Bernard Tapie


Bernard Tapie
Bernard Tapie
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Bernard Tapie au salon des entrepreneurs en février 2010.

Parlementaire français
Date de naissance 26 janvier 1943 (1943-01-26) (68 ans)
Mandat Député
1989 - 1992
1993 - 1996
Circonscription Bouches-du-Rhône
Groupe parlementaire NI (1989-1992)
RL (1993-1996)
Ve République

Bernard Tapie, né le 26 janvier 1943 dans le 20e arrondissement de Paris, a été successivement ou simultanément pilote de course, chanteur, homme d'affaires, dirigeant d'un groupe d'entreprises (notamment sportives), patron d'un club de football, animateur, auteur, homme politique et enfin acteur.

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Fils d'ouvrier frigoriste et d'infirmière, il grandit au Bourget, dans les quartiers populaires de la Seine-Saint-Denis.

C'est au cours de son service militaire, où il devient rapidement officier[réf. nécessaire], qu'il comprend que les écarts de statut social peuvent être comblés, et que sa ténacité et ses grandes ambitions peuvent le faire réussir dans la vie.

Mais c'est avant tout le sport qui l'attire, en particulier les sports mécaniques. Il tente ainsi une carrière de pilote dans les années 1960 en participant à des courses de Formule 3[1]. Un grave accident le plonge dans trois jours de coma, dont il sort avec la résolution de ne pas poursuivre cette carrière.

Il tente alors une brève carrière de chanteur avec quelques disques sous le nom de Bernard Tapy, l’époque étant à la mode américaine, mais sans grand succès.

En 1967, alors qu'il se « cherche » encore, le hasard va l'orienter vers la voie où il exprimera son talent : les affaires. Un vendeur en porte-à-porte sonne chez lui pour lui proposer d'acquérir un poste de télévision, à l'époque peu présent dans les foyers français car très coûteux. Après avoir sympathisé, le vendeur lui explique qu'il ne parvient pas à vendre en porte-à-porte et qu'il souhaite se débarrasser de son stock. Bernard Tapie lui demande de lui confier quelques téléviseurs et « teste » à son tour la vente en porte-à-porte. Il comprend que le frein à la vente est la méfiance des clients potentiels envers ce type de vente. Aussi il a une idée : se faire passer pour un journaliste pour le compte d'un grand journal qui fait un sondage sur les émissions préférées des français. La plupart de ses interlocuteurs n'ayant pas la télévision, il leur propose le prêt gratuit par « son journal » d'un poste de télévision pendant une semaine, à condition que les clients le regardent au maximum pour être en mesure de répondre au sondage. Une semaine plus tard, il repasse, pose les questions du « sondage », et indique au client que l'appareil n'étant plus neuf puisqu'ayant désormais été utilisé, il a la possibilité de l'acheter 25 % moins cher qu'au prix du neuf. Séduit tant par l'appareil, son prix, et la sollicitude dont il a été l'objet, ce dernier signait volontiers un bon de commande[2].

Fort de ce succès, il rachète au vendeur venu frapper à sa porte tout son stock, qu’il revend en quelques semaines. Il monte ensuite un magasin de téléviseurs qu'il revend quelques années plus tard. Cette première expérience réussie l'oriente définitivement vers les affaires.

D'entrepreneur à consultant d'affaires

Suite au succès de son magasin de télévisions, Bernard Tapie tente d'abord de monter des entreprises.

Très affecté par la perte de sa grand-mère en raison d'une erreur de diagnostic de son médecin, il se passionne pour la médecine, et découvre au cours de ses lectures que les crises cardiaques, alors première cause de mortalité en France, pourraient ne pas être mortelles dans près de la moitié des cas si le patient était amené à l'hôpital en moins de 20 minutes, contre 45 minutes en moyenne à l'époque. Il fonde alors la société Cœur Assistance, dont l'objet est de proposer à des personnes à haut risque d'accident cardiaque de disposer d'un boitier portable, avec un abonnement payant, permettant de déclencher une alarme en cas de crise cardiaque ; la société tenant à disposition des clients des ambulances prêtes à partir immédiatement. Mais le concept est trop précurseur, et se heurte à des obstacles juridiques insurmontables, les instances françaises de la médecine étant fermement opposées à l'intrusion d'une alternative privée au système des ambulances publiques. Après quelques mois, Bernard Tapie doit donc renoncer à son projet.

Il fonde ensuite un groupement d'achat, le Club Bleu, destiné à l'achat en gros pour les comités d'entreprise, qu’il revend correctement, mais sans pour autant faire de lui un homme riche.

Puis il rencontre l'homme qui va réellement lui apprendre les affaires, Marcel Loichot, fondateur du cabinet de conseil SEMA et conseiller du président de la République, Charles de Gaulle. Celui-ci le convainc de devenir consultant (« ingénieur-conseil » à l'époque) au sein de son cabinet spécialisé en redressement d'entreprises, puis directement à ses côtés. Bernard Tapie s'y distingue et commence à très bien gagner sa vie, les commissions sur les redressements d'entreprises étant conséquentes en cas de succès. Alors âgé de la trentaine, il affiche déjà son goût pour les belles choses : superbe manoir en banlieue parisienne et voitures de luxe.

Redresseur d'entreprises et star de la télévision

Fort de son expérience acquise à la SEMA, Bernard Tapie se met à son compte en 1977 à l'âge de 34 ans. Il fait alors parler de lui en rachetant des sociétés en dépôt de bilan pour un franc symbolique, puis en les revendant une fois redressées.

