Science sous le Troisième Reich


Science sous le Troisième Reich

La science sous le Troisième Reich concerne une période allant de 1933 à 1945. La société prônée par le régime ne porte pas en la science un grand intérêt, sinon si une application militaire ou administrative est possible. La promiscuité des scientifiques avec le régime est donc ambiguë : si certains sont des nazis convaincus (à l'instar du lauréat du prix Nobel de physique de 1905 Philipp Lenard) et d'autres démis de leurs fonctions ou exilés en raison de leurs origines raciales, la majorité poursuit ses travaux dans une certaine indifférence.

Il convient néanmoins de distinguer des disciplines partiellement inféodées au régime, notamment dans le domaine plus relatif des sciences sociales et les sciences dures, dont l'utilisation frauduleuse des données n'est pas tenable. Les différentes disciplines scientifiques sont placées de 1934 à 1945 sous la direction de Bernhard Rust, ministre de la Science, de l'Éducation et de la Culture populaire.

Sommaire

Contexte scientifique en 1933 et conséquence du changement de régime

Le mathématicien David Hilbert.

En janvier 1933, au moment où Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich, la science allemande domine le monde. Conséquemment à l'industrialisation rapide de l'Allemagne de la fin du XIXe siècle, le développement des sciences amène le pays à être le fer de lance de certaines disciplines (la chimie notamment) et à installer l'idée que tout Occidental souhaitant faire de bonnes études dans le domaine scientifique doit effectuer une partie de ses études en Allemagne ou du moins avoir une connaissance de la langue allemande pour profiter du nombre important de publications scientifiques rédigées dans la langue de Goethe[L1 1]. Entre 1901 et 1933, 23 des 71 Prix Nobel sont ainsi attribués à des Allemands, soit 32,4 %[L1 2].

L'arrivée du NSDAP au pouvoir porte un certain coup à la science allemande, dans la mesure où elle commence à décliner. Cela doit également se conjuguer à la montée en puissance des États-Unis, mais il convient d'observer qu'entre 1933 et 1986, alors que désormais seulement 15 des 63 prix Nobel sont attribués à des Allemands (soit 9 %)[L1 3], l'âge d'or scientifique allemand est révolu. Cela s'explique par deux facteurs : d'une part, l'épuration ethnique du corps scientifique allemand prive le régime de certains talents (vingt prix Nobel quittent en effet le pays, les effectifs baissent de 20 % dans tous les corps confondus, dont 25 % en sciences physiques), de l'autre, l'intérêt du nouveau régime pour les sciences n'est pas concret, hors des cas où celles-ci peuvent donner lieu à une application militaire ou organisationnelle rapide et efficace. Ainsi, en 1934, lorsque le ministre de la Science, Bernhardt Rust, demande au mathématicien David Hilbert (qui dirige l'institut Göttingen) l'état du monde scientifique allemand après le départ des savants juifs, celui-ci répond « il n'a pas souffert monsieur le ministre, il n'existe plus »[L1 4].

Parmi les scientifiques juifs ou d'origine juive à quitter l'Allemagne on compte, dès 1933, le physicien Otto Frisch. La physicienne Lise Meitner, qui dirige le département de physique de la Société Kaiser-Wilhelm peut rester jusqu'en 1938, mais ceci seulement en vertu de sa nationalité autrichienne (qui prend fin avec l'Anschluss) ; elle part donc pour les Pays-Bas puis la Suède.

Responsabilité des scientifiques et de la science

La résistance par la collaboration

Une des questions fondamentales de l'après-Seconde Guerre mondiale aura été de se demander le degré de responsabilité des Allemands vis-à-vis du Troisième Reich. Ainsi, le sort d'un employé de bureau qui aura traité des dossiers de l'État national-socialiste est-il responsable, alors que son travail est dans un sens dépersonnifié et ne requiert pas une conversion idéologique spéciale ? Cette question se pose également dans les domaines artistiques, sportifs et scientifiques. La frontière se situe alors sans doute là où un travail qui aurait été le même sous n'importe quel régime (jouer dans un film, faire des recherches biologiques) se met au service du régime, perd son indépendance, n'existe que comme vecteur d'une idéologie (dans le cas présent, faire des recherches biologiques justifiant la hiérarchie des races ou se plaçant au service de l'industrie de guerre).

Il apparaît en tout cas, qu'en plus du départ des scientifiques Juifs, certains savants « aryens » ont fait le choix volontaire de quitter la nouvelle Allemagne. En outre, tout comme les Trente Glorieuses françaises s'appuieront plus tard sur des bases scientifiques jetées sous le régime de Vichy (centralisation des charbonnages, de l'électricité, d'une partie de l'industrie), le miracle économique allemand des années 1950 se repose aussi sur la grandeur de la science allemande, donc aussi sur ce qui se passait sous le régime nazi[L1 5].

