Camille Claudel


Camille Claudel
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Camille Claudel
Camille Claudel en 1884
Camille Claudel en 1884

Naissance 8 décembre 1864
Fère-en-Tardenois, Aisne
Décès 19 octobre 1943 (à 78 ans)
Montdevergues, Vaucluse
Nationalité France Française
Profession Sculpteur
Famille Paul Claudel, son frère

Camille Claudel (Fère-en-Tardenois (Aisne) le 8 décembre 1864 - Montdevergues, (Vaucluse) le 19 octobre 1943) est une sculptrice française, sœur du poète et écrivain Paul Claudel. Elle est également connue pour la relation passionnelle et tumultueuse qu'elle a entretenue avec le sculpteur Auguste Rodin, de vingt-quatre ans son aîné. Cet amour impossible, ainsi que son internement psychiatrique en 1913, la murant dans le silence le plus total lui a donné une aura égalant son génie. Le succès du film de Bruno Nuytten en 1988 est venu la sortir de l'oubli. Depuis 2005, la municipalité de Nogent-sur-Seine œuvre pour l'édification d'un musée consacré entièrement à Camille Claudel[1].

Sommaire

Biographie

Enfance

Camille Claudel est née à Fère-en-Tardenois le 8 décembre 1864, de Louis-Prosper Claudel, conservateur des hypothèques, et de Louise-Athanaïse, née Cerveaux, fille du médecin et nièce du prêtre du village. Après la disparition de Charles-Henri (né en août 1863)[2], le premier fils du couple, mort à seize jours, Camille devient l’aînée d'une famille qui comptera deux autres naissances.

Par la suite, le couple s'installe à Villeneuve-sur-Fère, petit village à quelques kilomètres de Fère-en-Tardenois, Camille y passe son enfance entourée de sa sœur Louise, née en février 1866 et de son jeune frère Paul, né en août 1868. La famille Claudel s'installera ensuite pour trois années à Nogent-sur-Seine, de 1876 à 1879. Cette ville de province sera le lieu où Camille fera ses premiers pas d'artiste. Là, elle rencontrera le sculpteur Alfred Boucher qui lui fera prendre conscience de ses dons exceptionnels.

Camille Claudel par Auguste Rodin (1886) (bronze 7/12, fonderie Rudier, 1869)

La sculpture

Depuis l'enfance, Camille est passionnée par la sculpture et commence très jeune à travailler la glaise. Appuyée constamment par son père qui prend conseil auprès d'Alfred Boucher, Camille doit affronter la très forte opposition de sa mère, laquelle aura toujours une violente aversion pour cet art qui passionne son aînée.

En 1882, alors que les Claudel séjournent à Wassy, Camille persuade sa famille d'emménager à Paris, à l'exception de son père retenu par ses obligations professionnelles. Cela, afin de perfectionner son art auprès des maîtres. Avec sa mère, sa sœur Louise, son frère Paul, elle habite au 135bis, boulevard du Montparnasse de 1882 à 1886 puis occasionnellement au 31, boulevard de Port-Royal de 1886 à 1892[3]. Ensuite Camille vit et travaille dans son atelier du 19 quai de Bourbon, dans l'île Saint-Louis de 1889 jusque son internement en 1913, ce que rappelle une plaque souvenir apposée sur cette maison.

Elle suit, tout d'abord, des cours à l'Académie Colarossi. Par la suite, elle loue un atelier avec des étudiantes anglaises dont Jessie Lipscomb avec qui elle se liera d'une profonde amitié.

Camille a d'abord étudié avec Alfred Boucher. Celui-ci était à Paris pour mettre en place La Ruche, un phalanstère, une communauté d'artistes. Mais lorsqu'il gagne le Prix de Rome et s'installe à la Villa Médicis, il demande à Auguste Rodin de le remplacer pour son cours de sculpture qu'il donne au groupe de jeunes filles. Ainsi Camille et Rodin font connaissance.

Rodin

Très vite, la connivence puis la complicité artistique s'installent ; devant le génie de Camille, l'originalité de son talent et sa farouche volonté, Rodin ne résiste pas longtemps ; tel qu'il le dit lui même : « Mademoiselle Claudel est devenue mon praticien le plus extraordinaire, je la consulte en toute chose ». Et à ceux qui la critiquent, Rodin répondra : « Je lui ai montré où trouver de l'or, mais l'or qu'elle trouve est bien à elle ». Camille influence profondément Rodin, qui modèlera « l'Éternelle idole », « le Baiser » (ils y travaillèrent à deux), ainsi que la monumentale « Porte de l'Enfer »… Suivront également des œuvres comme la Danaïde ou Fugit Amor.

