Urbanisme à Reims


Urbanisme à Reims

L'histoire urbaine des villes est souvent parcellaire et reste la plupart du temps à écrire. Celle de la ville de Reims n'échappe pas à la règle. Cependant depuis trente ans, les recherches en la matière existe notamment grâce au RHa (Reims Histoire archéologie) qui met à la disposition des historiens comme des urbanistes et aussi de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette ville ces recherches comme ses travaux. L'histoire urbaine de Reims remonte probablement à quelques siècles avant notre ère et il reste de cette agglomération gauloise la trace de deux fossés qui témoignent de l'ampleur de la ville avant même la conquête romaine. Le site initial n'apparaît plus guère et l'on a même du mal à imaginer cette petite colline sur la rive nord de la Vesle, un peu en retrait des marais dans la vallée peu profonde de la rivière.

La ville actuelle malgré les transformations successives garde encore les traces de la ville romaine deux axes qui la structurent de manière forte. La vile va connaître au gré des vicissitudes de l'histoire des phases d'expansion et de récession que l'on peut lire encore à travers l'analyse typo-morphologique de l'espace urbain[1]. Ce sont ces grandes étapes de l'évolution urbaine que nous voulons mettre à la disposition de ceux qui cherchent à connaître et comprendre l'histoire de cette ville de façon aussi synthétique que possible. Toutefois, l'urbanisme d'une ville n'est pas séparable de son contexte économique, social, culturel, religieux et politique auquel il convient de se reporter, du moins dans les grandes lignes. L'ambition de cet article, en l'absence d'ouvrage spécifiquement dédié à l'histoire urbaine de Reims, n'est autre que d'offrir une trame de l'évolution urbaine de la ville depuis sa fondation par les Gaulois et aussi des conditions et des conséquences de son développement notamment économique. Une telle démarche est nécessairement caricaturale et oblige à ne retenir que les éléments marquants en simplifiant hélas les analyses.

Cette trame de l'histoire urbaine de Reims est ici seulement esquissée à partir des travaux notamment du RHa et aussi ceux de François-Xavier Tassel dans sa thèse de doctorat sur la Reconstruction de Reims après la guerre 14-18[2]. Pour la période contemporaine, l'Agence d'urbanisme de Reims travaille à la publication d'une frise qui permettra aussi de mieux appréhender l'histoire urbaine de la ville contemporaine. Cette histoire urbaine de Reims montre combien la ville d'aujourd'hui est le résultat pour une large part d'interventions délibérées des pouvoirs en place au fil des siècles. À la lumière de l'histoire de l'urbanisme de Reims, nous pouvons constater combien cette ville est à la fois représentative de l'ensemble de la production de la ville en France, mais aussi combien elle servit de champ d'expérimentation national à partir de la fin du XIXe siècle.


Sommaire

Reims, ville gallo-romaine

L'arc de triomphe de la porte de Mars était l'une des quatre entrées de la ville.

Reims garde de son passé gallo-romain deux axes majeurs, le cardo et le decumanus majores qui structurent encore aujourd'hui la ville : la rue de Vesle et l'avenue Jean Jaurès d'une part et d'autre part la rue de l'Université, la rue Anatole-France et la rue Colbert. Ces deux axes se croisent Place Royale. Reims (Durocorter en celtique) était ville ouverte, les Rèmes ne s'étant pas opposés à l'envahisseur romain lors de la Guerre des Gaules. La cité gauloise devait sans doute occuper une petite hauteur qui dominait un marécage où la Vesle coulait en contrebas. Cette cité présumée, dont nous ne savons que peu de choses, se trouvait sans doute au moins six mètres au-dessus du niveau actuel du centre-ville. Le nom de Clairmarais évoque encore le lit où s'étale jusqu'au XIXe siècle cette rivière indolente. Cette ville primitive aurait vue le jour entre 450 et 200 avant J.-C. (époque de La Tène I et II)[3]. Sans doute était-elle entourée de deux fossés ou enceintes concentriques et couvrait déjà quelque 500 hectares.

Les vestiges de la porte Bazée, aujourd'hui située rue de l'Université.

C'est au Ier siècle que Durocortorum succéda à l'ancienne agglomération gauloise, comme en témoignent quelques nécropoles. La ville gallo-romaine était vaste pour l'époque, elle est la capitale de la gaule belge et une des plus vaste ville au nord et à l'ouest de Rome ; ses limites étaient marquées par quatre porte monumentale dont la porte de Mars[4] dédiée au dieu de la guerre et orientée vers la Belgique qui restait à conquérir et à pacifier. Il ne subsiste des trois autres portes que les vestiges de la porte Bazée, rue de l'Université au niveau du lycée. La porte Cérès se trouvait à l'emplacement de la place Artistide-Briand, comme nous le rappelle la toponymie des lieux et à l'opposé, la porte de Vénus, rue de Vesle. C'est l'architecte Ernest Kalas qui le premier établit un plan de la ville gallo-romaine à partir des vestiges et des fouilles retrouvées dans les années 1920[N 1]. Ses travaux ne furent publiés que tardivement par Maurice Hollande dans Essai sur la topographie de Reims en 1976[5].

Une autre façon de mesurer l'ampleur de la ville gallo-romaine est de considérer les voies qui partent en diagonale des portes, véritables arcs de triomphe à la gloire de l'envahisseur-colonisateur. De la porte de Cérès partaient les voies pour Trèves (avenue de Laon), pour Metz (rue de Cernay) et pour Cologne (rue Camille-Lenoir puis rue de Bétheny). Au-delà de cette porte se trouvait un quartier d'artisans qui travaillaient notamment les os (rue Raymond-Guyot). D'autres quartiers d'artisans se situaient hors de la ville ou en périphérie immédiate (rue Simon, rue Gosset...). De la porte de Mars partaient les voies vers Thérouanne (avenue de Laon), vers Bavay (route de la Neuvilette) et vers Boulogne (rue Jean-Jacques-Rousseau). De la porte de Vénus partait une seule voie du fait de la nécessité de traverser le marais et la Vesle et qui se dirige, elle, vers Paris. De la porte Bazée ou porte de Bacchus, une voie se dirigeait vers Rome (rue de l'Université et rue du Barbâtre) et une autre vers Toul. Ces axes formaient avec le cardo et le decumanus majores des angles de 30°, 60° et 90° traduisant là une volonté forte d'organiser l'espace. Les traces en sont encore visibles de nos jours. Les cimetières étaient eux à l'extérieur, de part et d'autre des voies entrant en ville[6].

Le cryptoportique construit à la fin du IIe siècle.

Les autres voies de la ville gallo-romaine étaient, selon le modèle-type romain, parallèles et perpendiculaires au cardo et au decumanos majores[7]. À la fin du IIe siècle, la ville va se développer en bénéficiant de la Paix romaine qui s'était progressivement instaurée et aussi du négoce et des échanges qui s'ensuivirent. C'est à cette époque que furent construites les quatre portes déjà évoquées et surtout que fut réalisé un énorme ensemble couvert, le cryptoportique. Aujourd'hui place du Forum, c'était un bâtiment en U surélevé de 100 mètres de long avec deux retours de 50 mètres de long chacun ; c'était le centre commercial de la cité. Un marché devait se trouver non-loin de là (peut-être rue du Marc). La ville s'embellit avec un amphithéâtre et un stade (rue Gosset), un cirque (rue du Mont d'Arène), des thermes, des temples et de riches villas comme en témoignent les mosaïques retrouvées. La ville était dotée d'un système d'alimentation en eau, d'évacuation des eaux usées et aussi de dépôts pour les déchets. Un aqueduc amenait l'eau potable de la Suippe.

Dans ses origines gallo-romaines, la ville de Reims ne diffère pas d'un grand nombre de cités en France ; il suffit de se reporter à l'inventaire réalisé pour l'année du patrimoine en 1980[8].

Le Bas-Empire

Reims sous le Bas-Empire.

Au milieu du IIIe siècle, les envahisseurs venus de l'est pillèrent la ville sans difficulté. Celle-ci n'était point dotée d'un système défensif et la désagrégation progressive de l'Empire romain ne permettait pas à la ville d'avoir des forces militaires suffisantes pour se protéger. La ville s'étendait alors au-delà du grand fossé gallo-romain désormais comblé. Puisque l'armée romaine était cantonnée à Soissons, qui devait elle aussi faire face aux attaques, les habitants édifièrent des fortifications en utilisant notamment les bâtiments de l'époque gallo-romaine comme matériaux.

La population diminua et se réfugia dans l'espace limité par les quatre portes romaines. L'enceinte de cette époque apparaît encore sur le plan actuel de la ville sous la forme de l'ovale formé par les rues de Talleyrand, Chanzy, Contrai, des Murs[N 2], Ponsardin, Rogier, Andrieux et le boulevard Désaubeau[9]. Hors de la cité, seul un bourg se développe sur un petit monticule, le futur quartier Saint-Remi.

Cependant, l'enceinte ne fut pas assez importante pour repousser les attaques des Vandales et des Huns au début du Ve siècle. Il ne reste quasiment rien de cette période hormis la trace des fortifications et celui des voies romaines, qui n'ont pas été modifiées. La ville semble avoir été incendiée à plusieurs reprises et les habitants, trop pauvres, ont alors utilisés des matériaux plus précaires, moins coûteux et plus facile à mettre en œuvre comme le bois, le chaume ou la terre.

La période médiévale

Dans un premier temps, le développement de la ville médiévale, à Reims, comme dans la plupart des villes en France, est marqué par les évêques de la ville et ensuite celui des communautés religieuses. Dans un second temps, l'essor de la ville va être alimenté par la naissance dune bourgeoisie composée de commerçants et d'artisans.

Les communautés religieuses

La dynamique impulsée par les communautés religieuses comprend deux phases. La première commence avec l'évêque Remi et le mythique baptême de Clovis qui va donner à la ville un rôle symbolique fort bien avec que Paris ne devienne la capitale du pays. Cette période de développement, dans un contexte économique pourtant peu favorable, est avant tout liée aux impulsions données par les hommes qui se succéderont sur le siège épiscopal.

C'est donc avec l'évêque Remi, descendant d'une famille aristocratique romaine et consacré en 459, que la cité rémoise va entrer dans la mythologie de notre histoire de France. En 481, Childéric disparaît et c'est son fils de quinze ans, Clovis, qui lui succède comme roi des Francs saliens. Il va chercher à imposer sa loi et élargir son influence notamment sur la Gaule du Nord et de l'Est avec le soutien de l'épiscopat. Il épouse en secondes noces, en 493, Clothilde une princesse burgonde qui est elle-même catholique et qui fera baptiser leurs deux fils. Pour repousser les Wisigoths, Clovis a besoin du soutien des Gallo-Romains pour une large part chrétiens. Aussi, il décide lui-même de se faire baptiser avec une partie de ses guerriers un soir de Noël en 498 ou 499.

Dès lors, la vie urbaine va être fortement influencée par la personnalité des évêques de Reims. Remi est enterré dans le faubourg du sud en 533 qui va se développer, fort des reliques du saint. Au Xe siècle, le faubourg du sud est doté d'une enceinte. La ville est alors bipolaire avec deux juridictions : celle de l'évêque d'une part sur le centre ville et celle de l'abbé d'autre part sur le faubourg du sud et les terres adjacentes. Les deux « cités » sont reliées par deux « ombilics », l'ancien cardo romain : la rue de l'Université et la rue du Barbâtre d'une part et la rue Chanzy et la rue Gambetta d'autre part. La ville va continuer à se densifier à l'intérieur de ses enceintes au gré de l'installation des communautés religieuses. L'ancienne trame des voies romaines reste présent même si la rectitude initiale tant à s'effacer. La nature a repris ses doits et les rives de la Vesle sont à nouveaux marécageux. Le réseau d'alimentation en eau potable comme celui de la collectes des eaux usés de l'époque gallo-romaine n'est plus en état de fonctionner.

Les évêques tiennent à doter la ville de lieux de culte. Rigobert ancien abbé de l'abbaye d'Orbais est nommé archevêque de Reims en 690. Son testament fait mention de dix-sept sanctuaires dont douze hors les murs. La ville se transforme en cité sainte[10]. Dans le faubourg du Sud, sur le bord de via Caesarea, est construite une abbaye. Un peu plus loin, à l'emplacement des cimetières gallo-romains sont érigées des basiliques : Saint-Nicaise, Saint-Agricole, Saint-Sixte, Saint-Martin, Saints-Thimothé-et-Apolinaire,... qui sont autant de mausolées pour les prélats locaux. Reims devient un haut lieu de la chrétienté médiévale à l'instar de l'abbaye développée par Thierry le disciple de Remi qui étendra son influence sur tout le Nord de l'Europe. Les communautés religieuses vont contribuer au développement de la ville et vont être à la fois des lieux d'accueil et de soins pour les malades et les indigents, mais aussi des centres intellectuels contribuant non seulement à la conservation et la diffusion des idées, mais aussi à l'enseignement.

Le statut de la ville où fut baptisé Clovis est conforté à l'époque carolingienne avec l'onction à Reims, et pour la première fois, d'un roi, Louis le Pieux, fils de Charlemagne par le pape Étienne IV. La cérémonie a lieu dans la cathédrale Saint-Remi-Saint-Nicaise. L'évêque Ebbon, frère de lait de Charlemagne crée la chapitre avec un cloître et décide de la construction d'une nouvelle cathédrale qu'achèvera Hincmar. L'abbaye Saint-Denis est construite hors les murs pour abriter les chanoines et Hincmar y fait déposer en 873 les restes de saint Rigobert. Avec la production de manuscrits de l'abbaye d'Hautvillers voulue par l'évêque Ebbon, l'école de Reims prend naissance qui s'épanouira plus tard notamment avec Flodoard. Louis le Pieux confie cède aussi à l'évêque Ebbon un orfèvre et forgeron d'art réputé, Rumold dont les œuvres et celles des ateliers de la ville conforteront la réputation de la ville. Ce savoir-faire permettra aussi à la ville d'être un centre de production monétaire qui aussi du rôle économique de la cité.

Les évêques de Reims

A la fin du IXe siècle, l'apparition à nouveaux d'envahisseurs oblige l'archevêque Séulf (922) à construire une enceinte autour de l'abbaye de Saint-Remi. L'autorité carolingienne se dilue avec les descendants de Charlemagne. L'évêque Foulques à la fin du IXe siècle poursuit l'œuvre de ses prédécesseurs en continuant à développer l'école de Reims qui devient un centre intellectuel important avec des maîtres réputés dans tous les domaines. En 972, le moine Gerbert qui a notamment étudié la science arabe en Catalogne, est nommé à la tête de l'école. Cette école va être encore illustrée par Flodoard (894-966), chanoine formé à l'école de la cathédrale et il nous laisse, en sus des œuvres poétiques, une première chronique de l'histoire locale en quatre volumes : Histoire de l'Église de Reims. Les chanoines vont former à proximité de la cathédrale un véritable quartier, le quartier canonial[11].