Néanmoins, comme le note l'historien des sciences Reinhard Siegmund-Schultze, « Dans l'Allemagne fasciste, la science continua de fonctionner normalement, parallèlement au développement d'une science nazie. […] Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'à l'inverse la normalité du fonctionnement des sciences doive être a priori un indice du désintérêt du système à l'égard de la science concernée. L'analyse des conditions dans lesquelles l'autonomie du travail scientifique était possible me semble un problème méthodologique crucial de l'histoire de la science sous le fascisme. À quel prix les savant pouvaient-ils assurer l'autonomie de leur travail, et dans quelle mesure cela constituait-il, s'ils y parvenaient, un élement d'opposition au système, voire un potentiel de résistance ? »[L1 6]. Il déclare en outre que certains scientifiques nazis étaient animés de « convictions sincères »[L1 7] mais que leur différence avec les scientifiques classiques se tenaient dans le fait qu'ils « n'arrivaient pas à tracer une ligne de partage nette entre convictions politiques et convictions scientifiques et qu'[ils] aspiraient à une conception du monde homogène »[L1 8].

Certaines responsabilités évidentes

Une partie de la classe dirigeante allemande partageait un certain antisémitisme, qui, sans forcément encourager les lois discriminantes, les toléra sans protestation. Mais il faut aussi compter sur l'opportunisme de chacun pour comprendre qu'un ralliement aux positions du régime ouvrait d'autres perspectives. Ainsi, IG Farben, en expulsant dès 1933 les Juifs de son entreprise, obtient une grande partie des contrats octroyés par l'Etat (il mène le plan quadriennal de 1936-1939 de militarisation de l'industrie). D'autre part, Josiane Olff-Nathan souligne au début de son livre que la libération des places offertes par l’expulsion des Juifs offrait des promotions à nombre d'employés, qui, d'une certaine façon, s'en trouvaient professionnellement satisfaits.

D'autre part, nombre de scientifiques participèrent à la politique du régime, notamment dans la valorisation des terres d'Europe de l'Est, qui nécessitait les compétences de géographes, de biologistes, voire d'anthropologues. Des instituts sont mêmes ouverts en Pologne, dans le but de classer ethniquement la population[L1 9].

Science et nazisme

Document de l'ingénieur Hans Kammler concernant les missiles V2.

L'industrie du Troisième Reich et la science

Une partie des scientifiques se met militairement au service du régime. Ainsi, au cours des années 1940, quasiment chaque physicien de l'université de Hambourg travaillent sur des projets militaires[L1 10], notamment sur l'énergie atomique[1]. Courant 1942 est mis en place à partir du Conseil de recherche du Reich une Direction de la recherche de l'armée de l'air ainsi qu'une autre pour la marine de guerre : ils concluent des contrats avec des instituts pour que les physiciens notamment, se penchent davantage sur la physique appliquée[L1 11].

Ces mesures achèvent de lier la recherche scientifique au complexe militaro-industriel nazi.

Le relatif désintérêt de la part des autorités

Science et éducation

Les programmes scolaires des lycées allemands se voient modifier rapidement lors de l'arrivée des nazis au pouvoir, notamment par le biais de la reconnaissance de la biologie comme matière dans tous les établissements[L1 12], alors qu'elle était auparavant plutôt déconsidérée[L1 13]. Elle comprend également l'hygiène raciale, la génétique, la politique démographique, la science des races et la science de la famille ; elle est étudiée lors des dernières années de lycée (de la 10e à la 13e en Prusse par exemple).

Sciences dures

Mathématiques

Associations mathématiques

Le mathématicien Ludwig Bieberbach, en 1930.

En 1933, il existe deux grandes organisations de mathématiques en Allemagne. La première, la plus importante, l'Union des mathématiciens, voit en septembre 1934 venir l'élection du président de l'association[L1 14]. Un des candidats, qui avait déjà un poste éminent au sein de l'Union, Ludwig Bieberbach, membre du NSDAP défend le Führerprinzip. Sa candidature se base donc sur cette proposition ; néanmoins, au sein de l'Union, il n'y a qu'un sixième de mathématiciens nazis, un sixième d'opposants au régime et une masse qui peu ou prou s'adapte et décide donc pour la majorité[L1 15]. Méfiants à l'égard de Bieberbach, celui-ci n'est donc pas présent parmi la direction collégiale ; l'Union choisit cependant de coopérer dans une certaine mesure avec le ministère, pour s'assurer une relative indépendance, limitée mais réelle[L1 16]. L'autre organisation de mathématiques, l'Association mathématique du Reich, fondée en 1921, possède, elle un rôle moteur dans la définition des programmes d'enseignements et à partir du début du Troisième Reich, englobe d'autres organisations mathématiques (comme en 1934, la Société des mathématiques appliquées et de mécanique). L'Association, plutôt apolitique doit cependant rapidement entrer dans le giron du régime en raison de son importance vis-à-vis du système scolaire. Elle doit donc se soumettre et appliquer les nouvelles lois[L1 17] mais organise « sa propre mise au pas »[L1 18].

Des mathématiques nazies ?

Ordonnance pour la mise en place du Plan de quatre ans : Reichsgesetzblatt du 19 octobre 1936.

