Carl Jung


Carl Jung

Carl Gustav Jung

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Carl Gustav Jung
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C.G. Jung en 1909 à la Clark University
Biographie
Naissance : 26 juillet 1875 à Kesswil
Décès : 6 juin 1961 (à 85 ans)
à Küsnacht
Nationalité : Drapeau de la Suisse Suisse
Vie universitaire
Formation : Médecine (psychiatrie)
Titres : Professeur
Approche disciplinaire : Psychanalytique
Auteurs associés
Détracteurs : Richard Noll - Sigmund Freud
Partisans : Marie-Louise Von Franz
Wolfgang Pauli
Etienne Perrot
Erich Neumann
James Hillman
Edward Edinger
Clarissa Pinkola Estés
Principaux travaux
Psychanalyse - Psychologie analytique

Carl Gustav Jung (prononcé [ˈkarl ˈɡʊstaf ˈjʊŋ]) est un médecin, psychiatre, psychologue et essayiste suisse né le 26 juillet 1875 à Kesswil, canton de Thurgovie, mort le 6 juin 1961 à Küsnacht, canton de Zurich, en Suisse alémanique. Penseur influent, il est l'auteur de nombreux ouvrages de psychologie et de psychosociologie en langue allemande traduits en de nombreuses autres langues. Il est le fondateur du courant de la psychologie analytique. Son œuvre a été d'abord liée à la psychanalyse de Sigmund Freud dont il fut l’un des premiers collaborateurs et dont il se sépara par la suite pour des motifs personnels et en raison de divergences théoriques. Carl Jung a été un pionnier de la psychologie des profondeurs en soulignant le lien existant entre la structure de la psyché (c'est-à-dire l'« âme » dans le vocabulaire jungien) et celle de ses productions (c'est-à-dire, ses manifestations culturelles). Ceci l'a amené à introduire dans sa méthodologie des notions provenant de l'anthropologie, de l'alchimie, de l'étude des rêves, de la mythologie et de la religion permettant d'appréhender la « réalité de l'âme ».

Si Jung n'a pas été le premier à se consacrer à l'étude de l'activité onirique, ses contributions à l'analyse des rêves ont été nombreuses et influentes. Il a écrit une œuvre prolifique mêlant des réflexions métapsychologiques mais aussi pratiques quant à la cure analytique. Bien que, pendant la plus grande partie de sa vie, il ait centré son travail sur la formulation de théories psychologiques, et sur la pratique clinique, il a aussi fait des incursions dans d'autres domaines des humanités : depuis l'étude comparative des religions, la philosophie et la sociologie, jusqu'à la critique de l'art et de la littérature. Les concepts d’« archétype », d’« inconscient collectif » et de « synchronicité » constituent sa contribution essentielle.

Père fondateur d'une psychologie des cultures, il a rassemblé autour de ses travaux des générations de thérapeutes, d'analystes et d'artistes. En dépit de la polémique concernant ses relations avec le régime nazi[1], Jung a profondément marqué les sciences humaines au XXe siècle.

Sommaire

Biographie

Sources biographiques et le cas de Ma Vie

La biographie de Carl Gustav Jung n'est pas parfaitement connue car il a toujours refusé de rédiger lui-même l'intégralité de ses mémoires. Sa biographe « officielle » est Aniéla Jaffé, qui a obtenu qu'il lui confie des éléments de sa vie à partir de 1957. Il en a résulté l'ouvrage Ma vie - Souvenirs, rêves et pensées - recueillis par Aniéla Jaffé (1961)[2]. Jung y a écrit au moins quatre chapitres de son autobiographie. C'est une œuvre profondément personnelle qui est acceptée comme son autobiographie officielle. Pour preuve, Jung l'introduit par une phrase qui accrédita la thèse de Richard Noll concernant le fait qu'il se prenait pour un « prophète » : « Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation »[3]. Parce qu'elle est aussi personnelle, Jung a tenu à ne pas la faire figurer dans ses œuvres complètes[4].

Tous ses biographes insistent sur la difficulté à relier entre eux les événements de la vie de Jung, d'autant plus que nombre de ses écrits, notamment sa volumineuse correspondance, sont encore inexploités[5]. De plus les informations fournies sont souvent contradictoires selon les sources notamment en ce qui concerne les relations de Jung avec le régime nazi.

Plusieurs de ses collaborateurs, dont Marie-Louise Von Franz[6] et Barbara Hannah[7], ont rédigé et publié des biographies de Jung. D'autres, comme Charles Baudouin[8] et Henri F. Ellenberger[9], ont commenté son œuvre tout en faisant le parallèle avec les événements de sa vie. Ces différentes publications procurent des détails qui complètent utilement les propos tenus dans Ma Vie. Ils mettent en perspective des écrits parfois hermétiques et permettent d'en tirer les enseignements que Jung a voulu y coucher.

Le travail de Deirdre Bair, traduit en français en 2007 sous le titre Jung, donne de nombreux détails et précisions sur la vie de Jung[10]. Cette biographie est à ce jour la plus complète et la plus objective, en raison de la non-filiation de Bair aux théories jungiennes, gage d'objectivité, et surtout parce qu'elle a obtenu un accès quasi total aux archives familiales et a bénéficié de nombreux entretiens qu'elle a eus avec des personnes ayant rencontré Jung[note 1].

Premières années

Jung à l'âge de six ans.

Carl (ou Karl) Gustav Jung naît en 1875, à Kesswil, en Suisse alémanique[11] au sein d'une famille d'ascendance allemande et de tradition cléricale du côté paternel (son père est en effet pasteur luthérien). Du côté maternel, Jung compte parmi ses ascendants des médecins éminents. Jung expliquera par la suite, dans Ma Vie, que cette double filiation a pu expliquer son attrait à la fois pour la théologie et pour la médecine et a modelé sa pensée. il y voit la cause l'ayant conduit à vivre sa relation à lui-même sous deux personnalités (dites A et B), l'une rationnelle et identifiée à son père, l'autre émotionnelle et identifiée à sa mère. Cette dualité a entraîné des répercussions sur de nombreux aspects de la vie de Jung, expliquant son comportement avec ses conquêtes féminines ou ses relations avec ses collègues masculins[12].

Dans Ma Vie, Jung parle de son « mythe personnel ». Il aimait, en effet, à dire qu'il remontait par parenté à Goethe ; son grand-père affirmait être le fils illégitime du poète allemand. Éminent psychiatre d'avant-garde, son grand-père, Carl Gustav Jung, devint recteur de l'université de Bâle, puis créa un établissement pour les enfants handicapés mentaux : la « Fondation de l'espérance » en 1857[13].Très moderne, il écrivit un article préfigurant la future vocation de son petit-fils en y parlant de la « dimension psychologique de la médecine ». Paul Jung, son père, se consacra au sacerdoce et devint pasteur de campagne.

Sa mère, née Emilie Preiswerk, est originaire de Nürtingen et appartient à une fratrie de douze enfants. Elle descend de protestants français établis en Allemagne après la révocation de l'édit de Nantes. C'est une femme passionnée d'occultisme ce qui explique la présence dans la famille Jung d'une « aura de phénomènes paranormaux » et plus tard l'attrait et la fascination de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte notamment plusieurs épisodes familiaux étranges vécus par Jung au contact de sa mère férue de spiritisme, de tables tournantes et de dialogues avec l'au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme et, devenu psychiatre, il est l'initiateur de plusieurs séances, en faisant son sujet de thèse par la suite.

Très tôt, Jung sent en lui deux personnalités qui cohabitent, qu'il nomme « personnalité n°1 » et « personnalité n°2 ». Sa mère est la première à parler de cet état dissocié de conscience. Plus tard, C. G. Jung, dans son autobiographie, décrira la personnalité no 1 comme « consciente et conventionnelle », « inoffensive et humaine », et la numéro 2 comme inconsciente, « redoutable (...) ne se manifestant que par moments mais toujours à l'improviste et faisant peur »[14].

Enfance et adolescence de Jung

Enfant introverti et solitaire, Jung est très tôt témoin de scènes violentes ou macabres en rapport avec le métier de pasteur exercé par son père. Il raconte par exemple avoir été fasciné par le sang s'écoulant de cadavres de noyés. Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l'enfant et ébranle sa confiance envers le genre féminin. Souvent livré à lui-même, Carl Gustav est de fait éduqué par ses servantes. Il « ne pouvait compter que sur son imagination pour se distraire et il avait fréquemment recours aux rêves et aux songes pour inventer des jeux et des rituels secrets auxquels lui seul pouvait participer » explique Deirdre Bair[15]. Le jeune Jung se passionne pour les romans de chevalerie, les traités de théologie et surtout les textes fondateurs de la religion catholique et de la littérature que contient la bibliothèque paternelle. À l'âge de quatre ans, il apprend le latin, dont il se plaira par la suite à parsemer son discours durant sa scolarité.

Portrait de Goethe dont Jung fut un grand lecteur.

Son attitude renfermée lui vaut d'être stigmatisé comme un « monstre asocial » (selon le mot de son ami d'enfance Albert Oeri), mais lui permet en revanche de se concentrer sur sa vie intérieure, source de connaissance et d'introspection pour ce futur explorateur de la psyché. Ses rêves à cette époque ont ainsi souvent des contenus macabres ou sexuels. Le « rêve dit du phallus » notamment, première confrontation pour lui avec le complexe du Soi, fut pour Jung « un message destiné au monde (…) parvenu avec une force écrasante... Et de là émergea [son] œuvre scientifique »[16].

De son enfance, il garde aussi le souvenir d'une peur irrationnelle des églises et des curés en soutane, qui provient d'une chute qu'il fait à l'intérieur d'une église. Assimilant sa blessure au menton à une punition pour sa curiosité il amalgame ce souvenir négatif à « une peur secrète du sang, des chutes et des Jésuites » dit-il dans Ma Vie.

Bagarreur et agressif, il est constamment puni par ses professeurs. Il est traumatisé toute sa vie par une accusation d'avoir copié une composition en allemand alors que seule son intelligence lui a permis de rédiger ce devoir. Ses camarades de classe le surnomment alors, en raison de cette culture personnelle, le « patriarche Abraham ». Son père est ensuite muté à la clinique psychiatrique universitaire de Bâle (en Suisse, les pasteurs de l'époque devaient exercer une activité complémentaire). Carl Gustav découvre alors secrètement les lectures de son père sur les maladies mentales. Cette époque de sa vie coïncide avec de nombreuses syncopes inexpliquées qui le handicapent tellement que son père l'envoie chez son frère, Ernst Jung. C. G Jung raconte que, ayant entendu ses parents parler de son cas et de son incurabilité, le jeune homme réussit, par la seule force de sa volonté, à surmonter une autre crise. Cet épisode l'initie à la notion de névrose. Dès lors, il intensifie ses lectures, et montre aussi un profond intérêt pour les essais de philosophes comme von Hartmann, pour le sociologue Johann Jakob Bachofen, mais aussi pour Nietzsche, notamment son Ainsi parlait Zarathoustra, et pour Goethe qui le fascine. Il lit également Schopenhauer et Emmanuel Kant, Hölderlin et les légendes du Saint-Graal qu'il connait par cœur. « Tous les mythes – de tous les pays et de toutes les cultures – devinrent ses thèmes de prédilection » explique Deirdre Bair[17]. De cette époque, il garde une certaine déception pour la manière avec laquelle son père aborde le sujet de la foi, que lui considère comme tristement précaire. Un rêve récurrent témoigne alors de sa relation au religieux : il vit souvent Dieu déféquer sur une église. Pourtant, pour la famille et les amis, il va de soi que C. G Jung serait un jour ministre du culte. Mais, en raison des problèmes financiers de ses parents, il décide « par opportunisme » dit-il, de s'orienter vers la médecine, décision renforcée encore par la mort de son père, mort brutalement d'un cancer le 28 janvier 1896.

Études

Jung s'inscrit en 1895 à la faculté de médecine de l'université de Bâle où il étudie durant les deux premières années l'anatomie et la physiologie, deux matières pour lesquelles il manifeste un intérêt particulier. L'étudiant, initialement introverti, s'épanouit progressivement au contact de l'environnement universitaire, mais sa famille, faute de moyens, le presse d'abandonner ses études médicales et de se tourner vers un métier plus rapidement rémunérateur. Jung, pour ne pas renoncer à son ambition contracte alors un accord avec son oncle Ernst Jung, par lequel celui-ci lui prête de l'argent à intervalles réguliers jusqu'à l'obtention de son diplôme[18]. Durant ses années d'études, Jung donne cinq conférences auprès de la « Zofingiaverein »[note 2], une fraternité d'étudiants fondée en 1820. Jung en est membre et secrétaire à la section de Bâle. Ses conférences dévoilent notamment sa parfaite assimilation de la pensée kantienne et notamment des textes Critique de la raison pure et Critique de la raison pratique d'Emmanuel Kant qui ont profondément influencé son système de pensée[19].

Vers la fin de ses études, devant choisir une spécialité, ses lectures de Richard von Krafft-Ebing et de son livre fondateur de la sexologie : Psychopathia Sexualis le persuadent de se spécialiser en médecine psychiatrique. Néanmoins ce sont peut-être deux phénomènes occultes d'alors qui orientent son choix, la psychiatrie ne s'intéressant alors pas du tout aux « phénomènes dits occultes », ce qui sera le titre de sa thèse universitaire portant sur le cas d'une jeune médium, Hélène Preiswerk (1880 - 1911)[20]. Cet intérêt pour ce domaine méprisé est conforté par des lectures d'ouvrages spirites : Les rêves d'un visionnaire de Emmanuel Kant, ceux de Johann Zöllner, de William Crookes, et d'Emanuel Swedenborg, parmi les plus célèbres.

Jung jeune psychiatre, vers 1900.

Il suit donc les cours de Ludwig Wille (1834-1912) ; puis obtient son diplôme le 28 septembre 1900. Il exerce comme généraliste un temps dans le village de Mânnedof, près du lac de Zurich, ne pouvant être psychiatre qu'une fois sa thèse validée. Il fait ainsi sa première conférence, en novembre 1896 à la société de Zofingue sur « les frontières des sciences exactes ». Cependant, son attrait pour la théologie est toujours vivace : il fait une autre conférence sur le théologien Albrecht Ritschl qui dénie la dimension mystique dans la religion. La lecture de la Vie de Jésus d'Ernest Renan initie son intérêt pour le personnage historique de Jésus. À côté de ses activités scientifiques, il participe à des séances de spiritisme organisées par la société de Zofingue et qui constituent sa matière première pour sa thèse, consacrée aux « phénomènes dits occultes ». En juin 1895, il étudie le phénomène des tables tournantes au sein même de sa famille, expérimentant le cas de sa cousine Helly, reconnue comme médium.

Le Burghölzli

Jung s'inscrit à l'université de Zurich, avec l'intention de rédiger une thèse intitulée Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes, fondée sur le cas de sa cousine Helly qui possédait des talents de médium. Jung s'installe donc en 1900 à Zurich où il est embauché comme psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire (surnommée le « Burghölzli »), considérée à l'époque comme un établissement d'avant-garde.

La clinique psychiatrique du Burghölzli.

Au Burghölzli, Jung se consacre exclusivement à son activité de psychiatre et à la rédaction de sa thèse sous la direction d'Eugène Bleuler. Des difficultés financières l'incitent à privilégier le travail si bien qu'il ne quitte pas l'institut pendant les six premiers mois. Objet de méfiance de la part de ses collègues, Jung entreprend de lire la totalité des cinquante volumes de la prestigieuse revue Allgemeine Zeitschrift für Psychiatrie, fondée en 1836, afin de parfaire ses connaissances. Bleuler se montre intéressé par les recherches de Jung sur le cas de Helly mais ne donne à son élève aucune orientation dans son travail. Ce dernier accorde une large part aux étrangetés psychiatriques observées chez les médiums, et à l'étude des phénomènes de conscience modifiée comme la cryptomnésie[note 3], dont Friedrich Nietzsche a fait l'expérience et avec la sœur duquel Jung échangeait une correspondance.

Sa thèse achevée il collabore, de 1901 à 1904, avec son collègue Franz Riklin sur la méthode dite des « associations de mots » (ou « associations verbales »)[note 4]. Avec Riklin, Jung observe que les patients confrontés à des mots liés à un vécu personnel douloureux ont des temps de réaction variables. Les deux chercheurs proposent le terme de « complexe » pour désigner ces fragments psychiques à forte charge affective, séparés du conscient et constitués « d'un élément central et d'un grand nombre d'associations secondaires constellées »[21].

Le galvanomètre mis au point et utilisé par Jung au Burghölzli pour enregistrer la réponse électrodermale aux mots inducteurs. Les plans sont de la main de Jung lui-même.

Pour améliorer les résultats de la méthode des associations verbales, Jung met au point un modèle de galvanomètre (nommé plus tard le « psycho-galvanomètre ») permettant l'enregistrement de la réponse électrodermique du sujet aux mots inducteurs selon les « effets galvaniques » en même temps que d'autres phénomènes végétatifs comme le rythme respiratoire, le pouls et la transpiration.

En 1901, il épouse Emma Rauschenbach avec qui il aura cinq enfants et qui mourra en 1955, quelques années avant lui. Emma est issue d'une famille aisée de fabricants de montres ce qui met dès lors C. G. Jung à l'abri des soucis financiers[22]. Leur relation conjugale est cependant troublée par les infidélités de Jung dont la plus connue est sa liaison avec une de ses anciennes patientes elle-même devenue analyste, Toni Wolff, avec laquelle il entretiendra durant des années une relation intellectuelle fertile.

Vers la même époque, Jung se penche sur le phénomène du somnambulisme, après avoir lu l'ouvrage majeur consacré à ce sujet, Des Indes à la planète Mars du genevois Théodore Flournoy. En 1902, Jung prend un congé sabbatique pour approfondir ses connaissances dans ce domaine et se rend d'abord à Paris où il assiste aux cours de Pierre Janet et d'Alfred Binet, puis à Londres. À son retour en 1904, C. G. Jung est nommé professeur adjoint à l'université de Zurich et le couple emménage non loin du Burghölzli. Carl Gustav travaillant toujours davantage, les Jung n'ont pas de vie sociale. La même année naît leur première fille, Agathe Regina et à partir de ce moment Emma Jung se consacre au foyer, délaissant ses propres travaux de recherche sur les archétypes contenus dans la légende du Graal[note 5].

Au Bürghölzi, Jung continue ses recherches sur les complexes, « s'efforçant de trouver dans l'esprit de chacun l'intrus responsable du blocage de la libido », une problématique souvent attribuée à Freud[23] dont l'influence devient dès lors déterminante. Jung a en effet lu L'Interprétation des rêves en 1900 et sa thèse recèle des références au fondateur de la psychanalyse. La théorie de la névrose et du refoulement lui fournit les outils conceptuels pour continuer ses recherches, même s'il ne partage pas l'opinion de Freud sur l'origine traumatique des refoulements névrotiques. Dans sa première lettre à Freud datée du 25 septembre 1905, Jung raconte le cas d'une de ses patientes en analyse, Sabina Spielrein hospitalisée pour des crises d'hystérie, dont il sera par la suite l'amant pendant près de sept années. Jung se confie à Freud sur sa relation avec Sabina Spielrein, avouant que « pendant sa cure, ma patiente eut le malheur de tomber amoureuse de moi ».

Graphique illustrant la méthode de l'association de mots (expérience de 1910), portant la légende : Deux sœurs vivant ensemble. La ligne en pointillés représente la sœur mariée.

Lorsqu'en 1905, Jung accède à la Chaire de psychiatrie de l'université de Zurich, il a déjà avec Riklin publié les deux volumes sur les associations verbales[24]. Mais la même année Riklin quitte Zurich et Jung fait alors appel à d'autres médecins pour continuer ses recherches : Karl Abraham, Hans Maier et Emma Fürst. Ses premiers cours portent sur la « signification psychopathologique des expériences d'associations » et Jung commence à acquérir une solide réputation, recevant la visite de plusieurs collègues étrangers. Le succès de son psycho-galvanomètre le conduit à accepter le poste d'expert auprès des tribunaux : l'examen des témoignages en justice selon ses méthodes permet la résolution d'affaires difficiles. Hugo Munsterberg, professeur de psychologie à Harvard utilisera, lui aussi ses expériences d'associations de mots en milieu judiciaire en s'en attribuant la primauté. Lorsque Jung apprend ce détournement, il exige et obtient de Munsterberg des excuses publiques.