En 940, les moines de l'abbaye de Saint-Remi obtiennent leur autonomie et dès lors va progressivement s'instaurer une certaine rivalité entre deux juridictions : celle de l'archevêque autour de la cathédrale et celle de l'abbé autour de l'abbatiale Saint Remi, à laquelle s'adjoindra ensuite la rivalité avec le chapitre des chanoines ayant leur propre juridiction. C'est à partir du XIe siècle que la ville devient donc physiquement bipolaire. Nombreux sont déjà les établissements (congrégations et paroisses) qui sont installés à l'intérieur de l'enceinte ovale de la cité : les Cordeliers, le Temple, St Hilaire, St Pierre le Viel, les Bons Enfants... Les communautés religieuses qui se créent doivent sortir des enceintes et s'implantent sur de vastes îlots d'une part entre la ville avec la cathédrale et le faubourg de Saint-Remi et d'autre part entre la cité et la Vesle : les Cordeliers, les Carmes, les Prêcheurs, le Val des Écoliers, les Augustins sans compter les béguinages. Une nouvelle rue est créée en parallèle de l'axe historique du Barbâtre : la rue Neuve (actuelle rue Gambetta). L'évêque conserve un vaste jardin en bordure de la Vesle délimité à peu près par les actuelles rue Hincmar, rue des Capucins et rue du Jard (rue du jardin) et la Vesle. L'abbaye a aussi le sien délimité par l'actuelle rue Ruisselet, la rue Simon, l'ancienne rue Fléchambault et la Vesle. Trois établissements s'installent hors de la zone agglomérée : St Ladre aux Hommes (léproserie Saint-Éloi) en bordure de la route vers Paris et Saint-Ladre aux Femmes (léproserie Sainte-Anne) non loin de la porte Fléchambault et une abbaye s'implante dans le Clairmarais[12].

Dès le XIIe siècle, l'archevêque entreprend l'aménagement d'un nouveau quartier au nord de la rue du Bourg de Vesle avec le rue de la Couture comme artère centrale[13]. Cette voie est suffisamment large (rue Large ?) pour pouvoir accueillir un champ de foire (actuelle rue Buirette). Ce nouveau quartier est relié à la Cité par la rue de l'Étape-au-vin (actuelle rue de l'Étape) et comprend deux autres rues, la rue de Chativesle et la rue de Thillois, de part et d'autre de la rue Large[14]. Guillaume de Champagne fait ouvrir une rue droite et large qui va de la rue neuve à la Vesle, la rue de Jard-aux-Drapiers (actuelle rue du Jard). Le nom même de la rue évoque le développement de l'activité manufacturière et textile de la ville en bordure du jardin épiscopal. Les nouveaux quartiers sont gérés par un administrateur particulier représentant l'archevêque. Ils échappent donc à la juridiction laïque et royale du prévôt.

Dès le XIe siècle Paris acquière progressivement son statut de capitale, mais Reims reste la ville des sacres avec celui d'Henri Ier en 1027.

La ville des marchands et des artisans

Le développement de l'activité économique va générer une population de commerçants et de marchands qui vont chercher à se libérer de la tutelle et de la fiscalité des pouvoirs religieux et notamment de l'évêque et du chapitre de chanoines, rejoignant par là le mouvement d'affranchissement des villes qui commence dès le XIIe siècle en France. Une charte, calquée sur celle de Laon, est octroyée par le pouvoir royal en 1128, mais se heurte à l'hostilité des milieux ecclésiastiques. C'est l'archevêque Guillaume aux Blanches mains qui finira par concéder en 1182 la charte dite de Willermine. Néanmoins, elle laisse à l'évêque suffisamment de revenus pour les travaux de construction de la cathédrale ce qui continue à mécontenter les Rémois. La cathédrale de Reims carolingienne a brûlé le 6 mai 1210 et l'archevêque Samson lance le chantier de sa reconstruction en style gothique l'année suivante, en 1221. La concurrence de l'abbaye fondée par Guillaume de Saint-Thierry, disciple de saint Bernard, concurrence l'abbaye de Saint-Remi qui tombe en banqueroute en 1220 après quasiment un siècle de reconstruction de la basilique en style roman puis de sa façade gothique comme la basilique Saint-Nicaise non loin qui sera édifiée dans le plus pur style flamboyant[15]. La ville passe progressivement sous la juridiction royale avec la nomination en 1313 d'un capitaine aux pouvoirs étendus à l'ensemble du territoire de la ville et installe un conseil de ville où les habitants (les bourgeois) sont représentés. C'est Herbert Coquelet qui deviendra le premier maire (lieutenant des habitants) élu par le conseil en 1369.

La ville est progressivement équipée avec un champ de foire (rue Large), des halles, une prison, des hôpitaux... Le périmètre urbanisé dépasse largement les emprises de la Cité et du bourg de Saint-Remi. De la fin du XIIIe siècle au début du XIVe, une nouvelle enceinte de 6 500 mètres est construite avec difficulté devant la dépense, de 80 Livres à 1 094 Livres par mois entre 1346 et 1347[16] aux moments où la présence anglaise est forte, elle finira par englober les parties nouvellement construites jusqu'à la Vesle avec deux portes nouvelles en face des ponts sur la Vesle : Frichambaut et Courcelancy. Cette protection permettra de résister à l'assaut des troupes anglaises en 1359. La ville a connu alors une population de 20 000 âmes[17] vers 1270 pour une emprise de 160 hectares.

La ville devient un important centre de production textile avec les tisserands dont l'implantation a été favorisée par l'évêque. Apparaît dès 1220 une division entre les ouvriers et les patrons tisserands comme en témoignent les conflits de cette époque. La draperie rémoise est alors spécialisée dans les serges qui servaient dans l'ameublement et surtout de tentures et de couvertures dans les habitations. Les foires de Reims comme celles de Troyes, Châlons et Provins permettent d'échanger avec les marchands italiens. L'économie rémoise entre dans le commerce international. La toile de Reims se retrouvait depuis Novgorod à la cour du roi de Norvège[18] au nord grâce au commerce par le Hainaut et la ligue hanséatique. En Italie à la cour de Naples, à Florence et à Pise mais la sortie vers le sud se fait par le port royal d'Aigues-Mortes, là le 31 mai 1315 la taxe perçue est de 8 400 Livre tournois pour aller jusqu'à Caffa en mer Noire, au gouverneur d'Erzurum[19].

L'habitat pour une large part, en dehors des bâtiments religieux et des églises, est en bois avec pour les commerces parfois un rez-de-chaussée, l'utilisation de la pierre. La région n'est pas propice à l'emploi de ce matériau qu'il faut importer. Le sous-sol de la région est en craie et ce matériaux se délite facilement et absorbe l'humidité, le gel faisant alors éclater les carreaux de craie. Sans doute la brique tirée du sous-sol argileux des environs est aussi utilisée ? De cette époque, il ne reste, en dehors des bâtiments religieux encore en place ou ruinés, que la La maison des musiciens, rue du Tambour et qui a été largement reconstituée après la première guerre mondiale.

La Renaissance

Durant la Renaissance, la forme urbaine ne se modifia guère et les habitations comme les activités restèrent à l'intérieur de la nouvelle enceinte. L'enrichissement des commerçants et des patrons drapiers permit la reconstruction des bâtiments en pierre. L'abbaye Saint-Remi se dota d'une façade gothique. De cette époque, du fait des destructions de la Première Guerre mondiale et contrairement à Troyes par exemple, il ne reste que peu de témoins : l'hôtel Le Vergeur largement reconstitué, la maison natale de Jean-Baptiste de la Salle, le pavillon de Muire ainsi que quelques maisons à pans de bois place Saint-Timothée, qui laissent imaginer ce qu'était la ville alors.

La ville poursuivit son essor intellectuel et, après l'accord de Paul III en 1547, l'université de Reims fut créée en 1548 par le cardinal de Lorraine, qui venait également d'obtenir l'accord du roi. Le collège des Bons-Enfants commença par un enseignement des arts, puis de théologie, de droit et de médecine. En 1567, les élèves du Séminaire pouvaient suivre les enseignements de la faculté. Les Jésuites ouvrirent en 1608 un enseignement à Reims, d'abord dans l'ancien collège des Ecrevés avant d'acquérir et construire leur collège près de l'église Saint-Maurice (actuelle place Museux).

La ville royale

En 1635, la ville est atteinte par la peste qui vient ralentir la poussée démographique. L'économie poursuit son essor notamment dans le domaine textile en développement un ensemble de métiers de traitement de la laine, du tissage, de la teinturerie...

Cette prospérité permet, à partir du XVIIe siècle, la construction de nouveaux bâtiments publics et aussi d'embellissement. La construction d'un nouvel hôtel de ville est décidée par le conseil de ville qui regroupe aussi le conseil des échevins. Cette tâche est confiée à l'architecte Jean Bonhomme dès 1627[20]. L'archevêque Le Tellier n'est pas en reste et fait construire à partir de 1669 par Mansart et Robert de Cotte un nouveau palais épiscopal près de la cathédrale (palais du Tau). L'abbaye Saint-Denis est reconstruite entre 1738 et 1754[21]. Les bourgeois font aussi construire de beaux hôtels particuliers aujourd'hui disparus. Cependant la ville reste encore avec sa structure moyenâgeuse et c'est avec l'action du lieutenant des habitants (maire) Lesvesque de Pouilly qu'est réalisée la première alimentation en eau depuis l'époque gallo-romaine. Ces travaux sont menés grâce à la machine inventée par le père Féry et installée porte Dieu Lumière et surtout aux legs du chanoine Godinot et du Roi qui permettent la construction de dix-sept fontaines. Les rues commencent à être pavées et les eaux usées canalisées. Le lieutenant des habitants Jean Rogier faire aménager en 1729 une vaste promenade de l'autre côté des remparts qui va de la porte Mars à la Vesle. Ces promenades qui s'évasent vers la rivière en formant une « patte d'oie » sont dessinées par les « jardiniers » Leroux et fils puis modifiées par l'inspecteur des Ponts et chaussées, Legendre (plan Legendre), avec la création d'un vaste parterre rayonnant vers le nord-ouest à partir de la porte neuve dans le prolongement du vaste espace qui deviendra la place d'Erlon.

Le plan Legendre

C'est dès 1754 que Jean-Gabriel Legendre établit un plan d'embellissement de la ville qui comprend outre la création d'une place royale à la convergence du cardo et decumanus majores[22], la rectification d'un certain nombre de voies notamment dans le grand cardo. Les chanoines s'opposeront à ces nouveaux alignements. Ce plan comprenait aussi le percement d'une grande rue à travers le marché aux draps et aux blés pour mettre en relation directe et visuelle l'hôtel de ville du XVIIe siècle et le nouvel hôtel des Fermes (actuelle sous-préfecture)[23]. C'est une démarche plus que symbolique que la mise en relation par la rue Colbert et ses façades ordonnancées du pouvoir royal et du pouvoir municipal. Le plan Legendre proposait aussi une réédification des portes de la ville qui ne verra pas le jour. Il propose aussi une large ceinture de promenades qui ceinture la ville au-delà de l'enceinte du XIVe siècle. Le plan est adopté le 8 décembre 1758 par le Conseil d'État. Il faudra près de cent cinquante ans pour mettre en œuvre ses éléments principaux et notamment la place royale qui sera achevée en 1912. Une statue du roi était placée au centre de cette place et qui disparaîtra à la Révolution pour être remplacée par la suite par une statue de Louis XV. Le plan Legendre a été édité et il en existe aussi plusieurs versions coloriées au lavis[24]. Les travaux de cartographie du RHa (plan dit "trois époques") superposent notamment le plan Legendre sur le cadastre moderne et permet ainsi d'en mesurer l'impact sur la morphologie de la ville.

La révolution va libérer des espaces urbains qui vont être aussitôt occupés par les fabriques textiles. Sur les dix huit couvents et abbayes inclus dans le périmètre urbain, douze sont devenus ainsi des établissements textiles : le couvent des Carmes, celui des Augustins et celui des Cordeliers deviennent des manufactures d’étoffes. Les couvents des Jacobins, des Capucins, du Mont-Dieu, de Saint-Antoine, l’abbaye de Saint-Étienne et celle de Sainte-Claire deviennent des filatures. L’abbaye Saint-Pierre-les-Dames devient peignage, filature et tissage, le couvent des Longuaux, une filature cardée et le couvent de la congrégation, une maison de négoce. Ainsi va naître le quartier de la Fabrique qui va utiliser pour ses importants besoins en eau la nappe phréatique de la Vesle. Les effluents, pour une part, chargés de teinture et autres produits de traitement de la laine seront versés dans la rivière.

L'essor industriel

C'est avec le XIXe siècle et l'immense essor industriel que la ville va sortir des limites de l'enceinte du XIVe siècle. Le cadastre napoléonien établi dès 1819 permet d'apprécier cette évolution et de la suivre ensuite avec une cartographie compilée et analyse par le RHa. Le développement est d'abord dû à l'activité principale de la ville depuis le Moyen Âge, le textile et aussi par la mise en place des grandes infrastructures de communication et de transport.

Le contexte économique et politique

L'industrie textile

La cité rémoise vit principalement de la transformation de la laine dont la fourniture reste aléatoire malgré les troupeaux qui pâturent sur les plaines crayeuses peu fertiles au sud de son territoire jusqu'à Châlons et bien au-delà. C'est la Champagne pouilleuse qui va bien vite changer avec l'apparition d'une part des engrais qui vont permettre d'amender les sols et aussi de la mécanisation progressive des engins agricoles. Cette plaine va devenir un vaste grenier à blé réduisant encore la production lainière locale. Cela oblige les fabriquant à rechercher leur matière première bien au-delà de nos frontières et notamment celle en provenance du Commonwealth et commercialisée sur la place de Londres au début du XIXe siècle. On comprend alors toute l'importance du développement des transports (chemin de fer et canal). L'industrie textile qui regroupe à la fois des fabriques et des artisans va elle aussi se transformer rapidement avec l'apparition des métiers à tisser et de la machine à vapeur. Dès le milieu du XVIIIe siècle, le nombre des artisans diminue au profit des maîtres et de leurs ateliers. Il y a alors une prolétarisation des ouvriers textiles qui travaillent de plus en plus pour les fabriques avec leurs femmes et leurs enfants. À la fin du XVIIIe siècle la ville compte à peu près 23 000 habitants pour 7 300 feux (foyers). Les artisans et les fabriques sont concentrés après la Révolution principalement sur les espaces délaissés par les établissements et congrégations religieuses entre la ville et la Vesle.

L'industrialisation est le fait notamment d'émigrés anglais qui installent dans de nouveaux bâtiments hors de la ville avec notamment le métier Jacquard. Les Holden s'installent au Nord-est, boulevard Dauphinot avec une ferme non loin pour ravitailler leurs ouvriers (le Ferme des Anglais). Un temple protestant est construit boulevard Lundy. Toutefois la concurrence notamment anglaise comme le coût des transports va entraîner une forte crise dès le milieu du XIXe siècle, obligeant l'économie locale à une reconversion partielle. Heureusement, le négoce du champagne se développe et la production s'exporte à l'étranger grâce aux contacts des immigrés à Reims. C'est « l'alliance des tonneaux et des ballots qui sauve la ville ».