Mis à part la « mathématique allemande » que s'évertue à promouvoir Bieberbach à l'université de Berlin et dans la revue partisane Deutsche Mathematik, il n'y a pas au sens strict de « mathématiques nazies » et les mathématiciens nazis sont surtout définis par : un « mouvement [qui] se fondit dans le système global de la discipline, en tant que groupe marginal bien établi »[L1 19]. La conception des mathématiques ne changent pas réellement, mais l'État les utilisent à d'autres fins, ou les enrobent d'idéologie, comme il peut le faire avec le cinéma par exemple. Ainsi, on pourra citer les exercices données à des élèves du secondaire dans un cours de mathématiques[L1 20] :

« Exercice n° 59 : La construction d'un asile d'aliénés a coûté 6 millions de Reichsmark. Combien de pavillons à 15 000 Reichsmark chacun aurait-on pu construire pour cette somme ? »

« Exercice n° 262 : 2 races R1 et R2 se mélangent dans un rapport où p : q où p + q égale 1 […] b) ce n'est qu'au bout de deux générations de métissage libre qu'on se rend compte qu'il est néfaste. On interdit aux personnes de race pure et aux personnes ayant des grands-parents R1 et R2 de se marier avec des personnes ayant deux grands-parents R2 ou plus. Quelle est la répartition des ascendants après deux nouvelles générations n - 2 ? »

Tout au plus, les mathématiques seront utilisées à des fins administratives, notamment dans la valorisation des nouvelles terres conquises en Europe de l'Est. Certains prisonniers et mathématiciens incarcérés dans le camp de concentration de Sachsenhausen doivent aussi par exemple travailler pour l'État[L1 21], au sein d'un institut de recherches appliquées pour les sciences militaires[L1 22] (Institut für wehrwissenschaftliche Zweckforschung, Mathematische Abteilung). D'une certaine façon, comme le dit l'historien des sciences Herbert Merhtens, on fait se côtoyer « la rationalité normale de la bureaucratie administrative »[L1 23].

Reinhard Siegmund-Schultze distingue deux phases dans la relation des mathématiques au Troisième Reich. La première, la « phase des expulsions et de l'adaptation »[L1 24], dure de 1933 à 1935 et concerne l'éviction des mathématiciens juifs, dont le nombre était statistiquement plus important que dans les autres sciences. Il intitule la deuxième phase l'« insertion des mathématiques dans le système fasciste », et de fait, la préparation de la guerre. En 1936, Ludwig Bieberbach quitte l'Union des mathématiciens, où son entrisme a échoué. Le 16 mars 1937, la nouveau Conseil de recherche du Reich (créé en vue du Vierjahresplan, le plan quadriennal) subordonne désormais les mathématiques à la physique, supprimant donc sa spécificité scientifique[L1 25] : en effet, « la politique scienfitique fasciste était désormais tournée en premier lieu vers les résultats »[L1 26] et les mathématiques ne représentent pas un intérêt primordial dans la guerre, à la différence par exemple d'une chimie pouvant amener à créer des ersatz en vue d'une politique autarcique. Néanmoins, on tente dès 1935 de former des « mathématiciens de l'industrie », travaillant également dans les écoles militaires (comme cela avait également cours aux États-Unis[L1 27]), mais cela reste supervisé par le ministère de l'Air (notamment à un laboratoire à Berlin-Adlershof[L1 28]) et des universités techniques (à Darmstadt et Aix-la-Chapelle[L1 29]). Le ministre, Bernhard Rust, précise aussi que les sciences servent aussi à éduquer et que de ce fait, les mathématiques ont droit de cité dans les universités : mais la première phase avait en partie décimé le nombre de professeurs (et empêché les femmes d'enseigner, comme Ruth Moufang) et diminué leur présence aux congrès internationaux, et réduit « à 7 % du chiffre initial »[L1 30], les étudiants de la discipline. Enfin, la troisième phase concerne la Seconde Guerre mondiale et se caractérise d'abord par une « absence d'initiative », la guerre mobilisant certains professeurs et modifiant l'ordre normal des cours, puis par une imbrication dans la guerre totale, une fois l'URSS et les États-Unis entrés dans le conflit. Ainsi, Harald Geppert, responsable des plans de « réaménagement » de la science européenne et directeur de la nouvelle et unique revue mathématique invite des mathématiciens étrangers (comme le français Gaston Julia) à collaborer, ceci dans le but aussi de légitimer les mathématiques pures et avec Wilhelm Süss, président de l'Union des mathématiciens allemands et directeur du groupe de travail mathématiques au sein du Conseil de recherche du Reich (qui créé un diplôme, Diplommathematiker)[L1 31]. Le soin de « plac[er] des mathématiciens dans des secteurs directement utiles à la recherche militaire et à la conduite de la guerre » (cryptologie, recherche, balistique, etc.) s'effectue néanmoins dans le but de maintenir des mathématiques pures et des mathématiques appliquées, sans tomber dans le travers de ne devenir que des techniciens ou des ingénieurs[L1 32]. On créé, en novembre 1944, l'institut de recherche mathématiques d'Oberwolfach, un institut uniquement dédié aux mathématiques (qui servit plus tard à de fleuron aux mathématiques de la RFA), le régime ayant convenu de l'importance des sciences dans la guerre moderne[L1 33].

