Camp de regroupement


Camp de regroupement

Pendant la guerre d'Algérie, les camps de regroupement ont été créés dans le but de priver le FLN de l'appui de la population. Les regroupements de population désignent les déplacements massifs de population dans des lieux ad hoc et sont à distinguer des recasements, qui sont des déplacements de population dans des villes ou villages préexistants[1].

A partir de 1957, les autorités françaises en Algérie décident de lutter contre la guérilla menée par le FLN en reprenant le contrôle de la population et en privant le FLN des moyens logistiques (abri, nourriture) qu'il obtient de gré ou de force auprès de la population. Pour cela, des zones interdites sont créées, où tout être vivant, homme ou animal, est abattu sans sommation. La population qui y vit est chassée de ses habitations et regroupée dans des villages de tentes ou construits à cet effet, sous la surveillance de l'armée. Les villages vidés de leurs habitants sont souvent détruits pour ne pas pouvoir être utilisés par le FLN. Le déplacement de la population est en général forcé, même s'il est parfois arrivé que la population elle-même d'un village demande la protection de l'armée française pour échapper aux zones de conflit ou à la pression du FLN.

Les camps de regroupement rassemblent assez rapidement environ un million de personnes. Mais éloignée des champs qu'elle ne peut plus cultiver, privée de son bétail, la population est à la merci des conditions d'alimentation prévue par l'administration, et celle-ci est souvent insuffisante, entraînant des carences alimentaires. Les conditions sanitaires se dégradent et la mortalité infantile est importante.

En février 1959, Michel Rocard, élève à l'ENA et en stage en Algérie, adresse un rapport sur les camps de regroupement à un proche de Paul Delouvrier, délégué général en Algérie. Le 31 mars, ce dernier donne l'ordre aux autorités militaires de suspendre les regroupements, et de concentrer les moyens sur l'amélioration des camps existants. Cet ordre sera assez mollement suivi.

L'existence des camps de regroupement et leur état est en général ignoré de la population métropolitaine, jusqu'au 22 juillet 1959, où Le Figaro fait la une avec un reportage de Pierre Macaigne qui scandalise les lecteurs. Une campagne d'opinion se lance. La comparaison avec les camps de concentration est évoquée. Dans les mois qui suivirent, la situation des regroupés sera petit à petit améliorée.

En 1961, la population totale de regroupés s'élève environ deux millions de personnes[2], soit un tiers de la population rurale musulmane d'Algérie. De nombreux regroupés sont demeurés dans des camps de fortune après l'indépendance de 1962, et encore après 2000[3].

Bibliographie

  • Michel Cornaton, Les regroupements de la décolonisation, Paris, éd. ouvrières (1967)
  • Michel Rocard, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d'algérie
  • Pierre Vidal-Naquet, La raison d'Etat

Notes et références

  1. La guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie sous la direction de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, éd. Robert Laffond (2004), p.254
  2. La guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie sous la direction de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, éd. Robert Laffond (2004), p.255
  3. La guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie sous la direction de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, éd. Robert Laffond (2004), p.258

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