L’industrialisation va aussi générer la création d’entreprises annexes dans la chimie (pour les teintures, le traitement de la aine, le traitement des eaux industrielles...), la mécanique, le négoce et le domaine des transports. Au début du XXe siècle, il y a trois fabricants de bicyclettes. La société Panhard Levassor s’installe à Reims dès 1903 et en 1911 Deperdussin construit à Reims ses aéroplanes. Il faut aussi évoquer une fonderie... Antoine Villeminot-Huart (1805-1877), disciple de Charles Fourier, crée une usine de construction mécanique…

L'essor du champagne et des activités connexes

C’est au XVIIe siècle que la « champagnisation » est mise au point, sans doute découverte fortuitement et imputée sans doute à tort, à dom Pérignon procureur de l’abbaye d’Hautvillers. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle qu’une faible part de la production transformée en vin mousseux commence a être appréciée et commercialisée au-delà de la région. C’est au XIXe siècle que la champagnisation est réellement maîtrisée grâce notamment au dosage du sucre comme le démontre François en 1836, un pharmacien de Châlons-sur-Marne. Cette maîtrise de la champagnisation et aussi celle du dégorgement du dépôt en fin de remuage va permettre de contrôler la pression et ainsi permettre l’exportation du vin hors de sa région. Il faut aussi signaler encore les travaux de Jean Claude Navier (1751-1828), médecin chef des Hospices de Reims et directeur de l’École de Médecine qui consacra une partie de ses recherches en chimie pour améliorer le champagne. La richesse induite par le champagne est essentiellement due en réalité à sa commercialisation.

C’est donc au XIXe siècle que l’essor du champagne va marquer l’économie locale avec des maisons qui commercialisent déjà le vin comme Nicolas Claude Moët à Epernay. Les Ruinart sont eux des négociants en tissus qui vont s’orienter vers la commercialisation de cette production locale profitant de leur présence sur la prestigieuse place de Londres notamment[25]. Ce sera aussi le cas pour Ponsardin (textile) et Cliquot qui auront les mêmes agents à l’étranger, d’où l’expression de l’alliance des « tonneaux et des ballots ». Les grandes maisons datent de cette époque : Heidsieck associé à Walbaum en 1802. Le comte de Villermont vend du champagne dès 1802 et sa fille épouse J.J. Bollinger en 1827. Le banquier F.M. Cliquot épouse B.N. Ponsardin en 1800. On peut encore citer les maisons Montebello en 1805, Greno en 1836, Giesler en 1838, de Cazenove en 1843, Goulet en 1844… Ces négociants vont constituer très vite le Syndicat du commerce des vins de Champagne en 1882 (syndicat de la petite bouteille) et le Syndicat des grandes marques (syndicat de la grande bouteille) qui regroupe vingt-cinq grandes maisons. L'industrie du champagne induit des activités annexes: verreries, emballage, imprimerie, négoce, transport... qui viennent prendre le relais de l'activité textile déclinante dès la fin du XIXe siècle. Les maisons de champagne s'installent à la périphérie de la ville : Pommery, Taittinger... où elles peuvent creuser des caves dans la craie qui conserve une température idéale pour le vin toute l'année.

Le succursalisme

Le commerce rémois se développe dans deux directions : d'une part les grands magasins et d'autre part de façon plus originale avec le "succursalisme".

Voir : http://www.leroy-goulet-turpin.com/index.php?p=histoire

Le développement des infrastructures

Les transports vont transformés structurellement l’organisation de l’espace autant que l’économie locale. Il faut noter l’impact de la création du canal de la Marne à l’Aisne permettant à la ville un accès aux ports, la réalisation de la voie ferrée et aussi de l’aérodrome qui facilitent l’approvisionnement qui devient déjà à l’époque mondial et aussi l’exportation notamment du champagne. Il faut ajouter à ces moyens de transport ceux qui vont irriguer le territoire régional : le CBR et le tramway.

Canal de l'Aisne à la Marne

Le canal qui va relier la Marne à l’Aisne sera commencé le 9 mars 1842, le port de Reims sera inauguré le 27 mars 1848 et l’ouvrage sera achevé en 1866, reliant Berry-au-Bac à Condé-sur-Marne. De Gabarit Freycinet, il a une longueur de 58 kilomètres avec un passage sous le mont de Billy avec un tunnel de 2,3 kilomètres. Son tracé va nécessiter la rectification du cours de la Vesle avec laquelle il va partager le lit et aussi la démolition du rempart occidental. La Patte d’Oie y perdit son visage et le bois d’Amour, rendez-vous des amoureux disparut. Il ne reste plus qu’une rue pour en rappeler l’existence.

L’impact de ce canal n’est pas réduit à cela. Il faut aussi relier la ville au nouveau port. Ainsi est créée la rue Libergier dans l’axe de la cathédrale, non pour des raisons esthétiques ou de mise en valeur patrimoniale, mais pour relier le nouveau port au quartier des fabriques et permettre un meilleur acheminement des laines qui proviennent de plus en plus du monde entier et notamment des colonies britanniques. La production locale en effet ne suffit plus à approvisionner les métiers mécanisés. C’est donc de part et d’autre du canal creusé en parallèle de la Vesle, dans une zone marécageuse que seront construites alors les nouvelles usines et les entrepôts (notamment rue Courlancy). D’un côté, rive droite, entre la cité historique et les fabriques et le canal, le port au bois et marchandises desservi par la chaussée du port. De l’autre le port eau « charbon de terre et aux matériaux de construction » comme l’indique le plan publié par Matot-Braine en 1882. Cette partie du port difficilement accessible sera bientôt transformée en promenades arborées. Rive gauche, les entreprises vont se développer entre la rivière Brûlée qui n’est pas encore canalisée et la Vesle de part et d’autre de la chaussée Boquaine qui va de la rue de Paris à Reims à la rue du Pont-Neuf au droit de la rue de Venise. Le secteur de Fléchambault reste encore un vaste espace maraîcher qui ne disparaîtra que dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Compagnie des chemins de fer de l'Est

La construction de la ligne de chemin de fer, inaugurée le 4 juin 1854, va aussi modifier le visage de la ville. La Compagnie des chemins de fer de l’Est va implanter la gare à proximité immédiate de la ville avec une ligne qui venant de Paris va longer les promenades imaginées par Legendre. La gare de Reims respecte la composition du plan en se situant dans l’axe de la rue de la Couture (place d’Erlon). Toutefois, l’urbanisation prévue par le plan Gosset envisagée une dizaine d’année plus tard se fera à l’opposé alors même que le secteur de Clairmarais pouvait être propice à une relocalisation des fabriques. La ligne contourne l’agglomération par le Nord pour se diviser en trois vers Laon, Charleville et Châlons-sur-Marne créant une zone enclavée dite de la Husselle, enclavement qui sera renforcé par la création des emprises et équipements liés au triage. La tranchée et le remblai de la voie va pendant longtemps couper la ville de ses faubourgs Nord-Ouest et Nord.

Si les premiers plans d’urbanisme envisagent l’organisation de l’extension de l’habitat, rien n’est prévu pour les équipements comme pour le déplacement des usines dont l’activité croissante nécessite de nouveaux locaux et des terrains plus conséquents. C’est le hasard autant que les opportunités qui vont dominer cette nouvelle répartition : l’usine de gaz d’éclairage sera implantée faubourg de Laon, les abattoirs Porte Paris, l’usine de produits chimiques d’Houzeau-Muiron (rue de Neufchâtel), le peignage des anglais Holden au-delà de la rue de la Procession (aujourd’hui le boulevard Dauphinot). Villemot-Huart monte un atelier de constructions mécaniques à l’angle du chemin de Saint-Thierry… L’activité des maisons de champagne se concentre dans le quartier Dieu Lumière en utilisant les anciennes carrières de craie.

Les aérodromes

Enfin, en matière de transports, il faut évoquer l’aviation naissante avec le terrain des Essillards qui fut le berceau de cette discipline nouvelle. C’est le 30 octobre 1908 qu’Henri Farman, sur un biplan Voisin, réalise le premier vol de ville à ville de l’histoire de l’aviation, en reliant en vingt minutes les 27 kilomètres qui séparent Reims du terrain du camp militaire de Châlons-sur-Marne. L’industrie aéronautique existe à Reims depuis cette date avec Reims Aviation. En 1910 est créée au Nord de Reims, près de Bétheny la base militaire sur plus de 500 hectares et qui deviendra la B.A. 112 avant d’être désaffectée en 2012 comme cela est prévu. Reims possède aujourd’hui encore deux aérodromes : celui de Prunay lié à l’usine Reims Aviation et qui accueille les avions de tourismes, et celui de Bétheny qui utilise la piste de la BA 112 et qui est exploité commercialement par la CCI. La ville de Reims fidèle à sa tradition aéronautique va accueillir au début des années 1980 un des centres de Contrôle aérien de Paris. Le 30 juin 2011, après des cérémonies mémorielles émouvantes, la base aérienne fermait ses portes. La désaffectation de cet équipement militaire entraîne le départ de plus de 1900 personnels soit un impact la de près de 3600 personnes qui quittent la région rémoise[26]. A ce jour, si les élus locaux n'ont pas souhaité voir se poursuivre des activités liées à l'aérien civil comme militaire, le devenir de la base dont les terrains sont à cheval sur les communes de Bétheny et Courcy n'a pas encore été arrêté malgré les études en cours.

Le tramway[27]

L’extension de la ville va induire la création de transports en commun qui commencèrent dès 1871 par des omnibus et ce jusqu’en 1887. En 1872, la municipalité reçoit une proposition de la part de De Lahaut, exploitant de plusieurs autres réseaux, visant à développer un réseau de tramway sur pneu dans la ville. Jugé trop ambitieux, ce projet est refusé par le conseil municipal qui fera le choix d'un second projet, déposé quasi simultanément et porté par Jonathan Holden, manufacturier local, consistant en deux lignes d'omnibus diamétrales. L'Entreprise des Omnibus de Reims, puis la Compagnie générale des omnibus de Reims, exploite dès le mois de juin ces deux lignes, de l'église Saint-Thomas à la porte Dieu-Lumière, et de la porte Cérès à la porte de Paris. Ces lignes se rencontrent sur la place Royale. Le réseau est exploité officiellement à partir du mois d'août. Le succès est tel qu'une troisième ligne est inaugurée en avril 1873, de la porte Mars au pont de Fléchambault. L'année suivante, elle est amputée de son parcours entre la place Royale et la porte Mars pour cause de double-emploi avec la première ligne. En 1875, alors que la première ligne dessert désormais la gare, le conseil municipal prend la décision de moderniser le réseau. La concession des GCO se termine en juillet 1878 à la faveur de la Compagnie des tramways de Reims. Les omnibus commencent à disparaître, malgré leur succès, en 1881, et ils ne subsisteront que sur le tronçon place Royale - porte Dieu-Lumière jusqu'en 1887.

Ces omnibus furent ensuite remplacés par des tramways hippotractés en 1881 jusqu’en 1901. « Après la délibération du conseil municipal de juillet 1875, l'enquête publique est lancée en mai 1876. Le projet de desserte comporte quatre lignes : autour d'une circulaire Gare - Hôtel de Ville - Place Royale - Cathédrale - Gare, les lignes Faubourg de Laon - Gare - Place Royale - Pont Fléchambault, Faubourg Cérès - Place Royale - Pont d'Épernay [1] , et Porte Dieu-Lumière - Place Royale iront irriguer la ville. La mise en place de ce réseau, dont la construction a débuté en 1878, est longue, car les expropriations nécessaires sont nombreuses ; c'est ainsi que le réseau démarre en juin 1881, après diverses péripéties relatives notamment à des désaccords concernant le point central du réseau ou la desserte des communes périphériques. Ainsi, sont inaugurés les tronçons Nord des première et seconde lignes, ainsi que la section Ouest de la troisième (cependant avec un parcours en omnibus entre le théâtre et la place Royale, quelques mètres de ligne étant encore manquants), exploités par les Sieurs belges Sopers et Vercken ( ). »

Le tramway électrique apparaît juste au début du XXe siècle pour s’arrêter en 1939. Pourtant le concessionnaire s'était engagé, au tournant de ce nouveau siècle, à exploiter, sans monopole, ce réseau modernisé jusqu'en... 1962 ! Ainsi les travaux de remplacement des voies débutent en octobre 1899, elles partageront par endroit les rues avec celles des tous jeunes Chemins de fer de la banlieue de Reims (CBR). La ligne A est inaugurée en juin 1900, soit deux ans avant la signature effective du contrat de concession. Le tramway avait 22 kilomètres de ligne en 1914.

Le CBR[28]

Le chemin de fer de la banlieue de Reims a été créé en 1894 par le baron Édouard Louis Empain (1852-1929) déjà propriétaire et exploitant de la Compagnie des chemins de fer du Nord et aussi de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris. Ce chemin de fer à voie étroite compatible avec le tramway aura jusqu’à 400 kilomètres de ligne autour de Reims et desservira 180 communes, il transportait des voyageurs et des marchandises.
La première ligne qui va relier Reims à Ludes sera ouverte en 1896. Il va de Soissons à Montmirail et de Châlons à Asfeld tout en traversant la ville de Reims. Il structure le paysage par ses rails, ses gares voyageurs, ses ponts tout en faisant partie de la ville et de la vie économique.
Lors de la Première Guerre mondiale 90 % du réseau sera détruit et réutilisé par la 10e Section de Chemins de Fer de Campagne : transport de matériel, transport d’armes et de munitions, transport des blessés... Reconstruit et rendu au civil, il va décliner progressivement, fusionner et être réorienté vers le transport de marchandises puis supplanté par le transport automobile.

Les premiers plans d'urbanisme globaux

Une ville en crise

La population va doubler en moins d’un siècle et la ville va passer de 20 000 habitants en 1800 à 93 823 en 1881. Ces habitants pour 28 319 sont nés à Reims, 35 822 dans le département de la Marne 23 502 dans d’autres départements ( ). Une part de cette population rurale immigrée pauvre et sans emploi va être utilisée à la fin du XIXe siècle dans les grands travaux publics comme la démolition des remparts. Ces remparts vont être remplacés par les boulevards sous le Second Empire le long desquels seront érigés les hôtels particuliers de la bourgeoisie locale et les maisons de Champagne comme Werlé, Roederer, Ruinart, Mumm… Ces immeubles de prestige seront dus pour une large part à l’architecte Gosset père qui œuvrera dès 1839. La ville compte déjà 6 180 étrangers. Reims est une ville où l’on fait fortune et qui attire des entrepreneurs avisés, Allemands et Anglais notamment. La ville s’ouvre sur le reste du monde et commerce aussi activement avec la Russie. Parmi ces étrangers, il faut citer le prussien Edouard Werlé (1801-1884) arrivé en France en 1821. D’abord employé de la maison de champagne Veuve Cliquot-Ponsardin et en devint le directeur. Il fut l’une des personnalités politiques les plus marquantes de la seconde moitié du XIXe siècle notamment comme maire de 1852 à 1868 et comme député de Reims de 1862 à 1870. Cette émigration alimentera une partie de la communauté protestante en donnant à la ville des familles de notables engagés et actifs jusqu’à une époque récente comme les Walbaum, les Roederer, les Heidsieck, Piper, Krug… Plusieurs de ces membres de ces familles d’industriels textiles se retrouvèrent en loge maçonnique avec des radicaux venant notamment de la médecine ou de l’administration[29].