Le mathématicien Philipp Lenard « voulait réduire les mathématiques universitaires à un modèle élémentaire de cours pour débutants, bien suffisant d'après lui pour sa « physique allemande » puisque celle-ci excluait les « productions juives » telles que la théorie de la relativité »[L1 34]. Dans un discours devant l'Académie des sciences de Berlin du 13 juillet 1933 associe les races à sa conception des mathématiques et en novembre 1933, Hugo Dingler dénonce l'institut de Göttingen comme un foyer de conspirateurs juifs[L1 35]. Fin 1933, il ne reste que Gustav Herglotz sur les cinq professeurs titulaires de l'institut (Felix Bernstein, Richard Courant, Edmund Landau et Hermann Weyl l'ayant quitté)[L1 36].

Résistance et acceptation

On compte aujourd'hui peu de mathématiciens ouvertement résistants, si ce n'est Carl Ludwig Siegel, directeur de l'institut de mathématiques de Francfort, qui proteste contre les nouvelles orientations de l'Association mathématique du Reich, en démissionnant en 1934[L1 37]. Erich Kamke essaie de pousser l'Union des mathématiciens à s'opposer aux révocations faites par le régime, mais en vain[L1 38].

Des mathématiciens choisissent l'émigration, comme Felix Bernstein, en 1934. On enquête sur le passé de certains mathématiciens, qui sont poussés à l'émigration, comme Emmy Noether, pour avoir milité à l'USPD puis au SPD[L1 39]. Hermann Weyl, bien que la loi lui permettra jusqu'en 1937 de rester à son poste, démissionne dès 1933, car marié à une juive[L1 40] et part étudier à l'Institude of advanced study. Ludwig Bieberbach contribue néanmoins, grâce à sa virulence contre les scientifiques juives ayant selon lui perverti les mathématiques, à « chasser d'Allemagne environ un quart des enseignants de mathématiques »[L1 41].

Le seule réel mathématicien sérieux et militant du NSDAP à la foi est Oswald Teichmüller, qui met au point la théorie de Teichmüller, concernant un espace de modules des surfaces de Riemann et tout à la foi, poussa Edmund Landau à partir à la retraite[L1 42]. Il est néanmoins différent de Bieberbach, qui « racialisa » les mathémathiques[L1 43]. Il décède pendant la guerre, en 1943.

Physique

Philipp Lenard, prix Nobel en 1905.
Johannes Stark, prix Nobel en 1919.

La « Deutsche Physik » (« physique allemande ») est régulièrement mise en avant pour montrer qu'il y a eu une science nationale-socialiste[L1 44]. Néanmoins, on ne peut pas juger simplement l'imbrication de la physique sous le Troisième Reich par rapport aux cas de résistance avérée mais plutôt comprendre les scientifiques qui n'ont pas fait le choix de collaborer assidûment mais sont restés entre deux eaux[L1 45]. L'historien Mark Walker note que l'on doit la Deutsche Physik non pas à une conception scientifique propre, mais à l'amertume de deux anciens prix Nobel, Philipp Lenard et Johannes Stark, qui purent trouver sous le Troisième Reich une reconnaissance sociale et scientifique qui contrastait avec la faiblesse de leurs théories, déconsidérées sous la République de Weimar[L1 46] (le second est notamment nommé président du prestigieux institut Physikalisch-Technische Bundesanstalt en 1933 et du Deutsche Forschungsgemeinschaft l'année suivante ; il est néanmoins destitué les années suivantes à cause de sa tendance à se disputer avec nombre de collègues[L1 47]). Cela se conjugue également avec leurs opinions politiques, qu'ils avaient déjà manifestée en 1924 en protestant contre l'incarcération d'Adolf Hitler après l'échec du putsch de la Brasserie[L1 48]. Néanmoins, les deux perdent de leur influence en raison de leur âge et de leur retrait par rapport à leur ancienne carrière ; mais ils permettent à une nouvelle génération de physiciens qui les entourait de promouvoir à partir de 1936 une nouvelle physique[L1 49].

