Politique étrangère du Troisième Reich


Politique étrangère du Troisième Reich

L’avènement du nazisme marque une rupture fondamentale dans la politique étrangère de l’Allemagne. Les aspirations à une grande Allemagne tombent dans la démesure. La doctrine de la supériorité de la race « aryenne » implique que l’idée d’une grande Allemagne est insuffisante pour les nazis[1]. Il s’agit aussi d’acquérir un nouvel et immense empire constituant un « espace vital » (Lebensraum) en Europe centrale et orientale. Sa conquête permettrait en outre d’éliminer le « judéo-communisme ». Pour Adolf Hitler, l’extension à l’Est doit s’accompagner d’une alliance avec le Royaume-Uni. L’isolement de la France est recherché[2].

Sommaire

Le retour de l’Allemagne sur la scène internationale

Affiche de propagande nazie de 1935 contre les frontières de l’Est issus des traités de 1919.

Hitler a comme premier objectif de faire sauter les dernières entraves du traité de Versailles. Konstantin von Neurath, son ministre des Affaires étrangères de 1933 à 1938, est assisté de Bülow et de Hindenburg. Dans un premier temps, il négocie le statut d’égalité obtenu par Schleicher. Son but est de pouvoir réarmer l’Allemagne librement. Il fait échouer la conférence de Genève sur le désarmement en formulant des exigences excessives. En attendant de pouvoir mener librement leur politique étrangère, les nazis prennent le contrôle des organisations des Allemands de l’étranger, environ 25 millions de personnes. Il les réunit dès octobre 1933 au sein du Volksdeutsche Rat (VR) sous la direction du ministère des affaires étrangères[3]. À côté du ministères d’autres instances s’occupent de politique étrangère : l’office de politique étrangère du NSDAP dirigé par Rosenberg, les services de Goebbels et à partir de 1934 la Dienststelle de Von Ribbentrop qui s’occupe plus spécialement des relations avec le Royaume-Uni[4].

Dès janvier 1934, Hitler signe un pacte de non-agression de 10 ans avec la Pologne, sans pour autant en reconnaître les limites. Ceci lui permet de briser l’alliance franco-polonaise et de semer le trouble quant à ses intentions en matière diplomatique. Par contre, il montre clairement son intention de réaliser l’Anschluss avec l’Autriche en s’appuyant sur les nazis autrichiens. Ceux-ci assassinent le chancelier autrichien Dollfus le 25 juillet 1934. Mais Mussolini envoie 5 divisions sur le Brenner empêchant le succès de l’annexion. Hitler s’en tire en niant toute participation et en désavouant les nazis autrichiens. Le 14 octobre 1934, l’Allemagne quitte la Société des Nations tout en proposant des discussions bilatérales sur la sécurité[5].

En janvier 1935, les Sarrois votent massivement leur rattachement à l’Allemagne. Cette victoire améliore l’image des nazis à l’étranger[6]. La conscription est réintroduite le 16 mars 1935, en violation ouverte du Traité de Versailles. Les effectifs de l’armée allemande sont portés à 550 000 hommes[7]. En même temps, Hitler négocie avec les Britanniques. Le 18 juin 1935, un accord germano-britannique autorise l’Allemagne à se doter d’une flotte équivalente à 35 % de celle du Royaume-Uni. En fait, les Allemands cherchent à dessiner un nouveau partage du monde qui leur réserverait l’Est de l’Europe[6]. Malgré toutes ses démarches, Hitler ne parvient à obtenir des Britanniques les mains libres à l’Est. Quand Neville Chamberlain devient premier ministre, Hitler mise sur le pacifisme britannique et ne s’intéresse plus à une alliance germano-britannique[8].

Le 7 mars 1936, la Wehrmacht entre en Rhénanie, démilitarisée depuis le traité de Versailles. Le Royaume-Uni et la France condamnent cette action mais n’interviennent pas[7] alors qu’Hitler avait prévu de reculer s’il rencontrait une résistance. L’inaction des démocraties conforte la volonté d’Hitler de réaliser la grande Allemagne et en protestant publiquement de son pacifisme. L’Allemagne signe aussi un pacte de non-agression avec la Russie. Elle aide militairement les partisans de Franco pendant la guerre civile en Espagne[9]. Elle leur fournit des avions, des camions contre des minerais indispensables pour le réarmement allemand. La fin de l’année 1936 est occupée par la formation de l’axe Berlin-Rome. La guerre d'Espagne et l’antibolchevisme rapprochent les deux régimes au départ opposés sur la question de l’Anschluss. Quand Mussolini se rend à Berlin en 1937, il reçoit un accueil grandiose sans qu’aucun accord ne soit conclu cependant. Au cours de l’année 1937, Hitler se sent assez fort pour dévoiler aux diplomates et à l’état-major de l’armée ses projets d’expansion. Devant la réticence de ceux-ci, –ils sont les héritiers de la politique wilhémienne –, Hitler s’en sépare et nomme à des postes des clés, des fidèles nazis.

La politique d’agression d’Hitler

Signature du pacte par Molotov. Ribbentrop et Staline sont en arrière-plan.

