Sakineh Mohammadi Ashtiani


Sakineh Mohammadi Ashtiani

Sakineh Mohammadi Ashtiani (persan: سکينه محمدي آشتياني, née en 1967) est une femme iranienne azérie, emprisonnée entre 2006 et 2010. Elle aurait d'abord été condamnée en 2006 pour adultère, et aurait ensuite été condamnée à mort pour « complicité de meurtre contre son mari ». Son complice, amant, a été condamné à la même peine.

Selon notamment Amnesty International[1] et Human Rights Watch[2], qui relaient les propos des avocats de Sakineh Mohammadi Ashtiani, les aveux de complicité de meurtre ont été obtenus sous la torture, ce qu'elle a elle même qualifié de mensonges tout en dénonçant une exploitation médiatique de son affaire[3]. De plus, cette condamnation aurait été ordonnée par lapidation (malgré le moratoire instauré en 2002[4]).

L'ambassade iranienne à Londres a publié un communiqué infirmant ces rapports, expliquant que la peine de mort ne serait pas par lapidation[5]. Si ce communiqué atteste, incidemment, la condamnation à mort, il ne précise pas si c'est pour adultère seul, complicité de meurtre ou les deux. De manière plus générale, l'Iran affirme ne plus pratiquer la lapidation[6].

Quoi qu'il en soit, une campagne lancée pour trouver un soutien et annuler la sentence a eu un retentissement médiatique et politique international, Sakineh Mohammadi Ashtiani étant le plus souvent présentée comme « condamnée à la lapidation pour adultère »[7],[8],[9].

Sommaire

Procès

Elle a d'abord été jugée le 15 mai 2006 par un tribunal à Tabriz (nord-ouest de l'Iran), plaidant coupable du chef de « relation illicite » avec deux hommes. Elle a été condamnée à la flagellation et a reçu 99 coups de fouet[10].

En septembre 2006, lors du procès d'un des deux hommes pour le meurtre du mari de Sakineh Mohammadi Ashtiani, cette dernière a de nouveau été mise en cause. D'après International Campaign for Human Rights in Iran, qui ne cite pas de source, elle aurait été condamnée à 10 ans de prison pour complicité de meurtre[11]. Selon The Guardian, qui cite son avocat, elle a été acquittée de ce chef d'inculpation[12]. Elle a ensuite été déclarée coupable d'« adultère commis en étant mariée », et condamnée à mort par lapidation. Mais elle revient plus tard sur ses aveux, déclarant que ceux-ci avaient été faits sous la contrainte, et qu'elle ne parle d'autre part pas le persan, mais la langue azéri. Sakineh Ashtiani n'a pas eu non plus d'avocat avant la fin de la procédure d’appel[13]. La Cour suprême iranienne a confirmé la peine de mort le 27 mai 2007, de sorte que seule une grâce accordée par l'ayatollah Ali Khamenei pourrait éviter l'exécution.

Selon l'agence de presse officielle IRNA, le chef des autorités judiciaires de la province de l'Azerbaïdjan oriental, Malek Ezhder Sharifi, a indiqué que Sakineh Mohammadi Ashtiani « avait commis plusieurs crimes très graves, et pas seulement un adultère »[14].

Campagnes de soutien

En juillet 2010, l'exécution imminente de Sakineh Mohammadi Ashtiani a été suspendue[15], suite à une campagne à l'initiative de ses deux enfants, sans que la condamnation à mort ne soit levée. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes[16], dont Londres et Washington. Les États-Unis, l'Union européenne, la France[17], des organisations de défense des droits humains, notamment Avaaz, Amnesty International et Human Rights Watch, le journal The Times, ainsi que différentes personnalités[18],[19] ont exhorté les autorités iraniennes à stopper l'exécution[20]. L'ambassade d'Iran à Londres a déclaré : « Selon des informations venant des autorités judiciaires compétentes en Iran, elle ne sera pas exécutée par lapidation », laissant ouverte la possibilité d'une exécution par une autre méthode.

La presse en Iran a eu interdiction de faire état de cette affaire[21]. Son avocat, Mohammad Mostafaei, inquiété par les autorités iraniennes[22], a demandé l'asile en Norvège[23].