Les physiciens juifs ou d'origine juives perdent leurs postes : si Otto Stern, en vertu de sa réputation, est invité très diplomatiquement à démissionner et émigrer[L1 50], deux professeurs de l'université de Hambourg, Walter Gordon et Rudolf Minkowski sont renvoyés brutalement. Le premier dès 1933 pour origine non aryenne, et le second en mars 1934 pour simplification de l'administration (article 6 de la loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933[L1 51]. Pour avoir défendu la « physique moderne » (physique quantique et théorie de la relativité), dite « enjuivée », Werner Heisenberg est attaquée par la base des nazis (les SA notamment) et n'accède pas à la direction d'un institut munichois, où il était pressenti[L1 52]. Mais c'était aller contre la réalité scientifique, ce qui amène l'État à désavouer certains scientifiques d'obédience nazie, et finalement soutenir la validité des nouvelles théories, notamment grâce au militantisme actif du physicien et ingénieur Ludwig Prandtl auprès d'Heinrich Himmler ; Mark Walter rappelle ainsi qu'il essaie de se justifier par le fait qu'« une clique réduite de physiciens expérimentalistes, n'arrivant pas à suivre la physique dans ses avancées les plus récentes, attaquait les nouveaux développements de la discipline pour la raison principale que d'importantes parties en avaient été crées par les Juifs. [...] Prandtl soulignait plus loin qu'il y avait eu des chercheurs non aryens de tout premier rang qui avaient fourni de grands efforts pour faire progresser la science et y avaient vraiment réussi »[L1 53] ; il s'agit alors plus de défendre la science que les scientifiques qui ont été désavoués. Heinsenberg est donc nommé à un poste prestigieux mais pas à Munich, mais son successeur, Wilhelm Dames, est placé à la tête de l'institut surtout afin de montrer par son incompétence l'absurdité de la Deutsche Physik[L1 54]. Il est à noter que les deux anciens prix Nobel perdirent de leur influence dès 1936, méfiant à l'égard d'un régime peu promoteur de la science, plus intéressé par des querelles claniques issues du NSDAP et parfois même réfractaires à leur anti-judéité scientifique, ce qui amène ainsi Johannes Stark à publier en 1938 un plaidoyer contre les Juifs dans la revue britannique Nature, ayant été refusé par le Völkischer Beobachter et Das Schwarze Korps[L1 55]. En outre, le déclenchement de la guerre amène l'État à assouplir sa ligne idéologique, dans un légitime soucis d'efficacité scientifico-militaire, écartant de fait les partisans de la Deutsche Physik[L1 56]. Ainsi, les trois seuls professeurs de physique nommés en 1941 à l'université de Strasbourg (Rudolf Fleischmann, Robert Pohl et Wolfgang Finkelnburg) sont des détracteurs de cette « doctrine »[L1 57] ; on choisit aussi d'y nommer Carl Friedrich von Weizsäcker, quand bien même son militantisme politique reste discret : « comme le note Mark Walker, les références scientifiques étaient désormais devenues plus importantes que la simple acceptabilité politique »[L1 58].

En définitive, plusieurs grands physiciens « enterrent » la Deutsche Physik et son dernier foyer munichois en novembre 1942, où les nouvelles théories sont acceptées par la communauté scientifique et l'État, après une démonstration simple des risques que prenait la science allemande à se fourvoyer dans des théories qui desserviraient sa crédibilité, son renom et son application économique[L1 59] et militaire[L1 60] (notamment nucléaires[L1 61]). Werner Heisenberg annonce alors qu'« utiliser des arguments et des moyens autres que scientifiques dans une discussion scientifique était indigne de la science allemande »[L1 62] alors qu'il est nommé à la tête de l'Institut Kaiser-Wilhelm de physique[L1 63] et va contribuer à l'Uranprojekt. Néanmoins, en contrepartie, les physiciens acceptent une certaine sujétion « politique et idéologique »[L1 64]. Pour autant, Albert Einstein reste une cible de critique, car « la théorie de la relativité restreinte aurait vu le jour sans Einstein »[L1 65], le fait scientifique préexistant à son découvreur. Le parti et l'État allemand considèrent dès lors l'ancienne opposition de la deutsche Physik comme un débat interne où elle se s'immiscerait plus[L1 66].

Si la chute du Troisième Reich amène à des procès divers et voit certains professeurs démis de leur fonctions, beaucoup recouvrent leur place lors de la fondation de la RFA, en 1949. Même, Werner Heisenberg se voit sollicité par nombre de scientifiques pour qu'il assure à la justice qu'ils étaient bien opposés à la Deutsche Physik[L1 67]. Le tribunal de dénazification de Traunstein juge Johannes Stark (Philipp Lenard étant trop âgé) et le condamne d'abord à 4 ans de travaux forcés puis à seulement 1000 marks d'amende après qu'il a fait appel, ces rivalités ayant été jugées plus scientifiques et privées qu'idéologiques et politiques[L1 68]. En définitive, comme le note Mark Walter, « aucun objectif [scientifique] ne [pouvait] être poursuivi sans collaboration avec le parti-État et ses propres objectifs, et c'est pourquoi la validité et le sens d'une distinction entre chercheurs dévoués au régime et scientifiques apolitiques sont limités »[L1 69] ; mais cet appui relevait pourtant d'« une action tout à fait politique »[L1 70].

Biologie, génétique et anthropologie

Le bâtiment de l'Institut (photographie de février 2005).