Les conditions de vie des ouvriers comme des employés de maison sont désastreuses. Les populations les plus pauvres se concentrent dans quatre quartiers : Fléchambault/ Saint-Remi, Jard/Venise, faubourg Céres et le bas de la rue de Vesle à partir de la rue des Couture (actuelle place d'Erlon). Les riches fabricants ont leurs hôtels particuliers dans la moitié nord-est de la ville. La ville sort des limites hérité du XIVe siècle avec le faubourg Céres où des spéculateurs avisés et avides, réalisent des lotissements quasiment insalubres avec des rues, véritables cloaques, qui ne sont même pas empierrées. La distribution d’eau n’est pas réalisée de même que la collecte des eaux usées qui polluent la nappe phréatique où plongent quelques puits. C’est là une source d’épidémie important qui rendra préoccupante la question de la distribution d’eau potable et qui deviendra une priorité.

La crise du logement comme les mauvaises conditions sanitaires de la population vont mobiliser dès 1860, l’attention de la bourgeoisie et du patronat local. La Fabrique est alors en pleine expansion et la main-d’œuvre afflue tant des campagnes voisines que de bien plus loin comme nous l’avons déjà vu et notamment des Ardennes, de la Belgique et aussi un peu plus tard des réfugies alsaciens et lorrains, après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne. Naissent alors des faubourgs à l’urbanisation anarchique et dépourvus d’hygiène sous les manœuvres de propriétaires spéculateurs. Sont ainsi construites les premières cités ouvrières de quinze à vingt maisons réalisées avec des matériaux bons marchés comme les carreaux de terre crue : le Village Noir, la Tunisie, le Maroc, la Grande Armée…

L’insalubrité est aggravée par le surpeuplement. Le docteur Nicolas Noël (1746-1832), écrit en 1880 que 4 400 logements sur 27 700 sont surpeuplés ( ) soit 16 %. En 1891 il calcule un taux de surpeuplement de 21 % pour Reims contre « seulement » 14 % pour Paris. Les loyers sont en outre exorbitants de 80 à 100 francs par an pour une pièce, de 180 à 200 francs pour un logement de 2 pièces. La majorité des ouvriers des vieux quartiers sont en location et il existe une haine tenace contre le propriétaire surnommé « Monsieur vautour ». Les déménagements à la cloche de bois ne sont pas rares. Le taux de mortalité est le plus élevé de France comme l’indique le rapport Portevin ( ). La municipalité Werlé (1852-1868) poursuit sa politique d’embellissement de la ville (plan Legendre et plan Jésus) notamment en centre ville, mais refuse de prendre à sa charge les travaux d’infrastructures que nécessité cette nouvelle urbanisation (voirie, eau potable, assainissement). La bourgeoisie locale et le patronat aux commandes de la cité n’engagent pas la collectivité dans une politique sociale qui reste l’œuvre d’initiatives individuelles et philanthropiques d’une part et de l’autre de quelques patrons engagés comme Firmin Chabonneaux (1830-1899) qui construit une cité pour les ouvriers de sa verrerie.

Le plan Jésus - 1839

Le premier plan d’ensemble des alignements de la ville dit plan Jésus a été approuvé par ordonnance du 29 avril 1839. Il s’appliquait à toute la ville limitée par les anciennes fortifications sur l’emplacement desquels est établie la première ligne des boulevards intérieurs. Un plan d’extension, qui concerne notamment le faubourg Cérès est approuvé par arrêté préfectoral du 16 mai 1852. Il porte aussi sur l’alignement de certaines rues comprises dans la première enceinte. Ce plan est connu sus le nom de plan Jésus, du nom du géomètre rémois qui le dressa sous la municipalité d’Édouard Werlé (1801-1884) ( ) et sous la direction de Narcisse Brunette (1808-1895), architecte de la Ville. Ce plan est inspiré des travaux que mène à la même époque à Paris, le baron Georges Eugène Haussmann (1809-1891) qui fut préfet de la Seine de 1853 à 1870.

Ce plan porte principalement sur l’organisation de l’espace sur le sud-ouest de la ville, les anciens terrains des congrégations religieuses avec la création de la rue des Capucins, le prolongement des rues Libergier et Hincmar jusqu’à la Vesle, la création de la rue Clovis au nord de la rue de Vesle et celle de la rue Chabaud. Il faut aussi noter la volonté de gérer le développement du Clairmarais avec les rues de Courcelles et de Saint Brice ainsi que le prolongement jusqu’à elles de la rue du Mont d’Arène. De même à l’opposé, il est prévu des voies nouvelles pour ordonnancer le fatras du faubourg de Saint-Remi. Toutefois, ces voies ne verront pas le jour. Il faudra attendre la rénovation des années 1970 pour voir disparaître l’un des quartiers les plus vétustes de la ville et ayant survécu pour une part aux bombardements de la première guerre mondiale. Les dernières maisons à pans de bois de la place Timothée témoignent de ces constructions anciennes. Il faut ajouter aussi, et pour des raisons que nous n’avons pas pu percer, la création d’une voie nouvelle au sud de la porte Mars (rue Jovin ?).

Le "plan" Werlé

Il n'existe pas, à proprement parlé de "plan Werlé", mais plutôt une philosophie (densifier le centre ville) et une volonté politique d'intervention directe de la municipalité dans la poursuite de l'aménagement de la ville. Il s’agit de valoriser, d’embellir et d’assainir le centre ville. E. Werlé va donc reprendre le plan d’alignement de 1839 (plan Jésus) et poursuivre la mise en œuvre du plan Legendre pour lui apporter quelques modifications avec notamment le percement de l’actuelle rue Thiers pour rejoindre directement la gare à l’hôtel de ville. Ainsi reprenant le plan Legendre abandonné depuis cent ans, l’administration municipale entreprit certains travaux place Royale ; on améliore la rue Colbert, on régularise la place de l’Hôtel de Ville sur laquelle fut construit en 1857 l’immeuble de la Banque de France. Le centre ville s’améliora et s’assainit. Dans les quartiers de Venise et du jard jusqu’alors encore occupés par des jardins maraîchers, reliquat des anciens établissements religieux, des rues furent tracées et des habitations s’édifièrent. Pour faciliter l’accès aux quais de marchandises, le long du canal, la rue Libergier fut prolongée jusqu’au canal par l’expropriation des vastes jardins des Carmélites.

D’autres travaux eurent lieu comme ceux de la construction des collecteurs d’égouts et de distribution d’eau dans le centre ville. On retrouve là la préoccupation des hygiénistes. Toutefois, aucune intervention n’est faite dans la zone « suburbaine » où ont été réalisés des lotissements insalubres pour loger les populations nouvellement immigrées. L’argument est d’ordre financier. Le budget communal avait été mis à rude épreuve lors du financement des ateliers municipaux et Édouard Werlé voulait assainir les finances locales.

Plan Gosset - 1868

Alphonse Gosset présente le 4 novembre 1868, au conseil municipal un plan de la ville qui supprime le rempart du troisième canton au Nord-Est de la ville, avec un boulevard qui va relier le boulevard Cérès au boulevard Dieu-Lumière par la place Saint-Nicaise. Il s’agit d’un véritable lotissement du développement de la ville qui compose avec l’orthogonalité du cardo et du decumanus majores reliée avec des voies en diagonales, pour joindre ces directions perpendiculaires. Cette urbanisation devait être limitée par un boulevard en périphérie qui sera inscrit dans la plupart des plans d’urbanisme suivants mais jamais réalisé. Il établissait aussi une trame viaire pour le lotissement du secteur marécageux des Coutures qui ne sera réalisé fait qu’après la première guerre mondiale. Il faut aussi noter que ce plan prend en compte la ligne de chemin de fer et le canal, apports essentiels du XIXe siècle. Mais d’une façon paradoxale, le développement de la ville est envisagé à l’opposé. Aussi les premières industries et activités liées au développement du trafic ferroviaire vont elles s’implanter derrière la gare, dans le secteur Claimarais d’une part et à proximité du triage qui va s’implanter au Nord entre Reims et Bétheny. Cela fut particulièrement vrai pour les entreprises à succursales multiples comme les Docks rémois ou les Comptoirs français.

La reconstruction de Reims

La Première Guerre mondiale inclut Reims dans la zone des combats avec une ligne de front qui se situe à quelques kilomètres et notamment sur les hauteurs du fort de la Pompelle qui sera pris par les Allemands le 4 septembre 1914. C'est de là que les Allemands vont noyer la ville sous un déluge de fer et de feu. Les premiers obus tombent sur la cathédrale dès le 19 septembre, cathédrale qui sert de poste d'observation aux soldats français et qui abrite les prisonniers allemands hébergés là à la va-vite sur des couches de paille. Un échafaudage prend feu à 15 heures et la cathédrale s'embrase rapidement, la charpente de chêne prend feu et le plomb qui recouvrait la toiture fond et coule des gargouilles. À la fin de la guerre la ville sera pour une très large partie détruite, près de 80 % disent certains historiens, à l'instar de la cathédrale. "Reims, ville martyre" devient alors un symbole pour la France entière. La reconstruction de la ville est envisagée dès 1916 avec un premier concours qui sera suivi par un appel à concours dès la fin de la guerre sous l'égide de "la Renaissance des Cités"[30].

La destruction de Reims

C’est dès le début de la Première Guerre mondiale que les obus allemands tombent sur la ville. Les Allemands ont investi sans difficulté le 4 septembre 1914 le fort de la Pompelle désarmé. C'est de là qu’ils vont bombarder la ville. Les premiers obus tombent sur la cathédrale dès le 19 septembre qui sert de poste d'observation pour les soldats français. Elle abrite les prisonniers allemands regroupés là et hébergés sur des couches de paille. Un échafaudage prend feu à 15 heures et la cathédrale s'embrase rapidement, la charpente de chêne prend feu et le plomb qui recouvrait la toiture fond et coule des gargouilles. "Reims, ville martyre" devient alors un symbole pour la France entière.

La destruction de la ville devient vite un symbole pour dénoncer le vandalisme d'une armée ennemie qui ne respecte rien, allant jusqu'à l'ignominie du bombardement de la cathédrale emblématique de la Nation. Si ces destructions sont bien réelles, elles ont été néanmoins utilisées largement dans la propagande tant en France qu'auprès des Alliées. La ville est détruite à 80 % peut-on lire partout et aussi dans les témoignages des « témoins » comme dans la presse et les ouvrages édités pendant la guerre. Sans vouloir faire de « révisionnisme », la réalité est sans doute en deçà de ce chiffre. Les historiens avancent le chiffre de 60 % s'appuyant sans doute sur le recensement fait par un employé municipal[31]. À bien regarder les photos de l'époque, ce sont toujours les mêmes lieux qui sont présentés. Les photos aériennes montrent que ce sont des quartiers bien ciblés qui ont été visés : la cathédrale comme poste d'observation des lignes allemandes, la gare, la base aérienne de Bétheny, les quartiers industriels et notamment les Docks rémois, le triage... Les artilleurs allemands n'étaient pas maladroits au point de viser à l'aveugle sur la ville d'autant qu'ils étaient guidés par des observateurs qui prenaient place dans des ballons dirigeables. Les travaux des historiens Jean-Norton Cru[32] et de François Crochet[33] montrent comment cette destruction fut utilisée comme symbole pour servir dans un premier temps à galvaniser l'opinion nationale et dans un second temps à mobiliser les subsides américains. Si la ville avait été détruite à 80 voire 60 %, comment par ailleurs expliquer alors sont relèvement en à peine sept ans ? C'est toutefois cette destruction réelle, mais utilisée de façon symbolique qui fit de la reconstruction de Reims une priorité et qui permit à la ville de bénéficier notamment de l'aide des bienfaiteurs américains.

Les concours pour la reconstruction

La reconstruction de Reims va être, parce que le martyre de la ville est symbolique, l'une des toutes premières entreprises de l'après-guerre. Cependant, c'est bien avant la fin de la guerre que les Rémois se préoccupent de la reconstruction de leur ville détruite en 1914.

Le plan Ford

La ville de Reims a été détruite à 80 % durant la Première Guerre mondiale. La municipalité élue en novembre 1919 et son maire Charles Roche firent appel au major de l'armée américaine Georges B. Ford. Celui-ci élabora un plan de reconstruction ambitieux, le plan "Ford" retenu par le conseil municipal, le 5 février 1919, et qui prévoyait de créer une douzaine de cités-jardins, reliées entre elles par une ceinture verte de parcs destinés à séparer les quartiers d'habitation des zones industrielles. Ces cités-jardins sont organisés en villages avec une Maison commune.

Les cités-jardins

L'architecture de la reconstruction

L'architecture de la reconstruction est dune grande richesse copte tenu du nombre de bâtiments détruits. Elle a impliqué un nombre importants d'architectes, près de 400, venant de toute la France. Cette architecture a été bien étudiée par Olivier Rigaud[34], architecte à la ville de Reims et a amené à la protection des éléments les plus remarquables et/ou les plus menacés.

Nous proposons une grille d'analyse qui dépasse l'archétype de l'Art Déco. Certes, ce mouvement dans le prolongement de l'école de Nancy et l'Art nouveau est sans doute le plus important, mais il ne recouvre pas toute la palette d'une architecture qui va entrer dans la modernité avec les nouvelles techniques liées à l'usage du béton armée y compris pour la charpente de la cathédrale avec le procédé utilisé par Henri Deneux.

Il y a donc bien évidemment les constructions qui relève de l'Art déco, nom d'ailleurs qui apparaît seulement en 1925 avec l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris en 1925. Ce style à la décoration abondante et stylisé allié à une certaine rigueur et sobriété des façades sera utilisé quelques années encore après cette date. Il faut aussi évoquer l'architecture "néo-classique vernaculaire", qui donnent à certaines rues du centre ville une belle homogénéité malgré la simplicité de l'architecture. Les cités-jardins empruntent un modèle d'inspiration néo-gothique dont ont trouve l'origine dans le mouvement "Arts and Crafts" anglo-saxon et surtout sa mise en œuvre par R. Unwin avec les cités-jardins de Letchworth et Welwyn. Les éléments typiques sont les toits très pentus, les bow-windows et aussi l'emploi de pierres taillées de façon grossière ou rugueuse. Il faut aussi évoquer le style moderne qui apparaît avec l'emploi du béton et notamment les halles centrales du Boulingrin qui témoigne de la première utilisation du voile béton par les Demay. Construites en 1929, elles sont l’œuvre de l’architecte Émile Maigrot (1880-1961) et de l’ingénieur Eugène Freyssinet (1879-1962)[35]. La poste centrale (poste Cérès) est aussi un bel exemple de l'utilisation du béton brut par l'architecte François Le Cœur. Les Galeries rémoises dues aux architectes Léon Margotin et Louis Roubert laissent apparaître leurs structures métalliques avec d'immenses verrières. Les années trente laissent venir un style plus épuré avec l'emploi notamment de la brique comme pour l'église Saint-Louis à Maison Blanche, l'hôpital Maison Blanche, le Foyer Civil boulevard de la Paix... ou des maisons comme au 7 de la rue Voltaire. Le mouvement du Bauhaus est lui illustré remarquablement par la maison du 1 rue des Tournelles. Il faut noter encore le développement de la standardisation et aussi de la rationalisation de la construction avec des plans-types sur la base de modèles présentés lors d'expositions nationales. Mais si cela est utilisé dans les alentours pour les villages détruits, le système n'est guère utilisé en ville pour des maisons de deux ou trois étages. Ce souci de reconstruite au plus vite et rationnellement, induit la création des Coopératives de Reconstruction qui prennent en charges l'évaluation des dommages de guerre, les études et aussi la réalisation des travaux et notamment la Société générale coopérative de reconstruction de Reims qui sera dissoute en 1946/1949. Enfin, il reste encore de ci, delà quelques petites maisons provisoires de quatre pièces qui servirent d'hébergement pour les premiers rapatriés.

