Bullying


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Le bullying est un néologisme anglo-saxon forgé à partir du substantif bully (« voyou »), et qui désigne « une violence à long terme, physique ou psychologique, perpétrée par un ou plusieurs agresseurs (bully) à l'encontre d'une victime (bullied) dans une relation de domination[1]». Il est caractérisé par l'usage répétés, non seulement de la violence physique, mais également des moqueries et autres humiliations, est avant tout utilisé pour décrire des comportements de harcèlement en milieu scolaire[2].

Le terme « bullying » est parfois traduit en français par « harcèlement scolaire », ou encore « harcèlement et brimades »[3]. Les Canadiens francophones utilisent quant à eux fréquemment le mot « intimidation », pour décrire les mêmes phénomènes. Le harcèlement au travail, qui présente des caractéristiques proches, sinon similaires au bullying, est plus couramment désigné sous le nom de mobbing.

Le cyberbullying est une variante récente reposant sur l'usage d'internet et des nouvelles technologies de communication.

Sommaire

Le « School bullying »

Définition du bullying

Le concept de « bullying » a été forgé au début des années 70 par le psychologue Dan Olweus à l'occasion d'études réalisées dans des établissement scolaires scandinaves, à l'issue desquelles il a établi trois caractères permettant de définir le bullying :

  1. Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire[4].
  2. Les agressions sont répétées et s'inscrivent dans la durée.
  3. La relation entre l'agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique[5]

Ce dernier point exclut donc les conflits (bagarres et disputes) entre élèves : pour qu'il y ait bullying, il faut que la victime ne soit pas, ou ne se considère pas comme étant en situation de se défendre : la pratique du bullying est inséparable de la mise en place d'une situation de domination [6].

Formes prises par le bullying

Si la violence physique constitue bien l'une des formes prises par le bullying, celui-ci ne saurait se restreindre à ce type de passage à l'acte. Dans la définition qu'il en donne, Dan Olweus indique que doivent être considérées comme des formes de bullying, au même titre que les menaces physiques : les moqueries, l'ostracisation, ou encore la propagation de fausses rumeurs à l'encontre de la victime, si tant est que celles-ci visent à la faire rejeter par les autres[7].

Les formes traditionnelles de harcèlement comme les insultes, le racket, les jeux dangereux (le jeu du taureau, la gard'av, le jeu de la couleur, jeu du foulard...) tendent à céder la place à des pratiques comme le Happy slapping ou le cyberbullying, abordé plus bas.

Profils d'agresseurs, d'agressés et d'agressés-agresseurs

Les profils d'« intimidateurs » (bully) et de victimes (bullied) seraient suffisamment différenciés pour ne pas être interchangeables : « les intimidateurs ne sont pas des victimes à d'autres moments, et [...] les victimes n'ont pas tendance à manifester de comportements d'intimidation envers les autres », notent les auteurs du rapport sur le bullying chez les écoliers canadiens[8]. D'autres études semblent pourtant indiquer qu'il existe un nombre important de victimes/agresseurs : entre 20% et 46% des victimes de bullying reproduiraient ces mêmes types d'agressions qu'ils ont (eu) à subir[9].