Sa méthode repose sur trois piliers essentiels[3] :

  1. la renégociation des dettes des sociétés. Les sociétés cibles étant en dépôt de bilan, donc amenées à disparaître, et n'ayant généralement pas assez d'actifs pour espérer couvrir leurs dettes ; les créanciers, fidèles à l'adage selon lequel « mieux vaut trois fois rien que rien du tout », acceptent d'abandonner l'essentiel de leur dette contre la certitude d'être payés immédiatement d'une petite partie.
  2. la réduction des coûts, notamment par l'investissement dans la modernisation des méthodes de production, qui va de pair avec la réduction des effectifs. C'est l'aspect le plus controversé de la méthode : très fréquemment, Bernard Tapie essuiera les critiques sur les nombreux licenciements qu'il a opérés. Critiques auxquelles il répondait « qu'à choisir entre une entreprise qui meurt, avec la totalité de ses salariés qui deviennent chômeurs ; et une entreprise qui survit, mais avec la moitié de ses salariés seulement ; je préfère la deuxième solution et sauver la moitié des emplois. Et je crois que l'économie française préfère aussi »[4].
  3. la recherche de nouveaux débouchés. En restant sur leur seul marché d'origine, les sociétés cibles ont fini en dépôt de bilan. Réduire les dettes et les coûts n'étant souvent pas suffisant pour assurer le redressement, la recherche de nouveaux débouchés est primordiale. Bernard Tapie tente donc de faire preuve de créativité, et de trouver ainsi de nouvelles sources de revenus aux entreprises qu'il rachète. Pour la société Look, société de fixation de ski, il cherche à compenser la saisonnalité des ventes, exclusivement hivernale. Il fera ainsi fabriquer par la société les premières pédales de vélo déchaussables, sur le même principe que les fixations de ski, pour éviter les blessures occasionnées lors des chutes à vélo par les traditionnelles pédales « coques ». Pour la société Wonder, à la suite de la mort d'un bébé ayant avalé des piles d'une autre marque, empoisonné par le mercure contenu dans les piles, il fait créer la première pile sans mercure, la GreenPower, qui sera ainsi choisie dans toutes les zones à forte concentration d'enfants.

Au fur et à mesure de ses succès, les entreprises auxquelles Bernard Tapie s'intéresse sont de plus en plus grosses et connues, faisant ainsi grandir sa notoriété.

En octobre 1979, son premier gros coup médiatique va être la tentative d'achat des châteaux français de Jean-Bedel Bokassa. Introduit par Félix Houphouet-Boigny, Président de Côte d'Ivoire, redevable à Bernard Tapie d'avoir aidé la femme du Président à redresser une société française dans laquelle elle avait des intérêts, Bernard Tapie rencontre l'empereur-dictateur Bokassa dans son palais, à Bangui (la capitale). Tapie bluffe en racontant que ses châteaux français vont être saisis par les autorités françaises. Il lui fait une proposition d'achat à 10 % de leur valeur. La transaction se conclut. Tapie s'envole pour New-York pour y organiser la vente aux enchères des châteaux au profit de l'Unicef. Le New-York Time fait un article élogieux sur lui. La presse française reprend l'affaire et s'interroge sur les modalités de la transaction. Jean-Bedel Bokassa se rend compte de la supercherie. Il se plaint auprès du Président de la République Française, Valéry Giscard d'Estaing, qui obtient l'annulation de la vente. Quant à Bernard Tapie, Bokassa ne décolère pas à son égard et met un « contrat » sur sa tête, dont la « levée » sera obtenue par Houphouet-Boigny[5].

C'est ainsi qu'il apparaît à la télévision française pour la première fois en 1980, pour sa candidature à la reprise de la société Manufrance, autrefois joyau de l'industrie française, acculée à la faillite. Il renoncera finalement devant la rigidité des syndicats. Mais son franc-parler, son physique et sa force de conviction font que chaque nouvelle apparition à la télévision se traduit par une hausse de l'audience, si bien qu'il est de plus en plus invité sur les plateaux. Séduit par la notoriété et par l'intérêt qu’elle présente dans ses affaires, Bernard Tapie répond volontiers aux invitations des médias, et devient en l'espace de cinq ans une véritable vedette du petit écran, invité d’abord dans les émissions culturelles (Le Grand Échiquier, 7 sur 7, etc) puis également dans les émissions de pure variété généralement dévolues aux chanteurs et aux acteurs (Gym Tonic, Le Jeu de la vérité, Champs-Élysées, Les Grosses Têtes, etc.).

Il est alors cité en exemple par les médias, qui l’élisent « Homme de l'Année » en 1984[6], puis consacré par les sondages d'opinion, en particulier chez les jeunes (dont il est alors la personnalité française préférée) et chez les femmes (qui le considèrent alors deuxième homme de France le plus séduisant derrière Alain Delon)[7].

Il fait même de cette popularité au sein des jeunes une émission télévisée, Ambition, dont le concept est d’aider un jeune et son projet, sélectionnés sur dossier, à monter son entreprise en direct. Il monte également à partir de 1986 des écoles de ventes exclusivement réservées aux jeunes au chômage ou sans formation scolaire. La première ouvre à Béziers, puis viendront les écoles de Marseille, Ambert, Soissons, Namur (Belgique), Martigny (Suisse), et enfin Vichy, spécialisée pour les femmes. Financées exclusivement par Bernard Tapie sur ses fonds propres, ces écoles furent fermées en 1994 lorsqu’il fut mis en faillite.

N'hésitant pas à montrer sa réussite et ses signes de richesse, et à utiliser un langage très direct, versant parfois dans la provocation, Bernard Tapie divise cependant déjà fortement l'opinion, les nombreuses opinions positives étant déjà contrebalancées par des antipathies fortes à l'encontre du personnage. Il est ainsi pour les uns le symbole d'une réussite décomplexée, du franc-parler, et la démonstration que tout le monde a sa chance, idole à laquelle s'identifie une grande partie des jeunes entrepreneurs dont nombreux diront dans les années 1990 et 2000 que leur vocation d'entreprendre vient de Bernard Tapie. Il est pour d'autres le symbole au contraire de la sacralisation de l'argent et de l'arrivisme.

