de Schmitt cherchera sa voie dans un certain nationalisme, dans lequel sera recherché un temps le rapprochement entre catholicisme romain germanique et Italie fasciste. Carl Schmitt, intellectuel catholique pratiquant, sera un penseur de la contre-révolution, antilibéral et anticommuniste.

Années de formation

Après une scolarité primaire dans une école catholique et le collège, Schmitt entre à l'Université de Berlin en 1906, fait assez rare pour un enfant issu d'un milieu modeste. Son père voulait qu'il embrasse la voie sacerdotale et c'est à sa mère qu'il doit de poursuivre des études universitaires. Il s'inscrit en droit, sans véritable intérêt, puisque son goût va vers la philologie. Dès la première année, il se prend de passion pour la philosophie du droit. Après une année à Berlin, Schmitt part pour Munich et Strasbourg où il rédige sa première thèse sur la question de la faute. Schmitt est diplômé summa cum laude en Droit en 1910. En 1914, il soutient une thèse d'habilitation, Der Wert des Staates und die Bedeutung des Einzelnen (l'importance de l'État et la signification de l'individu).

Parallèlement, Schmitt fréquente à Munich comme à Strasbourg les milieux artistiques d'avant-garde. Il est passionné par Gottfried Benn et l'expressionnisme. Il restera toute sa vie un collectionneur d'art. Il fréquente aussi les cercles où se rencontrent les écrivains Konrad Weiss, Robert Musil et Theodor Daübler, à qui il consacrera un livre en 1916.

Expérience de la guerre

En 1915, après avoir obtenu un sursis à son incorporation en qualité d'étudiant, Schmitt s'engage comme volontaire dans l'infanterie. Blessé aux vertèbres lors de l'instruction, il est déclaré inapte au combat et est transféré à l'État-Major militaire de Münich, du fait de sa formation universitaire. En 1916, il est nommé sous-officier à l'administration de l'état de siège. Cette même année, il épouse Paula Dorotic, d'origine serbe, dont il divorcera pour se remarier, en 1929, avec Duschka Todorovitch, elle aussi d'origine serbe. Avec Duschka, Schmitt aura une fille unique, Anima. En 1918, il est officier d'intendance et reçoit la Croix de Guerre de deuxième classe, une distinction moyenne pour un officier de l'arrière. Il dirige ensuite le bureau VI du Ministère bavarois de la Guerre, bureau chargé particulièrement de la surveillance de la presse de gauche et de la censure.

La République de Weimar et la crise politique

La critique de Schmitt après la Seconde Guerre mondiale se divise en trois tendances :

  1. la critique allemande, qui rejette Schmitt en bloc du fait de son allégeance au national-socialisme. Schmitt, après Nuremberg et quelques mois de prison, restera interdit d'enseignement, contrairement à Martin Heidegger ;
  2. la critique anglo-saxonne, qui distingue le Schmitt juriste de la république de Weimar du juriste national-socialiste ;
  3. un troisième groupe, qui voit dans le Schmitt du Troisième Reich une trahison du juriste de Weimar.

Carl Schmitt est le juriste de la République de Weimar. De 1920 à 1932, son travail consiste en une réflexion sur le régime présidentiel et les modalités constitutionnelles autour desquelles Weimar vit son développement. Schmitt travaille spécialement sur l'article 48 de la Constitution de Weimar. Il est nommé professeur de Droit, à partir de 1921, dans diverses villes, dont Bonn et Berlin. Schmitt apparaît alors comme le champion de la démocratie plébiscitaire et le penseur de la « dictature politique légitime ». Sous cette locution, Schmitt pense à la situation politique d'exception (dans laquelle se trouve enlisée la République de Weimar) qui pour se survivre à elle-même a besoin d'un homme fort à la tête d'un État fort.