Les éléments de langages raciaux du Troisième Reich se basent sur des concepts prétendument biologiques, globalement acceptés par les autorités scientifiques compétentes[L1 71]. Ils s'appuient notamment sur l'Institut Kaiser-Wilhelm d'anthropologie, d'hérédité humaine et d'eugénisme et sur de nombreux biologistes de renom, lesquels saluent dès 1933 l'arrivée d'Adolf Hitler à la chancellerie : on compte par exemple le professeur Mollison, directeur d'un institut d'anthropologie ou le professeur Scheidt ; le généticien F. Lenz parle ainsi du national-socialiste comme d'« une biologie appliquée, une raciologie appliquée »[L1 72] ; tous ne s'engagent pas forcément politiquement mais beaucoup approuvent d'emblée la nouvelle donne politique en Allemagne, l'anthropologue E. Fischer reconnaissant en 1943 la « chance rare et toute particulière, pour une recherche en soi théorique, que d'intervenir à une époque où l'idéologie la plus répandue l'accueille avec reconnaissance et, mieux, où se résultats pratiques sont immédiatement acceptés et utilisés comme fondement des mesures prises par l'État »[L1 73], faisant ici notamment référence aux politiques d'extermination ou de stérilisation.

Néanmoins, cela se bâtit sur un terreau fertile : depuis le début du siècle, l'anthropologie allemande en effet « se transforma en intégrant à la fois l'orientation « thérapeutique » de l'eugénisme, la vision analytique et dynamique de la génétique et la dimension héréditariste de la « biologie sociale » qui en découlait »[L1 74]. L'historien Benoît Massin note ainsi : « Il est donc faux de considérer la « science de la race » comme une création de toutes pièces des nazis après leur arrivée au pouvoir en 1933 ou comme la « pseudo-science » de quelques théoriciens de la race académiquement marginaux. La « raciologie » formait l'aboutissement de l'anthropologie physique allemande sous l'influence de la biologie darwinienne et de la nouvelle génétique dans le premier tiers du XXe siècle »[L1 75]. Et Ernst Jünger de conclure : « la préparation spirituelle au nazisme fut accomplie par d'innombrables travaux scientifiques »[L1 76].

Benoît Massin rappelle que jusqu'aux années 1980, il est devenu un lieu commun de considérer que la biologie et l'anthropologie ne s'étaient jamais en tant que sciences, compromises avec le national-socialisme, mais avaient seulement agi sous la terreur et la pression d'idéologues ayant totalement dévoyé les travaux des chercheurs[L1 77]. Ce fut notamment à l'historien Benno Müller-Hill et à l'anthropologue Karl Saller de démontrer les accointances, voire les initiatives, de la communauté scientifique allemande en faveur de l'eugénisme racial. « Sur le plan de la collaboration politique, scientifique et pratique »[L1 78], les anthropologues allemands collaborèrent massivement (étant ainsi souvent membre du NSDAP, des SA voire des SS[L1 79]) : sur la centaine d'entre eux actifs dans les années 1930, six seulement émigrent et aucun en raison d'une opposition politique (quatre sont juifs et sont démissionnés après la loi du 7 avril 1933 : F. Weidenreich, H.W.K. Friedentahl, H. Poll et Stephanie Oppenheim-Martin ; et deux, W. Brandt et H. Münter, en raison des origines de leurs épouses)[L1 80]. Bien que célébrant la « race allemande », Karl Saller est le seul anthropologue a résister : il est interdit d'enseigner à partir de 1935[L1 81]. D'autres, comme Fick, Scheidt, Eickstedt et Mühlmann, émettent occasionnellement des critiques, mais n'ont pas à subir les foudres du régime[L1 82]. Car peu influents sous la République de Weimar, le Troisième Reich donne aux anthropologues allemands une influence notable sur la science ; ils ne peuvent dès lors que leur être redevables, comme le déclare Otto Reche, président de la Société allemande d'anthropologie physique lors d'un discours : « la raciologie […], grâce à notre Führer est devenue l'un des fondements les plus importants de la nouvelle Allemagne »[L1 83]. Nazisme et anthropologie se rejoignent ainsi sur les cinq secteurs suivants : eugénisme, métissage racial, nordicisme, antisémitisme et primat de la race[L1 84].

De 1933 à 1936, cinq instituts sont créés, alors que sont mis en place dans quasiment chaque université une chaire de « biologie raciale »[L1 85] ; « l'Office de la politique raciale du NSDAP, le Comité expert pour la politique démographique et raciale du ministère de l'Intérieur du Reich, l'Office supérieur de la race et du peuplement de la SS (RuSHA SS), l'Administration Rosenberg, l'Office généalogique du Reich »[L1 86] voient aussi le jour. De nombreux crédits sont alloués, des missions sont données et les scientifiques participent alors avec zèle au recensement et à la classification de ceux que les nazis considèrent comme des sous-races[L1 87].

Médecine

L'historien Jean-Pierre Baud relève la « mutation institutionnelle de la science occidentale »[L1 88], qui n'a pas causé mais permis en partie au génocide juif de fonctionner. Différent d'un simple massacre, ce génocide extermine en effet pour le simple fait d'être né. Deux facteurs l'expliquent : une légalité et des dogmes scientifiques ainsi que la volonté de défendre un« être collectif »[L1 89]. L'hygiénisme du XIXe siècle pose déjà les base de la défense sanitaire et de l'institutionnalisation de l'extermination de la vermine et de la saleté, vocabulaire qu'Adolf Hitler dévoiera pour parler des Juifs. Néanmoins, à l'époque, de nombreux théoriciens du racisme et de l'eugénisme rencontrent un certain écho[L1 90]. Alors, pour l'historien Benno Müller-Hill, Hitler se limite au début de sa prive de pouvoir à permettre à ces vues scientifiques de s'imposer, ne définissant qu'un « cadre général »[L1 91]. Dans les camps, les mesures de stérilisation ou d'euthanasie se font toujours sous contrôle médical, justifiées par le droit nazi.