Europe centrale

Entre 1938 et 1945, le poste de ministre des Affaires étrangères est occupé par Joachim von Ribbentrop. Hitler multiplie les pressions sur le chancelier autrichien Schuschnigg pour qu’il cède le pouvoir au nazi Seyss-Inquart. Sans soutien extérieur, le chancelier cède et le 1er mars 1938, Hitler entre en Autriche. Il annonce le rattachement du pays au Reich et obtient 99 % de « oui » de la part des Autrichiens au plébiscite d’avril[10]. Après l’Anschluss de l’Autriche, Hitler, désormais convaincu de la faiblesse des démocraties occidentales, décide de se tourner vers les régions habitées par des Allemands des Sudètes et appartenant à la Tchécoslovaquie. Il demande à Konrad Henlein, le chef des Sudètes, de déstabiliser la Tchécoslovaquie. Les Britanniques et les Français demandent à leur allié tchèque de céder devant les exigences de plus en plus excessives d’Hitler. C’est à l’occasion de la crise des Sudètes que les accords de Munich sont signés le 30 septembre 1938. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain, partisan d’une politique de l’apaisement, le président du Conseil français Édouard Daladier, Benito Mussolini pour l’Italie et Hitler s’accordent sans demander à la Tchécoslovaquie son avis pour céder les Sudètes à l’Allemagne. Le 15 mars 1939, l’Allemagne occupe et démembre ce qui reste de la Tchécoslovaquie[9]. Avec l’annexion de la Bohème-Moravie, des populations non-allemandes sont pour la première fois intégrées au Reich. Le 23 mars 1939, l’armée allemande occupe la ville libre de Memel en Lituanie[7]. Fort de ses succès, Hitler cherche à nouer des alliances pour poursuivre sa politique agressive.

Nouvelles alliances

L’Allemagne signe le Pacte d'Acier avec l’Italie en mai 1939 et, après le début de la guerre, l’accord des Trois Puissances avec l’Italie et le Japon.

Europe de l'Est

La frontière germano-polonaise devient alors l’objet des toutes les tensions. Dès le 24 octobre 1938, Ribbentrop propose à la Pologne un pacte de non-agression et une reconnaissance des frontières. En échange, la Pologne devrait céder Danzig et permettre la construction d’une autoroute vers la Prusse-Orientale. La Pologne refuse par crainte de froisser l’URSS[11]. Hitler durcit alors le ton envers la Pologne. Alors que la France et le Royaume-Uni cherchent à se rapprocher de l’URSS, cette dernière fait des propositions de rapprochement à l’Allemagne nazie. Hitler confie alors qu’il est décidé à s’allier au régime communiste pour écraser les démocraties de l’Ouest de l’Europe mais qu’après, il compte bien écraser son ancien allié[11]. La signature du Pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, donne à Hitler toute latitude pour attaquer la Pologne sans craindre une intervention soviétique. De plus les deux pays s’entendent, dans une clause secrète pour se partager la Pologne. Le 1er septembre 1939, celle-ci est envahie par la Wehrmarcht. Le Royaume-Uni et la France, alliées de la Pologne, sont décidées à ne plus céder devant Hitler et déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 et 4 septembre. La politique étrangère agressive d’Hitler aboutit au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale[9].

La Seconde Guerre mondiale

De septembre 1939 à novembre 1942, la politique étrangère allemande se caractérise par une expansion territoriale et l’occupation d’un grand nombre d’États européens grâce aux victoires militaires des nazis. La Pologne est rapidement soumise. Après l’invasion de la Pologne, la ville libre de Dantzig, la Pologne occidentale, comprenant les provinces de Prusse occidentale, de Poznan, de Haute-Silésie et de Lodz sont annexées. La Pologne centrale et méridionale est transformée en Gouvernement général en octobre 1939[12]. Entre avril et juin 1940, les Allemands occupent le Danemark et la Norvège. Cette offensive est motivée par la volonté de contrôler la route de fer de Kirunaen Suède[13]. Le 10 mai 1940, l’offensive à l’Ouest de l’armée allemande débute suivant la stratégie de la guerre éclair. Le Luxembourg capitule le jour même. Puis c’est le tour des Pays-Bas le 15 mai, de la Belgique le 28 mai. Le Luxembourg est annexé et les Pays-Bas sont placés sous la responsabilité d’un commissaire du Reich. La Belgique est elle placée sous occupation militaire. Le 22 juin 1940, la France signe l’armistice avec l’Allemagne. Le nord et la côte atlantique de la France sont occupées, tandis que le Sud de la France, dont la côte méditerranéenne, reste sous la responsabilité du gouvernement français (zone libre) avec à sa tête le maréchal Pétain[12]. Mais le triomphe à l’Ouest reste incomplet car le Royaume-Uni reste en guerre. En mars 1941, l’Allemagne nazie envahit la Yougoslavie et la Grèce pour venir en aide à son allié italien. La Yougoslavie est vaincue en deux semaines. Les Allemands partagent la Slovénie avec les Italiens et annexent la partie nord-est du pays. La Serbie est placée sous occupation militaire. La Grèce est divisée en deux zones d’occupation, l’une allemande et l’autre italienne et placée sous administration militaire[12].