Dans les années 1900 l'enseignement universitaire de Jung devient très populaire en raison de sa diversité et de ses qualités didactiques : Jung aborde des thèmes aussi divers que l'hypnose ou le processus de création chez les écrivains (tels Conrad Ferdinand Meyer) ou chez les musiciens (Robert Schumann). Ses cours sont fréquentés par des femmes de la bourgeoisie zurichoise, que ses détracteurs surnomment les « Zürichberg Pelzmäntel » (« les dames en manteaux de fourrures »), qui lui font une « renommée locale de magicien  »[25] en même temps que Sabina Spielrein rend publique leur liaison adultérine.

Malgré la réticence de Bleuler, Jung est nommé « Oberarzt » (« médecin adjoint »), et doit alors assumer des tâches administratives. Ses détracteurs fustigent son manque de considération pour ses patients qui ne sont pour lui que des matériaux de travail. La brouille avec Bleuler s'exacerbe en 1906 lorsque Jung décide d'entrer en contact avec Freud, alors « persona non grata » dans le monde universitaire et clinique. C'est alors que débute son implication active dans la psychanalyse naissante. Lucide, Jung est conscient des risques qu'il prend : « Quand j'ai commencé avec Freud, je savais que je risquais ma carrière »[26] explique-t-il. En 1906, il publie en se référant abondamment à Freud ses Études diagnostiques sur les associations, qui font la synthèse de ses recherches depuis son entrée au Burghölzli. Il donne en même temps des cours sur l'hystérie[27].

La correspondance entre Freud et Jung est alors intense. Elle dure jusqu'en 1914, date de leur rupture officielle. Jung a toujours manifesté une grande émotion en évoquant Freud, en dépit de leurs différences d'âge (Freud avait alors cinquante ans, Jung trente-et-un an). Peu après, Bleuler rejoint le mouvement psychanalytique, faisant de Zurich, après Vienne le second pôle acquis aux théories de Freud. Pourtant, dès ces débuts, la divergence qui conduira les deux hommes à la rupture existe déjà de manière latente. Dans un article défendant Freud contre son détracteur Gustav Aschaffenburg, Jung se montre peu enclin à admettre le « fondement sexuel » de l'hystérie, et il écrira plus tard à Freud qu'« un grand nombre de cas ont une origine sexuelle, mais pas la totalité ». Le rythme de la correspondance entre les deux hommes témoigne de leur différence : Freud répond le jour même aux questions de Jung alors que celui-ci attend plusieurs jours voire des semaines avant d'envoyer sa réponse, toujours accaparé par des tâches administratives ou des travaux de recherche[28].

Relation avec Sigmund Freud

En 1906, Jung publie sa Psychologie de la démence précoce[note 6]. Il envoie un exemplaire de son livre à Sigmund Freud qui répond favorablement[note 7]. Enthousiasmé par les propos de Jung qui ne cesse de défendre la psychanalyse, Freud souhaite établir avec lui une relation plus soutenue. Il s'ensuit une amitié intense mais « conflictuelle », selon le mot de Freud, lequel remarque vite chez son correspondant des « propos équivoques » et une absence d'adhésion totale à ses vues. Freud néanmoins évite de relever les points de désaccord, conscient de l'intérêt stratégique de l'« école de Zurich » pour le développement de la psychanalyse naissante en Europe[note 8]. Dans une lettre datée du 29 décembre 1906, Jung analyse la nature de leurs divergences, énumérant cinq points polémiques[note 9]. Linda Donn et Pierre-Emmanuel Dauzat, dans Freud et Jung. De l'amitié à la rupture[29] décrivent les soubresauts de cette relation très forte entre les deux fondateurs de la psychanalyse.

En 1909 à la Clark University. De gauche à droite en bas Sigmund Freud, Stanley Hall, C. G.Jung ; derrière : Abraham A. Brill, Ernest Jones, Sandor Ferenczi.

C'est à la même époque que les relations entre Jung et Eugène Bleuler se détériorent. Emma Jung suggère alors à son mari de quitter le Burghölzli pour ouvrir un cabinet et acquérir sa propre clientèle. Pour éviter de rendre publics leurs différends, Jung et Bleuler se mettent d'accord pour ne pas précipiter le départ de Jung. Cette ambiance conflictuelle ne l'empêche pas de continuer ses recherches sur les associations, qu'il expérimente aussi sur lui-même, avec l'assistance du médecin Ludwig Binswanger. En 1907 Jung décide de s'éloigner de Bleuler, en allant visiter Freud à Vienne. Les deux hommes se rencontrent le dimanche 3 mars 1907, chez Freud, en famille[note 10]. D'emblée Freud le désigne comme son « fils et héritier scientifique ». En 1910, Freud écrit en parlant de Jung : « Je suis plus que jamais convaincu qu'il est l'homme de demain » et Ernest Jones, son biographe, dira de lui qu'il « avait cru trouver en Jung son successeur direct »[30], le seul apte à soustraire « la psychanalyse au danger de devenir une affaire nationale juive »[31] (en effet la quasi totalité des membres de l'entourage de Freud étaient juifs comme lui[32]). S'ensuivent treize heures de discussions intenses qui se terminent sur une polémique : Jung veut en effet connaître l'opinion de Freud sur les phénomènes parapsychologiques. Freud dénigre cet intérêt pour un sujet qu'il considère comme appartenant au folklore. Cependant, alors qu'ils argumentent, un bruit de craquement se fait entendre à deux reprises dans la bibliothèque. Jung y voit une manifestation parapsychologique, ce qui terrifie Freud et lui inspire une certaine méfiance envers Jung[33]. Plus tard, celui-ci y verra une manifestation de la synchronicité[34]. L'entrevue se termine sur une supplique de l'« homme de Vienne », qui demande solennellement à Jung : « Promettez-moi de ne jamais abandonner la théorie sexuelle ! ». Le psychiatre suisse est bouleversé par cette phrase : « Ce choc frappa au cœur notre amitié », dira-t-il. Pour Jung, ce comportement démontre la névrose de Freud, son ambition de se comporter en patriarche de la psychanalyse, et prouve son « matérialisme scientifique »[note 11] qui est à la source de leur rupture à venir, en 1914. Cependant, en dehors de ces divergences, la communion est totale à l'issue de cette première rencontre et il s'établit dès ce moment un pacte d'amitié entre eux. Selon Linda Donn, « Freud et Jung essaieraient ensemble de dévoiler les mystères de la psyché et défieraient l'ordre psychiatrique établi »[35]. C'est par la suite leur correspondance qui mènera les deux hommes à la rupture[note 12].

Sigmund Freud en 1911.

À la suite de cette visite, Jung intègre officiellement la Société psychanalytique de Vienne fondée en 1908 et qui réunit tous les partisans de Freud. Mais Jung révèle un de ses rêves à Freud qui, depuis, le désigne comme un antisémite, ce qui constitue pour nombre de ses détracteurs l'argument expliquant sa dissidence d'avec Freud. En 1908, Jung crée son propre cabinet d'analyse. Il fait donc construire une solide bâtisse, à Küsnacht, en bordure du lac. Il dessine lui-même les plans et confie sa conception à son cousin architecte Ernst Fiecher. Dès ce moment, Jung se sent le besoin de créer une demeure apte à lui donner l'inspiration et la sécurité suffisante pour vivre sa vie intérieure. Il y fait ainsi graver, au-dessus de l'entrée un adage d'Erasme symbolisant sa pensée : « Vocatus atque non vocatus, Deus aderit »[note 13].

Jung participe ensuite à la création d'une société suisse de recherches freudiennes, réunissant d'éminents psychiatres et médecins. Sa proximité avec Freud s'accroît encore lorsqu'il donne une conférence au vif succès intitulée « l'importance de la théorie de Freud en neurologie et en psychiatrie »[36]. Sous la demande de Freud et d'Ernest Jones, désireux de fonder une revue internationale de psychanalyse afin de propager et fédérer les partisans, Jung se propose d'y participer. En 1908, la revue est fondée, sous le nom de Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen[note 14] ; Jung en est alors le rédacteur en chef. La notoriété internationale de Jung permet à cette revue naissante de très vite toucher nombre de scientifiques.

Alors que Freud souhaite que Jung mette toute son énergie et son temps dans la promotion de la psychanalyse, le psychiatre suisse nourrit d'autres occupations, notamment pour les phénomènes occultes. D'ailleurs Jung est élu membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses « mérites comme occultiste ». Jung travaille alors au cas d’Emil Schwyzer, dit l'« homme au soleil phallique », interné au Burghözli, où Jung continue à exercer parfois, pour ses recherches. Il souhaite faire de Schwyzer le point d'origine d'une nouvelle théorie de la démence précoce. Un autre cas pathologique, celui d'Otto Gross lui vaut de mettre en œuvre sa théorie des types psychologiques et qu'il présente la première fois dans l'article de la Jahrbuch : De l'influence du père sur la destinée de ses enfants. Il y parle également de la possibilité d'un « inconscient collectif », théorie en germe dès 1908 donc.

Parallèlement, sa relation avec Sabina Spielrein entre dans une phase de cercle vicieux pour Jung qui a de plus en plus de mal à s'en défaire. Spielrein correspond également avec Freud directement, lui donnant sa version de sa relation. Jung se défend alors en disant que Spielrein a transféré sur lui la figure du sauveur et de l'amant. Néanmoins il n'accepte jamais de parler de relation adultérine lorsque Freud lui demande de s'expliquer[note 15].

Jung se réclame de la méthode empirique du psychologue William James.

À son cabinet privé, Jung se fait connaître en soignant l'Américain fortuné Joseph Medill McCormick, fils du magnat de la presse de Chicago. Dès lors, son cabinet ne cessera d'accueillir des américains impressionnés par ses théories et sa cure. Il se rend ainsi en Amérique pour une série de conférences à l'université Clark à Worcester, Massachusetts. C'est durant cette période que Freud le désigne explicitement comme son « successeur et prince héritier »[37]. Freud se méfie alors des États-Unis, incapables pour lui d'accueillir la psychanalyse ; la notoriété de Jung dans ce pays accroit donc encore sa méfiance. Celle-ci, pour Jung, s'explique par des motifs personnels : « Au cours de toutes ces années où nous fûmes si proches, il n'y eut que des projections » explique-t-il dans Ma Vie. Néanmoins, Freud, accompagné du psychanalyste Sándor Ferenczi (présenté à Freud par Jung), se rend avec le psychiatre suisse aux États-Unis pour promouvoir la psychanalyse. Réfractaire, Freud ne se sent pas à l'aise et, lors de leur retour, sur le port, le médecin viennois défèque dans son pantalon. Secouru par Jung, celui-ci lui dit vouloir l'analyser. Freud refuse, arguant ne pas vouloir risquer son autorité. Cet épisode accroît davantage la mésentente entre les deux hommes. Reclus dans sa chambre d'hôtel, Freud ne voit rien des États-Unis, alors que Jung, enjoué, rencontre Stanley Hall, William Stern, Albert Michelson, Franz Boas l'anthropologue, Adolf Meyer, Ernst Neumann, John Dewey et William Wundt ; il développe donc ses relations outre-Atlantique, ce qui explique sa notoriété en Amérique. Avec William James, qu'il rencontre lors d'une conférence à l'université Clark, Jung s'entretient à propos des phénomènes para-psychologiques et de leur volonté commune d'œuvrer dans leur étude ; malheureusement James mourut en 1910.

Le concept d'inconscient collectif et le « cas Honneger »

Sous l'autorité de Jung depuis son entrée au Burghözli en 1909, Joahann Jakob Honneger[note 16] se passionne pour la psychanalyse, faisant de Freud son modèle. Jung lui donne à étudier le cas d'Emil Schwyzer, entré à la clinique zurichoise en 1901. L'un de ses délires intéresse particulièrement Jung : le patient y voit le soleil comme un astre sexué, possédant un phallus dont le mouvement érotique produit le vent. Très vite, Honneger et Jung y voient la résurgence de mythes que le patient ne peut connaître, notamment celui de la liturgie de Mithra. Un rêve de Jung l'oriente alors vers le concept d'archétype, qu'il développe réellement en 1911-1912, dans Métamorphoses et symboles de la libido (= Métamorphoses de l'âme et ses symboles). Jung demande donc à Honneger de recueillir tous les matériaux possibles sur Schwyzer, sur lequel le jeune assistant réalise sa thèse. Entrevoyant l'importance de ses découvertes, Jung met une pression terrible sur Honneger, qui est considéré par certains spécialistes comme le véritable découvreur du concept d'inconscient collectif, récupéré par Jung. Cependant, la théorie culturelle de Jung existe déjà, en dépit des conclusions de Honneger : dans une lettre à Freud, Jung explicite sa position : « Nous ne résoudrons pas le fond de la névrose et de la psychose sans la mythologie et l'histoire des civilisations »[38].

Eugen Bleuler, directeur de la clinique psychiatrique de Zurich lors du passage de Jung.

En 1910, Honneger fait une conférence à Nuremberg sur ses conclusions du cas de Schwyzer, intitulée La Formation du délire paranoïaque, mais, peu après, atteint d'une affection psycho-pathologique, Honneger se suicide, en 1911. Jung récupère donc ses notes et entreprend de terminer son travail. Par ailleurs, à la décharge de Jung, ses documents de travail disparaissent. Les détracteurs de Jung l'accusèrent plus tard d'avoir volé les travaux de son élève, cependant, c'est bien Jung qui a su orienter le jeune assistant vers des ouvrages lui permettant de comprendre le « cas Schwyzer »[note 17].

Deirdre Bair, dans sa biographie de Jung conclut, aux vues des nombreuses archives qu'elle a compilées, qu'« il n'existe aucun document permettant d'élucider cette question, et l'on en est réduit aux conjectures »[39].Il reste que Jung s'est penché sur le cas de Schwyzer dès 1901.

Rupture avec Freud

En 1911, la psychanalyse a acquis une renommée mondiale, grâce notamment au Congrès de Weimar[40]. Jung fait la rencontre de Toni Wolff, femme férue de mythologie, ce qui ne manque pas de le séduire. Pour Deirdre Bair, « Toni Wolff devint la première d'une longue série de femmes qui gravitèrent autour de Jung parce qu'il leur permettait de mettre leurs intérêts et leurs capacités intellectuelles au service de la psychologie analytique »[41]. Selon le biographe de Freud, Ernest Jones, la dégradation de leur relation commence réellement en 1911, au congrès de Weimar, mais elle ne porte pas sur le concept de libido comme souvent on a pu le penser. Selon lui, le problème vient plutôt de ce que « Jung était si absorbé dans ses recherches, que celles-ci nuisaient gravement à ses obligations de président » de l'Association de psychanalyse internationale[42]. Une autre critique de Freud, de méthode, porte sur le fait que Jung s'appuie sur trop de sources extérieures, du domaine religieux ou mythologique[43] ; Jung réplique en expliquant qu'il trouve « trop inquiétant de laisser de côté de larges domaines du savoir humain ». La méthode dite « circulaire » de Jung, qui revient sans cesse sur ses écrits antérieurs dérange également Freud.

Jung entretient alors une relation triangulaire avec Toni Wolff et sa femme. Jung est de plus en plus accaparé par des tâches administratives, trouvant peu de temps pour continuer ses recherches, notamment sur l'origine de la religion. Président de l'Association psychanalytique internationale (API), rédacteur en chef des « Jahrbuch », il ne peut assurer une correspondance avec Freud qui le soupçonne de vouloir créer son propre mouvement psychanalytique et d'échapper à son autorité. Le psychanalyste et fervent défenseur de Freud Ernest Jones est le premier à entrevoir la future rupture entre les deux hommes, dont les causes mêlent mésententes personnelles, divergences théoriques et conflit de caractères.

Jung rencontre en 1912 miss Miller, portée à sa connaissance par les travaux de Théodore Flournoy, et dont le cas névrotique étaye davantage sa théorie de l'inconscient collectif. Freud parle alors d'« hérésie », ce qui devait précipiter leur rupture. Néanmoins celle-ci fut largement consommée par ce qu'on a appelé le « geste de Kreuzlingen »[note 18] : un malentendu sur l'envoi d'une lettre entre les deux hommes, et qui disparaît, renvoyant chacun sur sa position. Deirdre Bair note que « Dans les courriers échangés entre le 8 juin et la fin du mois de novembre 1912, on ne trouve plus qu'amertume, récriminations et désir de vengeance »[44]. Freud évoque ce geste dans sa Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique, publiée en 1914. De plus, le débat autour du concept de libido, en 1912 met le feu aux poudres, à propos du cas célèbre de Daniel Paul Schreber, auteur des Mémoires d'un névropathe. Freud y voit l'illustration de son concept de libido, or, pour Jung : « la suppression de la fonction de réalité dans la « demencia praecox » ne se laisse pas réduire au refoulement de la libido (définie comme faim sexuelle), du moins, moi, je n'y arrive pas » explique-t-il[45]. Freud voit alors en Jung un partisan d'Alfred Adler et de sa théorie dite de la « volonté de puissance ».

Une série de conférences aux États-Unis et le livre qu'en tire Jung, intitulé La Théorie psychanalytique, envenime sérieusement la situation. Jung profite de l'occasion pour expliquer en quoi ses idées diffèrent de celles de Freud. Aux États-Unis, Jung prétend avoir analysé des patients noirs et avoir rendu visite au président Théodore Roosevelt.

Manuscrit de la lettre de rupture que Freud envoya à Jung en 1913. Les années suivantes Freud se brouilla avec d'autres analystes de renom parmi lesquels Otto Rank, Wilhem Stekel, Victor Tausk, Sándor Ferenczi, ou encore Wilhem Reich.

À cela s'ajoute une fausse lettre écrite par Ernest Jones, prétendument envoyée par Jung à son père au Pays de Galles, qui discrédite l'autorité de Freud. Cela motive son bannissement dès le mois d'août 1912. Dès lors, le mouvement psychanalytique se divise en deux obédiences : les partisans de Freud d'un côté, ceux de Jung de l'autre (dont Leonhard Seif, Franz Riklin, Johan Van Ophuijsen entre autres). Les deux hommes continuent de correspondre toute l'année 1913 mais sous le style formel de ces échanges, l'amertume est manifeste. Jung continue de présider l'API et de coordonner les « Jahrbuch ».

En 1913, comme pour officialiser cette rupture, Jung présente succinctement au XVIIe Congrès international de médecine organisé à Londres en août sa nouvelle approche : la « psychologie analytique », la distinguant de la psychanalyse de Freud et de la « psychologie des profondeurs » de Bleuler. Jung y suggère aussi de libérer la théorie psychanalytique de son « point de vue exclusivement sexuel » en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique se fondant sur Henri Bergson[46]. Jung y fait ensuite une intervention intitulée « Contribution au problème des types psychologiques », autre façon de se démarquer de Freud. Néanmoins, au final, Jung est réélu pour un second mandat en tant que président de l'API. La lettre de Freud du 27 octobre 1913 officialise la rupture : « Votre allégation, comme quoi, je traiterais mes partisans comme des patients est évidemment fausse (…) Par conséquent, je propose que nous abandonnions nos relations personnelles complètement. »[47]. Freud considérera toujours que Jung avait voulu le supplanter comme créateur de la psychanalyse[48].

Les deux hommes, cependant, ne se remettent jamais de cette rupture qui clôt une amitié certaine[49]. Cette rupture marque surtout deux visions différentes mais complémentaires dans une certaine mesure de la psyché[note 19]. La cause du conflit entre Freud et Jung conditionne bien plus que l'histoire des relations entre la psychanalyse et la psychologie analytique : elle exerce une profonde influence également sur les raisons du rejet médiatique et institutionnel des théories de Jung. Le conflit des deux hommes a eu lieu principalement sur la dimension mystique ou en tous les cas humaniste de la psyché.

