Russian Roulette (album d'Accept)


Russian Roulette (album d'Accept)
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Russian Roulette
Album par Accept
Sortie 1986
Enregistrement octobre 1985- janvier 1986, Dierks-Studios, Stommeln
Durée 43:21
Genre Heavy metal traditionnel
Producteur autoproduction
Label Portrait
Albums de Accept
Metal Heart (1985)
Eat the Heat (1989)

Russian Roulette est le septième album du groupe allemand de Heavy metal Accept. L'album a été enregistré par le groupe qui a préféré l'autoproduire lui-même plutôt que de faire appel à Dieter Dierks en tant que producteur. Ce sera le dernier album où apparaîtra Udo Dirkschneider en tant que chanteur avant la réunion de 1992 pour l'album Objection Overruled.

Sommaire

Musique

Après avoir tenté une approche plus commerciale avec Metal Heart, le groupe, peu satisfait ressentait le besoin de revenir à son plus agressif proche de Balls to the Wall. Hoffmann explique :

« Pour bien sentir l'évolution, il faut se reporter à Balls to the Wall. Cet album abordait les mêmes sujets que Russian Roulette, d'une façon très agressive. Nous avons voulu faire ensuite un disque moins direct, avec Metal Heart. Pour être tout-à-fait honnête, je crois que nous pensions que les Américains recevraient mieux un album plus doux que Balls. Nous avons donc essayé, mais le résultat ne nous pas comblés. Alors, nous sommes revenus à ce que nous ressentons réellement. [...] Cela ne veut pas dire que l'album est meilleur que Metal Heart. Cela signifie seulement qu'il nous ressemble plus[1]. »

Les conditions d'enregistrement se sont avérées assez différentes des précédentes fois. Wolf Hoffmmann remarquait que l'album avait dû être mixé deux fois :

« Le premier mixage ne nous plaisait pas ! Nous avons enregistré cet album très rapidement, en un mois, et nous l'avons mixé en deux semaines. Nous étions pressés, à cause de la tournée mondiale qui devait suivre. Mais le résultat final ne nous pas vraiment plu. Nous l'avions fait écouter autour de nous et les réactions ont été convergentes: l'album n'était pas totalement satisfaisant. Notre travail n'avait pas probablement pas été assez soigné. Alors nous avons recommencé. [La décision fut difficile à prendre] d'abords, parce que cela coûte beaucoup d'argent. d'autre part, il est très pénible de recommencer à zéro quelque chose qui, dans votre esprit, est déjà terminé. Nous étions content d'avoir fini et l'idée d'avoir à tout reprendre a été difficile à supporter[1]. »

Ce disque sort à un moment où le groupe est à l'apogée de sa popularité. L'album fut très bien reçu à l'époque, en témoigne la chronique élogieuse de Enfer Magazine en 1986:

« Si le barillet est plein, la roulette russe devient un jeu dangereux. Et Accept est devenu un groupe dangereux. Dangereusement bon.[...] Mélange subtilement dosé de pèche ravageuse et d'harmonies convaincantes. [...]Dix morceaux percutants construits, que les germains vous balancent sur le museau avec talent. Et, en plus, c'est varié: du tempo lourd de "TV Wars", on passe au hit single "Monster Man". Après le crescendo oppressant de "Russian Roulette",[...]on arrive à la pseudo-ballade (allez danser là dessus!): "It's Hard to Find a Way". Et puis pas de descriptif. Écoutez tout parce que tout est bon. Retenez simplement l'aplatissant et complexe "Heaven is Hell", le riff purpelien de "Man Enough to Cry" et le rythme un peu déglingué de "Stand Tight". En passant, un mot des guitaristes qui glissent vers un lyrisme tantôt exalté, tantôt désespéré, Wolf Hoffmann a fait des progrès assez extraordinaires. S'il n'est pas encore un génie du manche, il sait quand même lui transmettre les mouvements de son âme et c'est parfois beau à en pleurer. Une grande réussite![2]. »