L'antilibéralisme de Schmitt apparaît : c'est un juriste, penseur de l'homme providentiel soutenu par un État homogène, qui sait prendre des « décisions » approuvées directement par le peuple uni dans une nation. Schmitt n'apprécie pas la bourgeoisie, la « classe discutante », et on ne pourrait pas dire qu'en tant que penseur catholique il vit d'un bon œil l'aristotélisme des régimes libéraux, fussent-ils d'inspiration thomiste : les opinions et les actions politiques inspirées par le juste milieu ne lui inspirent que mépris. Il fait du rapport « ami-ennemi » la clef de voûte de la théorie politique, ce qui ne va pas sans poser de problème lorsqu'il s'agit de déterminer l'ennemi parmi ses propres concitoyens (et pas seulement à l'extérieur de la nation). Cela conduit au développement d'une philosophie de la décision d'urgence, de la guerre et du combat, d'où les notions de mal et d'Antéchrist ne sont pas absentes.

En situation d'urgence économique et sociale, c'est l'état exceptionnel de la dictature présidentielle qui gouverne par décrets-lois, qui doit s'élever au-dessus de toute autre alternative fondamentale. Cette situation, Schmitt la voit se réaliser de 1930 à 1932.

Période nazie

Schmitt, qui devient professeur à l'Université de Berlin en 1933 rejoint le parti nazi le 1er mai de la même année. Il est rapidement recruté comme « Preußischer Staatsrat » par Hermann Göring et devient président de l'Union des juristes nationaux-socialistes (« Vereinigung nationalsozialistischer Juristen ») en novembre. Il considère ses théories comme le fondement idéologique de la dictature nazie et une justification de l'État national-socialiste, considérant la philosophie du droit, et notamment le concept d’auctoritas via le Führerprinzip.

Six mois plus tard, en juin 1934, Schmitt devient rédacteur en chef du Deutsche Juristen-Zeitung. En juillet, il justifie les assassinats politiques de la Nuit des Longs Couteaux en parlant de « forme suprême de justice administrative » (« höchste Form administrativer Justiz »). Schmitt se présente comme un « antisémite radical » et dirige la convention des professeurs de droit à Berlin en octobre 1936 au cours de laquelle il demande que la loi allemande soit purgée de toute trace d'« esprit juif » (« jüdischem Geist ») et propose que toutes les publications dans lesquelles interviennent des scientifiques juifs soient marquées d'un signe distinctif.

Néanmoins, en décembre 1936, la publication SS Das Schwarze Korps accuse Schmitt d'être un opportuniste – penseur hégélien et catholique – et déclare son antisémitisme peu sincère en citant certains de ses propos antérieurs dans lesquels il critique les théories raciales nazies. Cela met un terme à la position de Schmitt comme juriste officiel du régime, mais grâce à l'intervention de Hermann Göring il conserve son poste à l'Université de Berlin.

Derrida, lecteur de Carl Schmitt, a précisé le lien étroit entre la pensée de Schmitt et son engagement dans le nazisme : « La première concerne le lien indéniable entre cette pensée du politique comme pensée politique, d’une part et, d’autre part, les engagements de Schmitt, ceux qui ont conduit à son arrestation et à son jugement après la guerre. À bien des égards, ces engagements paraissent souvent plus graves et plus répugnants que ceux de Heidegger »[3].

Après la Seconde Guerre mondiale

En 1945, Schmitt est capturé par l'armée américaine. Après avoir passé plus d'un an dans un camp d'internement, il retourne dans sa ville de Plettenberg dès sa libération en 1946, et un peu plus tard s'installe dans la maison de sa gouvernante Anni Stand à Plettenberg-Pasel. Bien qu'isolé du monde universitaire et politique, il continue de mener des travaux sur le droit international à partir des années 1950 et reçoit un flot continu de visiteurs, des collègues comme de jeunes intellectuels. Parmi ceux-ci, Ernst Jünger, Jacob Taubes et Alexandre Kojève.