La confrontation à l'Inconscient

1913 marque pour Jung un retour sur lui-même : la rupture avec Freud le confronte personnellement à une désorientation totale, « l'impression de faire un terrible saut dans l'inconnu »[50]. À cette époque, Jung dit faire face à l'inconscient, et c'est à ce moment qu'il prit « conscience de [s]on Soi/la totalité de [lui]-même, au travers de [s]on travail », confrontation qui ne s'achève qu'en 1917[51]. Pour la biographe Deirdre Bair, « Tout se passa à travers des visions et des rêves qu'il était incapable de comprendre »[52]. L'interprétation de certains rêves lui donne l'idée, pour ne pas perdre sa raison, de revivre ses expériences de petit garçon afin d'en retrouver les émotions. Jung dit en effet n'avoir aucune capacité, lors de cette période, de se comporter en adulte et de mener des activités de recherche. Il démissionne alors de son poste à l'université de Zurich et se tourna vers sa famille pour savoir s'il est encore normal et pour reprendre pied dans la réalité. Il commence alors à « écrire ses rêves » et à construire des petits villages, activités ponctuées par la visite de patients qu'il a le plus grand mal à écouter. « J'étais sur la voie qui me menait vers mon mythe »[53] admet-il plus tard. C'est aussi à ce moment où, en secret, il rédige spontanément (en trois nuits), dans un événement extatique, Les Sept Sermons aux morts. Néanmoins la dimension gnostique de ce livre et ses conditions de rédaction, para-psychologiques, poussent Jung à ne pas en parler, craignant d'être accusé de se comporter en prophète.

Saint Michel combattant le dragon d'Étienne Chevalier. « Notre âme, comme notre corps, est composée d'éléments qui tous ont déjà existé dans la lignée des ancêtres. Le « nouveau » dans l'âme individuelle est une recombinaison, variée à l'infini, de composantes extrêmement anciennes. »[54]

Ses expériences de régression sont compilées dans son Livre noir, qu'il garde à sa discrétion seule. Sa façon de diriger la cure analytique s'en ressent ; il cherche alors chez ses patients les éléments de leurs « mythes personnels » et donne là les premiers signes d'une future théorie distincte de celle de Freud (il l'appelle à cette époque la « psychologie prospective »).

Durant cette période de retour sur lui, Jung continue néanmoins de travailler à la rédaction de Types psychologiques (que de nombreux spécialistes considèrent comme sa plus importante contribution au mouvement psychanalytique). Puis il démissionne de son poste aux « Jahrbuch », s'accordant ainsi du temps supplémentaire à sa recherche intérieure. Celle-ci passe par une méthode inventée par Jung, qui consiste à se laisser aller aux fantasmes et visions diurnes, ce qu'il nomme l'« imagination active ». Ces dernières sont consignées dans son Livre rouge, qui marque aussi le début de son intérêt pour le gnosticisme[55]. Il y narre notamment la confrontation avec trois personnages imaginaires représentant des complexes projetés : Salomé, une femme, et Elie puis Philémon. Des rencontres avec Toni Wolff naissent les concepts d’anima, d’animus et de persona. À l'issue de cette confrontation avec l'inconscient, Jung en ressort grandi et affirmé, soucieux dès lors de rendre accessible au monde sa théorie.

Fondation de la psychologie analytique

Peu à peu, Jung constitue autour de lui (et d'Emma) un cercle de partisans, des couples la plupart du temps : les Maeder, les Riklin, les Sigg-Böddinghaus, Maria Moltzer et Oskar Pfister ainsi que des médecins du Burghölzli. Bleuler, réticent à l'égard de Freud, organisa alors des réunions de psychologie. Jung reçoit à cette époque plusieurs fois, chez lui, le physicien Albert Einstein. Parallèlement, sa clientèle augmente considérablement et il en tire de formidables revenus. Il est ainsi l'analyste de David et Edith Eder qui furent ses premiers traducteurs.

Dès cette époque, Zurich devint le berceau de la psychologie analytique. Jung et ses partisans fondent donc le Club psychologique de Zurich qui réunit nombre de personnes différentes, devenant, sous le succès des ralliements, l'Association de psychologie analytique et dont Jung est le premier président dès 1914. Cette association a pour but avoué de promouvoir les théories de Jung et rassemble la plupart des Zurichois qui avaient rompu avec Freud, parmi lesquels : Franz Riklin, Alphons Maeder, Adolf Keller, Emma Jung, Toni Wolff (devenue analyste entre-temps), Hans Trüb (médecin et psychanalyste du Burghölzli) devient le psychanalyste d'Emma Jung, en plus de son auxiliaire pour son travail de recherche sur le Saint Graal, Herbert Oczeret. Ses patients comptent par ailleurs nombre de célébrités de l'époque : la directrice de l'école de danse Suzanne Perrottet, le maître de ballet de l'opéra de Berlin Max Pfister. Jung réunit également chez lui des sommités du monde intellectuel : le chimiste Eduard Fierz, le mystique juif Siegmund Hurwitz également. Jung fait également la connaissance d'Edith Rockefeller qui le consulte pour dépression nerveuse.

Le Club de psychologie analytique organise dès 1916 des conférences ; la première fut intitulée « l'individu et la société » et a pour but de présenter et de vulgariser les thèses de Jung. La question des types psychologiques entraîne des dissidences au sein du club. Jung travaille alors lui-même avec l'analyste bâlois Hans Schmid qui l'aide à définir les fonctions psychiques. Cependant, leur collaboration cesse en 1915, après une brouille théorique relative à l'individuation et surtout aux types supplémentaires ajoutés par Jung du « conscient » et de l'« inconscient ». Jung reprend ensuite sa correspondance avec Sabina Spielrein alors restée fidèle à Freud, s'axant principalement sur le thème des types psychologiques.

Jung publie ses Types psychologiques en 1921 : il y définit plusieurs concepts capitaux de sa théorie : les types introvertis et extravertis d'une part, les quatre fonctions psychiques de l'autre, la théorie aboutissant donc à huit types psychologiques possibles. Freud lit l'ouvrage alors et le déclare comme « le travail d'un snob et d'un mystique ». Pour Jung, cette approche pose les fondements de son cadre théorique, le poussant vers la philosophie, la théologie, l'art, la chiromancie, l'astrologie. Par ailleurs, il offre, selon lui un « système de comparaison et d'orientation rendant possible (…) une psychologie critique ». À ce moment-là de sa vie, Jung est considéré comme le seul théoricien analytique capable de rivaliser avec Freud.

Herman Hesse, patient de Jung.

Jung a entre 1921 et 1922 l'écrivain Hermann Hesse comme patient qui vient le consulter pour dépression nerveuse[note 20]. L'auteur de Demian doit beaucoup au psychiatre suisse dans l'élaboration de son univers littéraire. Un autre écrivain s'adressa à Jung : l'Irlandais James Joyce, mais le psychiatre ne peut le recevoir et l'envoie donc vers un confrère. Dépité, Joyce retourne en Irlande sans avoir rencontré Jung, trop occupé. L'auteur se moque de la psychanalyse de Jung, en mémoire de cet événement, dans son roman Finnegans Wake. Autour de Jung par ailleurs trois femmes dont deux Américaines (Kristine Mann et Eleanor Bertine) et une Anglaise (Esther Harding, qui fonde en 1922 le Club Psychanalytique de Londres) deviennent les principales militantes de son œuvre aux États-Unis et en Angleterre. Le docteur Helton Godwin Baynes traduit les œuvres de Jung en langue anglaise. Au Club de Zurich, certaines dissensions aboutissent à des départs ; Oskar Pfister notamment dénonce le « culte de la personnalité » autour de Jung. Un temps, Jung, Emma et Toni Wolff quittent le Club pour n'y revenir qu'en 1924. Cette année, Jung, que l'on surnomme alors « le sage de Zurich », fait la connaissance de l'excentrique Comte Hermann Keyserling, fondateur de l'École de la sagesse à Darmstadt, où il est souvent invité.

Voyages

En 1925, Jung et quelques amis proches se rendent de nouveau aux États-Unis pour un séjour de découverte du pays. Il visite ainsi Chicago, Santa Fe et Taos, le Grand Canyon, le nord-ouest de l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le Texas, puis La Nouvelle-Orléans et Washington D. C. Il en profite également pour rassembler des matériaux de recherche sur la pensée indienne d'Amérique. À ce titre, il rencontre, par l'intermédiaire d'une analyste jungienne, Jaime de Angulo, Antonio Mirabal, surnommé Lac des Montagnes, chef de la tribu Hopi. Jung a avec ce dernier de nombreuses discussions concernant le système religieux des Hopis, fondé sur la prédominance du Soleil.

À la fin de l'année 1925 (en juillet), Jung, aidé de deux amis, monte une expédition financé en partie par le magnat Fowler McCormick, baptisée « expédition psychologique de Bugishu », en Afrique. L'objectif pour Jung est de lui fournir un « point de repère » hors de sa propre civilisation. Il déclare vouloir recueillir les témoignages de deux tribus vivant sur le mont Elgon : les Karamojong et les Sabéens. Grâce à son interprète, un indigène qui parle swahili, du nom d'Ephraïm, Jung peut approcher au plus près des tribus et de leurs modes de vie[56]. L'expédition part de Nairobi jusqu'à l'Ouganda. Puis Jung décide de remonter jusqu'en Égypte en suivant les sources du Nil, passage dangereux et alors peu pratiqué. Ils manquent de mourir lors de cette traversée du Soudan mais parviennent finalement à récupérer un bateau les conduisant au Caire. Cette ville le séduit beaucoup, bien qu'il admette plus tard qu'il « ne [put] jamais être en contact réel avec l'Islâm ». Cette année 1925 marque un besoin de voyager, besoin qui s'atténue dans le reste de la vie de Jung, qui se consacre désormais pleinement à découvrir « ce qui se passe quand on éteint la conscience »[57]

Maturité et renommée internationale

À partir de 1925 et de son retour d'Afrique, les interventions publiques de Jung prennent une forme davantage structurée, par la mise en place d'une série de conférences hebdomadaires, sur quatorze années (ayant lieu le mercredi matin, en anglais). La première eut lieu du 26 mars au 6 juillet 1925, intitulée « Psychologie analytique », au cours de laquelle Jung donne une histoire de sa pensée, revenant aussi sur les « années Freud ». L'Association de Psychologie Analytique obtient d'Edith McCormick une sublime bâtisse dans laquelle se trouve encore aujourd'hui l'Institut C.G. Jung de Zurich. Dès lors, Jung constitue autour de lui des hommes et des femmes qui le suivront jusqu'à la fin de sa vie. Barbara Hannah (1891-1986), américaine, sera sa continuatrice aux États Unis.

Le physicien, prix Nobel, Wolfgang Pauli vient trouver Jung en 1931, pour des rêves étranges et pour son alcoolisme. Cependant, découvrant la richesse de ses matériaux archétypiques, Jung décide d'orienter Wolfgang Pauli vers une autre analyste, Erna Rosenbaum, afin de ne pas interférer avec sa vision brute de ces éléments. Jung en sélectionne ensuite quarante-cinq, qui prennent place dans son essai Les Symboles oniriques du processus d'individuation. S'ensuivent également une amitié indéfectible et « une extraordinaire conjonction intellectuelle, non seulement entre un physicien et un psychologue, mais entre la physique et la psychologie »[58]. Jung s'entoure aussi de James Kirsch, Carl Alfred Meier, seul analyste qualifié par Jung de « disciple et de dauphin », et de Jolande Jacobi (1890-1973) qui, subjuguée par Jung, passe son doctorat de psychologie dans le seul espoir de l'aider dans son travail.

Enfin, la véritable rencontre de cette époque fut pour Jung celle de Marie-Louise Von Franz (1915-1999), en juillet 1933 alors que la jeune fille n'a que dix-huit ans. Très douée dans des matières comme les mathématiques, la médecine et les lettres classiques, Von Franz est déterminée à devenir l'associée principale de Jung. Celui-ci l'oriente donc vers une discipline où il manque et de temps et de compétence pour avancer dans ses recherches : la traduction et la philologie. Jung a en effet besoin de quelqu'un pour traduire des textes alchimiques anciens écrits en latin, en grec, ou en ancien français, domaines dans lesquels la jeune Von Franz excelle. Sa découverte de l'alchimie date alors d'une dizaine d'année, depuis sa rencontre avec le sinologue et ami Richard Wilhelm, traducteur en allemand du Yi King chinois, chez le comte Keyserling, avec lequel il entretient une profonde amitié jusqu'à la mort de Wilhelm en 1930.

« Certes, l'alchimie a aussi ce côté, et c'est dans cet aspect qu'elle constitua les débuts tâtonnants de la chimie exacte. Mais l'alchimie a aussi un côté vie de l'esprit qu'il faut se garder de sous-estimer, un côté psychologique dont on est loin d'avoir tiré tout ce que l'on peut tirer. »[59]

Revenant souvent sur ses premiers écrits scientifiques, Jung entreprend dès 1930 de se consacrer aux archétypes et à l'inconscient collectif. Il met au point également une méthode d'analyse propre, consistant à reporter les patients en cure sur des confrères et consœurs proches, tout en suivant l'évolution de l'analyse régulièrement. Cette méthode aboutit plus tard à la notion d'« analyse didactique », qui se montre dès le début couronnée de succès. Jung développe aussi la pratique de la double thérapie : les patients sont en analyse avec Jung mais aussi avec l'un de ses associés, du sexe opposé au leur, en raison des biais provoqués par l'anima chez l'homme ou animus chez la femme. Ses cures analytiques sont des réussites, Aniela Jaffé expliquant que Jung a le don « de mettre le doigt sur la vérité de chaque analysant ». Celles-ci sont fondées sur une relation directe avec le patient, sur l'explication psychologique de leurs troubles sans euphémisme, sur la « dépression créatrice »[60] enfin, ou l'examen approfondi de leur émotion.

De 1930 à 1934, Jung analyse notamment Christiana Morgan qui met en dessin ses rêves. Le psychiatre suisse utilise ainsi ses esquisses pour illustrer sa théorie des images archétypiques. Mais le contexte politique en Europe évolue (montée des fascismes) et Jung décide de consacrer désormais ses conférences sur le Zarathoustra de Friedrich Nietzsche grâce auxquelles il publie La Structure de l'inconscient. De plus en plus, Jung s'intéresse au para-psychologique, et moins aux cas de ses patients ; selon l'analyste américain Henderson, en 1934, « les séminaires de Jung ne contenaient plus de matériaux liés à des cas individuels »[61]. Dès lors Jung voit d'ans l'alchimie un terreau pertinent permettant de comparer les archétypes, et illustrant le concept d'individuation. Cette passion entraîne le départ de Toni Wolff qui n'y voit que superstition ; Von Franz elle reste aux côtés de Jung.

De 1933 à 1937 il est à la tête de la société de psychanalyse allemande. Son premier éditorial déclare : « the society expects all members who work as writers or speakers to work through Adolf Hitler's Mein Kampf with all scientific efforts and accept it as a basis »[note 21] est parue dans l'édition internationale (et pas seulement dans l'édition allemande), dans son édition de décembre 1933[62].

Jung reçoit de célèbres patients, parmi lesquels : Hugh Walpole, Herbert George Wells, Arnold Toynbee et Scott Fitzgerald[63]. En 1932, le journal Neue Zürcher Zeitung demande à Jung un article sur Pablo Picasso à l'occasion d'une exposition à la Kunsthaus. Jung accepte mais rédige un article dénué de compréhension pour l'art moderne, ce qui lui vaut de nombreuses critiques. La même année, l'analyse qu'il fait du Ulysse de James Joyce est également un fiasco. Jung découvre réellement Joyce alors que celui-ci revient le consulter, cette fois pour sa fille Lucia, atteinte de graves troubles de la personnalité. Cependant leur relation fut assez houleuse, Jung suspectant Lucia d'être la femme inspiratrice de Joyce, qui n'apprécie pas la remarque.

Nouveaux voyages

En 1933, Jung visite la Palestine avec un ami, le chimiste Hans Eduard Fierz-David, qui est un précieux atout pour le psychiatre, car il travaille à l'époque sur une histoire de la chimie allant de l'alchimie à la science moderne. La Palestine fait très forte impression sur Jung. La même année, il assiste pour la première fois aux « journées d'Eranos », organisées par Olga Fröbe-Kapteynn près d'Ascona. Si l'idée venait de la riche héritière de la Compagnie des freins Westinghouse en 1930, lors de leur rencontre chez le comte Keyserling, Jung ne fait qu'en donner le nom. Ces rencontres sont destinées à être un lieu d'échanges entre psychologues, médecins, mythologues, théologiens et scientifiques de tous bords. Très vite, ces journées s'érigent en défense de la psychologie analytique.

En 1935, le corps médical britannique invite Jung pour une série de conférences organisées à l'Institut de psychologie médicale de la clinique Tavistock de Londres. Jung y présente sa théorie, et la notion d'inconscient collectif. Samuel Beckett et son analyste, Wilfred Bion sont dans l'assemblée. Jung évoque également l'importance de la religiosité du patient dans le cadre de la cure, avançant même que le système de la confession est une psychanalyse avant l'heure. Il conclut alors sur le danger de la « bête blonde », l'Allemagne nazie, qui témoigne, selon lui, du risque lorsque « L'image archétypique que l'époque ou le moment produit prend alors vie et s'empare de tout le monde », sorte de psychose collective qu'il avait annoncé dans ses écrits dès 1918.

En 1936, Jung est invité pour une autre intervention lors de la Conférence sur les Arts et les Sciences, à Harvard, où il reçoit également la distinction de docteur honoris causa. Néanmoins, sa présence est perçue de manière mitigée ; en effet un précédent article de Jung intitulé Différences indéniables dans la psychologie des nations et des races est accusé de sympathies nazies. Un autre article, à son retour des États-Unis, lors d'un entretien dans le quotidien anglais The Observer sur « la psychologie de la dictature » met le feu aux poudres. Jung y dit en effet voir dans le président Theodore Roosevelt un dirigeant semblable aux dictateurs Hitler et Mussolini. Une autre phrase envenime la situation : Jung assimile Hitler à un « médium » et exprime que « La politique allemande ne se fait pas, elle se révèle à travers Hitler. Il est le porte-parole des dieux comme jadis »[64]. Cet épisode aggrave l'image publique de Jung, considéré comme pro-nazi, opinion encore renforcée par une rumeur qui veut que Jung se soit rendu en Allemagne en 1936, invité par Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie, qui aurait voulu son opinion sur l'état mental des dignitaires du Parti[65]. C'est avant tout un proche de Jung, Wylie, qui narre cet événement, dont aucun document n'atteste la véracité, mais qui a donné des arguments à ses détracteurs[66]. Lors des conférences Terry de New Haven (près de Yale) en octobre 1936, à l'Église unifiée de Bridegport, intitulée « la religion vue à la lumière de la science et de la philosophie », Jung évoque ses nouvelles recherches sur l'alchimie. Il acquiert deux nouvelles personnalités à sa cause : l'analyste James Whitney junior et l'écrivain Robert Grinnel.

À son retour, Jung part de nouveau pour un séjour en Inde avec Fowler McCormick de nouveau. Ils visitent Calcutta, Delhi, Bénarès (où Jung reçoit un nouveau titre honorifique), Madras, Ceylan entre autres villes. Ce voyage est pour lui « un moment décisif de [s]a vie (…) ce dont j'ai fait l'expérience là-bas a mis fin au problème chrétien tel que je me le posais »[67]. En effet, en découvrant la spiritualité indienne, il découvre également un système donnant autant de place au Bien qu'au Mal, deux concepts très liés, sans connotation morale en Inde. Jung rencontre, par ailleurs, des auteurs de traités sur le yoga et sur le culte de Kâlî à Calcutta, qu'il synthétise dans son ouvrage Psychologie et orientalisme[note 22]. Jung est ensuite touché par une violente dysenterie amibienne qui le cloue au lit. Il est alors assailli par des rêves pénétrants qui tous renvoient à l'image du Saint Graal. L'un de ces rêves le marque profondément comme étant l'« un des plus impressionnants qu'il ait jamais faits ». Ces visions le mettent sur le chemin du développement du concept d'individuation, relativement à ce qu'il a retiré de son séjour en Inde sur le Bien et le Mal. Jung fit connaissance avec l'image du Soi également ; il comprend dès lors le sens de ce rêve qui lui imprime l'ordre d'« all[er] au-delà du monde chrétien »[68].