La ville moderne

Le plan Camelot

Le plan Camelot est le premier plan élaboré après la seconde guerre mondiale. Il traduit une volonté d'un urbanisme contrôlé et limité qui correspond au seul développement endogène. Cette vision limitée qu'incarne la municipalité du pharmacien René Bride traduit la frilosité d'une bourgeoisie et d'un patronat qui craint la concurrence d'industries aux méthodes plus modernes mettant fin au paternalisme et surtout offrant des salaires plus élevés[36]. Il est fait appel à Robert Camelot[37] (1903-1992) qui est un enfant du pays pour être né à Reims. Après ses études d'architecte à l'École des Beaux Arts de Paris, il voyage pendant plusieurs années aux États-Unis et au Canada avant d'enseigner à Cambridge. Il est aussi urbaniste et second grand prix de Rome. Sa candidature proposée par le CEARR est arrêté par le conseil municipal le 24 avril 1945. Ce plan va s'inscrire dans le cadre de la loi du 15 juin 1943 prescrivant l'étude de « projets d'aménagement des groupements d'urbanisme » pour les 47 principales agglomérations françaises. Un atelier d'urbanisme est créé en 1948 au sein des services municipaux.

Le plan Camelot comprend quatre axes forts :

  • une densification de la ville existante sur une surface de 2 200 hectares ramenée à 1 670 hectares ; 700 parcelles sont recensées sur 110 hectares simplement en bordure de voies existantes ;
  • un rééquilibrage des quartiers avec un équipement accru : écoles, centres sociaux, dispensaires... ;
  • la création d'une ceinture verte séparant Reims des communes avoisinantes ;
  • la création d'un axe industriel qui va de Cormontreuil à Bétheny en passant par le port Colbert et Saint-Brice Courcelles. C'est ainsi que sort de terre la première tranche de la zone industrielle Ouest de 65 hectares près du port Colbert.

C'est sur la base de ce plan que sont urbanisés les quartiers de Maison Blanche, Wilson, Barthou, Desbureaux, Jacquart soit près de 2 500 logements. La ville gagne 8 000 habitants en huit ans (1946-1954). Mais cette vision limitée du développement et aussi le refus d'entreprises extérieures allié au déclin du textile notamment ne permet pas d'offrir un emploi à tous et le chômage augmente : 2 820 chômeurs en 1954. C'est l'affrontement entre le maire René Bride et la SA HLM le Foyer rémois à propos de la construction du quartier de l'Europe qui provoque la démission du maire.

Une bourgeoisie plus éclairée formée dans le cadre du C.J.P. (centre des jeunes patrons) fondé en 1938 autour notamment de Jacques Warnier dans la lignée du catholicisme social[38] qui prend alors le pouvoir. Elle se retrouve dès 1943 - la guerre n'est pas encore finie- au sein du CEARR (Comité d'étude pour l'aménagement de la région de Reims) et ensuite à la CCI. Elle va faire appel à Jean Taittinger pour impulser une politique de développement plus ambitieuse. Le CEARR comprend parmi ses fondateurs Paul Voisin directeur de la SA HLM Le Foyer rémois avec les industriels Henri Druart, Pierre Goulet, François Hanrot, Bertrand de Voguë... Y siège aussi l'architecte de la ville M. Beaumont. Dès le départ, le CEARR place le développement de la ville dans un contexte plus large qui est celui de la région rémoise, une ambition en contradiction avec le malthusianisme de la municipalité de René Bride. C'est bien une autre vision du développement local, de l'urbanisme et du logement qui fait basculer l'équipe de l'après-guerre et porter au pouvoir une municipalité pourvue d'une toute autre ambition.

Les études du CEARR montrent bien les préoccupations de ce patronat plus moderniste qui examine tous les aspects du développement économique et social de Reims de façon systématique :

  • 1943 - Délimitation de Reims et de sa région.
  • 1943 - L'industrie textile dans la région de Reims.
  • 1944 - La culture de la vigne en Champagne.
  • 1944 - Exposé d'un programme en matière de logement.
  • 1945 - Le développement industriel possible de la région de Reims.
  • 1945 - Etude agricole de la région de Reims.
  • 1945 - L'alimentation dans la région de Reims.
  • 1946 - Les transports dans la région de Reims.
  • 1947 - L'industrie métallurgique...

Le plan Rotival

Le plan Rotival est élaboré dans le cadre de la nouvelle réglementation qui institue en 1958 les plans d’urbanisme directeurs qui tracent le cadre général d’aménagement et de développement des villes. Ces plans sont induits par l’essor démographique avec une population qui double entre 1954 et 1968 (baby-boom) et par le développement économique de l’après-guerre et de la reconstruction après la seconde guerre mondiale.

Dépassant le strict cadre de la réglementation des anciens plans et leur vision empirique de l’avenir, la municipalité rémoise qui connaît un nouveau dynamisme avec l’élection de Jean Taittinger comme député de la Marne en 1958 et comme maire de Reims en 1959, va engager une nouvelle dynamique de développement rompant en cela avec l'approche prudence et limitée de la municipalité précédente avec le pharmacien René Bride. C'est dès 1956 que le CEARR prend contact avec l'urbaniste Maurice Rotival (1897-1980) associé à Henri Prost un des premiers urbanistes de la SFU et membre du Musée social. Dès 1958, Jean Taittinger intervient auprès du Ministre de la construction, Pierre Sudreau qui choisit Reims comme champ d'application de la méthode de "planification scientifique" développée par Maurice Rotival[39]. C'est à cette époque que Jean-François Gravier dresse son bilan d'une France coupée en deux : Paris et le reste, avec son ouvrage : Paris et le désert français[40]. Aussi, la stratégie développée par le nouveau pouvoir local regroupé autour du CEARR et la CCI avec Jean Taittinger va être d'attirer à Reims des entreprises trop à l'étroit dans le contexte parisien pour induire une dynamique de développement de la région rémoise afin de prendre le relais d'une industrie textile sur le déclin.

La démarche comporte une phase de diagnostic et d'analyse qui aboutit à cinq "clefs" soumis au choix du conseil municipal :

  • A - Maintient du plan Camelot antérieur;
  • B - Abandon de tout plan (développement au fil de l'eau);
  • C - Reims, ville universitaire;
  • D - Reims, ville d'échanges;
  • E - Reims, ville industrielle, plate-forme du Marché commun.

En mars 1961, le conseil municipal opte pour y-une "clef" qui reprend les options C, D et E : Reims, ville universitaire, ville d'échanges et ville industrielle. A partir de cette décision, M. Rotival propose trois scénarios :

  • A - développement des fonctions traditionnelles ;
  • B - Développement industriel et commercial lié au Marché Commun avec création d'une Université européenne et un objectif de 200 000 habitants en 1980;
  • C - Développement plus limité de l'industrie et de l'université.

C'est le scénario B, le plus ambitieux, qui est adopté par le conseil municipal en 1964. Il va être alors développé avec cinq objectifs majeurs :

  • 1 - Rénovation du centre ville ville (opération Saint-Remi) ;
  • 2 - extension de la ville avec quatre grands ensembles : ZUP d'Orgeval au Nord (2400 logements), quartier de l'Europe à l'Est (2000 logements), et au Sud : Les Châtillons (3000 logements) et Croix-Rouge (15 000 logements); l'opération de Croix Rouge dont le plan masse sera confié à DVW (Damery Vetter et Weil) avec la SEDMA comme aménageur, sera coupé en trois opérations : quartier universitaire, quartier administratif et val de Murigny).
  • 3 - aménagement des deux grandes zones industrielles: la zone de la Neuvillette du Canal à la RN 44 et la zone des Essillards, au Sud-Est, le long du canal;
  • 4 - création d'un distributeur urbain pour mieux irriguer et desservir la ville, le long de la Vesle, tracé qui sera repris par lors de la réalisation de l'autoroute;
  • 5 - développement de la fonction universitaire à partir de pôle scientifique créé en 1956.

L'ensemble de la construction neuve, pour une très large part HLM, sera réalisée exclusivement par trois organismes: deux organismes privés : la SA HLM le Foyer rémois, la SA HLM l'Effort rémois et l'OP HLM de Reims. Reims va donc se caractérisé par une très forte proportion de logements HLM dans cette dynamique de développement. L'Académie de Reims est créée en 1962 et Reims est bientôt doté d'une université complète avec les sciences, le droit et les sciences économiques, Lettres et sciences humaines, Pharmacie, médecine et dentaire... UN IUT est aussi créé, une école supérieure de commerce sur l'égide de la CCI, une école régionale des Beaux Arts rue Libergier, un CREPS... L'université est divisée en deux pôles : Moulin de la Housse pour les sciences et l'IUT, Croix rouge pour le reste avec les enseignements médicaux autour du CHU et les autres disciplines autour du nouveau campus de Croix Rouge avec à proximité l'Ecole supérieure de commerce. Ces nouveaux quartiers doivent être reliés au centre ville rénové par un nouveau pont : le pont Hincmar. La ville regroupe aussi l'ensemble des administrations y compris dans le domaine judiciaire supplantant Châlons-sur-Marne, la Préfecture, dans sa fonction de centre administratif. Dans le domaine économique, les nouvelles zones industrielles accueillent de nouvelles entreprises pour une part provenant de la Région parisienne ou de l'étranger : Parchimy, Boehringer, General Foods, ICI, Electrolux, Citroën... Ces activités viennent prendre le relais de l'activité textile antérieure déclinante et aussi de l'alimentation. La métallurgie est alors le secteur le plus important avec 36,4 % des emplois (PUM, Forges et ateliers de Combeplaine, Tissemétal, Arthur Martin, Rigida, Reims-Aviation, Remafer, Citroën, Chausson, Schlumberger... Le champagne ne représente que 12, 6 %, les verreries 11,2, le textile 10 %, la Chimie 8,6, les industries alimentaires 3 %... Le premier hypermarché est construit à Tinqueux par l'architecte André Parent et illustre don principe de l'oblique[41]. En termes d' analyse urbaine, nous avons avec le plan Rotival, une hyper-spécialisation de l'espace avec le renforcement des fonctions spécialisées dans l'espace et une relation entre les zones essentiellement envisagée par des infrastructures routières. La fonction portuaire liée au canal est abandonnée. Seule se développe sur les bases existantes mais de façon marginale, le trafic aérien. Le développement de l'agglomération est strictement limité à quelques communes de l'agglomération : Reims, La Neuvillette, St Brice-Courcelles, Tinqueux et Cormontreuil. Bezannes reste un village agricole de 500 habitants et Bétheny est une commune-dortoir de cadres moyens qui accèdent à la propriété dans des lotissements pavillonnaires construits les uns après les autres.

Le territoire communal est déjà trop étroit et c'est à Tinqueux qu'est, en 1978, construit le premier hypermarché de Reims, GEM[42], par les établissements Goulet-Turpin avec l'architecte Claude Parent allié familialement aux Goulet-Turpin.

Dans le cadre du plan Rotival, la politique d'accueil de nouvelles entreprises ("Reims, terre d'accueil pour les activités nouvelles"[43]) se concrétise avec la poursuite du développement de la zone industrielle Ouest par la CCI sur 110 hectares avec une desserte ferroviaire en sus du port sur le canal et par l'aménagement de la zone industrielles Sud-ouest sur 200 hectares. L'ambition est énoncée à l'époque est de 400 hectares de zones industrielles avec en sus un centre d'activités tertiaires pour doter la ville des équipements à la hauteur de son ambition de métropole régionale. L'université se développe avec en parallèle le développement des infrastructures d'accueil des étudiants dont 1500 chambres et deux restaurants universitaires. En 1969, Reims compte déjà 14 100 étudiants. La ville se dote d'équipements importants en sus du développement du CHU : maison de la culture, piscine-patinoire Chaussée Bocquaine, parc Léo Lagrange... Enfin, Jean Taittinger œuvre personnellement pour l'infléchissement de l'itinéraire de l'autoroute afin qu'elle traverse Reims et assure en même temps une fonction de distributeur urbain conformément au plan Rotival[44]. Cette volonté est déjà explicite dans le Libre Blanc " Reims, centre régional" et anticipée par la création d'une ZAD pour commencer les acquisitions foncières le long de la Vesle. La décision définitive est annoncée au JO du 24 décembre 1972.


Reims se positionne au niveau européen dans le cadre de la ZANC (Zone d'appui Nord Champenoise). Un document édité par la mairie en 1969 explicite bien l'ambition de l'équipe Taittinger en titrant par exemple "Reims, fleuron de la couronne du bassin parisien"[45]. Ainsi peut-on lire que « Reims se présente comme l'une des pièces principales de l'armature urbaine du Nord-Est et les instances nationales ont parfaitement perçu le rôle que Reims, centre régional, peut et doit jouer dans une politique nationale d'équilibrage de l'armature urbaine ».

Les outils du développement contemporains de Reims

Les outils de mise en œuvre du développement de la ville en sus des trois organismes HLM et du COPLORR pour la construction de logements, de la CCI pour les zones industrielles, seront la SEDMA (société d'équipement des deux Marne), société d'économie mixte et le BEUR (Bureau des études urbaines de Reims). Le BEUR créé en 1968 est le bureau d'études que la ville met en place pour conserver la maîtrise de son développement urbain avec à sa tête un ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Delauzun. La SEDMA alors présidée par M. de Courçon et dirigée par M. Dutoit est l'opérateur des nouvelles opérations à mettre en œuvre dont la rénovation de Saint-Rémi et du quartier Hincmar et la ZUP de Croix-Rouge. L'État de son côté met en place l'Agence d'urbanisme à partir d'un des services de la DDE, le GEP (groupe d'études et de programmation) qui fusionne avec le BEUR en 1971 et s'installe rue Gosset. Le premier travail de la nouvelle agence d'urbanisme sera l'étude du SDAU (Schéma directeur d'aménagement urbain) qui sera publié en 1973.

Par ailleurs, le CEARR avait déjà évoqué dans les travaux de l'après-guerre l'exiguïté du territoire rémois. Le district de Reims est créé le 10 juin 1964 et regroupe les communes de Reims, Bétheny, Bezannes, Cormontreuil, Saint-Brice-Courcelles et Tinqueux. Il est doté de larges compétences en sus des compétences obligatoires et notamment celles de l'aménagement urbain et deviendra Reims Métropole au début des années 2000. La commune de la Neuvillette déjà créée au XIXe siècle à partir de territoires appartenant aux communes de Bétheny, Reims, Saint-Thierry et Courcy est fusionnée en 1970 avec la ville de Reims.

De plus les acteurs "locaux" mettent en place un outil foncier original, la SOPOC (Société foncière champenoise) qui regroupe la SAFER, la CCI, le Foyer Rémois et le COPLORR. Son but est de négocier notamment avec les agriculteurs l'acquisition de réserves foncières en périphérie de l'agglomération. C'est ainsi que le Foyer rémois peut acquérir la ferme Demaison dans le prolongement de la cité du Chemin Vert et ceux entre la cité du Chemin Vert et la ZI Nord-Est[46].