En 1962, Schmitt donne des conférences dans l'Espagne franquiste, dont deux font l'objet de publication l'année suivante dans Théorie du Partisan (Telos Press, 2007). Il y qualifie la Guerre civile espagnole de « guerre nationale de libération » contre le « communisme international ». Schmitt considère la figure du partisan comme un phénomène significatif de la seconde moitié du XXe siècle, indiquant l'émergence d'une nouvelle théorie de la guerre.

Schmitt meurt le 7 avril 1985 et est enterré à Plettenberg.

Pensée de Schmitt

Les catégories politiques opposées à une telle conception (et une telle réalité) du gouvernement démocratique s'appellent parlementarisme et régime des partis, deux aspects de la vie démocratique que critique sévèrement Schmitt; d'une part parce que le parlementarisme est le fruit du libéralisme bourgeois, incapable de prendre des décisions nobles en temps de crise (du fait de la passivité de « la bourgeoisie discutante », trop préoccupée à défendre des intérêts individuels). D'autre part, parce que le régime des partis lui apparaît comme le lieu où règne la ploutocratie. La démocratie ne saurait être libérale ou liée d'une façon quelconque aux intérêts individuels. Elle devrait être, tout au contraire, antilibérale, reposer sur des prises de décision par plébiscite d'un peuple souverain, entraîné par l'enthousiasme et la force de la nation sûre d'elle-même.

Curieusement, l'antilibéralisme de Schmitt ne puise pas seulement à la source rousseauiste, mais chez Thomas Hobbes. Proximité et distance, amitié et hostilité sont la loi de cette confrontation, Schmitt en tire l'idée de la « guerre de tous contre tous » (Bellum omnium contra omnes) et le contractualisme moderne, qui est en plein dans la lignée du Léviathan. Schmitt se retrouve lui-même dans la fixation du politique sur la décision souveraine de Hobbes et en retire énormément pour sa propre compréhension. Pourtant, alors que Hobbes est un penseur de l'entrée de l'homme dans la société politique, sous l'égide du Léviathan (du pouvoir absolu de l'État), (justement pour fuir la guerre de tous contre tous de l'état de nature), Schmitt ne semble pas tenir compte que c'est par crainte de la mort violente que l'individu se soumet au pouvoir souverain. Or, Schmitt, en occultant une facette libérale de la philosophie de Hobbes, va magnifier la mort au point d'en faire le point de départ du civisme : il faut être capable de donner sa vie pour la Nation. A l’ombre de ce penseur libéral, un dialogue se met en place avec un autre classique de la modernité, avec Jean-Jacques Rousseau. Schmitt voit dans le Contrat social de Rousseau l’affirmation de « l’irréfutabilité démocratique » de la souveraineté du peuple. Alors que Rousseau lie la République à la volonté générale, à la norme de la démocratie directe, Schmitt unit souveraineté et exception. Schmitt considère le juriste français Maurice Hauriou comme son maître[4].

La thèse ami/ennemi

Il s’agit pour Schmitt d’identifier la nature, ou la notion de territoire avec le contenu et les fins du politique. Pour Schmitt, le politique est le lieu de la distinction ami/ennemi. Cette distinction permet de donner au politique son objet spécifique, son objectif. Le politique est « ce qui est censé être atteint, combattu, contesté et réfuté ». Une collectivité s’identifie comme telle par opposition à ce qui est contraire. Une société se définit en opposition aux autres. Tout ce qui devient antagonique devient politique. La guerre est donc l’acte politique par excellence, car pour exister soi-même il faut repérer son ennemi et le combattre. De ce fait, la politique ne se confond pas avec l’État. L’État est une forme historiquement transitoire. Aujourd’hui l’État est la forme la plus complète du politique parce qu’il a seul le pouvoir d’identifier et de nommer l’ennemi intérieur et extérieur. Beaucoup contestent la lecture que Carl Schmitt propose[5] de l'affirmation que Rousseau propose concernant l'état de guerre qui ne peut exister que d'État à État. Pourtant, elle semble corroborée par les textes. La guerre, selon Rousseau, ne peut résulter que des relations réelles et non personnelles.