La controverse lors de la Seconde Guerre mondiale

Jung en 1910.

Depuis les années 1926 et 1927, Jung est affilié à un groupe d'analystes berlinois, dirigé par Robert Sommer et Wladimir Eliasberg, nommé Société médicale générale de psychothérapie, et qui a pour but de fédérer les perspectives freudienne, jungienne et adlérienne. Parmi les membres siège Matthias Heinrich Göring, cousin du leader nazi Hermann Göring, futur Reichmarshall du Parti fasciste. La particularité de Jung est que, contrairement à Freud, la psychologie analytique est bien perçue en Allemagne, et ce, bien avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir[69]. Cette société est ainsi, dès 1933, récupérée par le mouvement Völkisch, prônant la supériorité de la culture allemande et germanique, notamment par la Deutsche Glaubensbewegung (« Mouvement de la Foi allemande ») de Jacob Wilhelm Hauer[note 23]. Néanmoins, selon Deirdre Bair, « Il n'existe cependant aucun document prouvant son éventuelle adhésion » à ce mouvement, dont il a rencontré le chef de file chez le comte Keyserling. D'ailleurs, en 1934, Hauer fut exclu des rencontres d'Éranos et Jung cesse toute relation avec lui.

C'est surtout un essai de 1918, De l'inconscient qui fait dire que Jung était affilié au nazisme, d'autant plus qu'en Allemagne la psychologie analytique est alors mieux considérée que la théorie freudienne, accusée de « science juive »[70]. Dans cet essai, Jung distingue les juifs allemands des Allemands de souche. Néanmoins ses propos sont décontextualisés[71]. Pour Jung en effet, les juifs n'ont pas à voir avec la question de l'identité nationale, n'ayant pas de patrie ; de plus « ils sont civilisés à un plus haut degré, mais ils ont un rapport moins aisé à ce quelque chose en l'homme qui touche à la terre, qui puise en elle des forces nouvelles, à ce côté terrien que l'homme germanique recèle en lui-même dans une dangereuse concentration »[72]. En 1933 le président de l'époque de la Société médicale générale de psychothérapie, Kretschmer, démissionne, refusant d'aider les nazis à subvertir la psychothérapie. Depuis 1934, vingt-quatre des trente-six membres juifs de la Société se sont déjà exilés. Le 21 juin 1933, Jung devient le nouveau vice-président de la Société médicale générale de psychothérapie, six mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir. À ce moment, et en dépit de l'accord unilatéral de Jung, le psychiatre suisse est considéré en Allemagne nazie comme « le chercheur germanique le plus important de la psychologie des profondeurs dans le monde aryen anglo-saxon »[73]. Cependant, à la décharge de Jung, Cimbal voit d'immenses difficultés dans le ralliement de Jung au nazisme. Pendant cette période les conférences et articles de Jung sont cependant vite récupérés par le pouvoir nazi, l'opposant toujours à la « science juive » de Freud. En réalité, beaucoup de propos de Jung sont ambivalents[74].

Plus tard lorsqu'il se justifiera, Jung arguera que l'acceptation du poste de vice-président de la « Société médicale générale de psychothérapie » avait été une tentative de sa part de sauver la psychanalyse allemande, « vouée à une totale disparition ». Jung se défend ainsi dans son Journal :

« Je me suis trouvé confronté à un conflit moral. Devais-je, prudent et neutre, me retirer en sécurité de ce côté-ci de la frontière, vivre en toute innocence sans m'impliquer, ou devais-je - comme j'en étais bien conscient - risquer d'être attaqué, risquer l'inévitable incompréhension à laquelle n'échappe pas celui-qui, pour des raisons d'ordre supérieur, est entré en relation avec le pouvoir politique en Allemagne aujourd'hui [note 24]? »

Lorsque le pouvoir nazi en place, la Société médicale générale de psychothérapie devint l'Institut Göring, fer de lance de la Neue Deutsch Seelenheilkunde, la nouvelle science psychothérapeutique officielle du régime. Dès lors, Jung refuse d'y adhérer mais Göring le manipule encore un temps, faisant croire au reste de la communauté son approbation totale[note 25]

Jung en 1923.« Pour quiconque a lu n’importe lequel de mes livres, il doit être évident que je n’ai jamais été sympathisant nazi, ni antisémite et aucune liste de citations fausses, de traductions erronées ou de déformations de ce que j’ai écrit ne saurait altérer le récit de mon point de vue authentique. »[75]

La polémique sur Jung nazi commence officiellement en 1934 avec un article du psychanalyste Gustav Bally dans la Neue Zürcher Zeitung qui l'accuse de collusion avec le régime allemand[76]. En 1936, Jung donne sa démission mais, peu après, une manœuvre de Göring le fait revenir. Afin de se blanchir, Jung décide de publier ce qui sera son essai le plus controversé : Wotan. Le dieu païen de la mythologie allemande Wotan représente selon lui Hitler qui déverse son agressivité sur le monde. Une rumeur veut que Jung ait acheminé de l'argent pour que Freud puisse se réfugier à Londres, via l'entremise de Franz Riklin. Jung apprenant que Freud était en sécurité lui aurait envoyé un télégramme de sympathie[77]. En 1939, Jung est reconduit dans sa fonction de l'Institut Göring.

Les détracteurs de Jung ont cependant oublié la double activité de Jung à cette époque : président de la « Société médicale générale de psychothérapie » d'une part, mais « passeur de juifs » en exil d'autre part. En effet, dès la nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, Jung use de son influence sur les services suisses de l'immigration, subvenant aux besoins financiers, pour faire sortir d'Allemagne des intellectuels juifs. C'est ainsi qu'il permit l'exil du Français Roland Cahen qui le traduira en français et de son amie Jolande Jacobi.

N'arrivant pas à proposer sa démission à cause des manœuvres administratives de Göring, Jung profite d'un entretien pour la revue américaine Heart's International Cosmopolitan de Yale pour élaborer un « Diagnostic des dictateurs »[78]. Il y présente Hitler comme un psychopathe patent. Göring finit donc par accepter la démission de Jung le 12 juillet 1940. Dès lors, il est également inscrit sur la « Schwarze Liste », la liste noire des auteurs dont les ouvrages étaient bannis d'Allemagne, puis sur la « liste Otto » pour la France occupée.

Confiné en Suisse, Jung est mobilisé à la frontière avec l'Allemagne, le pays étant menacé d'invasion. Beaucoup de ses amis américains proposent de l'héberger aux États-Unis ou à Londres, mais Jung répondit vouloir rester en Suisse : « Nous sommes enracinés dans notre terre suisse », explique-t-il. Colonel dans l'armée suisse, après l'appel du général Guisan pour défendre la nation, Jung devient médecin militaire à la frontière.

Jung, agent secret

Durant cette période, Jung devint également un agent pour les services secrets alliés[79]. Contacté quelques années avant la guerre par un diplomate en poste au Foreign Office, Ashton-Gwatkin, très impressionné par l'analyse de son essai Wotan quant à la psychologie des nazis, Jung communiquait avec le Foreign Office via un ami, Baynes qui écrivit un livre fondé sur l'essai de Jung : Germany Possessed. Baynes contribua par ailleurs au développement de la psychologie analytique en Angleterre.

L'opinion de Jung est par ailleurs appréciée en raison de sa vision des moyens à mettre en œuvre pour faire chuter Hitler. Jung préconise en effet de diriger son tempérament vers l'est, vers la Russie. Le Foreign Office le recrute donc sous le nom d'« agent 488 ». Un autre agent, affilié aux comploteurs allemands contre Hitler, dirigé par le général Walter Schellenberg, Wilhelm Bitter, psychiatre, est désigné pour entrer régulièrement en contact avec lui, en Suisse. Cependant, à la découverte de la conjuration de Schellenberg, le réseau est annihilé. Des jungiens américains comme Gerald Meyer et Mary Bancroft, sont également employés par les Services secrets pour diagnostiquer les dirigeants nazis, pour les profiler en quelque sorte. L'agent Dulles de l'Office of Strategic Services (« OSS ») rencontre par ailleurs Jung en 1943, célébrant le « mariage encore expérimental de l'espionnage et de la psychanalyse »[80] . Ils y établissent le profil psychologique des chefs nazis, dont Hitler, qui selon Jung, finira par se suicider. Avec cette activité auprès des Alliés, Jung montre une autre facette de lui-même, celle d'un anti-nazi. Dulles prendra en effet sa défense, expliquant : « Le jugement qu'il portait sur eux [les chefs nazis] et sur leurs possibles réactions aux événements m'a réellement aidé à jauger la situation politique. Sa profonde antipathie pour ce que représentaient le nazisme et le fascisme est apparue clairement au cours de ces conversations »[81]. Néanmoins la nature ultra confidentielle de la relation de Jung avec l'« OSS » ne permet pas d'apporter des pièces à sa décharge au dossier de la polémique.

Manuscrits de Jung, 1930.

Par ailleurs, en 1945, le général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en Europe, étudie le point de vue de Jung sur la meilleure façon d'aider les civils allemands à accepter la défaite, afin de restaurer au plus vite l'Allemagne, exsangue. En 1940, aux États-Unis, Mary Mellon rédigea les premières Annales des Journées d'Eranos : un recueil d'essais disparates intitulé The Integration of personnality, parut en Angleterre. En 1941, Jung se rendit pour les Journées d'Eranos, commémorant les quatre cents ans de la mort de Paracelse. Il reconnait en l'alchimiste-médecin son égal de l'époque, un homme aux prises de contradictions avec la mentalité de son époque. Entre 1941 et 1954, Jung travaille en effet sur l'alchimie et sur son ouvrage majeur, point culminant de sa pensée : Mysterium Conjunctionis. En 1942 les jungiens suisses créent la Fondation Bollingen, du nom de la tour de Bollingen, où travaille Jung, seul, non loin de sa maison de Kusnacht, en Suisse.

En 1944, Jung fut atteint d'une embolie pulmonaire qui le laisse dans le coma. Il vit des événements fantasmatiques et oniriques puissants. Jung rétabli, il a la nette conviction qu'il lui faut maintenant exploiter les notes collectées dans son Livre Rouge, en relation avec ce qu'il a dès lors appelé « les visions de 1944 »[82]. Désormais Jung sera aussi physiquement affaibli. Henri F. Ellenberger a qualifié l'expérience de Jung de « maladie créatrice », en utilisant les termes de neurasthénie et d'hystérie[83].

Après-guerre et dernières années

Après la guerre, Jung reçoit son septième titre honorifique de l'université de Genève, remis par le psychologue Jean Piaget. Il publie ensuite un nouvel essai, Après la catastrophe dans la Neue Schweizer Rundschau, dans lequel il s'interroge sur « le travail moral de reconstruction » d'après-guerre. C'est en 1945 que les accusations contre Jung commencent[84] avec un article de S. S Feldman dans l'American Journal of Psychiatry s'appuyant sur des citations hors contexte de Jung comme la très célèbre et très polémique phrase : « L'inconscient aryen a un potentiel plus important que celui des juifs » ou sur des références à la responsabilité de Jung dans la Seconde Guerre mondiale[85].

En réponse, Jung et ses proches décident de publier un recueil des textes de la période incriminée pour replacer chaque citation dans son contexte. Un ouvrage rassemble Wotan, La psychothérapie aujourd'hui et Après la catastrophe est constitué sous le nom d'Essais sur les événements contemporains (Aufsätze zur Zeitgeschichte), contre l'avis de Jolande Jacobi qui y voit un prétexte donné aux détracteurs, en plus d'une tentative d'auto-justification vouée à la polémique à son tour.

En 1946, Ernest Harms fait son apologie dans un essai intitulé C. G. Jung, le défenseur de Freud et des juifs, contre les accusations d'Albert Parelhoff, critique principal de Jung. Puis Wylie publia An Essay on Morals (Un essai sur les mœurs) où il défend Jung (ce dernier déclara avoir été entièrement compris). Cependant un autre scandale alimente la polémique. La Fondation Bollingen décerne en 1949 le prix Bollingen à Ezra Pound pour ses Cantos pisans. Or, pendant la guerre, Pound était considéré comme pro-fasciste italien. La visite de Winston Churchill en Suisse en 1946, qui rencontre Jung lors d'un banquet, n'atténue en rien la controverse[86]. La même année le psychiatre apprend par l'intermédiaire de Jolande Jacobi que le FBI l'espionne depuis 1940 et a constitué un dossier intitulé « Carl Jung, objet : activités subversives ». Il est soupçonné, via ses amies américaines, d'espionner les États-Unis pour le compte des nazis.

En 1947, Jung, après deux infarctus, décide de faire la synthèse de toutes ses recherches sur l'inconscient. Il avait en effet déjà publié en 1946 La Psychologie du transfert qui était à l'origine une partie distincte du Mysterium Conjunctionis. En 1947 est publié Psychologie et alchimie, puis en 1951 c'est au tour de Aïon. En 1952, il publie le célèbre et très controversé Réponse à Job, écrit à partir des éléments des journées d'Eranos intitulées « Une approche psychologique du dogme de la Trinité ». Il y explore le concept du mal considéré comme une simple « privatio boni ».

Wolfgang Pauli, une amitié indéfectible.

Dès lors, Jung diminue considérablement ses activités de thérapeute, se consacrant à ses recherches avec Marie-Louise Von Franz sur les « Grands Rêves » et les archétypes. En 1948, l'Institut C. G Jung ouvre ses portes et accueille une trentaine d'élèves. Jung y joue un rôle actif jusqu'en 1950. Lors de son discours inaugural le 24 avril 1948, il prévoit de fructueux rapprochements entre la physique et la psychologie. Travaillant en effet à cette époque avec Wolfgang Pauli sur un recueil intitulé L'interprétation de la nature et de la psyché, Jung y examine les phénomènes extra-sensoriels, étudiés notamment aux États-Unis à la même époque par Joseph Banks Rhine. À l'Institut c'est aussi le début de ce que certains comme Richard Noll ont appelé le « culte de Jung ». Hans Trüb, un de ses anciens amis, s'oppose également à ce moment à sa théorie du Soi. Critiquant Jung quant à l'identification qu'il faisait du Soi à Dieu, Trüb se rattache dès lors à la théorie mise au point par le suisse Dumeng Bezzola : la « psychosynthèse »[note 26]. Jung se lie d'amitié au père dominicain Victor White, spécialiste de Saint Thomas d'Aquin. White est attiré par la théorie jungienne et veut créer un pont entre foi chrétienne et psychologie. Néanmoins les deux hommes se quittent sur la polémique de la « privatio boni » née de Réponse à Job.

Jung donne sa dernière conférence aux Journées d'Eranos en 1951, évoquant son nouveau concept, celui de synchronicité, esquissé dans son essai Aïon. Il souhaite dorénavant expérimenter la notion et réunit pour cela un groupe de proches en se fondant sur le Tarot de Marseille et sur l'astrologie. Avec le physicien Wolfgang Pauli, il donne ainsi deux conférences relatives au concept de synchronicité, intitulées « l'influence des représentations archétypiques sur la formation des théories scientifiques de Kepler », prononcées en 1948. Jung travaille également avec Karl Kerényi, spécialiste hongrois de la mythologie, à propos de l'archétype du Fripon divin.

En 1953, Toni Wolff décède, causant un grand choc à Jung. Par ailleurs sa femme Emma Jung, atteinte d'un cancer, lui laissait peu de temps : elle meurt en novembre 1955. Jung se passionne dès lors pour le phénomène des soucoupes volantes et publie Un mythe moderne qui connaît un fort retentissement. En 1956, il publie le Mysterium Conjunctionis.

Dans le monde émergent alors les futurs successeurs de Jung dans l'entreprise de la psychologie analytique : l’économiste et sociologue Eugen Böhler[note 27], aux États-Unis, applique la théorie jungienne à l'économie ; en Angleterre Anthony Storr et Anthony Stevens diffusent ses thèses. En France, Henri Corbin, Gilles Quispel et Elie Humbert défendent son œuvre face à la prédominance du freudisme. Jung compte même des partisans en URSS, à travers la théorie de la socionique.

Vers 1956, des amis et proches de Jung le sollicitent pour qu'il écrive son autobiographie. Plusieurs tentatives ont lieu mais finalement on aboutit au livre Ma Vie, souvenirs, rêves et pensées rédigé par Aniella Jaffé, sa secrétaire d'alors. C'est surtout Kurt Wolff, l'un des fondateurs de la Fondation Bollingen et son responsable éditorialiste qui convainc Jung de réaliser une autobiographie en dépit de ses réticences. Jung opte dans un second temps pour une biographie sous forme d'entretiens spontanés intitulée Souvenirs improvisés. Les séances ont lieu chaque jour dans l'année 1957, mais le 10 janvier 1958, Aniella Jaffé annonce à Wolf que Jung désire écrire lui-même sa biographie. Après avoir consulté ses proches, Jung décide de ne pas évoquer la période controversée de la guerre dans cette autobiographie.

En 1961, Jung parvient malgré les maladies à répétition à terminer un dernier ouvrage : Essai d'exploration de l'inconscient, publié dans le recueil L'Homme et ses symboles, né de l'interview accordée à John Freeman en 1959 pour la BBC. Jung confie à Marie-Louise Von Franz la poursuite de son travail, notamment sur le processus d'individuation, et la responsabilité de ses titres édités. Jung continue à travailler sur son autobiographie jusqu'à sa mort, luttant contre la dégénérescence et les troubles de mémoire. Il lit également les écrits de Pierre Teilhard de Chardin[87]. Il fait, au crépuscule de sa vie, deux rêves interprétés par ses proches analystes comme des rêves dévoilant que l'« homme de Bollingen » est parvenu à l'unité et à la totalité.

La tour de Bollingen, construite par C.G. Jung.

En mai, Jung est touché par une attaque cardiaque qui le prive de la parole. Il la recouvre quelques heures avant la mort, assez pour parler à son fils Hans, puis il meurt paisiblement le 6 juin 1961 à l'âge de 86 ans dans sa maison près du lac de Zurich à Bollingen, en Suisse alémanique, maison dont il avait lui-même fait les plans afin de se ressourcer et d'être en communication avec son « soi »[88]. Sa famille fait confectionner deux moulages de son visage mortuaire.

À la nouvelle de sa mort, les hommages internationaux se multiplient parmi lesquels celui de Jawaharlal Nehru. Lors de la cérémonie commémorative, l'analyste jungien Edward F. Edinger (1922-1998), qui est le dernier à intervenir, conclut son discours par un appel solennel : « Jung n'est plus, mais les retombées de son génie ne font que commencer »[89].

Critiques de C.G. Jung

L'accusation de sympathie avec le régime nazi dont C.G. Jung a fait l'objet dès 1932 l'a poursuivi toute sa vie, alimentant une polémique quant à la place de ses théories en psychologie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Parmi les nombreux détracteurs de Jung le principal est l'Américain Richard Noll, psychologue et professeur d'histoire des sciences à Harvard, qui publia deux ouvrages mettant en lumière l'ambivalence de Jung : Le Culte de Jung (The Jung cult, 1994) et Le Christ aryen (The Aryan Christ, 1997). Noll y assimile Jung à un gourou aux délires de grandeurs, accumulant autour de lui une « mafia », pétri de théories racistes et nazies et promoteur d'un Christianisme intégriste. Il voit en Jung un « prophète völklich »[90].