La rénovation de St Rémi

La rénovation urbaine, dans le contexte juridique de la moitié du XXe siècle, a un sens très précis : il s'agit de raser complètement des quartiers anciens de centre ville, souvent insalubre, pour y construire à la place des immeubles et des équipements nouveaux dans un objectif de densification. Les premières opérations de ce type furent celles de Rouen dès 1952 et celle de Nancy. C'est avec la création en 1966 du ministère de l'Équipement que se met en place une seconde vague de rénovations urbaines. La ville de Reims est en pleine dynamique de développement initialisée par l'arrivée de Jean Taittinger aux commandes de la Mairie et la création d'un service de l'urbanisme dirigé par l'ingénieur des Ponts et Chaussées M. Delauzun, le CELAM et la CEARR. La rénovation du quartier St Remi, entre la basilique et le port, vise à offrir des conditions d'habitat « modernes » pour les cadres des entreprises que Reims entend avec la CCI faire venir sur la région. La qualification d'insalubrité pour fondée qu'elle soit, ne recouvre cependant pas tous les immeubles et les maisons de ce quartier ouvrier non loin du port et de la verrerie Charbonneaux. "Il convient de s'adapter aux besoins d'une population accrue, jeune, au niveau de vie amélioré'[47]. Il s'agit de faire de ce nouveau quartier « une zone résidentielle pour cadres »[48]. Les études sont réalisées par la SEDMA a la fin des années soixante et c'est en 1971 que Jean Taittinger tranche sur les orientations à mettre en œuvre[49]et met en révision le plan d'urbanisme de détails (PUD).

C'est à la SEDMA (Société - d'économie mixte- d'Equipement des Deux Marne) qu'est confiée l'opération qui s'étend sur 22 hectares. Il s'agit non seulement de raser le quartier, de reloger les habitants dans les ZUP de la périphérie, mais aussi d'implanter de nouveaux équipements dignes d'une métropole régionale. Toutefois, sous la pression des commerçants du centre ville qui craignent une concurrence, seuls des commerces de proximité seront implantés en rez-de-chaussée des immeubles. Une ZAD a été créée pour permettre l'acquisition progressive des immeubles acquisitions qui s'achèveront dans le cadre d'expropriation avec des DUP (déclarations d'utilité publique). L'opération va aussi intégrer l'îlot Paul-Doumer et le quartier Hincmar qui bordent l'ancien port désaffecté du canal. Le programme initial prévoit 62 000 m² de surface de commerces et 75 000 m² de surface pour des parcs de stationnement en silos. Il est fait abstraction du tracé ancien des voies. C’est un nouveau quartier avec des esplanades aérées qui est dessiné dans la suite des projets de Camelot et de Rotival.

L'opération se fera en trois temps : le premier intègre le quartier Fléchambault sous l'ère de Jean Taittinger et la seconde notamment avec le quartier Hincmar, sous celle de Claude Lamblin élu maire en 1977. L'opération Fléchambault permet l'implantation d'une nouvelle population de cadres et de fonctionnaires. Les premiers équipements qui seront implantés dans ce nouveau quartier seront : le Rectorat et la cité administrative puis le tribunal, l'agence d'urbanisme... Pour les logements, il est fait appel essentiellement à la promotion privée.

Dans ce second temps, des logements sociaux sont construits le long du canal dont le Ruban Bleu par l'Effort rémois avec comme architecte Paul Chemetov. Il s'agit alors de réintégrer dans le centre ville des populations qui pour une large part ont été rejetées dans les grands ensemble de la périphérie. Un parc en silo, le seul qui sera réalisé sur les 75 000 m² prévu sera réalisé derrière le musée Saint-Denis. Un concours sera lancé pour l'aménagement provisoire des abords de la basilique. Le projet retenu sera celui de Laurent Bourgois, Pierre Eidekins et Patrice de Turenne.

Le projet de réorientation de la rénovation par la municipalité socialo-communiste sera lui aussi infléchit par les municipalités de Jean Falala et de Jean-Louis Schneiter avec la construction notamment d'une médiathèque à la place de l'ancien commissariat central, la construction du conservatoire, la construction de nouveaux logements rue de Venise...

L'une des conséquences de la destruction massive de témoins de l'habitat ancien va amener à une protection de 82 édifices dans la ville en 2008.

Si l'opération a induit une forte densification de l'habitat, il est néanmoins aménager un parc derrière la basilique dont les abords sont dégagés. Les anciens remparts (la butte Saint-Nicaise) sont aménagés. « Le parc des Buttes Saint-Nicaise recouvre 3,3 ha. Dans la continuité du parc des Arènes du Sud, ce parc très arboré se situe sur l’emplacement des anciens remparts, démolis à la fin du XIXe siècle, dont subsistent une tour et une poterne, seuls vestiges rémois de l’enceinte médiévale de la ville. Une partie des remblais en craie serait issue du creusement des caves de champagne. Le parc est classé au titre de la loi sur les sites, la tour de l’ancienne poudrière est classée monument historique » [50].

Avant le quartier St Remi comprenait, sur 22 hectares, 1 500 logements dont 1 300 d'insalubres, 3 500 habitants dont 1 500 actifs avec 60 % d'ouvriers, 19 % d'employés et 10 de commerçants et artisans. Après la rénovation, il comprend 2 500 logements dont seulement 545 HLM.

Coût de la rénovation ?

Les nouveaux quartiers d'habitation

La ville va se transformer très rapidement en utilisant la procédure de ZUP créée après la guerre pour faire face aux besoins induits par le baby-boom et le développement économique des "trente glorieuses". La seconde caractéristique d'un programme ambitieux de près de 25 000 logements, sera la part prise dans cet enjeu de développement par les trois organismes HLM locaux et l'importance de l'habitat locatif.

Répartition des constructeurs et des types de logements de 1962 à 1970[51].

Lieu de construction Nombre de logements Nombre HLM  % HLM Locatifs  % locatifs
En diffus dans le tissu urbain 9 598 2 787 29 6 220 65
Rénovation St Remi 2 500 545 23,5 1 395 60
ZUP 13 872 12 000 86 12 225 87

Ce tableau montre aussi la place particulière et originale prise par les constructeurs de logements sociaux dans la croissance de la ville. C'est là une situation déjà analysée. Elle résulte des réflexions du CEARR qui dès 1944 s'interroge sur la problématique du logement en lien avec le développement économique. Cela donnera naissance à l'instar du CIL (comité interprofessionnel du logement) de Roubaix-Tourcoing, du CIRH (Comité Interprofessionnel Rémois de l'Habitation qui deviendra ensuite le COPLORR. Le COPLORR (COmité Paritaire du LOgement de la Région de Reims) met en œuvre une gestion paritaire du logement avec d'une part les syndicats représentés par Charles Guggiari de la CGT et qui dirige aussi le journal L'Union issu de la Résistance et d'autre part la SA HLM L'Effort rémois avec Bertrand de Voguë dès le 13 février 1947 sous la forme d'une association loi 1901. Cet organisme de gestion paritaire va, avec la création du 1 % en 1953 (versement de 1,5 % de la masse salariale pour la construction de logements sociaux), accroître son action en faveur du logement social.


Répartition des programmes de constructions neuves entre 1962 et 1970[52].

ZUP Nombre de logements OPHLM SA HLM L'Effort Rémois SA HLM Le Foyer rémois Total des 3 sociétés HLM
Orgeval 2 391 438 852 764 2 054
Europe 1 973 1 893 1 893
Châtillons 3 113 2 807 2 807
Croix Rouge Université 2 582 1 929 161 91 2 181
Croix Rouge administratif 3 813 1 077 2 010 2 087
Total 13 872 2 367 4 897 4 758 12 022

L'analyse montre d'une part la ségrégation sociale entre le centre ville avec des opérations privées (Rénovation St Rémi) et le rapport en périphérie des classes ouvrières et moyennes (ZUP). Par ailleurs, on constate que des opérations entières sont confiées à un seul organisme hormis le quartier Orgeval confié aux trois organismes HLM et le quartier Croix-Rouge administratif confié aux deux seuls organismes privés.

Wilson

Le quartier Wilson a été réalisé de 1956 à 1961. C'est le premier grand ensemble d'HLM de la ville. Le maire René Bride veut en faire une opération exemplaire qu'il confie à la SA HLM Le Foyer rémois (837 logements) et à la SA HLM L'Effort rémois (360 logements). L'opération a alors pour nom SIR 1 et SIR 2 (Secteur industrialisé de reconstruction). Le plan masse et la réalisation sont confiés à l'architecte et urbaniste Xavier Arsène Henry[53]( 1919-2009), grand prix de Rome, et son frère Luc, disciples de Le Corbusier. Il comprenait 700 logements en barres et deux tours. Ces logements ont été réalisés, pour faire face à la demande en logements liée au baby-boom, de façon industrialisée avec des éléments préfabriqués. À l'achèvement, 1 309 logements sont réalisés sur 12,38 hectares soit une densité de 106 logements/hectares. Le quartier est délimité de façon très nette avec au Sud-Ouest avec la voie SNCF, au Nord-Ouest avec le boulevard Franchet d'Espereyet au Nord-Est avec le boulevard Wilson. Réhabilités dans les années 1970 (opération HVS - habitat et vie sociale), ces logements devenus obsolètes ont été détruits en 2003. Le quartier comprenait un centre commercial avec une église (St Jean Marie Vianney) et l'un des premiers supermarchés de Reims (Radar) ouvert en 1968 après celui (express-marché) de la place Mozart. Il bordait le champ "Mencière" qui servit de casernement provisoire aux troupes américaines à la fin de la seconde guerre mondiale. C'est sur ce champ qu'a été réalisé le franchissement de la voie Hincmar qui mènent au quartier Croix-Rouge et au campus universitaire.

Voir : Quartier Maison-Blanche - Sainte-Anne - Wilson à Reims

La ZUP d'Orgeval

Voir : Quartier Laon Zola - Neufchâtel - Orgeval à Reims


Le quartier de l'Europe

La réalisation a été confiée au Foyer rémois qui va réaliser la quasi-totalité des logements sur 43 hectares sur la base d'un plan masse dessiné par l'architecte Jean-Loup Roubert, grand prix de Rome.

Voir : le quartier de l'Europe chemin vert à Reims

Les Châtillons

la ZUP Croix-Rouge

La ZAC (zone d'aménagement concerté) est une procédure de mise en œuvre opérationnelle qui succède aux ZUP (zone d'urbanisation prioritaire). Elle permet l'acquisition et l'aménagement des terrains destinés à l'urbanisation (habitat, activités...). La ZUP Croix-Rouge comprenait initialement trois quartiers qui ont été séparés en trois procédures distinctes compte tenu de l'évolution des procédures dans le temps et aussi de la taille même des opérations avec au total 15 000 logements.

Quartier Croix-Rouge

Le 25 août 1962 sur 270 hectares de terres arables, sur une hauteur sont déclarées d'utilité publique, les travaux ne commencerons qu'en 1968.

La ZAC de Murigny 1
La ZAC de Murigny 2

Cette opération de 138 hectares a été créée en 1973. Elle est étudiée dès 1977 par l'Agence d'urbanisme de Reims avec comme architecte Alain Coscia-Moranne[54] et comme paysagiste Alexandre Chemetoff assisté alors de Michel Massot. Interviennent aussi des coloristes : Denis Lascève et Dominique Laidebeur. Le programme initial est de 1755 logements dont 1275 maisons individuelles et une zone commerciale de 30 hectares. L'aménageur est la SEDMA (Société d'équipement des deux Marnes qui sera dissoute en 1990). Il comprend aussi deux écoles primaires et maternelles, un collège, un gymnase, une piscine couverte, un centre commercial de quartier et un équipement socioculturel. Sont aussi intégrés à ce programme des espaces verts de jeux et de loisirs. Pour une large part, cette opération s'inspire des cités-jardins. L'opération débute dès 1976 avec l'étude de l'opération Diapason : une expérience de participation des habitants à la conception de leur habitat avec les architectes Humbert Di Legge et Gilles Borderioux pour le compte de la SA HLM L'Effort rémois et son président Jacques Richard, alors président de Fédération des SA HLM de France. Cette opération inspirée de la démarche de l'architecte belge Léon Krier à Woluwe St Pierre et aussi de l'Alma-Gare à Roubaix[55] et Louvain-la-Neuve en Belgique. Cette démarche sera réitérée par les mêmes architectes associés à Jean-Jacques Dupuy, paysagiste et François-Xavier Tassel, urbaniste, pour une ZAC de 400 logements à St Brice-Courcelles, la ZAC du Mont Hermé toujours avec la SA HLM L'Effort Rémois en 1978.

La ZAC de Murigny 2 va chercher à rompre avec la monotonie des lotissements et mélanges les programmes[56] et les formes d'habitat dans une souci constant de recherche de qualité de vie notamment aux travers les aménagements extérieurs et les espaces verts. Cette opération fut aussi l'occasion d'expérimenter de nouvelles formes d'habitat (opération avec les architectes BCDE…) et aussi de construction en commençant à intégrer la problématique des économies d'énergie. L'opération est achevée an 1998 et seuls ne seront pas réalisés la crèche et le collège prévus initialement. Par contre une troisième école sera réalisée pour faire face aux besoins du quartier (rue Richelieu). Au total auront été construits : 2 294 logements dont 1 103 collectifs, 1 191 individuels dont 249 locatifs et 942 en accession à la propriété. La zone d'activités compte aujourd'hui 62 commerces et entreprises et près de 700 emplois.

La ZAD de la Husselle et le préverdissement

Un terrain triangulaire de 28 hectares à moins d'un kilomètre du centre ville et délimité par les voies ferrées est un îlot difficilement accessible avec un unique pont. Non loin des quartiers périphériques où ont été rejetés les populations les plus modestes comme le quartier de Tunisie aux confins de la ville, ce quartier surnommé le Maroc va être une zone où vont se regrouper dans un bidonville les populations les plus pauvres de l'agglomération et notamment les nomades et les gitans. C'est là qu'œuvre ATD Quart Monde dès sa création à Reims en 1970[57] avec notamment Claude Ferrand.

C'est suite à un incendie qui détruit en mars 1978 la cité de transit Henri Gand de la SONACOTRA que se pose le problème du relogement des populations marginales. Une étude est confiée à la SEDMA. Le site retenu est celui de la Husselle qui a triste figure. Aussi avant que d'entreprendre des aménagements coûteux dans un quartier mal desservi, il est procédé à un préverdissement sur la base d'un plan masse élaboré par les paysagistes Alexandre Chemetoff et Michel Massot avec des plantations et aussi des jardins familiaux pour interdire le retour des populations évincées. L'Agence d'Urbanisme étudie avec Alain Coscia-Moranne un plan masse qui ne sera pas réalisé[58].

Ce n'est que 30 ans plus tard avec notamment la réalisation des voiries qui désenclavent le secteur que ce quartier à cheval sur les communes de Reims et de Bétheny est urbanisé dans le cadre de la ZAC de la Husselle avec une vocation d'activités. Ce parti d'aménagement évolue dans le cadre du projet Reims 2020 pour y accueillir aussi de l'habitat en relation avec une autre opération de l'autre côté des voies ferrées, rue de la 12° escadre[59].