Le 1er août 2010, le président du Brésil a offert l'asile à Mme Ashtiani. Le 3 août 2010, l'offre était rejetée par Téhéran : le New York Times indique qu'un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a précisé que le président Lula ne disposait pas de toutes les informations sur cette affaire. Le New York Times ajoute que ce commentaire vient peu après que le site d'information Jahannews ait déclaré, sans mentionner de source, que Mme Ashtiani avait aussi été déclarée coupable du meurtre de son mari[24], mais que les juges n'avaient pas rendu publique cette information en raison des détails « trop horribles » du crime. Cette redéfinition du crime qui aurait déterminé la condamnation à mort intervient après le tollé suscité par la sentence qui pèse sur Sakineh Ashtiani ; selon le Los Angeles Times, avant le 11 juillet 2010 les autorités iraniennes comme son avocat disaient qu'elle était condamnée pour adultère[25]. Dans une interview publiée le 6 août 2010 sur le site du Guardian, l'intéressée affirme, concernant l'inculpation pour meurtre, qu'elle a été acquittée[26].

Le 4 août 2010, les autorités iraniennes ont dit à l'avocat actuel de Sakineh Ashtiani, Houtan Kian, que sa cliente reste sous le coup d'une condamnation à mort par pendaison. Une décision définitive devait être prise la semaine suivante[27]. Le même jour la Cour suprême de Téhéran a rejeté la demande de réouverture du procès, et étudie la demande du procureur de Tabriz d’exécuter Mme Ashtiani. Le dossier a été transféré au procureur général adjoint, Saïd Mortazavi[28].

Le 10 août 2010, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton mentionne Mme Ashtiani dans une déclaration où elle exhorte l'Iran à respecter les libertés fondamentales de ses citoyens[29].

Le 28 août 2010, environ 300 personnes se sont rassemblées sur le Parvis des droits de l'homme, à Paris, pour soutenir Sakineh Mohammadi Ashtiani. Plusieurs personnalités, comme Marek Halter ou la comédienne Yamina Benguigui, ont participé à ce rassemblement organisé à la mi-journée par l'association Ni putes ni soumises, la Ligue du droit international des femmes, et le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme[30].

Des manifestations similaires étaient organisées dans 100 villes à travers le monde[30]. A l'issue du rassemblement, les présidentes des trois associations organisatrices se sont dirigées, sous escorte policière, vers l'ambassade d'Iran, où elles ont pu déposer dans la boîte aux lettres un courrier demandant à Téhéran de surseoir à l'exécution de Sakineh[30].

Le 2 novembre 2010, un ordre d'exécution aurait été donné par la Cour suprême de Téhéran à la prison de Tabriz. Un appel au rassemblement est lancé par le Comité International contre la Lapidation pour le 3 novembre. On apprend également que le fils de Sakineh, Sajjad, ainsi que son second avocat pourraient avoir été torturés en prison, après avoir été arrêtés avec deux journalistes allemands. Des contacts entre Comités, médias et responsables politiques se font pour obtenir un sursis.

Accusations de manipulation médiatique

L'écrivain et géopolitologue Thierry Meyssan dénonce la campagne de diabolisation de l'Iran qui serait basée uniquement sur des mensonges et de la basse propagande en vue de préparer les esprits à un sanglant conflit de colonisation de l'Iran par la coalition USA/OTAN[31].

L'humoriste Dieudonné est parti le 12 septembre 2010 à Téhéran. Ashtiani[32]. À son retour à Paris il a tenu une conférence de presse dans laquelle il a dénoncé une manipulation de Bernard-Henri Lévy et a invité les signataires de la pétition à exiger des explications tout en confirmant que, selon le contenu du dossier qu'il aurait pu consulter, l'intéressée serait bien coupable de meurtre et n'a jamais été condamnée à mort par lapidation d'autant plus que la lapidation a été abolie depuis la révolution islamique[33].