Néanmoins, derrière l'arrière-plan des accusations de collusion avec le nazisme (sur lesquelles Noll ne délivre aucune analyse rationnelle), l'auteur appuie son réquisitoire sur la critique de Jung comme destructeur de la religion chrétienne : « J’ajouterai une remarque, au risque de susciter la controverse après avoir réfléchi des années à l’impact considérable de Jung sur la culture et le paysage spirituel du vingtième siècle, je suis parvenu à la conclusion qu’il a exercé une influence aussi importante que l’empereur romain Julien l’Apostat (331-363) sur l’érosion du christianisme institutionnel et la restauration du polythéisme hellénistique dans la civilisation occidentale. »[91]. Ce que reproche Noll, c'est la tentative selon lui que Jung a entreprise, via le culte de sa personne, de restaurer le paganisme.

Noll considère par ailleurs Jung comme un menteur, n'ayant jamais cru à ses concepts originaux, œuvrant pour la déconfiture du monde religieux : « je suis convaincu – et c’est l’un des arguments de cet ouvrage – que Jung a fabriqué délibérément, et quelque peu trompeusement, ce masque du vingtième siècle pour rendre sa vision du monde magique, polythéiste et païenne plus acceptable à une société laïcisée, conditionnée à ne respecter que les idées d’apparence scientifique. »[91]. Néanmoins ces ouvrages de Jung sont pour la plupart des psychologues et historiens de la psychanalyse, des attaques personnelles. Élisabeth Roudinesco notamment argumente : « Même si les thèses de Noll sont étayées par une solide connaissance du corpus jungien (…), elles méritent d’être réexaminées, tant la détestation de l’auteur vis-à-vis de son objet d’étude diminue la crédibilité de l’argumentation. »[92]

Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, a consacré un article entier, Carl Gustav Jung, De l’archétype au nazisme. dérives d’une psychologie de la différence à la polémique autour de Jung et du nazisme[93].

Noll fonde enfin ses attaques sur la période trouble de la biographie de Jung, dès 1932, lorsqu'il remplace Ernst Kretschmer à la présidence de Société internationale de psychothérapie, alors récupérée par les nazis allemands et suisses. Noll argue que Jung fut alors, de sa volonté même, « Reichsführer » de la psychothérapie en Allemagne, et qu'il chapeautait également la société freudienne de psychanalyse, comme le relate le biographe de Freud Ernest Jones dans sa célèbre biographie, La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud[94]. Néanmoins, Deirdre Bair dans sa biographie cumulant des centaines de sources différentes conclut que Jung a été manipulé par Matthias Göering, proche du pouvoir alors que Henri F. Ellenberger résumé par : « il reste que Jung, comme bon nombre de ses contemporains, avait sous-estimé, au début, la force de pénétration du fléau nazi »[95]. Comme Friedrich Nietzsche, l'œuvre de Jung fut récupérée à son insu, et détournée. Des preuves existent que Jung a fait modifier les statuts de la société « afin de permettre aux psychothérapeutes juifs allemands - qui pouvaient encore le vouloir - une affiliation individuelle » car ceux-ci étaient en effet interdits dans toutes les sociétés savantes en Allemagne[96]. De plus Jung a aidé à l'exil sur le sol suisse de nombreux intellectuels juifs. Richard Noll affirme également que dans la fameuse tour de Bollingen, Jung, franc-maçon, fait représenter un certain nombre « d'outils et de symboles maçonniques et alchimiques ». Cette thèse est reprise dans l'ouvrage de Jean-Luc Maxence, Jung est l’avenir de la Franc-Maçonnerie[97].

En réalité, et objectivement, la polémique naît de quelques propos de Jung de l'époque, et sur le fait qu'il ait légitimé son poste de président dans le but de défendre la psychanalyse de Freud. Jung affirme en effet qu'il avait agi ainsi en accord et avec l'aide de ses collègues et amis juifs pour sauver la psychanalyse que les nazis considéraient comme une « science juive »[98]. Ses propres écrits sur la nature juive ou aryenne de l'inconscient ont néanmoins pu semer le trouble : « Les juifs ont cette particularité commune avec les femmes : étant donné qu'ils sont physiquement plus faibles, ils attaquent par les failles que présente l'armure de leur adversaire (…). Le juif, individu relativement nomade, n'a jamais produit et ne produira certainement jamais une culture qui lui soit propre (…). L'inconscient aryen a un potentiel plus élevé que le juif. »[99]. C'est avant tout cette phrase, sortie du contexte de son analyse des manifestations de l'inconscient publiée dans Wotan qui marqua la polémique. Cependant, les propos de Jung souffraient alors d'un défaut de langage : ceux-ci pouvaient être pris dans un sens puis dans l'autre ; c'est seulement en 1999 qu'il parut dans une traduction correcte selon la biographe Deirdre Bair[100]. En France, en 1995, dans le numéro spécial des « Cahiers jungiens de psychanalyse » consacré à cet épisode, l'article de la Zentralblatt de janvier 1934 fut supprimé de la liste dite « complète » des déclarations de Jung entre 1933 et 1936, ce qui tend à montrer que la polémique demeure vivace.

Pour les défenseurs de Jung, Richard Noll, psychiatre proche du courant freudien, tente d'utiliser la polémique nazie pour décrédibiliser la psychologie analytique et en premier lieu l'hypothèse de l'inconscient collectif, hérésie pour les partisans de Freud. Pour Bair, Jung n'avait pas conscience d'évoquer des concepts qui pouvaient être interprétés au gré de ses détracteurs ; selon elle aucune source ni aucun élément n'atteste l'affinité de Jung au nazisme.

Gérard Badou, dans son Histoire secrète de la psychanalyse[101], chapitre « le flirt de Jung avec le diable » explique que « dès lors, Jung est littéralement piégé. Sa marge de manœuvre à la tête de la société internationale est pratiquement nulle. Il en fera la cruelle expérience dès le mois de décembre 1933 », lorsqu'il constate que sa signature accompagne celle de Göring lors de la publication de la revue de la Société. Pour Badou, Jung va tenter de se faire déclasser aux yeux du régime nazi. On oppose souvent à sa bonne foi une citation sur la force de l'inconscient aryen face à celui juif, or Badou montre que dès 1934 Jung a valorisé la culture juive : « L'inconscient aryen encore plus proche - selon Jung- d'un état de jeunesse barbare est opposé à l'inconscient juif dont les racines sont aussi profondes que celles de la psychologie chinoise. Dans le contexte de l'époque, l'article n'est cette fois-ci plus considéré comme une simple gaffe, mais une provocation », propos qui entraînent son statut de persona non grata au sein de la Société. Enfin, sur l'anti-sémitisme de Jung, le onzième congrès international des Jungiens (IAAP) qui a eu lieu à Paris en 1989, conclut : « There was general acceptance that his (Jung) behavior was anti-semitic. I think it is clear it has taken Jungians collectively fifty years to begin the process in earnest. »[102].

Son œuvre

L'œuvre de Jung a été compilée en dix huit volumes des « Collected works », publiés en 1978 par le « National institut of mental health ». Ils furent ensuite édités par Karnac en 1992[note 28].

« Psychologie jungienne » ou « psychologie analytique » ?

Article détaillé : Psychologie analytique.

Le concept de « psychologie analytique » apparaît en 1913, au XVIIe Congrès International de Médecine organisé à Londres. Dans une conférence, Jung définit sa nouvelle approche comme une psychologie ayant pour but la description des manifestations de l'inconscient[note 29]. Il la distingue des autres courants de la psychologie comme la psychanalyse de Freud, celle d'Alfred Adler, et de la « psychologie des profondeurs » d'Eugène Bleuler. Dans ses écrits il propose de nombreuses expressions synonymes, alternant les concepts en fonction de l'objet qu'il traite. Lorsqu'il parle des complexes psychiques, Jung emploie la locution « psychologie des complexes », en référence à ses expérimentations sur les associations lors de son passage au Burghözli. L'expression de « tiepfenpsychology » (« psychologie des profondeurs » en allemand), qui revient souvent dans ses premiers écrits, est une façon pour Jung d'honorer sa collaboration fructueuse avec Eugène Bleuler, créateur de ce courant. Ses successeurs (et détracteurs par ailleurs) nomment les théories matures de Jung « psychologie jungienne », voire même, par dérision, « jungisme ».

La structure de la psyché selon C. G.Jung se présente sous une forme concentrique avec au centre les fondements collectifs[103].

Jung juge stérile le débat concernant son utilisation du terme « psychologie », dans l'expression « psychologie analytique », alors qu'il est principalement perçu comme un analyste du courant psychanalytique. Selon lui, la psyché est dans son essence « naturaliter religiosa »[note 30]. La psychologie analytique se propose de donner du sens à ce qu'elle nomme l'âme (le système psychique) et propose une forme de développement de soi menant à la découverte de sa propre totalité : « La psychologie analytique nous sert seulement à trouver le chemin de l'expérience religieuse qui conduit à la complétude. Elle n'est pas cette expérience même, et elle ne la produit pas. Mais nous savons par expérience que sur ce chemin de la psychologie analytique nous apprenons l'« attitude », précisément, en réponse à laquelle une réalité transcendante peut venir à nous »[104]. » Le terme d'« âme » utilisé par Jung a entraîné nombre de critiques de la part de ses pairs mais aussi venant du monde religieux. Charles Baudouin replace la motivation de Jung dans son contexte : « Si Jung n'est pas toujours clair, au gré de ses lecteurs, c'est qu'il ne cède justement pas au goût prématuré de l'abstraction, qui classifie en simplifiant, en schématisant ; il traîne avec l'idée, de peur de l'appauvrir, tout un amalgame de réalité humaine, naturelle, illogique, « prélogique » à laquelle elle adhère intimement. C'est lourd peut-être, mais c'est riche et vrai (…) Il a réintégré, dans la psychanalyse matérialiste d'hier, l’« âme » naguère refoulée ; mais s'il a pu le faire efficacement, sainement, c'est bien parce que nul, plus que lui, n'a su conserver ce que Nietzsche appelait « le sens de la terre » »[105].

La théorie jungienne redéfinit tous les composants de la cure psychanalytique. Henri F. Ellenberger signale par ailleurs que Jung était « un psychothérapeute exceptionnellement habile qui savait adapter le traitement à la personnalité et aux besoins de chacun de ses patients »[106]. Se démarquant de celle de Sigmund Freud (à la fois « réductive » ou « analytique » : l'analyste recherche les causes et « prospective » ou « synthétique » à travers le couple analyste/patient) elle est selon Jung un « processus dialectique entre deux individus reposant sur le concept de « compensation psychique » »[note 31]. Chaque concept de la psychologie jungienne donne du sens à un aspect du système psychique : « La complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l'ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement »[107]. Le psychanalyste français Jacques Lacan a ainsi déclaré en 1975 : « Jung disait la vérité. C'est même son tort – il ne disait que ça »[108].

Une œuvre mystique ou scientifique?

La critique selon laquelle la pensée de Jung était « spiritualiste » et mystique a existé depuis les débuts de la psychologie analytique. Franck C. Ferrier en examine les conditions de production et le développement historique, dans les écrits de Jung. Il y voit l'exploration d'une « troisième hypothèse », ni matérialiste ni spiritualiste, mais relevant du paradoxe. Ferrier voit dans l'axiome de la nature de la psyché, selon Jung, la pierre de touche de son système théorique[109]. Les références à la religion sont en effet transversales à son œuvre, Jung s'aventurant souvent dans le domaine de la morale, de la théologie et même de la métaphysique. Selon lui « Dieu est le symbole des symboles » et la psyché est dans son essence symbolique et religieuse.

Pourtant, Jung fait aussi acte de réflexions épistémologiques, quant à la nature et la portée de l'investigation des sciences humaines sur l'esprit comme objet. Dès ses débuts, Jung se dit empirique et pragmatique, se revendiquant de la méthode de William James. Jung part toujours de constations des faits pathologiques, que son expérience de psychiatre au Burghözli lui a permis d'affiner ; ses théories sont pour lui « des propositions et des essais visant à formuler une psychologie scientifique nouvelle, fondée en premier lieu sur l'expérience directe acquise sur l'homme même »[110]. La réalité psychique n'est pour lui « pas moins réelle que le domaine physique [et] a sa propre structure, est soumise à ses propres lois »[111]. En d'autres termes, Jung est panpsychique. La notion de libido est à ce sujet éclairante : sa conception reste celle d'une force énergétique, crée par une polarité psychique (conscient/inconscient), « une énergie psychique sans pulsion sexuelle : une libido originaire qui peut être sexualisée ou désexualisée »[112]. En ne focalisant plus sa théorie sur l'origine sexuelle du psychique, Jung se démarque de la psychanalyse, pour conduire une méthode davantage clinique. Les tests d'associations d'idées témoignent de son apport en psychologie expérimentale[note 32] alors que le cadre psychothérapeutique qu'il édifie influence les courants pratiques de la psychanalyse. De plus, leur efficacité quant à l'amélioration de l'état psychique du patient est prouvée[note 33].

Le créateur de concepts

Le mandala est selon C.G. Jung la représentation de l'archétype de la totalité.

Jung poursuit, tout au long de sa vie, une analyse de la psychologie humaine qui le fait s'intéresser à la psyché de la personne normale avant de s'intéresser à la psyché de la personne névrotique ou psychotique. Denis de Rougemont dira ainsi : « Il est possible que le plus grand théologien et le plus grand psychologue de ce siècle, jusqu'ici, soient deux suisses : Karl Barth et C.G. Jung »[113].

Cette recherche a permis à Jung de multiplier les outils d'analyse et les concepts permettant d'appréhender les manifestations psychiques. Cette différence fondamentale dans l'approche lui permet de mettre en lumière des concepts psychologiques majeurs dits « transpersonnels » car intégré au « psychisme objectif » (celui collectif) composant la « réalité psychologique », notion centrale de sa pensée[114]. Parmi cette réalité préexistent des structures mentales innées, les « archétypes psychologiques », prédominants dans la compréhension de la notion, propre à Jung, d'« inconscient collectif » et déterminés à partir de ses études de la mythologie, de l'alchimie et à partir d'un rapprochement entre pensée orientale (le Kundalinî yoga) (1932) et théories psychanalytiques.

La notion d'inconscient diverge de celle de Freud et des freudiens. Contrairement à eux, Jung ne le personnifie pas (il ne dit pas « mon inconscient » mais « l'inconsicent »). Par rapport à Sigmund Freud, introducteur du concept moderne d'inconscient, Carl Gustav Jung apporte la notion d'inconscient collectif. Il déplace le fondement de la dualité pulsionnelle freudienne sur une double dualité, qu'il considère comme archétypique : la dualité créativité/destructivité et la dualité instinctivité/spiritualité, ces deux dualités n'étant pas superposables (il y a, par exemple, des dynamiques spirituelles destructrices). Jung voit dans le mythe, et en particulier le mythe biblique, la projection de l'inconscient collectif.

Au niveau personnel (le « psychisme subjectif »), la psychologie analytique nous apprend que la psyché se compose de différentes instances jouant un rôle régulateur et dynamique, parmi lesquels :

  • l'« ombre » qui est la somme de tous les refoulements subconscients, lié aux fonctions psychiques inférieures, au caractère, et à tout ce que l'éducation et la socialisation ont repoussé dans l'inconscient personnel ;
  • la « Persona », fonction sociale de l'individu, c'est-à-dire le caractère et les attitudes que l'homme donne à voir aux autres ;
  • les concepts sexués d'« animus » (pour la femme) et d'« anima » (pour l'homme) ont permis de comprendre la fonction de régulation et de communication de l'être avec le psychisme de l'inconscient, notamment à travers le rêve ;
  • les concepts de « Soi » et d'« individuation » donnent un sens et une orientation à la démarche jungienne ;
  • enfin, le concept de types psychologiques à travers les notions d’introversion et d’extraversion et des quatre fonctions (« Pensée », « Intuition », « Sentiment » et « Sensation ») permet une description de la personnalité consciente et inconsciente.

Jung développe par ailleurs des concepts décrivant des réalités psychiques touchant à d'autres disciplines comme celui de « synchronicité », qui a trait à la physique[115]. D'autres concepts, étant davantage des outils d'analyse, font de la psychologie de Jung une démarche également herméneutique ; il définit ainsi l'état psychique d'inflation, la personnalité mana, la fonction transcendantale, la mythanalyse, la loi de contamination archétypique. Jung a par ailleurs sa propre vision de manifestations psychiques comme le rêve, l'imagination active, les visions, les états modifiés de conscience (somnambulisme, cryptomnésie), ou même la névrose ou la psychose, le transfert également.

Une théorie générale de la personnalité

Article détaillé : Type psychologique.

Les « types psychologiques » sont la contribution majeure de la psychologie analytique aux sciences humaines. Débordant le cadre expérimental pour développer une théorie de la personnalité prolongeant la classification traditionnelle de la caractérologie, Jung met en évidence, dans son ouvrage fondateur Les types psychologiques, dès 1911, une structure schématique de la personnalité.

Les « quatre fonctions » de la personnalité.

Jung distingue « quatre fonctions psychiques », le type Pensée, le type Intuition, le type Sentiment et le type Sensation, que chacun possède à des degrés différents. À cette première grille de lecture, Jung y sur-ordonne les deux « attitudes » :

  • l'extraversion, qui est le mouvement de la libido (énergie psychique) vers l'extérieur, et qui se réfère à l'objet ;
  • l'introversion, qui est elle le mouvement de la libido tournée vers l'intérieur et dont le point de départ est le sujet.

Ainsi Jung dessine, à partir de ces quatre fonctions et de ces deux attitudes, et selon leur degré de conscience et de dominance sur le sujet, un certain nombre de « types psychologiques » expliquant notamment les conflits de personnes un introverti face à un extraverti) ou les passions personnelles (un type Pensée deviendra scientifique). Ce modèle eut une forte influence sur les théories managériales, à travers le Myers Briggs Type Indicator et la vision socionique, mais aussi en développement personnel[note 34], en graphologie et même en astrologie.

Un interprète de l'Alchimie

Dès les années 1920 Jung découvre, grâce à son ami le sinologue allemand Richard Wilhelm et sa traduction du texte ancien du Traité du Mystère de la Fleur d'Or, la riche tradition de l'« alchimie des souffles » (le Kundalinî yoga) et l'alchimie des taoïstes. Ses recherches l'emmènent ensuite vers la tradition alchimique européenne, de l'Antiquité tardive jusqu'à la Renaissance. Il y découvre un fondement à sa psychologie analytique, une mise en image et une parabole de l'évolution de l'individu sur le chemin de l'individuation : « J'ai vu très rapidement que la psychologie analytique se recoupait singulièrement avec l'alchimie. Les expériences des alchimistes étaient mes expériences et leur monde était, en un certain sens, mon monde. Pour moi, cela fut naturellement une découverte idéale, puisque, ainsi, j'avais trouvé le pendant historique de la psychologie de l'inconscient. Celle-ci reposait dorénavant sur une base historique. »[116]

Paracelse, « ancêtre spirituel » de C. G. Jung.

Il voit notamment dans la figure de Paracelse un psychologue d'avant la psychologie, un « medicine-man » (un homme-médecin, par analogie avec le statut des shamans), lui ressemblant en bien des points qui aboutit à un ouvrage : Synchronicité et Paracelsia en 1929. Paracelse l'initie par ailleurs au rapport ténu qui existe entre l'alchimie et la religion comme problème moral de l'âme. Jung rédige ainsi un imposant ouvrage, Psychologie et alchimie où il s'attache à démontrer les problématiques psychologiques aux sources des traités alchimiques, à travers le concept de « processus analytique », « c'est-à-dire l'affrontement dialectique du conscient et de l'inconscient », source des métamorphoses qui donnent sens aux contes, aux thèmes oniriques et à toute production de l'imaginaire :

« Il nous apparaît aujourd'hui avec évidence que ce serait une impardonnable erreur de ne voir dans le courant de pensée alchimique que des opérations de cornues et de fourneaux. Certes, l'alchimie a aussi ce côté, et c'est dans cet aspect qu'elle constitua les débuts tâtonnants de la chimie exacte. Mais l'alchimie a aussi un côté vie de l'esprit qu'il faut se garder de sous-estimer, un côté psychologique dont on est loin d'avoir tiré tout ce que l'on peut tirer : il existait une « philosophie alchimique », précurseur titubant de la psychologie la plus moderne. Le secret de cette philosophie alchimique, et sa clé ignorée pendant des siècles, c'est précisément le fait, l'existence de la fonction transcendante, de la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient[117]. »

Par compensation, l'alchimie a développé au cours des siècles un savoir répudié par les religions en place d'alors : « L'alchimie constitue comme un courant souterrain accompagnant le christianisme qui, lui, règne à la surface » résume-t-il dans Ma Vie.