Camille Claudel glisse de l'expressivité passionnée et exclusive du corps nu, propre à ce dernier, à une science des attitudes plus originale et maîtrisée qui relève de son génie propre. Des drapés très art nouveau enveloppent de plus en plus les corps. Un chef-d'œuvre tel que « la Valse » (qui compte plusieurs versions) montre l'étendue de son talent. Mais l'artiste ne s'arrête pas là, elle explore une nouvelle voie, profondément originale. « J'ai beaucoup d'idées nouvelles », confie-t-elle à son frère Paul. Elle en donne quelques croquis étonnants, parmi lesquels on reconnaît « les Causeuses ». Des œuvres nombreuses et remarquables naissent alors sous ses doigts. C'est l'invention d'une statuaire de l'intimité qu'elle seule a pu atteindre. La voie amorcée par Camille Claudel vise à saisir sur le vif le vécu d'un geste simple, dans l'intensité de l'instant. Elle s'attarde au moment qui s'échappe et réussit magistralement à en faire sentir toute la densité tragique.

Comprenant que le monde de l'art continuera à ne voir en elle que l'élève de Rodin, Camille Claudel décide de quitter celui-ci. Les dix années qui suivront seront les plus productives de sa carrière, mais elle ne recevra pas de commandes de l'État (commandes demandées à grands cris par son admirateur enthousiaste Octave Mirbeau, qui proclama à trois reprises son génie dans la grande presse). En effet, Camille défie la morale sexiste du monde de l'art de l'époque en sculptant le nu avec la même liberté que les hommes. A la fin de sa carrière, elle reçoit enfin une commande lorsqu'elle sculpte le nu saisissant d'une femme seule et mourante Niobide blessée[4].

Internement psychiatrique

Vivant misérablement, Camille Claudel s'enferme bientôt dans la solitude et sombre peu à peu dans la folie. Elle est âgée de presque cinquante ans lorsque son père meurt, le 2 mars 1913, sans que Camille semble en être prévenue[5] — elle n'assistera d'ailleurs pas à l'inhumation. Sa famille la fait interner à l’asile de Ville-Évrard, où elle entre dès le 10 mars, et demande à ce que soient restreintes ses visites et sa correspondance[5],[6].

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate et les hôpitaux sont réquisitionnés : elle est transférée le 9 septembre à l'asile d'aliénés de Montdevergues, à Montfavet, dans le Vaucluse, où elle restera jusqu'à la fin de ses jours. Elle y est affreusement malheureuse, ne sculpte plus, et ne recevra jamais une seule visite de sa mère, qui meurt en 1929, ni de sa sœur : seul son frère Paul viendra la voir, à douze reprises[6]. Elle écrit de nombreuses lettres à son frère et à sa mère, dans lesquelles elle se plaint des conditions de son internement, et reçoit en retour de la nourriture et des affaires diverses.

Plaque commémorative, 19, quai de Bourbon à Paris
Stèle commémorative au cimetière de Montfavet
Hôtel de Jassaud sur l'Île Saint-Louis où Camille Claudel habita et travailla avant son internement

Elle meurt le 19 octobre 1943 d'un ictus apoplectique[7], vraisemblablement par suite de la malnutrition sévissant à l'hôpital[6], à l'âge de 78 ans. Selon Max Lafont, entre 1940 et 1944, 40 000 malades mentaux meurent de faim dans les hôpitaux psychatriques en France. Deux mois avant la mort de Camille, le directeur de l'hôpital psychiatrique avait affirmé à Paul Claudel : « Mes fous meurent littéralement de faim : 800 sur 2000 »[8]. En août 1942 il lui écrivait que l'état général de Camille « a marqué un fléchissement net depuis les restrictions qui touchent durement les psychopathes. Votre sœur... en juillet, a dû être alitée pour œdème malléolaire en rapport avec une carence et le déséquilibre alimentaire »[9]. Elle est inhumée quelques jours après sa mort au cimetière de Montfavet, accompagnée du personnel de l'hôpital, puis ses restes seront transférés dans une fosse commune, son corps n'ayant pas été réclamé par ses proches.

Controverses autour de l'internement psychiatrique

Dès les mois qui suivent son internement, celui-ci est condamné par les admirateurs de Camille Claudel, qui y voient un « crime clérical ». Ainsi, le journal l'Avenir de l'Aisne publie le 19 septembre 1913 une tribune s'indignant de ce qu'« en plein travail, en pleine possession de son beau talent et de toutes ses facultés intellectuelles, des hommes [soient] venus chez elle, l'ont jetée brutalement dans une voiture malgré ses protestations indignées, et, depuis ce jour, cette grande artiste est enfermée dans une maison de fous ». Une campagne de presse est alors lancée contre la « séquestration légale », accusant en particulier la famille de Camille Claudel de vouloir se débarrasser[5] d'elle et demandant l'abrogation de la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés.

Bouleversé, Rodin tentera de faire en sorte d'améliorer le sort de Camille, sans grand succès[5] ; il décède en novembre 1917.

Œuvres

Camille Claudel est considérée aujourd'hui comme une artiste majeure de la fin du XIXe siècle, « artiste en phase avec l'art de son temps »[10].