Selon Schmitt, l’État seul peut fixer les moyens de la combattre. L’État qui mène une politique pacifiste cesse donc d’être une entité politique. Voie de la mondialisation : fin de la distinction ami/ennemi, évolution vers une dépolitisation de la planète et vers une société universelle (cosmopolis).

La critique libérale et libérale-conservatrice postérieure à celle de Carl Schmitt (avec Julien Freund), souvent dans la lignée de Kant, considère que l'État seul est à même de garantir les propriétés individuelles, et, de ce fait est caractérisé par un rapport stable à son territoire, interdit que l'ancrage des citoyens sur leur terrain puisse entraîner une guerre (puisque par le droit civil qui garantit les propriétés de chacun se trouve également interdite l'atteinte aux propriétés des autres), donc seul l'État qui reste dans une relation naturelle et non civile aux autres, peut entrer en guerre à cause de la stabilité même que constitue l'occupation du sol. Selon Yves Charles Zarka (Carl Schmitt ou le mythe du politique), ce n’est pas le couple ami/ennemi, mais le couple liberté/servitude qui est le critère déterminant du politique. Cela veut dire simplement que l’essence du politique ne doit pas être pensé en fonction de l’ennemi (intérieur ou extérieur), c’est-à-dire de la guerre, mais en fonction de la liberté et de la paix. « La politique ne disparaît pas quand la guerre cesse, ce que pourtant certains s’ingénient à nous faire accroire »[6]. Et c'est justement sur ce point que Montesquieu définit l’esprit du libéralisme politique.

La théologie politique

L'essai Politische Theologie. Vier Kapitel zur Lehre von der Souveränität paraît en 1922 alors que Carl Schmitt enseigne à l'Université de Bonn. L'ouvrage entreprend notamment de développer la thèse chère à Schmitt selon laquelle « est souverain celui qui décrète l'état d'exception » (qui décide de la situation exceptionnelle).

Comparant le domaine de la politique à celui de la religion, l'auteur entreprend une sécularisation des concepts théologiques pour les appliquer à la théorie de l'État. Suivant cette idée, le Dieu religieux devient juge, tandis que le miracle devient l'exception à la jurisprudence. « Tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l'État sont des concepts théologiques sécularisés » (chapitre 3).

Œuvres

Les dates indiquent les années de parution des éditions en français. Entre crochets, la date de parution en allemand.