Son succès dans les affaires n’est en tout cas contesté par personne à l’aube des années 1990 : parmi la quarantaine de sociétés reprises depuis 1977, aucune ne retourne en dépôt de bilan : elles sont toutes soit revendues soit conservées, parmi lesquelles quelques noms connus comme les piles Wonder, les fixations Look, les balances Terraillon, ou les magasins alimentaires biologiques La Vie Claire. Bernard Tapie s’est ainsi bâti en dix ans une fortune qui fait de lui, à la fin des années 1980, l'une des vingt premières fortunes de France.

Il décide alors de reprendre une société qui représente la synthèse de sa passion pour les affaires et pour le sport : l'équipementier sportif Adidas, qu'il qualifie « d'affaire de sa vie »[8].

Succès sportifs

Passionné de sport, Bernard Tapie utilise sa fortune acquise dans les années 80 pour monter une équipe cycliste autour de Bernard Hinault, alors quadruple vainqueur du Tour de France mais licencié par sa précédente équipe cycliste, Renault, suite à un différend avec son directeur sportif Cyrille Guimard. Bernard Hinault s’invite sans rendez-vous dans le bureau de Bernard Tapie, et le convainc qu’il peut encore gagner. La rencontre entre les deux hommes tourne au coup de foudre, et l'équipe La Vie Claire est montée en 1984. Bernard Hinault y remporte son cinquième Tour de France en 1985, puis Greg LeMond remporte un nouveau Tour de France pour l'équipe La Vie Claire en 1986.

Galvanisé par son expérience dans le vélo, Bernard Tapie décide de tenter la même réussite dans le football, en répondant en 1986 à l'invitation d'Edmonde Charles-Roux, veuve de l'ancien maire de Marseille Gaston Defferre, de reprendre l'Olympique de Marseille (OM). Ancienne gloire du football français, l'OM végète alors à la quinzième place du championnat de France, n'a plus gagné de titre depuis 1976, et attire moins de 5 000 spectateurs par match au stade Vélodrome. Sous la direction de Bernard Tapie, le club engage de nombreux jeunes joueurs espoirs qui deviendront, au fil des années, des stars, parmi lesquels les français Jean-Pierre Papin, Éric Cantona, Basile Boli, Didier Deschamps, Marcel Desailly, Fabien Barthez, le Ghanéen Abedi Pelé, l'Anglais Chris Waddle, le Croate Alen Boksic et enfin le Brésilien Sonny Anderson. Il recrute également des valeurs sûres plus expérimentées telles qu'Alain Giresse, Manuel Amoros, Jean Tigana, Karl-Heinz Förster, Klaus Allofs, Enzo Francescoli ainsi que Raymond Goethals.

L'Olympique de Marseille remporte quatre titres de Champion de France consécutifs de 1989 à 1992, joue quatre finales de Coupe de France dont une gagnée en 1989, quatre demi-finales de Coupe d'Europe (Coupe des coupes 1988, Coupe des clubs champions 1990, 1991 et 1993) et deux finales de Ligue des Champions, dont une remportée en 1993 face au Milan AC, qui reste la seule jamais remportée par un club français.

À titre personnel, Bernard Tapie bat également un record : celui de la traversée de l'Atlantique nord en monocoque, dont il bat le record en 1987 en barrant son voilier, le Phocéa.

Succès politiques

La carrière politique de Bernard Tapie démarre par une rencontre avec François Mitterrand en fin 1987, à l'initiative de leur ami commun Jacques Séguéla. Le président de la République souhaite se représenter en 1988 sur le thème de l'ouverture et cherche des personnalités non politiques pour rejoindre son projet. Le Parti socialiste, dont les lieutenants voient d'un mauvais œil l'entrée de Bernard Tapie en politique, lui réserve la 6e circonscription, historiquement à droite et réputée « imprenable ». Bernard Tapie accepte et se présente sous l'étiquette "Majorité présidentielle" aux élections législatives de Marseille en 1988. Il perd face à Guy Teissier mais le Conseil constitutionnel annule l'élection. Il se représente en 1989 avec comme suppléant le professeur Jean-Claude Chermann, co-découvreur du virus du sida), sous l'étiquette "Majorité présidentielle" et obtient 41,8% des voix au 1er tour face à Guy Teissier, puis est élu au 2nd tour avec 50,9 % des voix, à la surprise générale. François Mitterrand dira même que cette victoire est ce qui l'a le plus « épaté » au cours de ces législatives[9].

Anti-lepénisme

Mais son premier fait d'arme d'envergure nationale est le fameux débat face à Jean-Marie Le Pen, en septembre 1989, sur le thème de l'immigration, en direct sur TF1. L'émission devait accueillir les principaux leaders des formations politiques de l'époque (PS, PC, RPR, UDF), mais apprenant que Jean-Marie Le Pen est présent, tous se désistent. La chaîne se trouve sans contradicteur pour affronter Jean-Marie Le Pen en débat. Apprenant la situation, Bernard Tapie se propose, à la grande joie de la chaîne qui devine un gros succès d'audience.