Le centre ville

Le centre ville encore aujourd'hui correspond à l'ancienne enceinte médiévale. Sa reconstruction après la guerre 14-18 lui permet de passer le XXe siècle sans modifications majeures en termes de trame urbaine hormis la création du pont Hincmar. Les bâtiments de la même époque résistent au temps et aux mutations des commerces. Les modifications majeures qu'il faut noter sont la piétonisation du haut de la rue de Vesle par la municipalité de Claude Lamblin après l'essai avorté de Jean Taittinger la dernière année de son mandat en 1975 et ce malgré l'opposition d'une partie des commerçants du centre ville. L'aménagement est « rustique » est sans grande valeur esthétique. La piétonisation du cours Langlet par la municipalité de Jean Falala au début des années 80 fera l'objet d'un concours et c'est le projet de Jean-Michel Jacquet qui va être réalisé en même temps qu'un parking souterrain sous la place en face de la gare en 1987. Dans le prolongement est aussi pétionisée la place Buirette. Un parking est aussi construit derrière les Magasins modernes.

Le commerce évolue et Fernand Pouillon réalise en 1974 un complexe place d'Elon qui comprend un cinéma rénové (Le Lion d'or), des commerces avec une galerie marchande et des logements. Les anciennes enseignes des grands magasins qui ont fait le fleuron de la ville changent de nom : les Magasins modernes, Rue de Vesle, le Grand Familistère au théâtre, Monoprix rue Talleyrand, les Galeries Rémoises... La FNAC s'installe avec Monoprix dans l'ancienne galerie marchande qui relie la Place Buirette à la place d'Erlon. La maison qui fut le siège de la Gestapo longtemps inoccupée ne se transforme pas en musée de la Résistance mais en square pour les habitants du quartier. Le cirque en bas des Promenades retrouve une nouvelle jeunesse. Le commissariat central de police quitte la rue Libergier pour aller dans de nouveaux bâtiments près de la gare et à la place est construite une médiathèque. L'hôtel des Impôts est installé à Saint-Rémi et la caserne des sapeurs pompiers, rue Chanzy, est reconstruite le long de la Vesle. Les anciens abattoirs, Porte Paris, sont remplacés par des cliniques et une polyclinique est construite dans le parc de l'ancien sanatorium Mencière rue Courlancy. Le quartier Hincmar compris dans la rénovation de Saint-Rémi va être reconstruit durant la municipalité de Claude Lamblin pour la façade qui est le long du boulevard Paul-Doumer, réintroduisant un peu de logement social dans le centre ville.

L'aménagement le plus spectaculaire est sans doute l'aménagement du Parvis de la cathédrale mainte fois remis sur le tapis. Après concours c'est le projet dû aux architectes J.I. Linazasoro / N. Thienot, C. Ballan qui est enfin réalisé.

C'est le projet de tramway étudié sous la municipalité de Jean Falala et qui sera inauguré en 2011 qui va susciter le plus de controverse notamment dans sa traversée du centre ville. Le projet sera repoussé une première fois pour être ensuite réalisé par la municipalité de Jean-Louis Schneiter.

Les grands équipements

Dans la dynamique du plan Rotival, la ville se dote d'un certain nombre d'équipements qui lui confère une stature régionale et national. Ces bâtiments ou espaces publics témoignent de l'architecture et de l'urbanisme contemporains.

  • La maison de la Culture André-Malraux rebaptisée La Comédie dans le parc du Pont de Vesle. Inaugurée en 1969 par Edmond Michelet. Architecte : Jean Lecouteur. À proximité est aussi édifié le Centre International de Séjour.
  • Le parc Léo-Lagrange. Ce parc de près de 12 hectares a été réalisé en 1978 à l'emplacement des jardins maraîchers établis sur les limons de la Vesle et d'un ancien parc privé, à proximité du stade Auguste-Delaune. Il a été par le paysagiste Jacques Segard.
  • L'hôpital Robert-Debré
  • Le Campus de Croix-Rouge
  • Le château d'eau de Croix-Rouge
  • Nouvelle caserne de pompiers. Sur le bord de la Vesle et de l'autoroute. Architectes : Di Legge et Borderioux.
  • La cartonnerie. Ouverte en 2005. Architecte : ?

L'agglomération rémoise

Le SDAU

Le SDAU de la région de Reims

Le mythe de la planification ?

L'histoire de l'urbanisme de Reims est marqué depuis la fin du XIXe siècle par Le XXe siècle est marqué par une démarche constante de planification et par deux fois au moins originale et expérimentale au regard du processus national (reconstruction et plan Rotival). Force est de constater sur le terrain les effets de cette volonté de maîtriser et d'impulser le développement de la ville au regard notamment des contingences économiques et sociales. Les ambitions fortes formulées par le CEARR sitôt la première guerre mondiale n'atteindront pas les objectifs fixés malgré l'ampleur des réalisations. la croissance semble stagner après les « trente glorieuses », les années soixante dix. Aussi Georges Colin avant d'accéder à la présidence du district de Reims en 1976 s'interroge sur les raisons de l'efficacité de la planification stratégique en termes de développement urbain[36]. Il y voit une raison majeure qui est la nature même de ces documents qui ne sont en rien des éléments opérationnels mais des documents d'intention. La seconde raison est l'aspect essentiellement réglementaire des POS qui interdisent ou autorisent des usages et définissent des règles de construction, mais qui en rien, n'incitent ou poussent à l'action. Cela est encore vrai avec les PLU même s'ils sont précédés aujourd'hui d'un PADD (plan d'aménagement de développement durable) sensé en exprimer les orientations politiques. La troisième raison évoquée, est aussi que la seule condition de mise en œuvre de tels documents fasse l'objet d'un consensus et de l'engagement de tous les acteurs locaux, régionaux et nationaux. Il apporte pour preuve la superposition des documents :

  • 1943 - Etude du plan Camelot
  • 1958 - Etude du plan Rotival
  • 1960 - Approbation du plan Camelot
  • 1967 - Etude du SDAU et du POS
  • 1970 - Etude de la ZANC (Zone d'appui Nord-Champenoise (Reims, Epernay, Châlons sur Marne)
  • 1971 - Approbation du plan Camelot
  • 1975 - Approbation du SDAU

La confrontation des dates permet aussi de constater la longueur du temps entre l'étude d'un plan et son approbation, ce qui est souvent justifié par la souplesse et la gestion au coup par coup de ces périodes de remise en cause. Il faut constater qu'à Reims, jusqu'en 1976, c'est le poids des acteurs locaux qui se sont interrogés avant la seconde guerre mondiale sur le développement de la ville, qui a été un facteur de dynamisme. Ces acteurs se sont retrouvés dans les diverses instances comme le CEARR, la CCI, le COPLORR, les organismes HLM...

Après les études du CEARR, l'Agence d'urbanisme nouvellement créée, réalise l'étude de la ZANC (Zone d'appui Nord Champenoise) sur un vaste périmètre qui regroupe l'aire d'influence économique de Reims, Epernay et Châlons sur Marne. Plusieurs scénarios sont imaginés (ZANC, perspectives de développement, 1971, Agence d'urbanisme de Reims). Schéma 1 - développement de Reims sur lui-même, radio-concentrique / Schéma 2 - développement linéaire de Reims sur l'axe de la RN 44 Prunay - Reims- Cormicy) et schéma 3 - Développement éclaté avec des p$oles de développement secondaires autour de Reims). C'est le schéma 2 qui assoie la prépondérance de Reims et qui va servir de base au Livre Blanc conformément aux volontés du maire de Reims, Jean Taittinger.

Le SDAU est le premier document qui va permettre, à l'échelle locale, une prise en compte d'un territoire qui dépasse largement l'aire de l'agglomération rémoise avec 137 communes. Toutefois ce territoire est loin de représenter l'influence réelle de Reims avec une aire urbaine qui couvre aussi le Sud du département des Ardennes et de l'Aisne. C'est au sein de la CLAU (commission locale d'aménagement et d'urbanisme) chargée d'élaborer le SDAU avec le support technique de l'Agence d'urbanisme que va se dessiner un compromis avec le milieu péri urbain[60]. Toutefois, la CLAU présidée par Jean-Schneiter alors adjoint au maire de Reims, est largement dominée par les représentants de la ville centre. Cela entraînera la démission fracassante d'Albert Vecton lors la "fronde de Sillery". Lors de la réunion d'information sur le SDAU réclamée par les élus locaux qui aura dans la salle des fêtes de la commune de Sillery le 3 février 1975, une cinquantaine de maires se lèvent derrière Albert Vecten conseiller général et maire de Muizon pour contester les orientations développées dans le projet de SDAU. Lors de cette réunion, Georges Colin, professeur de géographie à l'Université de Reims distribue un opuscule expliquant les conséquences du choix retenu par la ville de Reims. Il met en exergue l'ambition démesurée du SDAU avec son objectif de 605 000 habitants et 242 000 emplois : 380 000 habitants pour l'agglomération rémoise, 37 000 pour le secteur de la Haute Vesle, 40 000 pour celui de Cormicy, 41 000 pour la vallée de la Suippes et 50 000 pour Jonchery-sur-Vesles/Fismes. Il met en exergue le fait que ce sont les ouvriers et employés qui vont être rejetés à la périphérie et qui devront supporter les déplacements vers les nouvelles zones d'emplois prévues en dehors de l'agglomération : Loivre 40 à 80 hectares, 300 à 400 ha à Cormicy et autant à Prunay. Il s'interroge aussi sur les modalités financières d'une telle expansion (Note de Georges Colin de 9 pages ronéotypées, 1975 citée et reproduite par Michel Férot et François-Xavier Tassel op. cit.). Amendé aux marges et après un fort travail de persuasion auprès des élus locaux, le SDAU sera approuvé en 1975 pour servir de cadre au développement du pays rémois. C'est en fait une enveloppe largement taillée qui protège les espaces agricoles stratégiques et permet une "rurbanisation" de la périphérie rémoise. Faute d'être accompagné d'une volonté politique forte et aussi de moyens la mise en œuvre du SDAU restera bien en deçà des ambitions initiales, bénéficiant principalement à l'agglomération rémoise.

Le dernier tiers du XXe siècle est marqué par une reprise en main du champ de la dynamique urbaine par les élus locaux notamment avec la loi de décentralisation et le désengagement progressif de l'État comme la diminution des financements du logement social. Il faut aussi noter la disparition progressive de la planification nationale que traduit l'atonie de la DATAR dans le dernier quart du XXe siècle.

Par ailleurs, il faut aussi noter que Reims ne dispose que d'un territoire limité et qu'une grande partie de son urbanisation s'est faite sur les communes périphériques : Cormontreuil, Tinqueux, Bétheny et Saint-Brice-Courcelles, voire Saint-Léonard pour la zone d'activités. L'exiguïté du territoire de Reims Métropole reste encore aujourd'hui une limite à une expansion cohérente et maîtrisée avec par exemple un pôle de compétitivité des agro-ressources sur Bazancourt, un aérodrome sur Prunay qui se trouve hors le District de Reims devenu la communauté d'agglomération Reims Métropole, une zone commerciale sur la commune de Thillois non desservie par les transports en commun, des pôles développement comme Cernay ou Guignicourt dans sa périphérie immédiate, un aéroport (BA 112) à cheval sur les commune de Bétheny et de Courcy... Aujourd'hui les nouvelles contingences liées au développement durable obligent à mieux prendre en compte aussi l'ensemble du pays rémois. L'agglomération rémoise comprend 6 communes alors que son aire urbaine qui traduit son influence effective en comprend 175 dont une large part hors de l'aire d'étude du SCOT. Elle se trouve par ailleurs à cheval sur trois départements : Marne, Aisne et Ardennes.

Le SCOT

La ville contemporaine

Évoquer la ville contemporaine en train de se construire et de se développer peut être sujet à polémique. Nous excluons de cet article toutes les appréciations d'une telle nature. Cependant, il est nécessaire de les présenter pour permettre de mieux apprécier la dynamique de développement dans un contexte nouveau mais qui, pour une large part, reste ancrée fortement dans l'histoire fût-elle récente.


Le quartier Clairmarais : la City rémoise

Le quartier Clairmarais a été construit au-delà de la gare, après la réalisation de la ligne de chemin de fer reliant Reims à Paris d’une part et à l’Est de la France de l’autre. Il a été d’abord occupé par de nombreux établissements de commerces à succursales multiples et aussi d’entreprises comme la biscuiterie Rem. Un lycée technique y est construit entre les deux guerres et qui servir de lieu de reddition pour l’armée allemande. Ces entrepôts devinrent avec la modification des structures de la grande distribution des friches industrielles. Ces terrains en plein centre ville, sont devenus avec la réalisation de la ligne de TGV Est ouverte en 2007, un enjeu important pour le développement de la ville. C’est alors que sort de terre un nouveau quartier d’affaires avec 30 000 m² de surfaces de bureaux à proximité de la gare pour un programme qui à terme devra en compter plus du double. Cette opération est aussi en relation avec le réaménagement de la gare desservie par le nouveau tramway et une ouverture sur ce quartier en pleine rénovation.

  • Maîtrise d’ouvrage : ville de Reims.
  • Opérateurs : Espace ferroviaire aménagement, Crédit mutuel.
  • Architectes : Beguin - Macchini, Humbert Di Legge, Arnault Pingat

La gare TGV Champagne-Ardenne

Voir : gare de Champagne-Ardenne TGV.

La ZAC de Bezannes

Entre les quartiers de Croix Rouge et Bezannes, a été créée la ZAC de Bezannes. Elle la conséquence directe de l'implantation de la gare TGV Champagne Ardennes. Ce petit village rural de Bezannes qui chercha à préserver son caractère de hameau rural avec ses 500 habitants au sein d'une agglomération de plus de 200 000, a du finir par intégrer l'aire de développement du Sud de l'agglomération non sans réticence. Mise en œuvre par Reims Métropole, elle fait l'objet d'un partenariat public_Privé.

Le contournement Sud

Le tramway

Le Projet urbain

Voir : http://reims2020.fr/

La coulée verte

Les acteurs de l'urbanisme à Reims =

L'histoire de la ville démontre largement que son évolution n'est en rien le fruit du hasard et qu'elle n'est pas pur produit de l'économie. La ville est aussi et sans doute d'abord par essence politique en réunissant des hommes et des femmes autour d'un même projet commun dans un contexte géographique, économique, historique déterminé. Depuis l'Antiquité l'homme a façonné la ville et ce bien avant même Hippodamos de Millet. La sémiologie de l'espace, discipline récente, nous montre comment la ville s'inscrit comme projet dans l'espace et par là permet à l'homme d'accéder à sa propre humanité en devenant civi-lisé, homme de la civis, de la cité, par opposition aux barbares. Les Romains ont largement utilisé la cité pour imposer progressivement leur modèle culturel à mesure de l'avancée de leur colonisation de l'Europe. Reims n'échappe pas à la règle et nous pouvons encore en lire la trace avec le cardo et le decumanus majores tracé par les arpenteurs romains et leur gromma.