  • Romantisme politique, trad. Pierre Linn, Paris, Librairie Valois-Nouvelle Librairie nationale, 1928, « Bibliothèque Française de Philosophe » (Jacques Maritain), 165 p. Note du traducteur.
  • Légalité légitimité, Paris, LGDJ, 1936
  • « Aux confins de la politique ou l’âge de la neutralité », in L’année politique française et étrangère, XI, 4, décembre 1936
  • « Neutralité en droit des gens et totalité "völkisch" », ( ?), in Revue de droit international, XXII, juillet-août 1938
  • « Une étude de droit constitutionnel comparé. L’évolution récente du problème des délégations législatives », Paul Roubier et H. Mankiewicz, in Recueil d’études en l’honneur d’Edouard Lambert, Lyon, 1938
  • La mer contre la terre, 1941, texte d'une conférence de C. S., in Cahiers franco-allemands, t. 8, n.os 11-12
  • Considérations politiques, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1942
  • Souveraineté de l'État et liberté des mers. Opposition de la terre et de la mer dans le droit international des temps moderne, 1943, in K. Epting, Quelques aspects du droit allemand, six conférences, Paris, Sorlot
  • « La situation présente de la jurisprudence », (texte d’une conférence prononcée en français par Carl Schmitt), in Boletim da Faculdade de Dereito, Coimbra, XX, 1944, pp. 601-621.
  • La notion du politique - Théorie du partisan, Calman-Lévy, Paris
  • « Trois types de pensée juridique », Julien Freund, in Le droit d’aujourd’hui, J.F. éd., Paris, Puf, 1972, pp. 35-39.
  • « L’ère des neutralisations et des dépolitisations », Marie-Louise Steinhauser, in Exil, 3, été 1974, pp. 83-95.
  • « Le contraste entre communauté et société en tant qu’exemple d’une distinction dualiste. Réflexions à propos de la structure et du sort de ce type d’entithèse », Piet Tommissen, in Res Publica, XVII, 1, 1975, pp. 105-119.
  • Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, 1980, Puiseaux, éd. Pardès
  • Terre et Mer, un point de vue sur l'histoire du monde, 1985, Le Labyrinthe, Paris* « Entretien sur le pouvoir », Françoise Manent, in Commentaire, 32, hiver 1985, pp. 1113-1120.
  • Parlementarisme et démocratie, 1988, Seuil, Paris
  • Théologie politique, 1988, Gallimard, Paris
  • Le droit comme unité d'ordre (Ordnunng) et de localisation (Ortung), 1990, in « Droits », n. 11, Paris, PUF, p. 77 ss.
  • La notion positive de Constitution, 1990, Droits, no 12, PUF, Paris (p. 149 ss.)
  • La situation de la science du droit, 1991, in Droits, PUF, Paris
  • La notion du politique - Théorie du partisan, 1992, Flammarion, Paris
  • Hamlet ou Hécube, 1992, l'Arche, Paris ( Hamlet oder Hekube (1956)
  • Théorie de la constitution, 1993, PUF, Paris
  • Les trois types de pensée juridique, 1995, PUF, Paris
  • Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, 1996, Pardès, Puiseaux (cf. Paris 1980)
  • État, mouvement, peuple - L'organisation triadique de l'unité politique, 1997, Kimé, Paris
  • La dictature, Seuil, Paris, 2000
  • Le Nomos de la Terre, PUF, Paris, 2001
  • Le Leviathan dans la doctrine de l'État de Thomas Hobbes. Sens et échec d'un symbole politique, Seuil, Paris, 2002
  • La valeur de l’état et la signification de l’individu, Droz, Genève, 2003
  • Ex Captivitate Salus. Expériences des années 1945-1947, Vrin, Paris, 2003
  • La guerre civile mondiale, essais 1953-1973, éditions è®e, 2007
  • Deux textes de Carl Schmitt. La question clé de la Société des Nations. Le passage au concept de guerre discriminatoire, Pedone, Paris, 2009
  • Guerre discriminatoire et logique des grands espaces, Krisis, Paris, 2011