À l’issue du débat face à Jean-Marie Le Pen, la haine réciproque entre Bernard Tapie et le FN est très forte. Aussi, en 1992, lors de sa campagne pour les régionales en région PACA (Provence Alpes Cote d’Azur), Bernard Tapie est en conflit avec ses partenaires politiques sur la stratégie à adopter contre le FN : il est d'avis de fustiger les électeurs du FN et pas seulement leur chef, ce qui n’est pas d’usage en politique, les électeurs étant le « fonds de commerce » de tout politicien. Pour appuyer sa théorie, Bernard Tapie propose à son entourage d’aller assister à un meeting du FN tenu à Orange. Seuls l’auteur André Bercoff et quelques personnes du staff de Bernard Tapie acceptent de l’accompagner. Arrivé sur place, faisant l’objet de huées, Bernard Tapie se voit proposer par Bruno Gollnisch de s’exprimer, le cadre du FN souhaitant ainsi faire la démonstration du caractère ouvert et démocratique du parti. Bernard Tapie prend la parole et déclare ce que devrait être la politique sur l’immigration à Orange : « on prend tous les immigrés, on les met sur des bateaux, et on les envoie très loin d’ici ». Acclamations du public. « Et quand ils sont assez loin, pour être sûr qu’ils ne reviennent pas, on coule les bateaux ». Nouvelles acclamations. Bernard Tapie prend alors un tout autre ton et lance au public : « Je ne me suis pas trompé sur vous. J’ai parlé d’un massacre, d’un génocide, de tuer hommes, femmes et enfants ; et vous avez applaudi. Demain, au moment de vous raser ou de vous maquiller, lorsque vous vous verrez dans la glace, gerbez-vous dessus ». Le départ de Bernard Tapie fut ensuite naturellement assez houleux[10].

À la suite de ce meeting, Bernard Tapie tiendra son propre meeting dans lequel il affirme « Arrêtons de trouver sans cesse des excuses aux électeurs du FN. Arrêtons de dire que Le Pen est un salaud mais que ses électeurs doivent être compris, qu’ils ont des problèmes difficiles. Si l’on juge que Le Pen est un salaud, alors ceux qui votent pour lui sont aussi des salauds ». La phrase fait scandale, et vaut à Bernard Tapie des injures publiques sur son passage de la part des électeurs du FN. Interrogé le soir même par Paul Amar au journal de France 3, Bernard Tapie reprend une interview de Le Pen dans laquelle celui-ci déclarait au sujet des handicapés : « En favorisant par trop les handicapés et les faibles dans tous les domaines, on affaiblit le corps social en général. On fait exactement l'inverse de ce que font les éleveurs de chiens et de chevaux »[11]. Puis Bernard Tapie déclare: « celui qui à ces mots décide encore d’aller voter Le Pen, j’appelle ça un salaud, et je continuerai jusqu’à la fin de mes jours à appeler ça un salaud ». Il a ensuite toujours refusé de s’excuser auprès des électeurs du FN, restant sur cette position.

La gauche dans son ensemble subit une cuisante défaite sur quasiment tout le territoire français, et c'est finalement Jean-Claude Gaudin qui est réélu président de région avec une majorité relative. Néanmoins, le score de la liste Énergie Sud de Bernard Tapie ressort, comme pour son élection législative de 1988, étonnamment haut.

Ministre de la Ville

Aussi, lorsque François Mitterrand décide en avril 1992 de remplacer son Premier ministre, Édith Cresson, par Pierre Bérégovoy, ce dernier soumet au président la candidature de Bernard Tapie au sein du gouvernement. Le président y est favorable mais à une condition : que Bernard Tapie se retire totalement des affaires, François Mitterrand considérant incompatibles la position de ministre et celle d’homme d’affaires de haut niveau. Appelé par Pierre Bérégovoy, Bernard Tapie se dit « fou de joie »[12], accepte de quitter les affaires, mais demande en contrepartie que soit créé un ministère sur mesure : le ministère de la Ville, chargé de s’occuper des problèmes des quartiers difficiles.

Le 2 avril 1992 se tient le premier Conseil des ministres du gouvernement Bérégovoy. Bernard Tapie est la « vedette » de ce gouvernement, la nomination d’un homme d'affaires dans un gouvernement de gauche faisant couler beaucoup d’encre. Aussi, selon Bernard Kouchner, l’attitude des ministres était-elle très réservée à son égard, très attentive à son attitude. Après l’allocution de François Mitterrand à son nouveau gouvernement, il demande la parole et tient pendant près de 20 minutes un véritable discours de politique générale, normalement dévolu au rôle du Premier ministre. Cependant le discours développé plaît visiblement au président qui demande à Bernard Tapie de rester pour l’approfondir à l’issue du Conseil. Bernard Kouchner raconta ainsi qu’il laissa un mot destiné à être remis à Bernard Tapie à l’issue de son entretien privé avec le président, portant ces mots : « Tu avais quelques ennemis, quelques amis, et quelques ministres indifférents à ton égard au sein de ce gouvernement. Sache qu’il ne te reste maintenant que des ennemis à part Béré et moi ». Par la suite, Jacques Séguéla affirme que de nombreux « tête-à-tête » furent conduits entre Bernard Tapie et François Mitterrand, et que ce dernier ne ratait jamais une occasion, en public à la télévision (notamment lors de l’émission L'Heure de vérité du 25 octobre 1993) ou en privé, de louer les qualités de Bernard Tapie ; ce qui, selon Jacques Séguéla, rendait « verts de rage » les cadres politiques du PS[13].

Mais son passage au ministère sera court : il est attaqué par Georges Tranchant, député RPR et propriétaire des casinos éponymes pour abus de biens sociaux dans la société Toshiba France dans laquelle il était associé de Bernard Tapie. Considérant incompatible d’être ministre et mis en examen, Bernard Tapie démissionne de son poste. Il obtient un non-lieu en décembre 1992 et réintègre le gouvernement en janvier 1993 mais aux élections législatives de mars 1993, la gauche est balayée. Le gouvernement d’Édouard Balladur remplace celui de Pierre Bérégovoy.

L’affaire VA-OM

Article détaillé : Affaire VA-OM.

En juin 1993, alors que Bernard Tapie vient de perdre son poste de ministre, démarre l'affaire VA-OM. Le 22 mai, le club nordiste de Valenciennes, qui reçoit l’Olympique de Marseille en championnat quatre jours avant la finale de Ligue des Champions que l’OM doit disputer face au Milan AC, révèle l'existence d'une tentative de corruption.

