Béatrice de Nazareth


Béatrice de Nazareth
Beatrijs van Nazareth
Le commencement de « Van Seven manieren van heileger minnen » de Béatrice de Nazareth, La Haye, Bibliothèque royale, manuscrit 70 E 5, f. 190v
Le commencement de « Van Seven manieren van heileger minnen » de Béatrice de Nazareth, La Haye, Bibliothèque royale, manuscrit 70 E 5, f. 190v

Activités Prieure
Prosateur
Naissance 1200
Tirlemont
ducs de Brabant Duché de Brabant
Saint-Empire romain germanique (962 — 1806) Saint-Empire romain germanique
Décès 29 août 1268
Nazareth, près de Lierre
ducs de Brabant Duché de Brabant
Saint-Empire romain germanique (962 — 1806) Saint-Empire romain germanique
Langue d'écriture Moyen néerlandais
Latin
Mouvement Mysticisme
Genres Autobiographie
Sermon

Beatrijs van Nazareth (en français : Béatrice de Nazareth), née en 1200 à Tirlemont, décédée à l'abbaye Notre-Dame de Nazareth, près de Lierre, le 29 août 1268, est une moniale cistercienne, mystique et auteur spirituel des Pays-Bas méridionaux, qui écrivit en langue moyen-néerlandaise.

Sommaire

Biographie

Dès son jeune âge douée pour la religion, la plus jeune des six enfants d'un père pieux issu de la basse classe moyenne[1], bourgeoise de Tirlemont, Barthélemy, eut toutes les opportunités de développer ses talents[2]. Sa mère, Gertrude, l'enseigna les rudiments de l'apprentissage. Ayant perdu sa mère à l'âge de sept ans, Béatrice fut envoyée à Léau par son père pour y recevoir une formation. Pendant l'année qu'elle séjourna dans cette ville, elle fut pensionnaire dans une maison de béguine[3],[1]. Après cette année, elle fut rappelée à la maison, la décision ayant été prise de l'envoyer chez les religieuses du monastère cistercien de Bloemendaal (Florival) avec l'intention de la faire rejoindre l'ordre. Le père de Béatrice était l'administrateur (dispensator generalis) des biens temporels (temporalia bona) du monastère[1]. Après une formation de choix[4] comprenant les arts libéraux et le latin[5], quoique accompagnée de préférences idiosyncrasiques pour des excès ascétiques tels que la flagellation[6], elle prit l'habit de novice des cisterciennes du monastère de Bloemendaal à Archennes en 1215[2]. Après un an de noviciat, elle prononça ses vœux et devint nonne le 16 avril 1216[7].

À l'âge de seize ans, Béatrice est envoyée au monastère de Rameia (La Ramée) par l'abbesse de Bloemendaal, apparemment, avec le but d'y acquérir les compétences d'un scribe, après quoi Béatrice retourna à Bloemendaal, pour y être affectée au scriptorium du monastère comme copiste durant les six années à venir. Le père de Béatrice, ainsi que deux de ses sœurs, Christina et Sybilla, et un de ses frères, Wickbert, vinrent vivre à Bloemendaal. Bartholomé devint un frère lai et continua à servir le monastère comme dispensator[7].

En 1223, le monastère de Bloemendaal trouva les moyens de fonder une filiale[7] à Maagdendaal, à Oplinter[8], près de Tirlemont. En compagnie de ses deux sœurs et de quelques autres moniales, Béatrice initia la vie communautaire de ce second monastère, fondé, selon la Vita Beatricis (Vie de Béatrice), par son père. Là aussi, elle servit de scribe. Le père de Béatrice, qui dût avoir été dans la cinquantaine et exerça apparemment toujours la fonction de dispensator de Bloemendaal, occupera le même poste à Maagdendaal. Toujours à Maagdendaal, Béatrice reçut la « consécration de vierge » avec un groupe d'autres virgines (vierges) par les évêques de Liège en 1225. Dix ans plus tard les abbés de Maagdendaal donnèrent l'autorisation de fonder une nouvelle communauté religieuse à Nazareth près de Lierre, qui devint l'abbaye Notre-Dame[8]. Béatrice y déménagea avec son père et ses sœurs monastiques, ainsi qu'avec plusieurs de ses frères et sœurs[7]. Béatrice, de nouveau faisant partie du groupe fondateur[9], y remplit à partir du moi de mai de 1236 la fonction de prieure[8].

À la vie mystique, Béatrice avait été initiée par Ida de Nivelles (1197-1231), qui, à son tour, avait été formée par une Hadewijch de Nivelles, décédée en 1214[10]. Malgré son jeune âge (elle avait un an de moins que Béatrice), ses expériences mystiques lui avaient déjà fait gagner beaucoup d'admiration locale[11]. À Ida, l'essence du Père dans le Fils a été révélée dans une expérience extatique qui l'avait fait goûter et sentir la Trinité chrétienne[12]. De son accomplissement d'une relation personnelle avec Dieu, Béatrice fut tellement surprise qu'elle lui demanda d'intercéder pour elle pour qu'elle puisse aussi, à son tour, obtenir une telle relation. Ida devint alors la mère spirituelle de Béatrice, et elle lui apprit comment commencer à dépasser le cercle étroit de contrôle obsessionnel et de mortification physique[11].