Karl Brandt, médecin personnel d'Hitler, supervise le programme d'euthanasie T-4. Ses directives sont appliquées dans différents camps, comme Karl Gebhardt et Herta Oberheuser à Ravensbrück ou Waldemar Hoven à Buchenwald.

Anatomie

August Hirt mène des recherches sur des détenus de camp ainsi que sur des cadavres, soutenu par le Conseil national de la recherche du Reich.

Sciences humaines et sciences sociales

Histoire

Le nazisme, depuis les premiers écrits d'Adolf Hitler (Mein Kampf notamment) se référe souvent à l'histoire. Cela pourtant relève souvent du mensonge historique, l'historien Pierre Ayçoberry notant le caractère totalement pessimiste de l'idéologie, obsédé par la décadence rendue possible par un métissage ethnique avec d'autres peuples que les Aryens[L1 92]. Il faut donc une race pure, et un territoire (« espace vital ») où elle peut se développer. Si les Slaves ou les Nègres sont vus comme des sous-races, les Juifs sont niés mêmes par principe. La race pure, allemande, compte également les Allemands ayant émigré à travers le monde ainsi que les peuples nordiques[L1 93]. Pierre Ayçoberry ajoute ainsi que « la discipline historique, se voit reléguée au rang de fournisseur d'exemples, et purement et simplement manipulée »[L1 94]. Adolf Hitler lui-même se réfère par exemple à l'Empire romain où à la Prusse de Frédéric II, quitte à galvaniser les troupes lors de la bataille de Stalingrad en déclarant qu'il veut « une Allemagne frédéricienne »[L1 95], Pierre Ayçoberry ne manquant pas d'ajouter une réutilisation frauduleuse des conceptions politique de l'ancien roi.

Le régime se voit fournir des justifications politiques par l'Institut national d'histoire de la nouvelle Allemagne et son directeur, Walter Frank, notamment chargé d'étudier les « tendances hostiles au Reich dans le catholicisme politique »[L1 96]. Aux membres des Jeunesses hitlériennes, aux écoliers et aux aspirants de la SS, il est surtout demandé de ne pas avoir une vision factuelle de l'histoire mais la connaissance de quelques grands personnages, pour l'occasion mythifiés, comme par exemple l'ancien chancelier Otto von Bismarck ou le dieu Odin[L1 97]. Les leçons enseignées rendent ainsi compte de plusieurs cycles de grandeurs (Germains nomades, règne de Charlemagne, nationalisme allemand) entrecoupés de périodes de décadence (époque chrétienne, développement du capitalisme, etc.), en dépit du découpage historique visant à servir de justification au nazisme[L1 98]. Une Allemagne champêtre, germaine et moyen-âgeuse à la fois est mythifiée, notamment à travers certains Heimatfilm, comme Ewiger Wald, sorti en 1936[L1 99]. Le philosophe Max Horkheimer note ainsi que « quand les nazis disent : l'« histoire », ils veulent dire exactement le contraire : la mythologie »[L1 100].

Géographie

Friedrich Ratzel, géographe du XIXe, créateur du concept de Lebensraum, lequel a été dévoyé à partir des années 1920 et sous le Troisième Reich.
Carte administrative du Troisième Reich en 1944, représentant les Reichsgau.

Sous le régime du Troisième Reich, les frontières de l'Allemagne sont profondément modifiées, augmentant au rythme des acquisitions et des conquêtes (Sudètes, Autriche, Pologne, etc.), pour atteindre en 1942 un écart maximal de 3200 km, entre la France et l'URSS[L1 101]. La géographe Mechtild Rössler note : une analyse des rapports entre la géographie comme science et le nazisme englobe trois domaines […] : « le domaine économique et social, le domaine idéologique, et leur répercussion tous deux sur la pensée des géographes à travers l'expansion géographique »[L1 102].

Le concept d'espace vital (Lebensraum) date du XIXe et avait été mis en place par Friedrich Ratzel ; ce sont ensuite des scientifiques comme des écrivains (Hans Grimm, Peuple sans espace), qui lui donnent une dimension politique que peut dès lors reprendre l'idéologie national-socialiste. En effet, il convient de noter que ce n'est qu'à partir des années 1920 que le concept de Lebensraum, à l'origine seulement culturel, prend une dimension raciale[L1 103]. Sous la République de Weimar, beaucoup de géographes sont influencés par ces idées ; augmenté du fait qu'ils appartiennent souvent à des partis conservateurs ou réactionnaires[L1 104] (NSDAP ou DLVP), « leur [aux géographes] travail universitaire et scientifique et leurs intérêts politiques se recoupaient de plus en plus »[L1 105].