Le défenseur valenciennois Jacques Glassmann a confié à son entraîneur Boro Primorac que Jean-Jacques Eydelie, un joueur de Marseille qui fut auparavant l'un de ses coéquipiers, l'a contacté par téléphone avant le début de la rencontre, lui promettant une somme d'argent pour lui et deux autres joueurs valenciennois, Jorge Burruchaga et Christophe Robert, pour qu’ils « lèvent le pied » et que les Marseillais arrivent sans blessure à Munich pour la finale de la Ligue des Champions. En juin, la Ligue nationale de football (LNF), alors présidée par Noël Le Graët, porte plainte contre X et Éric de Montgolfier, procureur de la République de Valenciennes, ouvre une information judiciaire. Jean-Pierre Bernès, directeur général de l'OM, Jean-Jacques Eydelie, Jorge Burruchaga, de même que Christophe Robert et son épouse sont mis en examen par le juge d’instruction Bernard Beffy après les aveux de Robert et la découverte de 250 000 francs (environ 38 000 euros) dissimulés dans le jardin de ses parents. Les époux Robert désignent Jean-Pierre Bernès, Directeur Général de l’OM, comme instigateur de la tentative de corruption.

Celui-ci nie d'abord les faits, et est placé en prison plusieurs semaines à titre préventif. Puis il déclare qu’il est bien à l’origine de la tentative de corruption mais qu’il a agi sur ordre de Bernard Tapie, qui est mis en examen à son tour, d’abord au titre de la corruption, puis au titre de tentative de subornation de témoin, l’entraîneur de Valenciennes affirmant que Bernard Tapie l’a rencontré à son bureau et lui a demandé de déclarer une version le disculpant.

Comme toujours avec Bernard Tapie, cette affaire divise profondément l’opinion. Les uns y voient la révélation suprême de l’arrivisme et de l’amoralité de Bernard Tapie ; les autres voient dans les proportions prises par cette affaire, qui concerne un match de football, la révélation d’une chasse à l’homme avant tout politique : l’affaire VA-OM a fait l’objet d’une couverture télévisuelle supérieure à celle de la Guerre du Golfe de 1991[14].

Fin de la carrière politique

Empêtré dans l’affaire VA-OM, Bernard Tapie reste pourtant populaire, en témoignent ses résultats politiques, qui continuent de lui être favorables. Aux législatives de juin 1993, alors que démarre à peine l’affaire, il est réélu député dans les Bouches du Rhône. Seuls cinq autres représentants de la gauche, dont trois apparentés socialistes, sont réélus dans ce département, pour le reste entièrement dévolu à la droite. L'immunité de B. Tapie sera levée par l'Assemblée nationale le 21 novembre 1995 (après avoir été rejetée une première fois le 10 janvier 1994), en vue de répondre de ses poursuites judiciaires dans l'affaire OM-Valenciennes.

Aux élections cantonales de 1994, il est élu au second tour dans le cinquième canton de Marseille, avec près de 68 % des voix.

Pressenti pour la mairie de Marseille aux élections municipales de 1995, il doit renoncer à cause des poursuites judiciaires[15].

Les experts politiques ne voient pourtant en ces divers succès, tous acquis dans les Bouches du Rhône, que la popularité restante du président de l’OM, et estiment « finie » la carrière politique de Bernard Tapie sur le plan national. Seul François Mitterrand croit toujours en sa chance d’un destin national et lui conseille de se doter d’un Parti politique, ce que Bernard Tapie fait en rejoignant le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) dès la fin 1993.

À l’approche du scrutin national des élections européennes, Bernard Tapie sollicite une réunion avec Michel Rocard, tête de liste du PS, pour discuter de l’union des listes socialistes et radicales. Sur les conseils de son état major politique, convaincu que l’image de Bernard Tapie suite à l’affaire VA-OM ne peut faire que baisser le score de la gauche, et que son réservoir de voix est trop faible pour lui permettre de conduire sérieusement une liste seul, Michel Rocard refuse de tenir une réunion, ni même un entretien, avec Bernard Tapie.

Vexé, celui-ci interroge François Mitterrand sur l’opportunité ou non selon lui de conduire sa propre liste, pari risqué compte tenu des sondages qui le créditent d’à peine 3 % des voix, le MRG pesant à lui tout seul moins de 1 % lors des élections nationales. Mais François Mitterrand convainc Bernard Tapie de faire campagne. « Dans un sens ou dans l’autre, vous serez fixé sur votre avenir politique : la vérité ne sort que des urnes », argumente le président[12].

Le 12 juin 1994, à la stupéfaction générale, La liste Énergie Radicale conduite par Bernard Tapie, qui a fait la campagne la plus pro-européenne sur le thème de l’Europe fédérale, dans un scrutin marqué au contraire par le succès des listes anti-européennes, obtient 12,03 % des voix à seulement deux points de la liste du PS conduite par Rocard, ce qui scelle le destin politique de ce dernier. Celui-ci en gardera une rancune tenace à l’égard de Bernard Tapie, affirmant qu’il a été abattu par « un missile nommé Bernard Tapie tiré depuis l’Elysée ».

Ses ennuis judiciaires vont mettre un terme à l'espoir de rebond politique de Bernard Tapie. Il ne s'est plus présenté à une élection politique depuis, malgré son éligibilité retrouvée en 2003, se contentant de soutenir publiquement certains candidats à la présidentielle. Ainsi, il appelle à voter « contre Jean-Marie Le Pen » pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002. Pour l’élection présidentielle de 2007, il affirme, avant les primaires socialistes, sa préférence pour Dominique Strauss-Kahn, qu’il qualifie de « candidat idéal »[16] mais celui-ci n'est pas désigné. En mars 2007, Bernard Tapie apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, jugeant que le programme de Ségolène Royal lui semble « peu clair » et que la candidate « manque d’expérience » en comparaison de son adversaire. Aussitôt exclu du PRG, il le réintègre en 2010 « dans un but purement militant ».