Le Musée Rodin conserve une partie des quelque cinquante sculptures répertoriées à ce jour dans une salle qui lui est consacrée[11] :

  • L'Abandon (bronze)
  • L'Âge Mûr (1re version en plâtre, 2e version en bronze.)[12]
  • Buste de Rodin (version en plâtre, version en bronze)
  • Les Causeuses (version en plâtre, version en onyx, version en bronze)[13]
  • Clotho (plâtre)[14]
  • L'Implorante (réduction, bronze)
  • Jeune femme aux yeux clos (argile ?)
  • La Jeune Fille à la gerbe (terre cuite)
  • La Niobide blessée (bronze)
  • Paul Claudel à trente-sept ans (bronze)
  • Pensée (marbre)
  • La Petite Châtelaine (marbre)
  • Profonde Pensée (bronze)
  • Profonde Pensée (marbre)
  • Sakountala (statue mutilée en glaise)
  • La Vague (onyx et bronze)[[15]
  • La Valse (bronze)
  • Vertumne et Pomone (marbre)[16]

Au Musée Albert-André, à Bagnols-sur-Cèze

  • L'Implorante (bronze)

Au Musée Dubois-Boucher de Nogent-sur-Seine (Aube)

cat Au Musée d'art de Toulon (Var)

  • Mon frère en jeune romain (bronze)

À La Piscine, Musée d'Art et d'Industrie, Roubaix (Nord)

  • La petite Châtelaine, buste de marbre, 1896

Au Palais des beaux-arts, Lille

  • Louise Claudel, buste en terre cuite, 45 × 22 × 25 cm, 1885
  • Giganti, tête en bronze, 32 × 26 × 27 cm, 1885

Au Musée d'Orsay, Paris

Au Musée Sainte-Croix de Poitiers (Vienne)

  • Niobide blessée, bronze
  • Jeune femme aux yeux clos, buste en terre cuite

Notes et références

  1. Valeurs actuelles Nogent capitale de la sculpture. 19 mai 2011
  2. Chronologie de Camille Claudel
  3. Album Claudel par Guy Goffette, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 2011, (ISBN 978-2-07-012375-9), p.40 et 53-54.
  4. Odile Ayral-Clause, Camille Claudel, sa vie, Hazan, 2008, p. 202-203.
  5. a, b, c et d Jacques Cassar, Dossier Camille Claudel, Maisonneuve & Larose, 2003 (ISBN 2706817046) . Aperçu limité sur Google Books.
  6. a, b et c Jean-Paul Morel, Camille Claudel : une mise au tombeau, Les Impressions nouvelles, 2009 (ISBN 978-2-87449-074-3) 
  7. Hélène Pinet et Reine-Marie Paris, Camille Claudel, Le Génie est comme un miroir, 2003, Gallimard, p. 14.
  8. Max Lafont, « L'Extermination douce », Bord de l'eau, 2000, p. 13 et p. 112
  9. Joseph Boly, Marie-Claire Bolly et François Claudel, « Camille Claudel: Lettres de l'asile », in Silke Schauder, « Camille Claudel: de la vie à l'œuvre : regards croisés : actes du colloque », L'Harmattan, 2008, p.239
  10. Selon sa biographie sur le Site du musée Rodin
  11. Renée-Marie Paris, Camille Claudel, Les Éditions du Musée Marmottan Monet, Paris, 2005, catalogue p. 75 à 83.
  12. L’âge mûr sur le site officiel du Musée Rodin.
  13. Les Causeuses de Camille Claudel sur le site officiel du Musée Rodin.
  14. Clotho de Camille Claudel sur le site officiel du Musée Rodin.
  15. http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/la-vague-ou-les-baigneuses La Vague] de Camille Claudel sur le site officiel du Musée Rodin.
  16. Vertumne et Pomone sur le site officiel du Musée Rodin.

Voir aussi

Bibliographie

  • Anne Delbée, Une femme, Paris, Presses de la Renaissance, 1982.
  • Jacques Cassar, Dossier Camille Claudel, (lettres, documents, articles de presse parus à son époque), Paris, Librairie Séguier/Archimbaud, 1987.
  • Hélène Pinet et Reine-Marie Paris, Camille Claudel, le génie est comme un miroir, Paris, Gallimard, 2003.
  • Antoinette Lenormand-Romain, Camille Claudel et Rodin: la rencontre de deux destins, Paris, Hazan, 2005.
  • Dominique Bona, Camille et Paul : la passion Claudel, Paris, Grasset, 2006 (ISBN 2246706610).
  • Paola Ferrantelli, Camille Claudel (L'idolo eterno), (pièce de théâtre italienne), Irradiazioni, 2007.
  • Claude Pérez, L'Ombre double, Montpellier, Fata Morgana, 2007.
  • Odile Ayral-Clause, Camille Claudel: sa vie, Paris, Hazan, 2008.
  • Anne Rivière et Bruno Gaudichon, Camille Claudel: correspondance, Paris, Gallimard, 2008.
  • Pablo Jimenez Burillo et coll., Camille Claudel 1864-1943, Paris, Gallimard, 2008.
  • Florence de la Guérivière, La main de Rodin, (roman), Paris, Séguier, 2009.

Filmographie

  • Camille Claudel (1988) a été tourné sous la direction de Bruno Nuytten à partir du livre de Reine-Marie Paris. Isabelle Adjani incarne l'artiste.
  • Camille (2011), court-métrage espagnol inspiré de la vie de Camille Claudel. Réalisé par Carme Puche et Jaime García. Mercè Montalà interprète le rôle titre (site officiel).

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