Publications

  • Lauriane Stengers, Pierres non seulement - Conversations avec Sakineh Mohammadi Ahstiani, éditions BoD, 2010 (ISBN 9782810619320)

Notes et références

  1. (en) Iran: Fears for prisoners on death row in Iran, Amnesty International, 30/6/2010
  2. (en) Iran: Prevent Woman’s Execution for Adultery, Human Rights Watch, 7/7/2010.
  3. http://www.lexpress.fr/actualites/1/iran-sakineh-va-porter-plainte-contre-les-journalistes-allemands_949282.html
  4. (en)The Stop Stoning Forever Campaign: A Report
  5. (en) Iran denies stoning claims, PressTV, 9/7/2010.
  6. (en)Iran denies execution by stoning, BBC, 11 janvier 2005.
  7. Une Iranienne accusée d'adultère condamnée à mort, Le Figaro, 9 juillet 2010.
  8. Il faut empêcher la lapidation de Sakineh, Libération, 15 août 2010.
  9. Sakineh : "Ce verdict est en cours d'examen" affirme l'Iran, Le Monde, 28 août 2010
  10. Iran: Prevent Woman’s Execution for Adultery, Human Rights Watch, 7 juillet 2010. Consulté le 11 octobre 2010
  11. « Mother of Two Faces Stoning for Alleged Adultery » sur International Campaign for Human Rights in Iran. Mis en ligne le 3 juillet 2010
  12. « Iran stoning case woman ordered to name campaigners » sur The Guardian, 22 juillet 2010
  13. « Cette femme risque toujours la lapidation » sur Paris-Match. Mis en ligne le 2 aout 2010
  14. « Iran spares woman from stoning for now - IRNA » sur Reuters. Mis en ligne le 11 juillet 2010
  15. « Une femme iranienne accusée d'adultère condamnée à mort » sur Le Figaro. Mis en ligne le 9 juillet 2010
  16. « Iran urged to free jailed woman » sur Al Jazeera/en. Mis en ligne le 24 juillet 2010
  17. « Exécution en Iran: la France "révoltée" » sur Le Figaro, 9 juillet 2010
  18. « Iran : Sakineh Mohammadi Ashtiani ne sera pas lapidée » sur NouvelObs, 10 juillet 2010
  19. « Iran : il faut sauver Sakineh Mohammadi-Ashtiani » sur Libération. Mis en ligne le 13 juillet 2010
  20. « Une femme condamnée à la lapidation risque toujours d'être exécutée » sur Amnesty international/fr. Mis en ligne le 9 juillet 2010
  21. « Iran imposes media blackout over stoning sentence woman » sur The Guardian. Mis en ligne le 9 juillet 2010
  22. « L'Iran doit mettre fin au harcèlement exercé contre un avocat ayant défendu des personnes condamnées à la lapidation » sur Amnesty international/fr. Mis en ligne le 28 juillet 2010
  23. « Lawyer in Iranian stoning case in Norway, seeking asylum » sur The Earth Times. Mis en ligne le 8 aout 2010
  24. « Iran’s Account of Woman’s Crime Shifting From Adultery to Murder » sur New York Times. Mis en ligne le 3 aout 2010
  25. « IRAN: Judiciary official says woman to be stoned for husband's murder, not just adultery » sur Los Angeles Times. Mis en ligne le 12 juillet 2010
  26. « Iranian facing stoning speaks: 'It's because I'm a woman' » sur The Guardian, 6 aout 2010
  27. « Iran stoning case lawyer arrested in Turkey after escaping across border » sur The Guardian. Mis en ligne le 4 aout 2010
  28. « Le procureur de Tabriz demande l’exécution de Sakineh » sur International Committee Against Stoning, 4 aout 2010
  29. « Urging Iran to Respect the Fundamental Freedoms of its Citizens » sur www.state.gov, 10 aout 2010
  30. a, b et c Soutien à Sakineh : 300 personnes rassemblées à Paris, Le Parisien, 28 août 2010. Consulté le 11 octobre 2010
  31. Thierry Meyssan », « Le scandale Sakineh » sur Reseau Voltaire. Mis en ligne le 16 septembre 2010
  32. Dieudonné à Téhéran pour demander la clémence pour Sakineh, AFP
  33. Conférence de presse de Dieudonné, de retour d’Iran

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes



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