La faillite personnelle

Article détaillé : Affaire Adidas.

Les déboires de Bernard Tapie, commencés en 1993, ne s’arrêtent pas à l’affaire VA-OM. En parallèle, une opération, strictement financière selon les uns, politico-financière selon les autres, va le mener à la ruine.

En avril 1992, Bernard Tapie, devenant ministre, organise la vente de son groupe comme demandé par François Mitterrand. Cette vente s’organise en deux volets : la vente au plus vite d’Adidas, qui constitue l’actif le plus important du groupe Tapie, mandat de vente étant donné au Crédit lyonnais, banque d’État et partenaire historique de Bernard Tapie ; et la vente des autres actifs du Groupe Bernard Tapie par ailleurs, également confiée au Crédit lyonnais, le produit de ces ventes devant par la suite être affecté à une société patrimoniale qui serait créée en commun entre Bernard Tapie et la banque, assurant à Bernard Tapie une rente très confortable et la possibilité d’investir en minoritaire dans des sociétés via une société de capital-risque financée par le Crédit lyonnais[17].

Chargé de vendre Adidas, le Crédit lyonnais se livre à une expertise minutieuse de l’affaire, et réalise que sa valeur est certainement bien supérieure au prix minimum demandé par Bernard Tapie dans son mandat (plus de 2 milliards de francs). L’état-major de la banque conçoit donc un plan : se porter acquéreur d’Adidas, au prix minimum demandé par Bernard Tapie, et revendre la société au prix fort et à son seul profit par la suite, via des sociétés offshore pour préserver l’anonymat des opérations.

Ce plan est dévoilé lors d’une note interne du Crédit lyonnais, saisie lors de la perquisition du siège du Crédit lyonnais à la demande du juge Eva Joly. Cette note, écrite en octobre 1992 par Henri Filho, Directeur Général de Crédit lyonnais Invest, la filiale financière du Crédit lyonnais, plus de deux mois avant la signature du memorandum et du mandat de vente d’Adidas par Bernard Tapie, à l’attention du président du Crédit lyonnais, Jean-Yves Haberer, décrit toute l’opération, notamment le portage par « des sociétés offshore n’ayant aucun lien avec le Crédit lyonnais et assurant une parfaite étanchéité avec lui, avec au moins deux échelons de protection »[18],[19].

Ce plan comporte deux fautes répréhensibles par la loi : la faute au mandat, qui consiste à ne pas être loyal avec son client, en ne l’informant pas de la possibilité de vendre son affaire plus cher ; et l’interdiction pour le mandataire (la banque) de se porter contrepartie, c'est-à-dire d’acquérir elle-même le bien (Adidas) qu’elle est chargée de vendre pour le compte de son client.

Aussi, afin d’éviter tout risque de recours légal au cas où Bernard Tapie vienne à découvrir un jour, que la banque s’est vendu Adidas à elle-même afin de la revendre ensuite à son seul profit, les dirigeants du Crédit lyonnais prévoient un deuxième plan : s’assurer de la mise en faillite du groupe Tapie, qui les conduira à saisir toutes les actions du Groupe Tapie et donc à en être propriétaire à 100 %. En effet, Bernard Tapie Finance est la seule habilitée à entamer un recours légal sur la vente d’Adidas dont elle était le propriétaire (et non Bernard Tapie à titre personnel) : en s’assurant le contrôle des actions de Bernard Tapie Finance, le Crédit lyonnais s’assurerait ainsi l’impunité légale (n’ayant pas l’intention de porter plainte contre lui-même).

À la motivation financière du Crédit lyonnais de planifier la ruine de Bernard Tapie, plusieurs auteurs ajoutent la thèse d’une motivation politique émanant de la gauche, la proximité politique des dirigeants du Crédit lyonnais avec les dirigeants du PS ne pouvant selon eux être une coïncidence dans cette affaire : le président Jean-Yves Haberer a été placé par les socialistes, et son successeur Jean Peyrelevade est un ami proche de Michel Rocard et ennemi politique proclamé de Bernard Tapie.

Ainsi, selon notamment l’auteur André Bercoff, les dirigeants socialistes se seraient inquiétés de la montée en puissance politique de Bernard Tapie, qui « risquait de diviser les scores de la gauche »[10]. Les résultats des élections européennes de 1994 leur donneront raison. Aussi un accord politique aurait été passé, toujours selon André Bercoff, entre certains dirigeants socialistes et la direction exécutive du Crédit lyonnais, la ruine de Bernard Tapie entraînant inéluctablement, par la loi française, son inéligibilité. Et donc son élimination politique. Et afin que l’élimination soit complète (un homme populaire pouvant toujours influencer une élection sans se présenter), les dirigeants du Crédit lyonnais auraient été chargés de saper l’image de Bernard Tapie ; ce qui expliquerait, selon les défenseurs de cette thèse, la violence ultérieure des campagnes du Crédit lyonnais, n’hésitant pas à désigner Bernard Tapie comme l’un des principaux responsables des pertes de la banque, pourtant abyssales (trois milliards d’euros environ)[20] en proportion de la dette laissée par la faillite de Bernard Tapie (moins de 90 millions d’euros).

Bernard Tapie signe le memorandum proposé par la banque le 12 décembre 1992[21],[19]. Le memorandum exige, parmi les conditions d’exécution, deux conditions fondamentales : la sortie de bourse de Bernard Tapie Finance (propriétaire d’Adidas) et l’acquisition de tous les titres de Bernard Tapie Finance, qui permettront ainsi à la banque de se prémunir contre toute plainte ultérieure de Bernard Tapie Finance sur la vente d’Adidas, le Crédit lyonnais devenant l’unique propriétaire de Bernard Tapie Finance en cas de faillite de celle-ci.