La « conjonction des opposés », ou réunion des contraires psychiques, gravure alchimique.

C'est à partir des œuvres alchimiques du Moyen Âge et de la Renaissance (les traités de Michael Maier comme l'Atalante fugitive, de Johann Valentin Andreae et de Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz, de Gérard Dorn surtout) mais aussi des époques antérieures (Pythagore et le célèbre traité fondateur de la La Table d'émeraude attribuée à Hermès Trismégiste) et postérieures (Fulcanelli notamment) que Jung trouve la justification de ses modèles psychologiques. En effet il voit dans la recherche de la « lapis philosophicae » (la Pierre philosophale) la métaphore du cheminement de l'esprit vers davantage d'équilibre, vers une réalisation pleine et complète, le « Soi ». Pour Jung toute la recherche de la transmutation du plomb en or (ou « chrysopée ») n'a servi, au cours de l'histoire, qu'à représenter ce besoin psychique humain, et à en préserver les règles et processus, et la connaissance (ou « hermétisme ») des menaces de la société de l'époque (l'Inquisition notamment).

Il montre au cours de diverses études la récurrence de certains symboles comme autant de représentations culturelles des grands archétypes. Jung atteste par là de l'actualité de l'alchimie, qui se retrouve aussi bien dans la peinture que dans la littérature (L'Ane d'or d'Apulée), que dans l'architecture et même les sciences physiques (par les symbolisations chimiques) ou dans les découvertes scientifiques par des rêves notamment), la mentalité sociale enfin (le mythe moderne des ovnis par exemple). Pour lui cette imagerie sous-tend toute exploration humaine et explique, avec objectivisme, les mystères religieux comme la figure christique pour le Christianisme, qu'il a particulièrement étudié. Son étude explore néanmoins toutes les autres cultures et religions : le zoroastrisme, l'hindouisme, l'islam, le bouddhisme comme le polythéisme de l'Égypte pharaonique qui préfigure selon lui le monothéisme.

Deux figures alchimiques majeures ressortent, d'un point de vue psychique, de ses études : la figure de l'« Unus Mundi » ou « Anneau du monde » d'une part (comme image de l'inconscient à travers les âges et conjonction du psychique et du physique) et le motif du « mysterium conjunctions » (ou fusion des opposés psychiques. Il s'agit d'une réconciliation des opposés qui a pour siège l'homme ordinaire et entraîne son ennoblissement, faisant éclore en lui la figure archétypique de l'« anthropos » ou homme primordial), auquel Jung donne le nom de Soi.

Postérité des travaux de C.G. Jung

La psychologie analytique de C. G. Jung a permis d'influencer profondément les courants de pensée du XXe siècle. D'un retentissement tout aussi spectaculaire que la psychanalyse de Freud, la psychologie analytique de Jung a donné naissance à divers courants ou a tout simplement teinté les conceptions de certains auteurs, artistes ou psychologues modernes. Au sein même de la psychologie analytique, Jung a laissé une œuvre et des sujets de recherche qui ont occupé plusieurs de ses continuateurs dont quelques-uns l'ont assisté de son vivant même, tels Barbara Hannah, Carl Alfred Meier, Marie-Louise Von Franz ou encore Erich Neumann parmi les plus connus. D'autres développeront des thérapeutiques propres, comme l'« archetypal pedagogy » ou la « socionique ». Sa vaste correspondance, publiée en plusieurs tomes, témoigne des riches connexions que Jung entretenait avec des spécialistes d'autres domaines que le sien tels : Wolfgang Pauli, le prix Nobel de physique, le mathématicien Pascual Jordan, l'un des fondateurs de la physique quantique, Erich Neumann, l'indianiste et celtologue Heinrich Zimmer, l'écrivain Hermann Hesse ou le sinologue Richard Wilhelm.

Influence sur les courants psychothérapeutiques et sur la société

Indirectement, Jung a eu une profonde influence sur la société et sur les psychothérapie d’inspiration psychanalytique.

Le galvanomètre et les esquisses du prototype mis au point par Jung.

Les premières expérimentations des associations libres[118] de Jung et Franz Riklin, au Burgöhzli, ont permis la création du psycho-galvanomètre, ancêtre du détecteur de mensonges. Par ailleurs, le mouvement des « Alcooliques Anonymes » doit beaucoup à un patient de Jung[119], Bill W. (alias William Griffith Wilson), co-fondateur du mouvement d'entraide qui exprime sa reconnaissance envers le psychiatre suisse ainsi (ne voulant pas dévoiler son identité, il emploie la distanciation) : « Après s'être retiré de la direction du mouvement « AA » en 1961, Bill W., co-fondateur des Alcooliques anonymes, s'est attaqué à une tâche qu'il souhaitait depuis longtemps entreprendre, celle de souligner la dette de reconnaissance des AA envers tous ceux qui avaient contribué à la naissance du mouvement. L'une de ces personnes était Carl Jung, à qui Bill a écrit le 23 janvier 1961. »[120]

Les notions jungiennes ont connu une réactualisation au sein des psychothérapies. Jung est ainsi l'un des courants fondateurs de ce que l'on a appelé les psychothérapies d’inspiration psychanalytique (« PIP »), notamment à travers son idée de ce que doit être la « cure analytique », en face-à-face avec le patient. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, dans leur Dictionnaire de la psychanalyse expliquent : « Les deux grandes écoles de psychothérapie du XXe siècle sont l'école de psychologie analytique fondée par Carl Gustav Jung et l'école de psychologie individuelle fondée par Alfred Adler, nées toutes deux d'une dissidence avec celle fondée par Freud »[121]. L'archétype de l'Enfant intérieur a ainsi une large destinée. En psychothérapie ce terme a alors valeur de concept opératoire. L’« enfant intérieur » (ou « enfant divin »), pour C.G. Jung, est, dans ce cadre théorique, la part enfantine de l'homme et de la femme. Il s'agit d'un archétype, donc d'une formation de l'inconscient collectif. Il a inspiré, des psychothérapeutes pour qui « Travailler au lien avec son enfant intérieur est alors utilisé aussi dans une démarche psychothérapeutique », de certains courants de la psychothérapie d’inspiration psychanalytique[note 35]. John Bradshaw et Sidra Stone en sont un exemple éclairant, avec leur ouvrage Le Dialogue intérieur.

La thérapie du « jeu de sable » est issue de la psychologie analytique de C.G. Jung. Développée par Dora Kalff[122] à partir du « jeu du monde » de Margareth Löwenfeldt, il s'agit pour le patient, adulte ou enfant, de donner forme, avec du sable sec et humide, et des figurines, aux images inconscientes et imaginaires. Ce jeu fait écho à un épisode de la vie de Jung, quand il dut se confronter à l'inconscient. Le jeu lui permit de canaliser les images émanant de la psyché.

Enfin, les hypothèses mystiques de C. G. Jung ont conduit au développement du courant dit « New Age » qui en reprend les concepts d'inconscient collectif et d'âme psychique. « L’impact de la pensée de Jung sur la dynamique d’émergence du New Age est fondamental » résume le sociologue Luc Mazenc[123]. L'intérêt de Jung pour le yoga notamment, et globalement pour les croyances orientales, va permettre tout le syncrétisme que l'on retrouve dans le New Age[124]. Selon le sociologue Paul Heelas, dans The New Age Movement Jung est l« 'une des trois plus importantes figures du New Age » avec Blavatsky et Gurdjieff[125].

Influence sur l'éducation et la pédagogie

Article détaillé : Education (psychologie analytique).

C’est l'écriture de l'ouvrage de Carl Gustav Jung, Psychologie et éducation (articles de 1916 à 1942)[126], qui le premier, mêla psychologie analytique et éducation. Cet ouvrage donna lieu par la suite à la création d'une pensée jungienne de l'éducation, continuée par ses successeurs directes comme Carl Alfred Meier ou Frédéric Fappani en France. Jung, puis quelques auteurs issus du monde de l'éducation mais aussi psychologues jungiens travaillant sur le thème de l'éducation, ont alors développé une pensée et une pédagogie spécifiques. David Lucas dans son article « Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie » résume ainsi cette fusion de la psychologie de Jung avec les catégories de l'éducation comme pratique qui prend le nom de « pédagogie archétypale » : « L’œuvre de Carl Gustav Jung conduit à considérer que la relation pédagogique ne met pas seulement en jeu des contenus ou des consignes rationnelles, mais aussi une influence tenant à la sensibilité et à la personnalité du pédagogue. L’éducation n’est alors plus de l’ordre du seul discours, mais tient également aux dispositions psychiques de l’adulte. Or ces dispositions échappent largement aux méthodes pédagogiques programmées d’avance, et dépendent au contraire de ce que l’éducateur est dans le plus intime de sa psychologie. Cette attention portée à l’équation personnelle de l’adulte constitue une véritable révolution copernicienne de la pédagogie, car si l’être de l’éducateur devient la principale détermination de l’influence qu’il exerce sur l’enfance, ce sera tout d’abord lui qui devra être éduqué »[127].

Des travaux ont d'ailleurs étaient réalisés, en sciences de l'éducation, à partir des concepts de Jung tel que l'individuation, qui aboutira à la notion d'« autorisation noétique » dans les travaux de Joëlle Macrez-Maurel, ou plus encore à la création de l'archetypal pedagogy proprement dite dans les travaux de Clifford Mayes[note 36]. En France, les domaines de l'éducation spécialisée, de l'éducation « libre », et de l'éducation nationale connaissent des auteurs travaillant sur ces questions. Frederic Fappani, pédagogue jungien et chercheur en sciences de l'éducation qui développa des ouvrages en lien avec la pédagogie archétypale ou encore Patrick Estrade[128], psychologue et pédagogue jungien, qui s'est fait connaître dans les années 1980, pour avoir développé une approche autour du concept d'« école de la vie », ou encore Jean-Daniel Rohart, auteur de La vie et l’éducation[129] enfin, professeur dans l'enseignement public français et pédagogue jungien ont développé ce courant.

Allusions dans la littérature et les Arts

La psychologie analytique a eu de nombreuses répercussions sur la littérature du XXe siècle. Certains auteurs ayant été patients de Jung se sont inspirés de son approche de la psyché et de l'imaginaire mythologique revisité par l'éclairage jungien. La dimension trans-personnelle et l'étude des mythes ont ainsi permis à des écrivains comme Herbert George Wells ou Hermann Hesse[note 37] (dans ses romans Demian et dans Le Loup des steppes notamment), analysés par Jung, de teinter leurs univers de références aux concepts jungiens. Victoria Ocampo (qui a rencontré Jung en 1930), le poète américain Léonard Bacon ou Jorge Luis Borges disent enfin avoir été influencés par Jung. Certains auteurs de science-fiction se sont également reconnus comme d'inspiration jungienne, tel Frank Herbert dans Dune, Philip Wylie, Valerio Evangelisti[130] ou Ursula Le Guin dans son cycle Terremer. Les cinéastes italiens Federico Fellini et même George Lucas (par l'intermédiaire du romancier américain Joseph Campbell, auteur de Le Héros aux mille et un visages, 1949) font partie également des artistes influencés par la psychologie analytique. Au cinéma, le réalisateur et scénariste John Boorman dans Excalibur (1981) s'est inspiré de l'œuvre de Jung, en particulier l'archétype du Saint Graal[131]. Le film de Roberto Faenza, L'Âme en jeu (2004) met en scène Jung et Sabina Spielrein. Dans Batman Begins, le médecin justifie le fait que les patients parlent d'un épouvantail effrayant en disant que cela correspond à un archétype de Jung. Dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick un dialogue évoque la « dualité de l'homme », comme concept de C.G. Jung, pour justifier la cohabitation entre un slogan pacifiste et un slogan guerrier sur un même casque. Dans les séries, Jung est évoqué dans la saison 3 de Heroes. Quand le personnage d'Usutu affirme à Matt Parkman qu'il doit trouver son totem pour le guider dans son voyage. Matt demandant s'il s'agit de fétichisme africain, se voit répondre que cela vient de la psychologie analytique de Carl Jung. Dans l'épisode des Simpson, Bart enfant modèle, un psychanalyste voit en Bart l'enfant intérieur à prendre comme modèle pour les adultes (ce qui tourne au désastre, Bart étant l'enfant le plus odieux de la ville).

Le critique littéraire Georges Poulet a notamment transposé les modèles jungiens dans l'étude des textes et des univers imaginaires[132]. En peinture, l'expressionniste américain Jackson Pollock qui a entrepris une thérapie jungienne en 1939 doit sa vocation artistique à cette cure[133].

Influence sur le management et les théories de la personnalité

Aushra Augustinavichute, la créatrice de la socionique.

Le test des associations de mots mis au point par Jung et Riklin conduit à des applications au sein du management. C'est surtout la théorie des types psychologiques qui a une influence féconde sur une génération de psychologues : le Myers Briggs Type Indicator de Katherine Cook Briggs (1875-1968) et d'Isabel Myers (1897-1980) ayant abouti au questionnaire MBTI ® (pour « Myers-Briggs Type Indicator ») utilisé dans certaines méthodes de coaching provient de la classification en types de Jung[note 38]. Néanmoins, le psychiatre suisse ne cautionnera aucune approche se réclamant de lui. La socionique est une théorie des relations entre les types de personnalités inspirée également des types psychiques, crée par Aushra Augustinavichute. Ces deux théories, l'une occidentale (le MBTI), l'autre soviétique (la socionique) sont nées durant la guerre froide; leur portée montre la dimension internationale des recherches de Jung.

Par ailleurs, la typologie jungienne de la personnalité a nettement influencée la graphologie et la caractérologie de l'« école de Groningue ». Une élève de Jung, Ania Teillard, auteure de Les Types psychologiques de Jung et leur expression dans l'écriture et de L'Âme et l'écriture (1948) met en relief les correspondances graphiques et les types psychiques. Enfin, le psychiatre et neurologue suisse Hermann Rorschach s'inspira de la typologie de Jung pour bâtir son test projectif portant son nom, publié dans Psychodiagnostic (1921) et très utilisé aujourd'hui.

Influence sur l'anthropologie et les sciences humaines

Jung a travaillé avec l'anthropologue Paul Radin (ils ont co-écrit Le Fripon divin : un mythe indien), qui a rendu célèbre le concept psychique de trickster (littéralement « farceur »). Le trickster est l'équivalent du lutin dans la culture des indiens d'Amérique. Le trickster, ou encore le « fripon divin », fait des tours pendables, possède une activité désordonnée incessante, une sexualité débordante, etc., il est selon Paul Radin un « miroir de l’esprit », un « speculum mentis ». Ce qui donna lieu grâce à son co-travail avec Jung au développement du concept d'enfant intérieur, mais aussi inspira de nombreuses pratiques psycho-thérapeutiques comme le rebirth et même l'hypnose.

Jung a également travaillé avec l'universitaire hongrois Karl Kerényi, spécialiste de la mythologie grecque et dès 1914 avec l'anthropologue anglais John Layard, qui suivit une psychothérapie puis deviendra psychologue jungien, travaillant sur les archétypes aux fondements des cultures de Vanuatu.

Gaston Bachelard, dans ses écrits comme la Psychanalyse du feu, développe une théorie de l'imagination influencée par la symbolique des archétypes. Ses méthodes d'analyse doivent beaucoup à la démarche de la psychologie analytique[134].

Par ailleurs, la mythanalyse de Pierre Solié et de Gilbert Durand, auteur de Les Structures anthropologiques de l’imaginaire. Introduction à l’archétypologie générale, se fonde sur l'« archétypologie » de tradition jungienne[135]. Durand a également réalisé un travail d'élargissement de l'archétypologie vers le domaine artistique, notamment dans Beaux-arts et archétypes : la religion de l'art (1989)[136] en introduction duquel il explique que « la philosophie de l'archétype est encore sinon à illustrer (...) mais bien à défendre un quart de siècle après la disparition de l'« inventeur » de cette notion, Carl Gustav Jung »[137].

Le critique et spécialiste de la littérature Northrop Frye qui publie en 1949 Anatomy of Criticism se réfère directement à la théorie des archétypes de Jung qui sont pour lui des « modèles thématiques ou purement littéraires, indifférents aux règles de la vraisemblance ». En somme, pour lui, les mythes sont « les principes structurels de la littérature »[138].

Par rapport au « phénomène ovni », Jung est un des premiers auteurs, dans Un mythe moderne (1958), à s'y intéresser d'un point de vue psychologique et sociologique. Il y suggère l'importance qu'il y a à étudier autant le témoin qui rapporte l'observation que l'observation per se. L'explication du phénomène se situerait tout autant dans la psyché que dans le monde extérieur[139]. De ce fait, il est un des précurseurs de ce que l'on nomme aujourd'hui le « modèle sociopsychologique du phénomène ovni ». Comme matériel, il propose des études de cas de rêves à thématique ovni de ses patients. Son hypothèse principale est que les ovnis ont une forme de soucoupe par analogie avec les mandalas et qu'ils sont une reconduction de l'archétype du Salut, au sein d'une société dénuée de relation avec son inconscient et déracinée de ce fait.