Textes des chansons

Perspectives générales

Les textes de cet album sont caractéristiques de la facette sociale du groupe et de leur parolière Deaffy (alias Gaby Hauke). Dans un dossier consacré à Accept à l'occasion de la sortie de Russian Roulette, Enfer magazine soulignait à cet égard l'importance des textes du groupe :

« En France, la plupart des fans d'Accept, ne parlent pas l'anglais, de fait ils passent à côté d'un aspect essentiel du groupe : ses textes. En effet, contrairement à la majorité de ses confrères, Accept a des choses à dire… et il les dit[1]. »

L'album est largement centré sur des thématiques anti-guerre et anti-militariste[1],[3], tout particulièrement les chansons Wargames (Russian Roulette), Man Enough to Cry, Walking in the Shadow, Stand Tight et par extension TV wars. Cette thématique se poursuivra aussi dans l'album Animal House de U.D.O. (Album écrit et composé par Accept et Deaffy) sur un titre comme They Want War notamment. Le chroniqueur « Mad » Scott interrogeait le groupe à ce sujet :

« La majeure partie de vos chansons est d'inspiration politique et pacifiste. La guerre est-elle une préoccupation permanente en Allemagne ?[1] »

La réponse de Hoffmann soulignera, à cet égard, l'importance qu'ils attachent à ces questions :

« C'est important d'en parler. J'imagine que celui qui vit dans un bled perdu de l'Ohio ne ressent pas ce problème de la même manière. Ici, en Allemagne, la politique internationale est toujours présente. Comment penser à autre chose quand on joue à Berlin, par exemple ?[1] »

Hoffmann fait ici référence à la séparation des deux Allemagne et au mur de Berlin (l'interview date de 1986). Si le thème de la guerre reste au centre de l'album, d'autres questions sont également abordées comme l'euthanasie (Monsterman), la religion (Heaven is Hell), les problèmes relationnels (It's Hard to Find a Way) ou encore les questionnements existentiels d'une personne se sachant condamnée par la maladie (Another Second to Be).

Sujets abordés

"TV Wars" traite de la violence à la télévision, de l’hypocrisie des médias dans les journaux télévisés et de l'indifférence des téléspectateurs vis-à-vis des horreurs qui envahissent leurs écrans. Baltes explique à ce sujet :

« Ce titre parle des gens qui regardent la télévision à l'heure du dîner, contemplant les horreurs qui se déroulent sur l'écran en s'en foutant. Pour eux, c'est un spectacle et ils ne se rendent pas compte que cela les concerne aussi. Si le monde explose, ils seront toujours assis voyant tout ça sans comprendre[1]. »

« Tu vois ça tous les jours. Si la télé annonçait qu'on vient de lancer une bombe juste au dessus de nos têtes, ils se contenteraient probablement de changer de chaîne[3]. »

"Monsterman" traite de la question de l'euthanasie. Elle se place du point de vue d'une personne ayant abrégé les souffrances d'un être cher. Hoffmann explique:

« Nous avons voulu raconter l'histoire d'un « meurtrier par pitié », quelqu'un qui, par amour, recourt à l'euthanasie. Il affirme: « je ne suis pas un monstre », parce que tout le monde l'accuse de meurtre. Le problème se pose en effet dans ces termes : pitié ou crime [« mercy or crime »][1]. »

"Russian Roulette (Wargames)", aborde la question de la guerre, et de l'insignifiance des individus engagés, pris comme des pions, au regard des pouvoirs. Hoffmann expliquait à ce propos le sens du titre :

« C'est un peu le résumé de tout ce que nous voulons exprimer sur l'album. Si tu envoies tes enfants à la guerre, cela revient à les soumettre à la roulette russe. C'est un jeu, mais un jeu mortel[1]. »