Le memorandum prévoit par ailleurs le remboursement progressif des dettes du Groupe Tapie par la vente progressive de chacune de ses sociétés, le Groupe Tapie ayant fait ses acquisitions, au cours des années précédentes et comme la plupart des grands groupes industriels constitués par des acquisitions, en utilisant le levier de la dette. Bernard Tapie ayant mis sa caution personnelle sur le remboursement des dettes de son groupe, une expertise de ses biens, notamment ses meubles, est prévue dans le memorandum, celle-ci « devant être fournie », sans qu’il soit précisé par qui dans le document, au plus tard le 24 mars 1994.

La fourniture de cette expertise va constituer la faute au mandat qu’attendait le Crédit lyonnais. Le 24 mars 1994, en effet, cette expertise n’est toujours pas fournie. Dès le 25 mars 1994 à neuf heures, le Crédit lyonnais signifie par huissier à Bernard Tapie la caducité du memorandum, et exige, comme la loi le rend possible en tel cas, le remboursement immédiat des dettes du groupe. Bernard Tapie fait porter au Crédit lyonnais l’expertise prévue le jour même à 14 heures, convaincu que la notification d’huissier n’est due qu’au zèle d’un employé du Crédit lyonnais. À la surprise de Bernard Tapie, le Crédit lyonnais maintient la caducité du memorandum. Il rompt toute communication avec lui et saisit immédiatement les tribunaux pour exiger l’exécution par le Groupe Tapie du remboursement immédiat de ses dettes. Les tribunaux sont désignés dans le mois qui suit et prononcent immédiatement la faillite du Groupe Tapie.

Le journaliste Airy Routier, pourtant auteur d’une biographie jugée sans complaisance à l’égard de Bernard Tapie, interroge en début 2009 les juges ayant prononcé la faillite du Groupe Tapie en 1994, lors de l’émission Un jour, un destin : Bernard Tapie sur France 2 en juin 2009. Airy Routier rapporte qu’ à la question « comment se fait-il que le Groupe Tapie ait été mis en faillite avec une telle précipitation et sans prévoir aucun plan de sauvegarde ou même de continuation, fait tout à fait inhabituel pour des groupes de cette taille », les juges auraient répondu « avoir subi de très fortes pressions de leur hiérarchie pour prononcer la faillite immédiate du Groupe Tapie ». Cette précipitation de la justice et ces pressions déclarées comme subies par les juges eux-mêmes constituent des arguments majeurs pour les défenseurs de la théorie de l’« assassinat politique » dans la mise en faillite de Bernard Tapie.

Les recours de Bernard Tapie donneront les mêmes résultats. Tous ses biens sont saisis et il est mis en faillite personnelle, entraînant immédiatement son inéligibilité pour sept ans.

La faillite de l’Olympique de Marseille

En parallèle, l’affaire VA-OM conduit également son club, l’Olympique de Marseille, à la faillite. En effet l’OM, comme tous les clubs de football, dispose de contrats d’engagement de salaires de ses joueurs sur des durées généralement comprises entre un et cinq ans, avec une moyenne de deux à trois ans, les salaires des joueurs représentant l’essentiel des charges d’un club de haut niveau.

Suite à l’affaire VA-OM, les instances françaises du football français conseillent à l’UEFA (l’instance européenne du football) de ne pas valider la participation de l’Olympique de Marseille aux coupes internationales. Ce qui entraîne un manque à gagner de près de 100 millions de francs dans le budget prévisionnel de l’OM. Les salaires des joueurs ne pouvant légalement pas être baissés en proportion, Bernard Tapie décide de vendre les contrats de certains joueurs. C’est ainsi que la vente de trois joueurs en cours de saison (Alen Boksic, Marcel Desailly et Paulo Futre) parvient à combler le déficit créé par la privation de compétitions internationales.

Par ailleurs, il obtient d’un tribunal suisse (la Suisse étant le siège de l’UEFA) l’annulation de la sanction de l’UEFA de priver le club de Ligue des Champions. Mais l’UEFA menace de suspendre toutes les équipes françaises de football, y compris l’Équipe de France, de compétition, si l’OM ne retire pas son recours juridique. Noël Le Graët, président de la Ligue, écrit alors une lettre à Bernard Tapie le suppliant d’accepter la sanction (pourtant initiée par la Ligue), écrivant notamment : « Celui qui a mené le football français si haut ne peut pas être à l’origine de sa chute »[22]. Ne souhaitant pas causer des sanctions sur tout le football français, et bien qu’ayant obtenu gain de cause devant la justice suisse, Bernard Tapie choisit de retirer son recours.

Mais la Ligue de Football n’en aura pour autant pas moins de sévérité envers l’Olympique de Marseille : en sanction de l’affaire VA-OM, elle rétrograde le club en Ligue 2, ce qui le conduit à la faillite, les recettes de télévision étant le revenu essentiel des clubs, et celles de Ligue 2 étant dix fois inférieures à celles de Ligue 1.

Les spécialistes pensent que l’OM est dans l’incapacité de remonter, puisqu'interdit de recrutement de joueurs non libres et disposant de joueurs de Ligue 1 qui, ne pouvant être payés, deviennent libres et partent dans d’autres clubs (à l’exception de quelques joueurs très attachés à l’OM et préférant rester au club même en Ligue 2 et sans salaire). Mais Bernard Tapie recrute des joueurs internationaux proches de la retraite et donc libres, tel l’Irlandais Tony Cascarino, et les associe à des jeunes prometteurs du centre de formation, et contre toute attente le club gagne le championnat de Ligue 2 1994-1995.

Mais, toujours en dépôt de bilan, l’OM se voit interdire par la DNCG, présidée par André Soulier (président du Parti républicain dans le Rhône et adversaire politique déclaré de Bernard Tapie), la remontée en Ligue 1. À la suite de cette décision qu’il juge « scandaleuse », Bernard Tapie déclare que « Tant que je resterai président de l’OM, toutes les décisions relatives au club seront défavorables. Je dois donc partir ». Il démissionne de la présidence de l’OM, déclarant que ce jour est « l’un des plus tristes de sa vie ».