Parallèlement, l’Allemagne pénètre en Europe orientale. Elle oblige la Roumanie à céder la Transylvanie à la Hongrie et la Bukovine à la Bulgarie[14]. Elle pénètre ensuite en Roumanie qui livre de plus en plus de pétrole au Reich. Les trois pays d’Europe orientale adhèrent au pacte d’acier en septembre 1940 bientôt suivis de la Slovaquie et de la Finlande[15]. Quant à l’Union soviétique, Le Reich en obtient des matières premières : blé, pétrole, minerais. Mais dès mars 1941, Hitler confie à ses généraux son projet d’envahir l’URSS et d’y mener une guerre idéologique, c'est-à-dire une guerre d’anéantissement assortie d'un plan de recolonisation germanique des terres conquises. Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie attaque l’Union Soviétique. Elle prend le contrôle des parties de la Pologne qui avaient été annexées par l’URSS en 1939 conformément au Pacte germano-soviétique. Le district de Bialystok est ainsi rattaché à la Prusse orientale. Entre juillet et début décembre 1941, l’armée allemande conquiert les États baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), la Biélorussie, l’essentiel de l’Ukraine, et une partie du territoire russe. En décembre 1941, le siège de Leningrad commence ; les Allemands sont proches de la région de Moscou au centre, et occupent Rostov-sur-le-Don, la porte vers le Sud du Caucase[12]. La Blitzkrieg est un échec et pour la première fois, l’armée allemande n’apparaît plus comme invincible[16].

L’échec de la Wehrmacht à conquérir rapidement l’URSS conduit Hitler à assurer le Japon de son soutien pour toute initiative. L’Allemagne déclara donc la guerre aux États-Unis quatre jours après Pearl Harbour sans avoir la moindre idée de la stratégie à utiliser pour les vaincre. Il devient alors impératif de vaincre à l’Est rapidement[17]. Durant l’offensive de 1942, l’armée allemande atteint Stalingrad. L’espace allemand s’est complètement dilaté. Les forces allemandes sont aussi amenées à intervenir après la capitulation italienne face aux Alliés en septembre 1943. Elles envahissent l’Italie septentrionale et centrale ainsi que les territoires grecs, yougoslaves et albanais jusque là sous contrôle italien alors qu’elles subissent de sérieux revers en URSS et ont été chassées d’Afrique du Nord. Cette politique de contrôle des anciens alliés défaillants se poursuit en 1944 : en mars 1944, la Hongrie, qui voulait sortir de l’Axe est occupée ; en août 1944, l’armée allemande envahit la Slovaquie, après un soulèvement organisé par la résistance slovaque alors même que les troupes soviétiques sont entrées en Prusse orientale[12].

Le sentiment de honte et d’anéantissement qui envahit les populations allemandes à la fin de la guerre fait que les changements politiques de 1945-49 sont vécus par la population dans une certaine indifférence[18].

Les États satellites

Dès le démembrement de la Tchécoslovaquie, apparaissent les deux premiers de ces États :

  • le protectorat de Bohême-Moravie, que l'historiographie ne range pas dans cette catégorie, car, si les institutions tchécoslovaques perdurent, il est placé sous la tutelle directe d'un Reichsprotektor, ayant rang de ministre.

En 1941, l'occupation militaire de la péninsule balkanique permet le démembrement de la Yougoslavie et la création de deux États :

  • la Serbie, soumise à un régime militaire collaborateur.

Le personnel diplomatique allemand : symbole de l'absence de rupture entre 1920 et 1940

Notes et références

Notes

Références

  1. Michael Mertes, Claire Skalmowski, p 803, 804
  2. Alfred Wahl, p 97
  3. Alfred Wahl, p. 116-117
  4. Alfred Wahl, p. 118
  5. Alfred Wahl, p. 118-119
  6. a et b Alfred Wahl, p. 144
  7. a, b et c ushmm, l’expansion allemande avant la guerre, encyclopédie de la Shoah, consulté le 5 novembre 2007
  8. Alfred Wahl, p. 146
  9. a, b et c ushmm, la politique étrangère allemande 1933-1945, de la Shoah, consulté le 4 novembre 2007
  10. Alfred Wahl, p. 147
  11. a et b Alfred Wahl, p. 151
  12. a, b, c, d et e ushmm, l’expansion allemande pendant la guerre, encyclopédie de la Shoah, consulté le 5 novembre 2007
  13. Alfred Wahl, p. 153
  14. Alfred Wahl, p. 155
  15. Alfred Wahl, p. 156
  16. Alfred Wahl, p. 157
  17. Alfred Wahl, p. 161
  18. Les Allemagnes dans un Monde bipolaire 1945 - 1991, conférence de monsieur Paul Pasteur, maître de conférences à l’université de Rouen, 28 mars 2000.

Annexes

Bibliographie

  • Pierre Renouvin, Le Traité de Versailles, Paris, Flammarion, 1969, 140 p. 
  • Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, 1999, Armand Colin.

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