Dans la langue vernaculaire, le moyen néerlandais[5], Béatrice écrivit des notes mystiques et autobiographiques, depuis perdues dans leur apparence d'origine ; ses traces se retrouvent, cependant, dans l'adaptation latine de son autobiographie[8], Vita Beatricis[5], et dans Van seven manieren van heiligher minnen (Les sept degrés du saint amour)[8]. Ces écrits dans la langue vernaculaire, destinés à un cercle de femmes partageant les mêmes idées, ont l'intention d'apporter une orientation pédagogique et spirituelle aux sœurs qui ne maîtrisent pas le latin. Contrastant avec Hadewijch dite d'Anvers, Béatrice, comme cistercienne, choisit un mode de vie religieuse traditionnel au sein de l'Église officielle, émettant ses idées mystiques de l'intérieur des structures acceptées du christianisme[5].

Œuvre

Vita Beatricis

Béatrice eut l'habitude de consigner par écrit ses expériences spirituelles et mystiques, parmi lesquelles les visions tiennent une large place. Lorsqu'il écrivit sur elle, son mentor spirituel[10], sans doute le futur abbé de Saint-Trond et moine à Affligem (à qui une main tardive a attribué - dans le manuscrit même -[13] la plus ancienne copie conservée de cet ouvrage), employant des notes faites par Béatrice même, ainsi qu'un certain nombre d'autres sources[10], compilait une « autobiographie » en un latin assez artificiel, tout en résumant plusieurs écrits d'elle[10]. La Vita Beatricis (Vie de Béatrice) en fournit la preuve qu'elle eut acquis beaucoup de connaissance sur des sujets théologiques[5].

Il a été suggéré que son journal pourrait avoir été détruite par l'abbesse et le chapelain biographe pour des raisons de protection, car elle plongea dans les mystères trinitaires avec une profondeur considérée comme peu convenable pour des femmes religieuses[14].

Béatrice eut écrit une vita sur son père. L'aumônier employa cette biographie comme introduction à la vie de sa fille. La Vita Beatricis, comprenant de ce fait deux vitae, une brève Vita venerabilis Bartholomi et une longue Vita Beatricis[15].

Les sept degrés du saint amour

Cet ouvrage existe aussi sous l'aspect d'une traduction partielle en latin et sensiblement remaniée par le chapelain et hagiographe qui l'a intégré dans sa version latine de l'autobiographie, devenue hagiographie, de Béatrice, la Vita Beatricis. Comme Minne avait été écrit bien après 1236, alors que le journal intime autobiographique ne fut plus tenu à partir de cette époque, et que le mysticisme de Béatrice avait atteint son apogée, il est généralement admis que les efforts visant à intégrer des parties de cette œuvre mystique dans la Vita représentent plutôt l'œuvre de l'aumônier même[15].

Van seven manieren van heiligher minnen, qui date d'environ 1235[4], est un traité en langue moyen-néerlandaise sur l'ascendance mystique en sept étapes[8]. Son texte est transmis par un recueil de sermons de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle[16], connu dans la littérature comme les sermons de Limbourg[4], les premiers conservés en langue moyen-néerlandaise. La structure et la matière de ce traité de mystique, témoignent de la formation de son auteur, prouvant que Béatrice eut étudié plusieurs ouvrages sur la Trinité[5].

La minne, consistant de sept aspects[17], est son amour de Dieu qui se manifeste en elle comme un désir ou un sentiment, dans lequel l'amour de Dieu opère. Cette expérience résulte dans une réponse dynamique, qui, elle, se heurte à la limitation humaine et l'absence réelle de Dieu. Cette pénurie et cette perte sont acceptées et explicitées comme caractéristiques authentiques de l'amour de Dieu. Le cœur (herte) est le centre actif et réceptif de cet événement[18].

Laissant de côté les degrés de progrès où le service de Dieu est plutôt mu par la crainte que par l'amour, Béatrice part de celui où l'âme est mue par l'amour véritable.

  1. Premier degré : L'âme se purifie et retrouve sa liberté et noblesse spirituelle, à l'image de Dieu, telle qu'elle fut créée.
  2. Deuxième degré : L'âme veut servir l’amour sans désir de récompense, dans la seule joie de servir Dieu.
  3. Troisième degré : Ce désir de faire toujours plus devient une torture. L'âme cherche à agir dans la mesure de l'amour infini, ce qui est impossible, d'où cette « torture » spirituelle.
  4. Quatrième degré : Dieu délivre de cette torture, dans la joie de l'amour mystique infus. L'âme vaincue par l'amour fait une première expérience passive de Dieu.
  5. Cinquième degré : Cette première joie est interrompue de par la faiblesse du corps et d'autres éléments extrinsèques à la vie intérieure.
  6. Sixième degré : L'amour divin triomphant se rend maître de l'âme. Travail et repos dans la paix. L'amour est en elle : l'âme ne craint plus rien ni personne.
  7. Septième degré : Passage de l'âme dans l'amour éternel. Désir d'être délivré du corps de chair et d'être toujours avec l'amour, car l'âme ne peut plus aimer que Dieu[19]

Cet hymne à l'amour se termine sur les resplendissantes perspectives de l’éternelle béatitude.

Cette conception de l'amour est étroitement liée à la conception, jadis, nouvelle de l'« amor » dans la spiritualité du nord de la France du XIIe siècle[17]. L'assimilation de ces aspects de l'« amor » dans la conception de la minne, ou amour, a eu lieu au sein du mouvement extatique de femmes au XIIIe siècle dans les anciens Pays-Bas. Il n'est pas certain que Béatrice ait introduit de nouveaux thèmes dans sa prose ; de toute vraisemblance, le climat général a été à l'origine de la manière spécifique dont Béatrice a vécu la conception de l'« amor » du XIIe siècle, en particulier pour ce qui concerne quelques accents personnels émanant de sa propre expérience[20].

Lien externe

Sources

Références

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