Le professeur d'économie et sociologue Eugen Böhler enfin appliqua la théorie jungienne au comportement de masse ; expliquant que la vie économique « est moins régie par les intérêts du pays que par des impulsions collectives issues des fantasmes et des mythes. »[140]

Références

  1. « Il est peu d'auteurs, dans l'histoire du mouvement psychanalytique, qui aient suscité des controverses aussi passionnés que Jung. Il en est peu qui aient fait l'objet de jugements aussi outranciers, que ce soit dans l'éloge ou le blâme. », chapitre « La dissidence jungienne » de Christian Delacampagne, in Histoire de la psychanalyse (sous la direction de Roland Jaccard, Hachette, 1982, p. 215, (ISBN 2-01-008414-4).
  2. Carl Gustav Jung
  3. Carl Gustav Jung, p. 320.
  4. « Seule l'essence spirituelle de sa vie était pour lui inoubliable et valait la peine d'être racontée » explique Aniéla Jaffé dans Carl Gustav Jung.
  5. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.681.
  6. Marie-Louise Von Franz.
  7. Barbara Hannah.
  8. Charles Baudouin.
  9. H. F. Ellenberger, chp « Jung » pp.675 à 763. Ellenberger en fait également un portrait physique et moral précis, pp. 697-701.
  10. Deirdre Bair.
  11. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.675. Selon F. Ellenberger et D. Bair, la nationalité suisse de Jung a été pour beaucoup dans sa reconnaissance internationale ; de plus, « la neutralité de la Suisse lui évita les vicissitudes qui marquèrent les vies de Freud et d'Adler ».
  12. Deirdre Bair, p. 22.
  13. Deirdre Bair, p. 27.
  14. Carl Gustav Jung, ch.I
  15. Deirdre Bair, p. 44.
  16. C.G.Jung, p. 143.
  17. Deirdre Bair, p. 63
  18. Jung obtient le titre de privat-Dozent à l'université d'après H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.686. Ce titre désigne dans les pays germaniques des enseignants qui ont écrit une habilitation, mais qui n'ont pas (encore) reçu une chaire d'enseignement ou de recherche.
  19. Luigi Aurigemma, L'Éveil de la conscience, L'Herne, collection Carnets, 2009, (ISBN 978-2-85197-446-4), p. 54.
  20. Le titre exacte est : Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes. Un cas de somnambulisme chez une fille d'origine pauvre (médium spirite) (1902). Thèse de doctorat, en psychiatrie, in L'Énergétique psychique, Georg, Genève, 1973. « La thèse de Jung était en réalité une autobiographie masquée qui contenait une généalogie familiale » rapportent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, dans leur Dictionnaire de la psychanalyse, entrée « Hélène Preiswerk », Fayard, 1997, ((ISBN 2-213-60424-X)), p. 830. Henri F. Ellenberger étudia ce cas dans son article « Carl Gustav Jung et Hélène Preiswerk. Étude critique avec documents nouveaux », in Médecine de l'âme. Essai d'histoire de la folie et des guérisons psychiques, Fayard, Paris, 1995.
  21. G Jung, entrée « complexe » du glossaire final, p.454.
  22. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.676 Ellenberg explique que « la vie de C.G. Jung offre un exemple typique d'ascension sociale (…) Vers la fin de sa vie il était devenu une figure presque légendaire ».
  23. (en) Discours de Jung à l'université Clark en 1909 intitulé The Association Method, in American Journal of Psychology, N°31, 219-69. consultable en ligne.
  24. Un ouvrage intitulé : « Recherches expérimentales sur les associations chez les sujets sains »(Experimentelle Untersuchungen über die Assoziationen Gesunder)
  25. Deirdre Bair, p. 145.
  26. Carl Gustav Jung, p. 176.
  27. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.687.
  28. Voir notamment les réponses de Jung lors de l'entretien pour le journal New York Times à Genève avec le journaliste M. L. Hoffman, le 24 juillet 1953.
  29. Linda Donn et Pierre-Emmanuel Dauzat
  30. Ernest Jones, in La Vie et l'œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, 1961, tome II, p. 151.
  31. Deirdre Bair, p. 181.
  32. Voir à ce propos : Psychologie clinique, par Bernard Robinson, chapitre 5 « Les psychothérapies », paragraphe « La dissidence de Jung », p. 296.
  33. Linda Donn, p. 185
  34. L'épisode est raconté par plusieurs auteurs, dont Carl Gustav Jung, p. 182-3 et Linda Donn, p. 187-119. Sur la qualité de l'événement, Jung eut l'intuition dès ce moment qu'il devait exister un « complexe tout à fait particulier, universel et en rapport avec les tendances prospectives des hommes ». Sur la portée de ce moment pour la relation des deux hommes, selon Linda Donn : « Jung avait franchi un pas hors de l'orbite de Freud et avait perçu quelque chose de ses propres possibilités créatrices ».
  35. Linda Donn, p. 8 continue : « Ils étaient des révolutionnaires engagés sur une voie audacieuse et imaginative et leur personnalité était à la hauteur de la tâche ».
  36. Pourquoi la mythologie ?, par Monique Salzmann, chapitre « Les débuts », p. 81. Elle démontre à quel point Freud comptait sur Jung pour développer la psychanalyse.
  37. Sigmund Freud, Lettre à Jung du 16 avril 1909, in Correspondance S. Freud/C. G. Jung, Madrid, éd. Taurus, 1978.
  38. Correspondance de Jung à Freud, lettre de Freud du 31 décembre 1909.
  39. Deirdre Bair, p. 290.
  40. Voir l'ouvrage La Psychanalyse de Freud à aujourd'hui histoire, concepts, pratiques, par Dominique Bourdin et Sabina Lambertucci-Mann, Bréal, Coll. Théories, (ISBN 2749507464), p. 62.
  41. Deirdre Bair, p. 305.
  42. Deirdre Bair, p. 317.
  43. Freud, dans ses Contributions à l'histoire du mouvement psychanalytique, 1914, p.  31 : « Je me rappelle l'impression profonde que ressentirent les membres d'un congrès psychanalytique en entendant un élève de Jung faire ressortir les analogies qui existent entre les formations imaginaires des schizophrènes et les cosmogonies des peuples et des époques primitifs. »
  44. Deirdre Bair, p. 344.
  45. Jung à Freud, « lettre du 11 décembre 1911 », in Correspondances Freud/Jung, tome 1.
  46. Deirdre Bair, p. 359 et 373 notamment.
  47. (en) Sigmund Freud, Lettre à Jung du 27 octobre 1913, conservée à la Library of Congress et disponible en ligne.
  48. Dans ses Contributions à l'histoire du mouvement psychanalytique, 1914, Freud expliquera : « la psychanalyse de Jung ressemble au fameux couteau de Lichtenberg : après avoir changé le manche et, remplacé la lame, il veut nous faire croire qu'il possède le même instrument, parce qu'il porte la même marque que l'ancien », p. 55.
  49. Linda Donn, p. 89 cite Freud qui, dans une de ses lettres, exprime son regret : « Jung fut une grande perte ».
  50. Carl Gustav Jung, p. 230-231.
  51. D'après H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.688 « ces événements marquèrent le début d'une période intermédiaire de six années (fin 1913 à 1919) qui resta longtemps la plus obscure de la vie de Jung et dont la pleine signification a été révélée par son autobiographie » (Ma Vie).
  52. Deirdre Bair, p. 365.
  53. Carl Gustav Jung, p. 203.
  54. Carl Gustav Jung, p. 373.
  55. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.690 explique que Jung « composa deux ouvrages : le Livre noir et le Livre rouge qui sont restés inédits ».
  56. D'après H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.693 Jung refusa toujours de rendre publique ses carnets de notes datant de cette période ; ne voulant pas empiéter sur le terrain des ethnologues.
  57. Lettre de Jung citée par Deirdre Bair, p. 539.
  58. Deirdre Bair, p. 552.
  59. Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie, p. 123.
  60. Deirdre Bair, p. 577.
  61. Deirdre Bair, p. 597.
  62. (en) Pour plus de détail sur cette période polémique : Lingering shadows: Jungians, Freudians, and anti-semitism, éd. Aryeh Maidenbaum et Stephen A. Martin, Boston (Mass.) ; Londres : Shambhala, 1991.
  63. Deirdre Bair, p. 451 à 459.
  64. Deirdre Bair, p. 639.
  65. (en) Psychotherapy in the Third Reich (La psychothérapie sous le Troisième Reich), de Geoffrey Cocks, p. 13.
  66. Deirdre Bair, p. 641.
  67. Carl Gustav Jung, p. 315.
  68. Deirdre Bair, p. 649.
  69. Marthe Robert précise que « La tâche spéciale de Jung au sein de cet organisme était d'établir une ligne « scientifique » de partage entre la psychologie aryenne et la psychologie juive, autrement dit entre la doctrine de l' « inconscient collectif » et la psychanalyse de Freud, contre laquelle la revanche était maintenant facile. », in La Révolution psychanalytique, tome 2, PBP, 1964, p. 249.
  70. (en) Expression reprise in Mark Medweth, « Jung and the Nazis », dans Psybernetika, Winter 1996. Voir notamment l'article « Jung and the Nazis » consultable en ligne.
  71. Deirdre Bair, p. 657.
  72. Propos de Jung cités par Deirdre Bair, p. 658
  73. Lettre de Cimbal à Göring du 26 août 1933.
  74. Deirdre Bair, p. 652.
  75. Propos de Jung en 1949, lors d'une interview reproduite in C.G. Jung parle. Rencontres et interviews, Buchet Chastel, Paris, 1985, p. 153.
  76. (de) Gustav Bally, « C.G. Jung », Neue Zürcher Zeitung, 23 décembre 1942, n° 2218.
  77. Deirdre Bair, p. 692.
  78. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.695 atteste que Jung était présent lors de la rencontre entre Hitler et Mussolini le 28 septembre 1937, à Berlin, lors de la parade et que : « À mesure que la situation internationale se dégradait, Jung, qui ne s'était jamais beaucoup préoccupé de la politique mondiale, s'y intéressa de plus en plus. Des interviews qu'il accorda à divers magazines montrent qu'il cherchait à analyser la psychologie des chefs d'État, et en particulier celle des dictateurs. »
  79. Deirdre Bair, chps « En collusion avec l'histoire » et « Agent 488 ».
  80. Propos rapporté par Deirdre Bair, p. 713
  81. Deirdre Bair, p. 745.
  82. Carl Gustav Jung, p. 331.
  83. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.241 et 761. Ellenberger rapproche cette expérience de Jung de celles de Fechner et de Nietzsche. Il explique que, dans une certaine mesure, Freud a lui aussi vécu une telle maladie créatrice.
  84. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.695 explique que la campagne d'attaques contre Jung « fut lancée depuis les milieux socialistes suisses, par Theodor Schwarz et Alex Von Muralt ; puis elle s'étendit à certains périodiques juifs ».
  85. Deirdre Bair, p. 171.
  86. Barbara Hannah, p. 328.
  87. chapitre « La dissidence jungienne » de Christian Delacampagne, in Histoire de la psychanalyse (sous la direction de Roland Jaccard), Hachette, 1982, p. 218, (ISBN 2-01-008414-4).
  88. Les derniers instants de Jung.
  89. Deirdre Bair, chp. « Dernières années ».
  90. Introduction de Le Christ Aryen de Richard Noll.]
  91. a  et b Richard Noll, Le Christ aryen, introduction.
  92. Propos dans le journal Libération, date inconnue, consultable en ligne.
  93. Carl Gustav Jung, De l’archétype au nazisme. dérives d’une psychologie de la différence, L’Infini, n°63, automne 1998.
  94. Ernest Jones, La Vie et l'œuvre de Sigmund Freud, vol. 3, pp. 212-14.
  95. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.695.
  96. Une analyse documentée de cette période est présentée sur le site La Fontaine de Pierre, après l'article publié dans l'encyclopédie Universalis sur Jung, sous le titre « Rectification ».
  97. Jean-Luc Maxence, préface de Bruno Étienne, Jung et l'avenir de la Franc-maçonnerie, Dervy, 2004, (ISBN 2844542646).
  98. Voir, pour les éléments du contexte historique l'article de Mark Medweth, « Jung and the Nazis », dans Psybernetika, 1996. [lire en ligne]
  99. (en) Carl Gustav Jung, Zur gegenwärtigen Lage dem Psychotherapie, 1934, cité par Léon Poliakov, in Le Mythe aryen, Paris, Calmann-Lévy, 1971, p. 303.
  100. Élizabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la Psychanalyse, p. 573.
  101. Gérard Badou, Histoire secrète de la psychanalyse, Albin Michel, 1998.
  102. Propos de Jerome S. Bernstein, jungien de confession judaïque, psychanalyste et thérapeute à l'institut de Santa Fe, USA.
  103. Source du schéma : C.G. Jung, L'Âme et la vie. Légende : 1. Sensation 2. Pensée 3. Intuition 4. Sentiment 5. Le Moi 6. Souvenirs-Mémoire 7. Contributions subjectives 8. Affects 9. Irruptions 10. Inconscient personnel 11. Inconscient Collectif.
  104. Lettre de Jung à Hélène Kiener, 15 juin 1955.
  105. Charles Baudouin, p. 12.
  106. H. F. Ellenberger, chp « Jung » p.700.
  107. Élizabeth Leblanc, p. 12. Elle ajoute : « Comme Jung ne cesse de le dire : la rencontre de la psyché est une expérience, elle passe à la fois par le mental et par le cœur, par l'intellect et par l'émotionnel. Cela demande une lecture circulaire, à l'image de la spirale : la compréhension intellectuelle s'enrichit de la résonance émotionnelle, confrontation intérieure qui, à son tour, mène à l'approfondissement de la compréhension. »
  108. Jacques Lacan, Encore, éd. du Seuil, 1975, p. 125.
  109. « Jung pensait que l'activité spontanée de la psyché nous permettait dans une certaine mesure, de dépasser le paradoxe de la pensée réflexive. (…) La psyché est l'« organe » par lequel nous sommes assurés d'un certain accès en conscience à l'univers », in Franck C. Ferrier, p. 30-31.
  110. Carl Gustav Jung, in préface de La Psychologie de C.G. Jung de Jolande Jacobi, Neuchâtel, 1950.
  111. Frieda Fordham, p. 12.
  112. Entrée « libido », in Dictionnaire de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Fayard.
  113. Denis de Rougemont, « Le suisse moyen et quelques autres », in Revue de Paris, LXXII, 1965, pp. 52-64.
  114. Henri F. Ellenberger, p. 706.
  115. Jung co-écrira ainsi l'ouvrage The Interpretation of Nature and the Psyche en 1952, aux côtés des physiciens Wolfgang Pauli, Markus Fierz et Pascual Jordan.
  116. Carl Gustav Jung, entrée « alchimie » du glossaire final.
  117. Carl Gustav Jung, p. 291.
  118. Études expérimentales sur les associations (1906), in Collected Works, t. II.
  119. (en) Voir la thèse de Finlay Steven W., Influence of Carl Jung and William James on the origin of alcoholics anonymous, Review of general psychology, 2000, vol. 4, no 1, pp. 3-12, (ISSN 1089-2680).
  120. Extrait du livre de Bill W, Le Langage du Coeur cité depuis : l'étude du Dr Jean-Michel Crabbé en ligne et Deirdre Bair, p. 570.
  121. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, entrée Psychothérapie, Fayard, 1997, (ISBN 2-213-60424-X), p. 869.
  122. Dora M. Kaleff, Le Jeu de sable : méthode de psychothérapie, EPI, Coll. Hommes et groupes, Paris, 1973.
  123. Propos de Luc Mazenc qui a soutenu une thèse de sociologie à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble II en 2001 : Les nouveaux mouvements religieux (NMR) et les nouveaux mouvements sociaux (NMS) dans le procès de mondialisation. Pour une phénoménologie sociologique des mutations de la modernité. Propos reproduits dans sa lettre du 2 janvier 2005 au Courrier des Lecteurs du Nouvel Observateur suite à la publication du dossier : « Psy ou Médicaments, comment choisir ? » du n° 2093.
  124. Pour plus d'informations sur les rapports entre Jung et le New Age, voir Jung and the New Age: A Study in Contrasts, The Round Table Press Review, Philadelphia, Pennsylvania, vol. , numéro d'avril 1998, pp. 1-11.
  125. (en) Paul Heelas, The New Age Movement: The Celebration of the Self and the Sacralization of Modernity, Oxford, Blackwell, 1996, p. 46.
  126. Carl Gustav Jung, Psychologie et éducation (1916-1942), trad., Buchet-Chastel, 1963.
  127. David Lucas, « Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie », revue Le Portique, n°18, 2006.
  128. Voir la biographie et travaux de Patrick Estrade
  129. Jean-Daniel Rohart, La Vie et l’éducation, suivi de : Comment réenchanter l’école ?, L’Harmattan, 2005. Présentation en ligne.
  130. Voir l'Interview de V. Evangelisti en ligne.
  131. John Boorman influencé par Jung
  132. Dans Les Métamorphoses du cercle, Paris, Flammarion, 1979.
  133. (en) Voir le chapitre sur Pollock in Marilyn Stockstad, Art History, Pearson Education, Inc. , 2005, New Jersey, (ISBN 0131455273).
  134. Influence de Jung sur la pensée de G.Bachelard sur le site philonet.
  135. « (...) il [Gilbert Durand] s’engage activement aux côtés de courants de réflexions spirituelles comme scientifiques à contre-courant des modes intellectuelles d’une part en animant les sessions de l’université libre Saint-Jean de Jérusalem (fondée par Henry Corbin) et des Eranos Tagungen à Ascona (Suisse), marquées par l’empreinte de la pensée de C. G. Jung (...) », in « Gilbert Durand », Encyclopédie philosophique universelle, III : les œuvres philosophiques, tome 2 (sous la dir. de Jean-François Mattéi), Paris, PUF, 1992.
  136. Gilbert Durand, Beaux-arts et archétypes : la religion de l'art, PUF, 1989, (ISBN 978-2130421740).
  137. Gilbert Durand, Beaux-arts et archétypes : la religion de l'art, PUF, 1989, p. 7.
  138. Northrop Frye, Anatomie de la critique, chapitres « Critique des archétypes » et « Théorie des mythes ».
  139. Sa prise de position dans un article intitulé « Le Dr. Jung dit que les « disques volants » suggèrent des pilotes quasi-humains » publié dans le journal le New York Herald Tribune, le 30 juillet 1958 montre qu'il envisage également l'existence physique du phénomène. Néanmoins, la polémique existe (voir notamment les protestations de Jung quant aux déformations de ses paroles par la presse en ligne.
  140. (de) Eugen Böhler, Der Mythus in der Wirtschaft in Industrielle Organisation, XXXI, 1962, pp. 129-136.