"Heaven is Hell" traite de la religion. Le texte ironique, s'ouvre en jurant sur la bible et même sur le Coran, si nécessaire, qu'il est toujours bon pour les conflits que de croire en un Saint-Esprit. ("We swear it on the Bible, if wanted on the Coran: it's always good for trouble to have a Holy Ghost"). La chanson, explique Hoffmann, entend dénoncer les religions qui ont encouragé les massacres et les tueries, au cours de l'histoire[1] : "Pense seulement à ce qui s'est passé il y a deux ou trois siècles en Europe, et en Iran Aujourd'hui, avec ces gosses poussés à l'abattoir"[1]. Comme le souligne le guitariste, la chanson ironise sur un des préceptes de la bible : " Tu ne tueras point ton prochain...sauf s'il ignore ce qui est "juste[1]" ("You shouldn't kill your brother, except if he doesn't know what's right"). "S'il peut apprendre à aimer ton paradis... ah, c'est là une miséricorde qui lui épargnera la vie"("If he can love your Heaven, ah, it's a mercy for him to die..."). Au cours de l'histoire, souligne Baltes, "l’Église a toujours apporté son soutien aux guerres, mais celui qui croit en la bible ne devrait théoriquement pas devenir soldat, pourtant tout le monde le fait[3].,[4]"

"Another Second to Be" traite du thème du sida[3], sans l'expliciter ouvertement. La chanson se concentre surtout sur la psychologie d'une personne qui se sait condamnée à court terme par la maladie. Hoffmann en explique le sens:

« Tu as probablement entendu parler de cet Américain dont les journaux ont parlé et déclarait en première page: " je n'ai plus que deux mois à vivre". Cette épouvantable situation nous a inspiré cette chanson[1]. »

« Faire face à ce genre de réalité, ajoute Baltes, doit être très pénible. Voir s'écouler les dernières minutes de sa vie. En tout conscience...."[1] »

Le texte s'attarde sur les questionnements de cette personne quant au sens de sa vie et de l'utilité des choses qu'il a accompli dans sa vie dans l'espoir d'une meilleure vie - une vie qui pourtant s'achève : "toutes les choses que j'ai faites, me reviennent à l'esprit des centaines de fois: toutes les larmes que j'ai versées et tous les mensonges que j'ai dits, tous dans l'espoir d'une vie meilleure ." ("All the things I just have done Passing my mind a hundred times All the tears I have cried, all the lies I have lied All in hope for a better life")


"Walking in the Shadow" traite des tourments d'un vétéran de la guerre du Vietnam. Hoffmann explique:

« Il existe, aux États-unis, un énorme mur sur lequel sont gravés les noms des cinquante huit mille morts américains de la guerre du Vietnam. Nous avons voulu parlé des sentiments d'un homme qui cherche, à l'ombre de ce mur, le souvenir de ses camarades morts au combat. Dans un sens, c'est de l'anti-Rambo. Ce genre de film nous rend malades[1]. »

"Man Enough to Cry" traite aussi du thème de la guerre. La chanson se place du point de vue d'un soldat, plongé dans l'horreur de la bataille, pris dans des interrogations existentielles sur le sens de la guerre et de son devoir: "Courant avec mon arme, la force de tuer un homme, le regarder dans les yeux. Mon dieu, pourquoi? Est-ce moi, est-ce toi, celui qui doit mourir?" ("With my gun on the run, the force to kill a man. looking in his eyes. My god, why? Is it me, is it you"). Le titre et refrain de la chanson prend à contrepied les archétypes machistes selon lesquels un vrai homme ne doit pas pleurer. Baltes explique:

« "C'est un paradoxe: être suffisamment un homme pour pouvoir pleurer("Man enough to cry"). Les garçons sont élevés avec des maximes du genre: "les hommes doivent être forts, ils ne doivent pas pleurer..." Quelquefois, on n'a pourtant pas le choix. A la guerre, par exemple, si un de vos amis tombe, comment résister aux larmes?"[1]. »