  • Profil du harceleur : L'agresseur éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un "dur" aux yeux des autres enfants. Il est en général impulsif, voire hyperactif. Il est souvent plus fort et plus grand que la moyenne, mais obtient des résultats scolaires relativement faibles. Sans avoir de problème d'estime de soi, il présente des troubles d'anxiété marqués[10]. On peut également signaler une tendance à se sentir "provoqué", une faible culpabilisation et peu d'empathie. Dan Olweus a également mis en évidence le fait que ces enfants sont souvent issus de milieux défavorisés ou de familles violentes, instables ou autoritaires. Le manque d'affection et un modèle parental valorisant l'agressivité seraient donc également des facteurs favorisants. Le bullying est parfois le fait d'un groupe d'élèves. Ce groupe, outre un ou des leaders dont le profil vient d'être décrit, comporte des agresseurs passifs[11] qui sont avant tout entraînés par l'effet de groupe peuvent présenter un profil de personnalité dépendante et manquer d'assurance. Le harceleur est le plus souvent un garçon, notamment pour les violences physiques et le racket. Les filles ont plus souvent une participation indirecte (agresseur passif décrit ci-avant) et qui repose sur la propagation de rumeurs, les insultes ou l'ostracisme.
  • Profil du harcelé : la victime est souvent choisie en fonction d'un handicap, d'une différence physique (origine, couleur de peau, surpoids) ou autre (homosexualité réelle ou attribuée), tout critère de difference sociale (Plus riche, plus pauvre, profession des parents). Les harcelés peuvent également cumuler ces handicaps. Isolés socialement, ayant moins d'amis pour les défendre ces enfants sont des victimes plus faciles. De la sorte une étude[12] au Royaume Uni a montré que 25% des adolescents issus de minorités ethniques étaient victimes de harcèlement scolaires contre 12 à 13% pour la moyenne de l'échantillon. Dans les établissements scolaires difficiles, les bons élèves peuvent aussi être harcelés pour cette raison. Le profil-type par ailleurs est caractérisé par la timidité, l'anxiété ou la soumission[11].

Conséquences du bullying

La liste des effets possibles du harcèlement sur la victime est longue :

Outre les effets à court terme, le harcèlement scolaire peut avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social de l'enfant et de l'adolescent : sentiment de honte, perte d'estime de soi, difficulté à aller vers les autres avec le développement de conduites d'évitement..

Selon une enquête anglaise[14], 61% des victimes de bullying auraient des idées suicidaires.

Étendue du problème

À l'issue des études réalisées en Scandinavie, Dan Olweus est parvenu aux résultats suivants :

« 

... environ 15 % des élèves des écoles primaires et secondaires de premier cycle de Scandinavie (âgés à peu près de 7 à 16 ans) sont impliqués assez régulièrement dans des problèmes de brimades, soit comme tyrans, soit comme victimes, ou les deux. Environ 9 % sont des victimes et 7 % persécutent d’autres élèves de façon périodique. Une proportion relativement faible de victimes (15 à 20 %) brutalisent elles-mêmes d’autres enfants[15].

 »

Ces chiffres sont sans doute en-dessous de la réalité, beaucoup d'enfants n'osant pas avouer qu'ils sont victimes de brimades et de harcèlements de la part de leurs camarades : une étude réalisée en Irlande en 1997 a ainsi établi que « 65% des victimes dans les écoles primaires et 84% des victimes dans les écoles secondaires n'avaient pas avoué à leurs professeurs qu'ils étaient persécutés[16]. »

Les problèmes de bullying ont été étudiés dans la plupart des pays industrialisés, depuis l'Angleterre jusqu'au Japon, en passant par l'Australie ou le Canada[17].

Lutter contre le harcèlement scolaire

Le problème majeur vient de la difficulté des victimes à extérioriser leur souffrance (honte, culpabilité, peur de représailles ...). Dans une étude de 2004, une victime sur 4 déclare n'avoir parlé à personne de sa situation, 40% a aucun adulte[18]

Lutter contre le bullying demande avant tout de sensibiliser les élèves et le personnel scolaire afin de permettre de parler du phénomène. Aussi ce phénomène ne peut souvent exister que parce que les autres élèves et les enseignants assistent au harcèlement sans réagir ou en le minimisant. Les programmes de prévention doivent avant tout inciter l'entourage à se confronter au problème au lieu de l'ignorer. par exemple, un jeu 3D mis au point par des chercheurs et intitulé "n'aie pas peur"[19] met les enfants en situation de protecteurs d'une victime de bullying et permet d'apprendre la conduite à tenir, notamment à faire la différence entre délation et non-assistance à personne en danger.