Notes

  1. La partie biographique suivante se fonde en grande partie sur l'ouvrage de Deirdre Bair.
  2. Retrouvées dans les années 1970 ces conférences ont été publiées en 1983 par William Mc Guire à Princeton, avec une introduction de Marie-Louise Von Franz. Voir également l'article de Marie-Laure Grivet-Shillito, « Quand Carl Gustav n'était pas encore Jung », in Cahiers jungiens de psychanalyse, n° 86, 1996, pp. 7-20.
  3. La cryptomnésie est une sorte de plagiat involontaire qui se produit lorsqu'une personne s'attribue une idée dont elle croit en toute bonne foi se souvenir et lui appartenir, alors qu'elle a été produite par autrui.
  4. Ce test est à distinguer de celui des associations libres inventé par Sigmund Freud.
  5. Emma Jung est l'auteur d'une monumentale étude du symbolisme du Graal, écrite avec Marie-Louise Von Franz et publiée en France 1988.
  6. Le terme de « schizophrénie » a été créé par Eugène Bleuler ; l'expression latine de « demencia praecox », qui avait été introduite auparavant par Emil Kraepelin, était alors l'expression consacrée
  7. La correspondance entre Freud et Jung débute exactement le 11 mars 1906 par une lettre de Freud qui remercie Jung de son envoi d’un livre édité par Jung sur ses travaux à la clinique du Burghölzli. Freud lui envoie en retour un recueil de petits écrits sur la théorie des névroses, qu’il vient juste de publier à Vienne.
  8. Freud dit ainsi, dans ses Contributions à l'histoire du mouvement psychanalytique, 1914, p. 24 : « J'ai souvent proclamé avec reconnaissance les grands mérites que s'est acquis l'école psychiatrique de Zurich, et plus particulièrement Bleuler et Jung, par leur contribution à la diffusion de la psychanalyse ».
  9. Voir ci-après : Rupture avec Freud.
  10. En effet, la relation avec Sigmund Freud se consolide durant l'année 1907. Cette rencontre avec le père de la psychanalyse (de 19 ans son aîné) est pour Jung déterminante. Les deux hommes s'échangeront près de 360 lettres en l'espace de huit ans. Il écrit par exemple :
    « Un coup d'œil superficiel sur mon travail suffit pour voir ce que je dois aux géniales conceptions de Freud. Je puis assurer qu'au départ, j'ai passé en revue toutes les objections qui ont été lancées par les spécialistes contre Freud. Mais je me suis dit qu'on ne pouvait réfuter Freud qu'à condition d'avoir soi-même utilisé souvent la méthode psychanalytique et d'avoir vraiment fait des recherches de la même manière que Freud, c'est-à-dire en considérant la vie quotidienne, l'hystérie et le rêve de son point de vue, sur une longue période et avec patience. Si on ne peut pas le faire, on n'a pas le droit de porter un jugement sur Freud à moins de vouloir agir comme ces fameux hommes de science qui refusaient de regarder à travers la lunette de Galilée. »
    Propos de Jung cités par Deirdre Bair, p. 670.
  11. « Cela n'a plus rien d'un jugement scientifique, mais relève uniquement d'une volonté personnelle de puissance » explique Jung à propos des opinions de Freud, in Carl Gustav Jung, p. 224.
  12. Linda Donn, p. 185 explique ainsi que, « Au cours des mois passés, diverses actions, liées les unes aux autres et bien intentionnées, pourtant, avaient fait de l'échange obstiné et orgueilleux entre Freud et Jung quelque chose de tangible au point d'en être devenu incontournable. Chaque acte avait rendu le désaccord plus réel et lui avait donné plus de profondeur. »
  13. En latin, cette maxime signifie : « Qu'on l'invoque ou non, Dieu sera présent ».
  14. Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques, abrégé en Jahrbuch.
  15. Voir sur ce sujet le film de 2004 L'Âme en jeu (The Soul keeper) du réalisateur italien Roberto Faenza qui retrace l'histoire adultérine entre Jung et Spielrein.
  16. Orthographié également sous la forme « Honegger ».
  17. L'argument du vol des travaux d'Honneger par Jung est central dans la rhétorique de Richard Noll, son principal détracteur ; voir notamment la présentation de son ouvrage Le Christ aryen.
  18. Ce geste, devenu célèbre au sein de l'histoire de la psychanalyse, se déroule en mai 1912. Il s'agit d'un quiproquo entre les deux hommes qui devaient se rencontrer de nouveau à Kreuzlingen. Freud devait y rendre visite à un collègue mourant dans les environs de Zurich mais il dit n'avoir jamais reçu la lettre de Jung qui a du décommander au dernier moment. Voir aussi l'analyse de Linda Donn, p. 191.
  19. Hester Mcfarland Solomon dans « Freud et Jung : une rencontre inachevée », Topique, 2002, n° 79, pp. 139-151, dit ainsi : « Après leur rupture tragique Freud et Jung s’étaient chacun focalisés sur deux aspects différents de la psyché, cependant liés et complémentaires. Freud s’intéressait au passé personnel du patient (Jung parle de la méthode réductive de la psychanalyse), pour étudier et élaborer des contenus de l’inconscient, structurés par les événements psychosexuels, tel qu’ils se révèlent dans le présent de la cure – conception renforcée par les concepts du retour du refoulé et de la compulsion de répétition. Donc, comme l’avait décrit Jung, le traitement sera basé sur la méthode réductive. De l’autre côté, avec son intérêt sur les images et les symboles de l’inconscient collectif, Jung s’était concentré sur le niveau le plus primitif chez l’être humain, ce qui cependant constitue son avenir, son devenir. ».
  20. La mort de son père et la maladie de sa femme et de son fils poussent H. Hesse à la dépression. Il consulte d'abord chez J.B. Lang, élève de Jung en 1916 puis est pris en charge par le psychiatre suisse. Ils se brouilleront en 1934 quant à la notion de « sublimation », Hesse étant du même avis que Freud. Voir à ce sujet l'ouvrage de Bertrand Lévy, Hermann Hesse, José Corti, 1992, (ISBN 2-7143-0452-4), p. 189.
  21. « La société [de psychanalyse allemande] s'attend à ce que chacun de ses membres travaille dans l'optique du livre d'Adolphe Hitler, Mein Kampf, et avec tous les efforts scientifiques possibles, sur cette base théorique. »
  22. Ce texte est ponctué de réflexions personnelles démontrant le choc que fut pour lui le séjour dans le sous-continent indien : « En Inde il semble ne rien y avoir qui n’ait déjà existé auparavant une centaine de milliers de fois », in Psychologie et orientalisme, p. 111.
  23. Jacob Wilhelm Hauer s'impliqua en effet très tôt dans les conférences et les associations jungiennes des années 30. Il utilisa le concept jungien de l’inconscient collectif dans un sens plus politique que scientifique, principalement pour suggérer l’existence d’un inconscient racial justifiant le lebensraum.
  24. Deirdre Bair, ch « En collusion avec l'histoire » cite une lettre du 22 janvier 1934 de Jung au psychothérapeute suédois Bjerre dans laquelle il explique que « l'essentiel [est] de sauver la psychothérapie actuellement très menacée en Allemagne et de lui permettre de franchir cette période très difficile ». Son but, en adhérant à l'institut Göring était ainsi de permettre aux Allemands de garder « quelques liens avec le monde extérieur en dépit de leur isolement moral actuel ». Voir la lettre et les suivantes, in Carl Gustav Jung, p. 185.
  25. Voir pour plus de détails le chapitre « La critique de Richard Noll » plus bas.
  26. Hans Trüb a exprimé ce détachement dans son ouvrage Du Soi au Monde, paru en 1947, puis dans La Guérison par la rencontre.
  27. Auteur de Le Futur comme problème de l’homme moderne, 1966.
  28. Les titres et sommaires des volumes des Collected Works sont disponibles sur le site de la Société française de psychologie analytique consultable en ligne.
  29. La jungienne Frieda Fordham explique que la formule « psychologie complexe » s'emploie plus volontiers actuellement, celle de « psychologie analytique » prêtant à la confusion avec l'approche du psychologue G. F. Stout qui est le premier à l'employer (Frieda Fordham, p. 107).
  30. En latin, l'expression signifie : « naturellement religieuse ».
  31. Selon Christian Delacampagne le succès de la théorie de Jung, auprès du public, est dû au fait qu'elle centre moins la prédominance du sexualisme au sein de l'explication psychique ; se faisant, elle soulève moins de résistance, chapitre « La dissidence jungienne », in Histoire de la psychanalyse (sous la direction de Roland Jaccard, Hachette, 1982, p. 224, (ISBN 2-01-008414-4).
  32. Hester Mcfarland Solomon dans « Freud et Jung: une rencontre inachevée », Topique, 2002, n° 79, pp. 139-151 : « Grâce à ses brillantes capacités scientifiques et aux recherches faites avec ses collègues à l’hôpital du Burghölzli, Jung a pu démontrer les premières preuves de la valeur scientifique des concepts à la base de la psychanalyse. Il a montré par ses expériences faites avec le test des associations : premièrement, l’existence même de l’inconscient ; deuxièmement, le mécanisme de refoulement qui domine la dynamique entre le conscient et l’inconscient ainsi que les relations entre le ça, le moi et le surmoi ; et troisièmement, la notion de complexe selon laquelle les expériences internes se regroupent dans la mémoire inconsciente autour des grands thèmes universaux ».
  33. Voir à ce sujet, très polémique, pour la France, la synthèse de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 2002 et consultable en ligne [pdf].
  34. Il existe ainsi en France une Association française des types psychologiques.
  35. Les « psychothérapies d’inspiration psychanalytique » ou « PIP » désignent alors une famille de soins psychiques provenant de la psychanalyse traditionnelle.
  36. (en) Clifford Mayes, Jung and education ; elements of an archetypal pedagogy, , Rowman & Littlefield, 2005 et Inside Education: Depth Psychology in Teaching and Learning
  37. Voir à ce sujet l'ouvrage de Miguel Serrano, CG Jung et Hermann Hesse, Londres, Routledge et Kegan Paul, 1966. Hermann Hesse s'explique ainsi, dans une lettre à Hans Reinhart (mai 1921) : « Jung est par son intelligence comme par son caractère un homme magnifique, plein de vie et génial. Je lui dois beaucoup (...). ».
  38. D'après Le Journal du management le test du MBTI est réalisé chaque jour par environ 20 000 personnes dont 10 000 aux États-Unis, ce qui en fait l'indicateur le plus utilisé au monde (particulièrement dans les domaines de la finance, de la banque et de l'ingénierie. Le consultant Gilles Azzopardi explique que « c'est sans doute le test qui donne le plus d'informations sur la personnalité du candidat. » (propos cités dans Le Journal du net.

Voir aussi

Articles connexes

Autour de la psychanalyse

Autour de C. G. Jung

Liens externes

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À propos de Carl Gustav Jung

Associations de psychologie analytique

Bibliographie

Ouvrages de Jung

Correspondances

  • Aniéla Jaffé, Gerhard Adler, Carl Gustav Jung, Correspondance, tome 1, 1906-1940, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1992, 394 p. (ISBN 978-2226057501) 
  • Aniéla Jaffé, Gerhard Adler, Carl Gustav Jung, Correspondance, tome 2, 1941-1949, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1993, 346 p. (ISBN 978-2226066039) 
  • Aniéla Jaffé, Gerhard Adler, Carl Gustav Jung, Correspondance, tome 3, 1950-1954, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1994, 312 p. (ISBN 978-2226069344) 
  • Aniéla Jaffé, Gerhard Adler, Carl Gustav Jung, Correspondance, tome 4, 1955-1957, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1995, 272 p. (ISBN 978-2226078520) 
  • Aniéla Jaffé, Gerhard Adler, Carl Gustav Jung, Correspondance, tome 5, 1958-1961, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1996, 272 p. (ISBN 978-2226086433) 
  • Wolfgang Ernst Pauli & Carl Gustav Jung ; Correspondance 1932-1958, Albin Michel, coll. « Sciences », Paris, 2000, 382 p. (ISBN 978-2226107855).
    Pauli, physicien, a suivi dans les années 1930 une cure analytique avec l'un des élèves de Jung, cure dont la série de rêves a été étudiée par Jung lui-même dans Psychologie et alchimie.
     

Monographies

  • Métamorphoses de l'âme et ses symboles, LGF, coll. « Livre de Poche », Paris, 1996, 770 p. (ISBN 978-2253904380)  Titre de 1944. Ancien titre (1911-1912) : Métamorphoses et symboles de la libido
  • Les Sept sermons aux morts et autres textes, édition de L'Herme, coll. « Confidences », 1996 (ISBN 978-2851973344).
    contient : « Le problème du quatrième » et « La Psychologie analytique est-elle une religion ? » Première publication en 1916
     
  • Commentaire sur le mystère de la fleur d'or, Albin Michel, coll. « Spiritualité vivante », 1994 (ISBN 978-2226068835).
    première publication en 1929
     
  • L'analyse des rêves tome 1, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », 2005 (ISBN 978-2226158833).
    première publication en 1928 - 1929
     
  • L'analyse des rêves tome 2, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », 2006 (ISBN 978-2226158932).
    première publication en 1928 - 1929
     
  • Dialectique du moi et de l'inconscient, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1986 (ISBN 978-2070323722).
    première publication en 1933
     
  • Les Rêves d'enfants, tome 1, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », 2002 (ISBN 978-2226142382).
    première publication en 1936 - 1941
     
  • Les Rêves d'enfants, tome 2, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », Paris, 2004, 352 p. (ISBN 978-2226134967) 
  • Psychologie et alchimie, Buchet Chastel, coll. « Documents », Paris, 2004 (ISBN 978-2283020357).
    première publication en 1944
     
  • Aspects du drame contemporain, Georg, coll. « Analyse et synthèse », 1996, 268 p. (ISBN 978-2825701058).
    première publication en 1948
     
  • Aïon, études sur la phénoménologie du soi, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », 1983, 334 p. (ISBN 978-2226016423).
    première publication en 1951
     
  • Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées recueillis par Aniéla Jaffé, Gallimard, coll. « Folio », 1991 (ISBN 2-07-038407-1).
    trois éditions : 1961, 1966, 1973
     
  • L'Âme et la vie, LGF, coll. « Livre de Poche », Paris, 1995 (ISBN 2-253-06434-3).
    existe également chez Buchet Chastel (grand format)
     
  • L'Âme et le soi, renaissance et individuation, Albin Michel, coll. « Le livre de poche », 1990 (ISBN 2226041222).
    existe aussi en grand format
     
  • Les Énergies de l'âme. Séminaire sur le yoga de la kundalinî (1932), Albin Michel, 2005 (ISBN 2-226-10492-5).
    nouvelle édition sous le titre Psychologie du yoga de la Kundalinî ((ISBN 2-226-15711-5))
     
  • L'Homme à la découverte de son âme, Albin Michel, coll. « Hors collection », Paris, 1987, 352 p. (ISBN 978-2226028211).
    première publication en 1963
     
  • Essais sur la symbolique de l'esprit, Albin Michel, Paris, 1991, 322 p. (ISBN 978-2226053312).
    première publication en 1948
     
  • Introduction à l'essence de la mythologie, Payot, Paris, 1968, 256 p..
    avec Karl Kerényi et Henri E. Del Medico. Première publication en 1941
     
  • La Guérison psychologique, Georg, Paris, 1984, 342 p. (ISBN 978-2825704653) 
  • L'Énergétique psychique, Georg, Genève, 1973.
    Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes. Un cas de somnambulisme chez une fille d'origine pauvre (médium spirite) (1902). Thèse de doctorat, en psychiatrie, pp. 118-134.
     
  • L'Homme et ses symboles, Gallimard, coll. « Folio », 1988 (ISBN 2-07032476-1).
    première publication en 1964. Inclus « Essai d'exploration de l'inconscient ». Écrit en collaboration avec Marie-Louise von Franz, Joseph Henderson, Jolande Jacobi et Aniéla Jaffé.
     
  • La Vie symbolique : psychologie et vie religieuse, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1989, 270 p. (ISBN 978-2226036681) 
  • Radin, Kerényi, Jung, Le Fripon divin, Georg, coll. « Jung », Paris, 1997, 203 p. (ISBN 978-2825704691) 
  • Les Racines de la conscience, LGF, coll. « Le livre de poche », Paris, 1995, 706 p. (ISBN 978-2253062509).
    existe aussi chez Buchet Chastel en grand format
     
  • Mysterium conjunctionis, tome 1, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », Paris, 1980, 320 p. (ISBN 978-2226010377).
    première publication en 1955 - 1956
     
  • Mysterium conjunctionis, tome 2, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », Paris, 1982, 384 p. (ISBN 978-2226011275) 
  • Présent et avenir, Denoël, coll. « Le livre de poche », Paris, 1995, 126 p. (ISBN 978-2253904311).
    existe chez Buchet Chastel. Première publication en 1957
     
  • Problèmes de l'âme moderne, Buchet Chastel, Paris, 1994 (ISBN 978-2702013823).
    17 travaux tirés de 4 ouvrages par Roland Cahen
     
  • Psychogénèse des maladies mentales, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », Paris, 2001, 384 p. (ISBN 978-2226115690).
    contient Considérations actuelles sur la schizophrénie (1959)
     
  • Psychologie de l'inconscient, LGF, coll. « Le livre de poche », Paris, 1996, 218 p. (ISBN 978-2253904427).
    existe chez Georg en grand format. Première publication en 1942
     
  • Psychologie du transfert, Albin Michel, Paris, 1980, 224 p. (ISBN 978-2226009241).
    première publication en 1946
     
  • Psychologie et éducation, Buchet Chastel, Paris, 1994, 226 p. (ISBN 978-2702013489)  Articles de 1916 à 1942.
  • Psychologie et orientalisme, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », Paris, 1985, 304 p. (ISBN 978-2226021113).
    ensemble d'interventions de premières publications en 1935 et 1960
     
  • Psychologie et religion, Buchet Chastel, Paris, 1994, 218 p. (ISBN 978-2702013465).
    contient les conférences de Jung faites à l'université de Yale
     
  • Réponse à Job, Buchel Chastel, Paris, 1994, 306 p. (ISBN 978-2702013601).
    première publication en 1952. Avec Henri Corbin et Roland Cahen
     
  • Sur l'interprétation des rêves, LGF, coll. « Livre de Poche », Paris, 2000 (ISBN 2-253-90463-5) 
  • Synchronicité et paracelsica, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Jungienne », Paris, 1988, 352 p. (ISBN 978-2226028204).
    contient : Paracelse (1923), Paracelse, une grande figure spirituelle (1941), Préface au Yi king (1948), Énergétique de l'âme (1928), La synchronicité, principe de relations acausales (1952) et Les archétypes de l'inconscient (1954)
     
  • Types psychologiques, Georg, coll. « Jung », Paris, 1997, 505 p. (ISBN 978-2825704677).
    première publication en 1921
     
  • Un mythe moderne. « Des signes du ciel », Gallimard, coll. « Folio essais », Paris, 1996, 328 p. (ISBN 978-2070329281).
    première publication en 1958
     
  • CG Jung parle, Buchet Chastel, Paris, 1995, 368 p. (ISBN 978-2702013274).
    Recueil d'interviews menées par W. MC guire et R.F.C. Hull
     

Biographies

  • (fr) Marie-Louise von Franz, C.G. Jung son mythe en notre temps, Éditions Buchet/Chastel, 1994 (ISBN 2702013198) 
  • (fr) Barbara Hannah, Jung, sa vie et son œuvre : une biographie d'après les souvenirs, La Fontaine de Pierre, Paris, 2005 (ISBN 2902707460) 
  • (fr) Colin Wilson, Jung, le seigneur de l'inconscient, Éditions du Rocher, 1985 (ISBN 226800371X) 
  • (fr) Michel Cazenave, Jung, l'expérience intérieure, Éditions du Rocher, coll. « Sciences Humaines » (ISBN 2268024903).
    Flora Boboli (photographies)
     
  • (en) Ferne Jensen, C.G. Jung, Emma Jung and Toni Wolff: A Collection of Remembrances, Analytical Psychology Club (ISBN 0961123206) 
  • (fr) Aimé Agnel, Jung, la passion de l'autre, Les Éditions Milan, coll. « Les Essentiels Milan », Paris, 2004 (ISBN 2745907980) 
  • (fr) Élie Humbert, Jung, Hachette, coll. « Pluriel Psychanalyse », Paris, 2004 (ISBN 2012792014).
    Préface de Christian Gaillard
     
  • (fr) Christian Gaillard, Jung, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je? », Paris, 2001 (ISBN 2130514006).
    2 e édition
     
  • (fr) Deirdre Bair, Jung, Flammarion, coll. « Grandes Biographies », Paris, 2007, 1312 p. (ISBN 2082103641).
    Traduction par Martine Devillers-Argouarc'h
     
  • (fr) Henri F. Ellenberger, « Jung », in Histoire de la découverte de l'inconscient, Fayard, Paris, 1994, 974 p. (ISBN 2-213-61090-8) 

Études sur son œuvre

  • (fr) Juliette Vieljeux, Christian Gaillard, Axel Capriles, Michel Cazenave, Beverley Zabriskie, Jung, Catalogue chronologique des écrits, Cahiers jungiens de psychanalyse, coll. « Confrontations », Paris, 2004 (ISBN 2915781001).  
  • (fr) Frieda Fordham, Introduction à la psychologie de Jung, Imago, 2003 (ISBN 2902702299) 
  • (fr) Yanick Farmer, « Deuil et individuation. Une contribution de la psychanalyse jungienne à la réflexion eschatologique », dans Théologiques, Montréal, vol. 10, n° 2, 2002, p. 141-157  
  • (fr) Christian Gaillard, Le Musée imaginaire de Carl Gustav Jung, Stock, Paris, 2008 (ISBN 2234050243) 
  • (fr) Charles Baudouin, L'Œuvre de Carl Jung et la psychologie complexe, Petite bibliothèque Payot, coll. « numéro 133 », 2002 (ISBN 2228895709) 
  • (fr) Georges Bertin et Véronique Liard, Les Grandes Images, lecture de CG Jung, Presses universitaires de Laval, coll. « Lectures », Québec, 2005 (ISBN 2-7637-8267-1).  
  • (fr) Kaj Noschis, Carl Gustav Jung. Vie et psychologie, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2004.
    2880745829
     
  • (fr) Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, 2005 (ISBN 201279145X).
    entrée « Carl Gustav Jung  »
     
  • (fr) Sophie Moreaux Carré, La Philosophie de l'imaginaire chez Carl Gustav Jung, Presses universitaires du Septentrion, 2002 (ISBN 2-284-02647-3).
    compte-rendu en ligne sur la question du symbolisme
     
  • (fr) Linda Donn, Freud et Jung. De l'amitié à la rupture, Presses universitaires de France, Paris, 1995, 260 p. (ISBN 2-13045559X).
    traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat
     
  • (fr) Franck C. Ferrier, Jung et la troisième hypothèse, Georg, coll. « Études jungiennes », Paris, 2002, 163 p. (ISBN 2-8257-0803-8).
    chercheur au centre de criminologie comparée de l'université de Montréal et psychothérapeute
     
  • (fr) Elysabeth Leblanc, La psychanalyse jungienne, Bernet-Danilot, coll. « Essentialis N° 11 », 2003, 62 p. (ISBN 2-912663-36-9) 


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