Les interventions qui vinrent réellement bouleverser l'organisation furent régaliens avec par exemple la place royale. Le pouvoir central cherche alors symboliquement à marquer de son empreinte le territoire national entre la cathédrale et l'hôtel de ville, les deux pouvoirs anciens et souvent antagoniques. On fait appel à des ingénieurs polyvalents, hommes du génie militaire souvent comme Vauban. C'est au XIXe siècle que va progressivement apparaître l'urbanisme moderne. Avant que d'être régulé, il sera d'abord "sauvage" pour répondre aux besoins pressants de l'industrialisation et aussi de l'émigration des population rurale devenues prolétaires. Le Musée social essaye de réunir à partir des éléments collectionnés par Frédéric Le Play et Emile Cheysson à mesure des expositions universelles dans le cadre de la section d'économie sociale, les conditions de l'émergence d'un urbanisme humaniste qui repose sur :

  • - un corpus juridique ;
  • - une théorie ( la cité jardin comme avènement de la paix sociale);
  • - un métier avec des professionnels regroupés au sein de la SFU (société française des urbanistes) dès 1911, un enseignement avec l'école des hautes études urbaines, des revues dont la revue Urbanisme...
  • - des constructeurs avec le réseau naissant des sociétés et offices HBM.

Les premiers acteurs

Les premiers acteurs qui interviennent massivement et volontairement sur le développement de ville qui échappe aux élus locaux sont privés. Il s'agit des industriels qui investissent d'abord les anciens domaines religieux devenus vacants après la Révolution (quartier de la Fabrique). Lorsque la place manque, les nouveaux venus, anglais pour la plupart, viennent s'installer aux confins de la ville (site de la ferme des anglais au Nord-Est du boulevard Dauphinot). Les spéculateurs édifient à la hâte des cités sans eaux ni égouts où les voies ne sont même pas empierrées aux limites de la ville. Ce sont là des foyers de maladie et de misère qui émeuvent pour des raisons diverses le patronat local, les élus et quelques philanthropes. Naissent alors progressivement de ce constat mené régulièrement par les hygiénistes plusieurs réactions :

  • - l'élaboration de lois pour interdire ou résorber les lotissements insalubres ;
  • - le développement de sociétés d'aide et de secours tant religieuses que laïques voire mutuelles[61];
  • - une prise en charge du logement des ouvriers et employés directement par les chefs d'entreprises comme la cité de la Verrerie;
  • - une réflexion plus globale sur les causes de telles situations et les solutions envisageable avec des cercles d'études soit à l'initiative du patronat "éclairé" ou des partis politiques. Ces réflexions font échos à celles menées au niveau national dans les mêmes milieux et dont le Musée social devient le réceptacle et le conservateur voire le diffuseur.
  • - une expérimentation empirique de modèles alternatifs comme avec Léon Harmel au Val des Bois à Warmeriville ou Godin à Guise pour n'évoquer que les expriences proches de Reims. On pourrait évoquer aussi l'influence de la Cité de Mulhouse avec Jules Siegfried et Emile Cheysson qui furent liés professionnellement au contexte rémois de leur époque comme à Frédéric Le Play et son mouvement.

Les bailleurs sociaux

On ne peut évoquer Reims et son urbanisme, sans rappeler la part historique qui revient aux organismes constructeurs privés et comme publics nés au début du XXe siècle : la SA HLM Le Foyer Rémois crée en 1912 à l'initiative de Georges Charbonneaux, la SA HLM Le Foyer Rémois à l'initiative du patronat local et l'Office Public HLM en 1919 et aujourd'hui dénommé Reims Habitat. L'initiative des bailleurs sociaux et notamment celle due à Georges Charbonneaux s'ancre dans les mouvements en cours et notamment celui impulsé par le Musée Social et qui reprend les idées d'Ebenezer Howard. Ce dernier les met en œuvre avec la réalisation de deux cités présentées comme des alternatives à l'urbanisation en tâche d'huile du grand Londres : Letchworth et Welwyn. En 1912, Georges Charbonneaux emmènera une délégation rémoise visiter Lecthworth qu'habite encore Ebenezer Howard. La première extension de la ville après la guerre se fera donc sur des terrains vierges, à la périphérie immédiate et sous forme de cités jardins à l'initiative des bailleurs sociaux locaux avec comme toile de fond le plan Ford. Les premières furent réalisées par le Foyer Rémois

  • - La cité du Chemin vert qui restera l'archétype le plus abouti - 1919
  • - La cité St Léonard - 1923
  • - La cité de Mulhouse - 1923
  • - La cité de Brimontel- 1924
  • - Cité du Parc d'artillerie - 1929
  • - Cité Cérès - 1923-1929
  • - Cité des Trois Fontaines - 1934

Les élus rémois n'entendent pas rester en marge malgré leurs réticences à s'engager dans une politique de logement social.

  • - Cité Maison Blanche - OP HBM.

Le mouvement moderne avec Le Corbusier condamnera la cité-jardin comme modèle pour imposer l'habitat collectif censé être plus profitable aux habitants. Les premières opérations sont là encore l'œuvre des bailleurs sociaux après la seconde guerre mondiale :

  • Wilson - 1958
  • Orgeval - 1963
  • Châtillons - L'Effort rémois - 1965
  • Les Epinettes - 1965
  • Europe - 1970
  • ZAC du Mont Hermé - L'Effort Rémois - 1978

En parallèle les acteurs économiques entament dès avant la seconde guerre une réflexion sur le développement de l'agglomération avec notamment le CEARR et le CELAM.

Sous l'impulsion de Jacques Richard (1925-1983), directeur général de l'Effort Rémois et président de l'Union des SA HLM, Reims continue d'être un véritable laboratoire en matière de logements avec nombres de distinctions et notamment de nombreux lauréats du PAN (concours national d'architecture nouvelle) en mettant la pied à l'étrier à de jeunes architectes talentueux.

Il faut ajouter aussi aux côtés des bailleurs sociaux, le rôle du COPLORR fondé en 1947 et dont Jacques Richard fut dès 1954, le secrétaire général puis le directeur général. Ce comité paritaire du logement de Reims et de sa région, constitué sous la forme d'une association loi 1901, est chargé de la collecte et de la gestion des fonds du 1 % logement. Cette gestion se fait avec une parité 50/50 de patrons locaux et de représentants des syndicaux locaux. Le 20 juin 1947 le COPLORR crée son propre outil de construction avec la SA HLM L'Effort Rémois. La première opération sera celle de la rue Albert Thomas dont la première tranche est achevée en 1948. Aujourd'hui, L'Effort Rémois est membre du groupe Plurial. Voir : http://www.effort-remois.com/Notre-histoire

La CCI

L'agence d'urbanisme de Reims

Pour pouvoir dialoguer avec les acteurs économiques locaux, la ville de Reims sous l'impulsion de Jean Taittinger va créer son Bureau des Etudes Urbains (BEUR) qui sera dirigé par un ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Delauzun. La LOF (loi d'orientation foncière) du 31 décembre 1967 va induire la création d'outils nouveaux pour l'élaboration documents d'urbanisme : SDAU et POS[62]. L'agence d'urbanisme voit le jour par l'association informelle du BEUR et du GEP (groupe d'études et de programmation), service de la DDE chargé de la planification urbain. Elle est créée sous la forme d'une association loi 1901 dont les statuts seront approuvés en 1974 et elle prendra comme nom : Agence d'urbanisme et d'aménagement de la région urbain de Reims[63]. Ses premiers directeurs seront des ingénieurs des Ponts et Chaussées et le président un représentant de l'agglomération élu de la ville de Reims. Les missions de l'agence d'urbanisme initialement financée par l'Etat et les collectivités locales vont évoluer dans le temps comme outil principal de planification du développement local jusqu'à l'élaboration récente du Projet Urbain Reims 2020 où il est fait appel à trois équipes d'envergures nationales dont les leaders sont tous des Grands Prix de l'Urbanisme : Philippe Panerai, Bruno Fortier et Christian Devillers. L'agence est devenue AUDRR en 1988 et est l'outil d'élaboration du SCOT pour le compte du SIEPRUR - syndicat intercommunal d'études et de programmation de la Région de Reims. Les présidents de l'Agence d'urbanisme :

  • 1972-1977 - Jean Taittinger, maire de Reims, président du District de Reims;
  • 1977 -1981 - Georges Colin, président du district de Reims
  • 1981 - 1983 - François Letzgus, président du District de Reims
  • 1983- 1997 - Jean-Louis Schneiter, président du district de Reims
  • 1997 - 2001 - Frédéric Payen, adjoint au maire de Reims
  • 2001 - 2008 - Jean-Pierre Fortuné, Maire de Tinqueux
  • depuis 2008 - Serge Pugeault, adjoint au Maire de Reims.

La SEDMA

Pour conserver la main, la ville de Reims, malgré les bonnes relations qu'elle entretien avec les bailleurs sociaux, entend développer son propre outil d'aménagement. A l'époque, l'OP HLM ne pouvait avoir cette compétence. Aussi, le département de la Marne avec le soutien de la ville de Reims, crée une SEM (société d'économie mixte) d'aménagement, la SEMAR (société d'équipement de la Marne) en 1960 avec la SCET (société centrale d'équipement di territoire) filiale de la caisse des dépôts et consignations (CDC). En 1966, elle devient la SEDMA (société d'équipement des deux Marne) pour pouvoir intervenir aussi en Haute Marne. Son premier président fut le comte Aymard du Buisson de Courson (1914-1985), inspecteur des finances et conseille général de 1958 à 1985. La première opération de la SEDAM fut la rénovation urbaine du centre ville qui déclencha quelques oppositions. Lui fut ensuite confié l'aménagement des quartiers Sud : Croix Rouge et Murigny. Cette société sera dissoute en XXXX.

L'IATEUR

L'agglomération rémoise a pu aussi bénéficier de la création d'un des tous premier Institut d'aménagement du Territoire après le CESA de Tours. C'est en 1971 que Roger Brunet professeur de géographie à la Faculté de Lettres créé l'Institut d'aménagement du territoire et d'environnement de l'université de Reims avec d'autres géographes comme Marcel Bazin, des juristes comme André-Hubert Mesnard et Bernard Touret, de botaniste comme Gianardoli, des économistes,... L'institut fortement ancré dans le milieu local fera aussi appel à des professionnels locaux. C'est aussi un centre de recherches dont a pu bénéficier l'agglomération rémoise pendant plus de tente ans avec de nombreux colloques et séminaires thématiques. Cet institut a aussi permit la création de petites structures d'études en urbanisme avec d'anciens étudiants sans pour autant dégager et animer un véritable milieu professionnel local comme en témoigne le faible nombre d'urbanistes certifiés OPQU en Champagne-Ardenne. Quelques architectes locaux revendiquent aussi la qualité d'urbaniste attestée ou non par une formation ou qualification officielle.

Bibliographie

  • Robert Neiss, Le Développement urbain de Reims dans l'Antiquité, Reims, CRDP Reims, 1977, 36 p. 
  • Robert Neiss, « La Structure urbaine de Reims antique et son évolution du Ier au IIIe siècle après J.-C. », dans Revue archéologique de Picardie, vol. 3, num. 3-4, 1984, p. 171-191 [texte intégral] 
  • Maurice Hollande, Essai sur la topographie de Reims, Reims, Amis du Vieux Reims, 1976 
  • La Ville et ses axes monumentaux, une simulation Reims, FOUQUERAY Bernard, CAUSSE - FOUQUERAY Laurence, Ed. A l'écart, Reims, 1985
  • Reims 1600-1914, vues anciennes et plans, RHa, éd. CRDP de Reims, Reims, 1978
  • La Reconstruction de Reims après 1918, illustration de la naissance d'un urbanisme d'État, TASSEL François-Xavier, thèse de doctorat, université Paris-VIII, 1987
  • Reims, étude d'une croissance urbaine, COLIN Georges, Ed. Travaux de l'Institut de géographie de Reims n° 25, Reims, 1976
  • Histoire de Reims, DESPORTES Pierre (sous la direction de), Ed. Privat, Toulouse, 1983
  • Histoire de la France urbaine, collectif, tomes 1, 2 & 3, Seuil, Paris, 1980
  • Les plans anciens de Reims, 1600-1825, Reims Histoire Archéologie, Reims, date ?, préface d'Olivier RIGAUD
  • La Rénovation du centre de Reims, GUTIERREZ Georges, mémoire de DESS, IATEUR, 1974, Reims
  • La Maîtrise du développement urbain : le plan Rotival à Reims - 1960-1980, RALLET Alain, Mémoire de recherche, Laboratoire de croissance urbain, université de Reims, 1980
  • Une ville en projets, Reims 1977-1982, HENRY Guy, Ed. L'Equerre, Paris, 1984, (ISBN 2-86425-030-1).
  • Vignoble et vin de Champagne, Georges COLIN, Travaux de l'institut de géographie de Reims, n° 15/1973
  • La Vie municipale à Reims - Expansion et pouvoir local - 1945-1975, BRUT Christian, thèse de doctorat, université Paris-V, 1980
  • Développement du capitalisme, politique urbaine et habitat ouvrier - L'exemple de l'agglomération rémoise de la première moitié du XIXe siècle à nos jours, collectif sous la direction de Pierre DUHARCOURT, Centre de recherches "Analyse de systèmes", Reims, 1977
  • Contribution à l'analyse de la production du cadre bâti, deux exemples : Reims et Créteil, CLERGET Yves, 3 tomes, mémoire de fin d'études, École spéciale d'architecture, Paris, 1997
  • La reconstruction de Reims après 1918, illustration de la naissance d'un urbanisme d'Etat, TASSEL François-Xavier, thèse de doctorat, Université de Paris VIII, 1987
  • Reims, un laboratoire pour l'habitat, COSCIA-MORANNE Alain, CRDP, Reims, 2005
  • Reims à l'époque de l'Art déco, une ville reconstruite après la première guerre mondiale, RIGAUD Olivier, CRDP, Reims, 2006

Notes et références

Notes

  1. De 1919 à 1923, Kalas devint d'ailleurs « inspecteur » du service archéologique de Reims, rattaché au service des Monuments historiques d'Henri Deneux, grâce à P. Léon
  2. Nom sans doute hérité de la présence de l'enceinte édifiée à cette époque

Références

  1. L'analyse topo-morphologique de l'espace urbain a notamment été développée, en termes de méthode, par Philippe Panerai. Voir notamment : « Formes urbaines, de l'îlot à la barre, éd. Parenthèses, Paris, 1997, avec Jean Castex et Jean-Charles Depaule. Analyse urbaine », éd. Parenthèses, Paris, 1999, avec Jean-Charles Depaule et Marcelle Demorgon
  2. La reconstruction de Reims après 1918, illustration de la naissance d'un urbanisme d'Etat, TASSEL François-Xavier, thèse de doctorat, Université de Paris VIII, 1987
  3. Neiss 1977
  4. Robert Neiss, Les arcs antiques de Reims, Reims, RHa, 1986, 40 p. 
  5. Hollande 1976
  6. Neiss 1984
  7. Plan sur www.ac-reims.fr. Consulté le 19 novembre 2010
  8. ministère de la Culture et de la Communication, Colloque international d'archéologie urbaine de Tours de novembre 1980 : Rapports préliminaires, Paris, Imprimerie nationale, 1980 
  9. [image]Carte de Reims sur cave.maisons-champagne.com. Consulté le 19 novembre 2010.
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