Une des plus importantes revues géographiques de l'époque est la Geographische Zeitschrift ; le géographe Friedrich Flohr y redéfinit en 1942 le concept de Lebensraum en mettant de côté l'État (« espace vital imparfait »)[L1 106] et en posant la réalité de plusieurs espace : un espace vital communautaire fondé sur la race, puis d'autres espaces semi-vitaux puis complémentaires, critiquant dès lors les conceptions de K. Vowinckel fondée sur la terre, territoire du paysan, ainsi que de Obst qui proposait la mise en place d'un espace eurafricain. Schmittenner défend lui la distinction d'un espace vital actif et d'un espace passif[L1 107]. Le terme de terroir populaire et culturel (Volks-und-Kulturboden) est lui créé par des géographes d'une fondation géographique située à Leipzig[L1 108], et développé notamment par Albrecht Penck, Wilhelm Volz, Emil Meynen et Friedrich Metz[L1 109] puis, à partir de 1932, par des communautés de géographes et d'historiens, dit « spécialistes de germanité » (Volksdeutsche Forschungsgemeinschaften)[L1 110] jusqu'à devenir, sous le Troisième Reich (en 1943), une composante administrative, au sein de la « Fondation de géographie du Reich » : ces scientifiques défendent notamment l'idée d'un territoire de germanité qui va au delà des frontières étatiques de l'Allemagne de Weimar (Pologne, pays Baltes, etc.). Des communautés de recherches se spécialisent alors dans des territoires précis (russes, nord-européens), pour en établir des données démographiques et statistiques, à partir des communautés allemandes isolées déjà installées[L1 111].

La « Communauté du Reich pour la recherche sur l'espace », créée en 1936 est intimement lié au Plan de quatre ans et à des objectifs militaires[L1 112]. Elle est au départ concurrencée par le Bureau du Reich pour l'organisation spatiale. Les théories urbaines suivent celle développée en 1933 par Walter Christaller, reposant sur un système à structure hiérarchique[L1 113] ; cette idée sera plus tard reprise lors des entreprises de colonisation allemande orientale, à partir de l'« Administration centrale pour l'organisation spatiale »[L1 114]. Un Atlas du gouvernement général est réalisé. Des instituts de recherche sont fondés à Poznan (ex-Pologne) et à Kiev (ex-Ukraine)[L1 115] chargés de prévoir la future organisation de l'espace occupé : le generalplan Ost. Des missions de cartographie ont également lieu.

Science et progrès

À trop vouloir fustiger l'idéologie nazie, qui en était réduite à fabuler sur les armes secrètes par le biais de la propagande avant la chute ultime, il ne faut pourtant pas oublier les relatifs progrès qu'ont fait la science sous le régime du IIIe Reich. Outre les innovations militaires ayant permis l'émergence des armes nucléaires, il convient de rappeler que la science du XXIe s'appuie en partie sur des découvertes et des travaux réalisés lors de cette période. On citera par exemple les mesures de prévention dans l'obstétrique[L1 116], des travaux sur les rayons X, les hormones sexuelles et les virus, la génétique[L1 117].

L’expédition allemande au Tibet (1938-1939) permet, à côté de recherches anthropologiques avouées, de récolter des données géographiques, géologiques et zoologiques sur ce pays alors méconnu.

La science allemande et la chute du nazisme

Procès

Article détaillé : Procès des médecins.

Dans les camps de Ravensbrük et Auschwitz, des médecins avaient pratiqué des expérimentations sur cobayes humains visant à obtenir un moyen de stériliser les femmes slaves dans les territoires occupés suite à la conquête sur le front de l'Est ; ce programme avait été introduit par le SS Himmler. Ces médecins furent jugés sous le motif d'inculpation de crime contre l'humanité (cf. instruction des procès de Nuremberg dans le cadre du Generalplan Ost).

Un déclin ?

Concernant les mathématiques, il apparaît clairement que les années 1930 signent le déclin d'une discipline où les Allemands avaient la primauté scientifique. Reinhard Siegmund-Schultze note même que l'Allemagne était dans les années 1920 le seul pays a avoir le luxe d'avoir deux revues mathématiques de comptes rendus (Jahrbuch über die Fortschritte der Mathematik et Zentralblatt für Mathematik) et des réserves documentaires et scientifiques extrêmement vastes[L1 118]. Même, les Américains craignaient que leur nouvelle Mathematical Review ne fasse pas le poids face aux infrastructures et à l'expérience des mathématiciens allemands, qui pouvaient en outre s'appuyer sur tout le système éducatif, jusqu'au lycée. Les départs en masse et les nouvelles directives du régime changent la donne et, dès les années 1940, on observe un déclin des mathématiques allemandes[L1 119].

Voir aussi

Notes et références

Olff-Nathan, La Science sous le Troisième Reich
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  2. p. 7.
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Bibliographie

  • Benno Müller-Hill, Science nazie, Science de mort, Odile Jacob, 1984 
  • Josiane Olff-Nathan, La Science sous le Troisième Reich, Seuil, 1993 

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