Controverses

L'album a soulevé certaines controverses. Kaufmann expliquait qu'à la sortie de l'album, le groupe a connu des problèmes de tournée aux États-Unis, parce qu'il était vu comme faisant de la propagande pro-russe[5]. La pochette de Russian Roulette a d'ailleurs fait l'objet de censure aux États-Unis, avec un sticker insinuant que l'album faisait la promotion implicite du régime communiste de l'URSS, invitant les auditeurs à être prudents et à ne pas prendre leurs textes à la lettre[6]. La pochette montre les membres du groupe habillés en anciens militaires russes se prêtant au jeu de la roulette russe - Kaufmann tendant le pistolet à Dirskchneider. Eu égard aux controverses et aux malentendus qu'avait connus le groupe par le passé, le journal Enfer magazine s'interrogeait justement sur la portée de leur pochette : « Ne pensez vous pas que la pochette de Russian Roulette soit un peu trop provocante ? », Hoffmann confirmera l'attitude :

« C'est vrai, c'est une provocation. Mais il faut provoquer les gens pour qu'ils réalisent la gravité de certains problèmes[1]. »

Inversement ils ont aussi connu les mêmes problèmes dans les pays de l'est, où l'album était vu comme de la propagande anti-russe. Malgré le titre, les textes de cet album ne traitent pas de questions relatives à l'URSS[5]. Ils ne se positionnent ni contre les États-Unis, ni contre l'URSS, mais sont principalement consacrés à la guerre.

Tournée

Le groupe entreprend une gigantesque tournée mondiale comprenant des dates en Grande Bretagne avec le groupe Dokken (et UFO pour lors de leur passage en Allemagne)[7]. Le show marquera notamment les mémoires pour la chorégraphie provocatrice[7] durant l'interprétation de la chanson anti-militariste "Russian Roulette", où les musiciens habillés en militaires exécutent une marche au pas de l'oie, en jouant de leurs instruments[7]. Au cours de la tournée, Baltes, Hoffmann et Gaby Hauke décident de vivre aux États-Unis:

« Je suis parti là-bas, explique Baltes,[...] car la plupart du business se trouve aux USA. Nous passions désormais plus de temps là-bas qu'en Allemagne! Les tournées US sont plus longues, il y a des tas de studio pour bosser et il faut reconnaître que les gens sont plus cool aux States. C'est incontestablement le pays de la musique et c'est une sorte de paradis pour un musicien[8]. »

Titres

  1. T.V. War – 3:27
  2. Monsterman – 3:25
  3. Russian Roulette – 5:22
  4. It's Hard to Find a Way – 4:19
  5. Aiming High – 4:26
  6. Heaven Is Hell – 7:12
  7. Another Second to Be – 3:19
  8. Walking in the Shadow – 4:27
  9. Man Enough to Cry – 3:14
  10. Stand Tight – 4:05

Musiciens

Charts

Album - Billboard (Amérique du nord)

Year Chart Position
1986 The Billboard 200 114

Sources

Ouvrages

  • Hervé Picart, Jean-Yves Legras et Bertrand Alary, Hard & heavy- Les dieux du rock lourd, Jacques Grancher, 1985, 127 p.  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Garry Sharpe-Young, Metal: The Definitive Guide, Jawbone Press, 2007, 495 p. (ISBN 978-1-906002-01-5)  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Périodiques

  • Mad Scott, « Accept, le sceptre, pas les spectres », dans Enfer magazine, no 35, avril 1986, p. 7-14 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Enfer magazine N°35, pp.10-12
  2. Mad Scott,Chronique disque de Russian Roulette,Enfer magazine N°35, p.58.
  3. a, b, c et d Gambler GAZ SHARPE, Interview with Peter Baltes, Metal Forces 18, [1]
  4. "The church has always supported wars but anyone who believes in the bible shouldn’t become a soldier, everyone does it though"
  5. a et b (en) Accept - Balls To The Wall (CBS '84, INL63563) sur www.martinpopoff.com. Consulté le 30 juin 2010.
  6. Documentaire Accept- Metal Blast From The Past, 2002
  7. a, b et c Metal: The Definitive Guide, p.333-334.
  8. "Hard Force n°27, mai-juin 1989, p.25



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