Voir aussi

Bibliographie

  • Alberto Buela, David Cumin, Stefano Pietropaoli, Carl Schmitt: diritto e concretezza, Edizioni all'Insegna del Veltro, Parma 2011
  • Yves-Charles Zarka (dir.), Carl Schmitt ou le mythe du politique, PUF, 2009
  • Sandrine Baume, Carl Schmitt, penseur de l'État, Paris, Presses de la FNSP, 2008
  • Tristan Storme, Carl Schmitt et le marcionisme. L'impossibilité théologico-politique d'un œcuménisme judéo-chrétien ?, Le Cerf, coll. Humanités, 2008
  • Jean-Claude Monod, Penser l'ennemi, affronter l'exception, réflexions critiques su l'actualité de Carl Schmitt, Paris, éd. La Découverte, coll. armillaire, 2007
  • Erik Peterson, Le monothéisme : un problème politique et autres traités, Bayard, 2007 (éd. 1935 en allemand)
  • Alain de Benoist, Carl Schmitt actuel, Éditions Krisis, Paris, 2007
  • Gopal Balakrishnan, L'Ennemi - Un portrait intellectuel de Carl Schmitt, Paris, Editions Amsterdam, 2006
  • David Cumin, Carl Schmitt. Biographie intellectuelle et politique, Le Cerf, 2005
  • Le Débat, 131 (sept.-oct. 2004) : « Y a-t-il un bon usage de Carl Schmitt ? »
  • Empresas políticas, nº 4, 2004
  • Jorge Giraldo et Jerónimo Molina, Carl Schmitt: política, derechoy grandes espacios, Medellín-Murcia, Universidad EAFIT - SEPREMU, 2008
  • Jean-François Kervégan, Hegel, Carl Schmitt. La politique entre spéculation et positivité, PUF (Quadrige), 2005
  • Théodore Paléologue, Sous l'œil du Grand Inquisiteur. Carl Schmitt et l'héritage de la théologie politique, Le Cerf, 2004
  • « Carl Schmitt », Les Études philosophiques, janvier 2004
  • Emile Perreau-Saussine, Raymond Aron et Carl Schmitt lecteurs de Clausewitz, Commentaire, 103, 2003, [PDF] [1]
  • Pierre Muller, Carl Schmitt et les intellectuels français, la réception de Schmitt en France, éditions FAEHC, Mulhouse, 2003
  • Jean-François Kervégan, Crise et pensée de la crise en droit. Weimar, sa république et ses juristes, ENS éditions, 2002
  • Emile Perreau-Saussine, Carl Schmitt contre la guerre juste, Commentaire, 96, 2001-2002, [PDF]Lire en ligne
  • Nicolaus Sombart, Les mâles vertus des Allemands. Autour du syndrome Carl Schmitt, Le Cerf, coll. Passages, 1999, (ISBN 2-204-05963-3)
  • Olivier Beaud, Les derniers jours de Weimar. Carl Schmitt face à l'avènement du nazisme, Éditions Descartes & Cie, 1997
  • Heinrich Meier, Carl Schmitt, Leo Strauss et la notion de politique : un dialogue entre absents, Paris, Julliard, Coll. « Commentaire », 1990

Articles connexes

Liens externes

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Notes et références

  1. Jan-Werner Müller, Carl Schmitt: un esprit dangereux, Armand Collin, 2007
  2. Schmitt se rapproche du libéralisme : « son conservatisme perd son orientation révolutionnaire et tente de s'adapter au contenu libéral de la Constitution de Weimar » (p. 9). Schmitt passerait ainsi du « conservatisme révolutionnaire » au « conservatisme libéral » et ses références seraient alors moins de Maistre, Burke ou Donoso Cortés que Constant, Guizot ou Tocqueville (p. 26-50) ; cf. notamment Renato Cristi, Le libéralisme conservateur, Trois essais sur Schmitt, Hayek et Hegel, Kimé, 1993
  3. Politique de l’amitié, Paris, Galilée, p. 102, n. 1 ; cité par Yves Charles Zarka, Le souverain vorace et vociférant, Cités, P.U.F., I.S.B.N.9782130560661 192 pages, p. 3 à 8, doi: 10.3917/cite.030.0003
  4. Il le cite plusieurs fois dans ses ouvrages, et dans Der Nomos der Erde im Völkerrecht des Jus Publicum Europaeum (trad. fr. Le Nomos de la Terre, Paris, 2001), il le qualifie de "grand parmi les juristes par la clarté de sa pensée et la sagesse de sa personne" et de "maître de notre discipline".
  5. (p.151 dans la traduction française aux PUF)
  6. Zarka et Monstesqieu : entretien


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  • Carl Schmidt — or Karl Schmidt many refer to: *Carl Schmidt (chemist) (1822 1894) *Carl Wilhelm Schmidt, German missionary in Queensland during the 19th century *Karl Patterson Schmidt (1890 1957), American herpetologist *Karl Schmidt Rottluff (1884 1976),… …   Wikipedia

  • Carl J. Friedrich — Carl Joachim Friedrich (* 5. Juni 1901 in Leipzig; † 19. September 1984 in Lexington (Massachusetts)) war ein deutsch amerikanischer Politikwissenschaftler. Seine verfassungstheoretischen Schriften machten ihn in der Zeit nach dem Zweiten… …   Deutsch Wikipedia


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