Par ailleurs, au niveau des établissements scolaires, il est nécessaire que l'établissement se positionne sur le problème en mettant en place une politique claire de prévention et de sanctions. En effet, les études mettent fréquemment en évidence une tendance des adultes de référence de l'enfant (enseignants, personnels de direction, parents..) à "fermer les yeux" sur le problème. Tandis que la France est extrêmement en retard sur le sujet (à l'exception d'un rapport de 2007) intitulé "Les « jeux » dangereux et les pratiques violentes"[11] d'autres pays sont plus avancés (National Anti-Bullying Day en Grande Bretagne).

Le cyberbullying

Le cyberbullying, est une nouvelle forme de harcèlement dont la particularité est qu'elle se fait par Internet ou en utilisant les nouvelles technologies d'information et de communication notamment par mail, sur des forums, des chats ou des messageries instantanées, ou sur les réseaux sociaux en ligne et blogs, mais également par téléphone mobile via des appels ou des SMS.

Il se distingue du harcèlement scolaire par les critères suivants :

  1. Il n’est pas cantonné à la cours de recréation ou aux moments où l’enfant est à l’école
  2. Il fait appel à des connaissances techniques des technologies en ligne, dans ce sens c'est une arme utilisable par ceux qui ne peuvent physiquement ou socialement pratiquer le bullying.
  3. Il est la plupart du temps anonyme : la victime ignore l’auteur des méfaits.

Voir aussi

Liens externes

« School bullying »

Autres champs

Notes

  1. Catherine Blaya, « School bullying : un type de victimisation en milieu scolaire »
  2. Catherine Blaya, art. cit.
  3. cf. le site et brimades entre élèves.
  4. Ce critère a toutefois été contesté, les enfants n'ayant pas nécessairement la même perception de l'intentionnalité que les adultes (cf. « Defining Violence: Towards A Pupil Based Definition », sur le site N.O.V.A.S. R.E.S.)
  5. [pdf] Wendy M. Craig, Ray DeV. Peters et Roman Konarski, L'intimidation et la victimisation chez les enfants d'âge scolaire au Canada (1998) (Introduction)
  6. Cf. Catherine Blaya, art. cit.
  7. Cf. « Defining Violence: Towards A Pupil Based Definition »
  8. Craig, Peters, Konarski, op. cit., introduction.
  9. Cf. Catherine Blaya, art. cit. « Il n'est cependant pas précisé si la victimisation est simultanée à l'agression ou si elle concerne des moments distincts de la vie des jeunes concernés. » (ibid.)
  10. Motto Florence 08 "Les brimades entre élèves", Sciences Humaines, n° 190, février 2008, p 23
  11. a , b  et c ÉduSCOL - Prévention de la violence/Les « jeux » dangereux et les pratiques violentes
  12. Adrienne Katz, Ann Buchanan, Victoria Bream, 2001, "Bullying in Britain" éd. Young Voice
  13. Motto Florence 08 "Les brimades entre élèves", Sciences Humaines, n° 190, février 2008, p 24
  14. Young Voice, 200 cité in Motto Florence 08 "Les brimades entre élèves", Sciences Humaines, n° 190, février 2008, p 24
  15. Dan Olweus, « Les brimades à l’école : s’attaquer au problème ». Les études ont porté sur un panel de 150 000 élèves (ibid.)
  16. Mona O'Moore, « Questions cruciales à aborder dans la formation des enseignants pour contrer les agressions et les persécutions. »
  17. cf. Craig, Peters, Konarski, op. cit., introduction. Concernant le « school bullying » au Japon, cf. Mariko Sanchanta, « Tragedy of school suicides shifts focus to Japan's education system », Financial Times, 30 novembre 2006 [1]
  18. James D. UNNEVER, CORNELLDewey G. 2004 "Middle school victims of bullying: Who reports being bullied?", Aggressive Behavior, Volume 30, Issue 5, pp 373-388
  19. cité cité in Motto Florence 08 "Les brimades entre élèves", Sciences Humaines, n° 190, février 2008, p 25
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