Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa


Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa
Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa
Image illustrative de l'article Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa
Artiste Antoine-Jean Gros
Année 1804
Technique huile sur toile
Dimensions (H × L) 532 cm × 720 cm
Localisation musée du Louvre

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa est un tableau d'Antoine-Jean Gros datant de 1804, commandé par Napoléon pour représenter un épisode de la campagne d'Égypte.

Sommaire

Contexte de la création de l'œuvre

Ce tableau a été réalisé en 1804, et exposé pour la première fois le 18 septembre au Salon de Paris. Cette toile est donc rendue publique entre la proclamation de Napoléon comme empereur (18 mai 1804) et son sacre à Notre-Dame-de-Paris (2 décembre 1804). C'est Dominique Vivant Denon, qui a participé à l'expédition de Bonaparte en Égypte, et qui est devenu directeur du musée du Louvre, qui guide le travail de Gros. Le tableau représente Napoléon pendant une scène frappante qui a eu lieu à Jaffa, en 1799, pendant laquelle il tente de remonter le moral de ses troupes (et peut-être aussi de tester sa propre destinée) en approchant et en touchant les malades d'une épidémie de peste qui sévit dans l'armée française.

Antoine Gros a réalisé une esquisse de ce tableau vers 1802, intitulée Bonaparte, général en chef de l'Armée d'Orient, touche une tumeur pestilentielle, en visitant les pestiférés dans l'hôpital de Jaffa, actuellement conservée au musée Condé à Chantilly[1].

La composition du tableau

Ce tableau reprend des éléments de la composition du Serment des Horaces de Jacques Louis David de 1784, conservé au Louvre. On peut remarquer trois arcades comme pour le Serment des Horaces qui définissait trois mondes avec à gauche les fils prêtant serment, puis au centre le père brandissant les épées et à droite les femmes abattues par la tristesse ; ce tableau reprend le même principe.

Le décor est une mosquée, dont on voit la cour et un minaret au second plan. L'arrière-plan est occupé par les murailles de Jaffa, dont une tour présente une brèche, tandis qu'un drapeau français démesuré flotte au-dessus. La fumée d'un incendie, ou bien la fumée démesurée elle aussi d'un coup de canon, domine la ville.

A gauche, dominé par un arc outrepassé typique de l'architecture arabe, un homme richement habillé à la manière orientale distribue du pain, aidé par un serviteur qui porte un panier. Derrière eux, deux noirs en livrée portent un brancard sur lequel se trouve probablement un cadavre. L'arcade bicolore ouvre sur une galerie pleine de malades.

A droite, sous deux arcades, cette fois-ci en arc brisé, Napoléon, accompagné de quelques officiers, touche le bubon qu'un pestiféré lui montre à son aisselle. Au premier plan, un médecin arabe donne des soins à un autre malade, tandis qu'un homme touché par l'ophtalmie tente de s'approcher du général. Le bas du tableau est occupé par des hommes prostrés ou étendus. La lumière du tableau et le jeu des couleurs mettent en valeur le geste de Napoléon Bonaparte.

Analyse de la scène

La prise de Jaffa, le 7 mars 1799, et sa violente mise à sac par l'armée française, sont rapidement suivies par l'aggravation d'une épidémie de peste bubonique, identifiée dès janvier 1799, qui va décimer l'armée commandée par Napoléon Bonaparte. Le 11 mars, Bonaparte rend une visite spectaculaire aux malades, et les touche, ce qui est considéré comme magnifique ou suicidaire selon que l'on se place du point de vue de la légende napoléonienne ou de celui des frayeurs que suscite à l'époque la peste.

Le malade aux yeux bandés qui se trouve sur la droite souffre d'ophtalmie en plus de la peste. Depuis leur arrivée en Égypte en juillet 1798, les Français sont nombreux à être touchés par des troubles graves aux yeux dus au sable, à la poussière et à la lumière du soleil.

En 1804, il n'est pas question de représenter qui que ce soit osant empêcher Bonaparte de faire quoi que ce soit, mais un soldat esquisse le geste d'arrêter la main dégantée qui va toucher le bubon d'un malade. Les mécanismes de la contagion de la peste bubonique sont encore inconnus au début du XIXe siècle, et l'on ignore le rôle des puces dans la transmission jusqu'à sa mise en évidence par Paul-Louis Simond en 1898. Toucher à main nue un bubon n'est pas particulièrement risqué, tous les autres acteurs de la scène courent, nous le savons maintenant, le même risque, celui qu'une puce passe sur eux depuis un malade. L'officier qui protège sa bouche et son nez n'a cependant pas une attitude totalement infondée : certains cas de peste bubonique peuvent évoluer en peste pulmonaire, avec un risque très élevé de contagion par les aérosols émis par la toux des malades.

Le geste médical est un peu plus à droite du tableau, il est inchangé depuis au moins le Moyen Âge : c'est l'incision des bubons opérée par le vieux médecin, pour s'en faire écouler le pus, ce qui est inefficace en termes de traitement, et affaiblit le malade. Le médecin essuie la lame qui va servir à inciser. L'assistant du médecin soutient et bloque le malade pendant l'opération.

Au moment où Napoléon Bonaparte devient empereur, cet épisode évoque la tradition de guérison thaumaturgique des écrouelles par les rois de France, qui recevaient et touchaient des scrofuleux afin de les guérir.

La réalité semble assez loin de cette image mythique : le 23 avril 1799, pendant le siège de Saint-Jean-d'Acre, Bonaparte suggère à Desgenettes, médecin en chef de l'expédition, d'administrer de l'opium aux malades, c'est-à-dire de les euthanasier. Desgenettes refuse. Le 27 mai de la même année, Bonaparte rend une deuxième visite aux pestiférés de Jaffa.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Lien externe

Références


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