Il y fera un rapide retour en 2001, d’abord pour la fin de saison 2000-2001 où le club, à quatre journées de la fin, est relégable, le stade appelant fréquemment de ses vœux son retour en scandant son nom. À l’appel de son nouveau propriétaire, Robert Louis-Dreyfus, Bernard Tapie revient et le club finit la saison quinzième, premier non-relégable (championnat alors à 18). Bernard Tapie fera la saison suivante en entier en tant que directeur sportif, le club passant de la seizième à la neuvième place, mais ne souhaitera pas poursuivre l’expérience, lassé par une lutte interne violente avec le Directeur Financier, Pierre Dubiton, et par le comportement des joueurs en général qu’il juge « très changé ».

La prison

L’affaire VA-OM n’atteint pas que l’OM. Elle se solde en 1996 sur une condamnation définitive de Bernard Tapie aux titres de la corruption et de la subornation de témoin. Il est le seul prévenu de l’affaire à recevoir une peine de prison ferme (un an).

Interrogé en 2009 sur cette singularité par l’équipe de France 2[13], le procureur Eric de Montgolfier déclare devant la caméra : « S’il ne s’était pas agi de Bernard Tapie, il ne serait pas allé en prison pour cette affaire. Les faits ne le méritaient pas. Il a payé pour d’autres raisons ».

Bernard Tapie va purger sa peine de prison, pendant dix mois, ne bénéficiant d’aucune des remises de peine classiquement accordées sur des premières peines inférieures à un an. Il est d’abord placé à la prison de la Santé, où son entrée en prison, au sein d’un fourgon blindé, est diffusée en direct au journal télévisé. Interrogé par les médias, le directeur de l’administration pénitentiaire déclare qu’il sera placé dans les quartiers de haute sécurité et au régime de l’isolement pour « assurer sa sécurité ». Ce régime est en effet destiné à assurer la sécurité des prisonniers les plus à risques, c'est-à-dire risquant de se faire molester par les autres prisonniers, c’est-à-dire généralement les terroristes et les violeurs d’enfants. C’est le régime le plus dur de la prison française : cellules les plus petites, promenades limitées, aucun contact avec les autres prisonniers. Bernard Tapie a cependant le droit de recevoir des visites, parmi lesquelles celles de Bernard Kouchner, qui était ministre à ses côtés dans le gouvernement Bérégovoy. Bernard Kouchner rapportera qu’il découvre « un Bernard Tapie très affaibli, et pour la première fois, fragile »[13].

Les amis de Bernard Tapie ne sont pas les seuls à faire ce constat : sa famille s’alarme de sa situation morale et son épouse, Dominique, qui craint l’acte irréparable, prend alors des initiatives. En désespoir de cause, elle mobilise toutes les influences disponibles et obtient un entretien téléphonique avec le ministre de l’Intérieur, l’informe qu’elle enregistre la conversation et qu’elle le tiendra personnellement responsable si quelque chose arrive à son mari, exigeant le retour au régime normal ou le transfert dans une autre prison. Elle finira par l’obtenir, Bernard Tapie purgeant le solde de six mois de sa peine à la prison de luynes pres d aix en provence, où sa popularité lui permettra de bénéficier d’un régime plus clément.

La reconversion artistique

Dès 1995, Bernard Tapie est dans l’obligation de se reconvertir : il est en faillite personnelle et donc dans l’interdiction de faire des affaires, il est inéligible en politique, et interdit de fonction dans le football. Le début de sa reconversion se produit dans le cinéma : Il tient en 1996 le rôle principal, aux côtés de Fabrice Luchini, d’Hommes, femmes, mode d'emploi, un film de Claude Lelouch.

Bernard Tapie se remet ensuite à l’écriture. Après le livre Gagner, écrit en 1986, il sort Librement en 1998, dont il a entamé l’écriture en prison ; puis un roman se déroulant dans le milieu du football, Les yeux trop grands, en 2000.

Il enregistre également un single en 1998, C’est beau la vie, avec le rappeur Doc Gynéco. Outre sa rapide carrière de chanteur dans les années 1960, il avait déjà enregistré deux singles (Réussir sa Vie et Je t’interdis) écrits par Didier Barbelivien en 1985 au profit de la fondation pour l’enfance de Lino Ventura. Puis en septembre 1999, il anime une émission de radio sur RMC, Allo Bernard, où il discute avec des auditeurs de problèmes de sociétés ou de leurs problèmes personnels.

Il commence ensuite sa carrière d’acteur au théâtre, d’abord avec l'adaptation du film Vol au-dessus d'un nid de coucou en 2000, où il reprend le rôle de Jack Nicholson. À Paris comme en Province, la pièce est un gros succès d’audience, et la critique salue la performance de l’acteur. En 2004 il joue dans Un beau salaud, une comédie plus légère et, en 2008, dans Oscar, pièce rendue célèbre par l’interprétation de Louis de Funès dans les années 1970, dont il réécrit une partie des textes, et auquel participe sa fille, Sophie.

En parallèle, il poursuit également une carrière d’acteur et d'animateur à la télévision, où ses scores d’audience demeurent toujours appréciés des chaînes de télévision. En 2002, il anime l'émission À tort ou à raison sur TF1. En 2004, il s'essaie au rôle de consultant sportif sur TF1 lors de la finale de la Ligue des Champions AS Monaco-FC Porto en commentant le match avec Thierry Roland et Jean-Michel Larqué. En 2005 et 2006, il fait partie des invités permanents de l’émission On refait le match, présentée par Eugène Saccomano et diffusée sur RTL en radio et sur LCI à la télévision. En 2006, il anime l’émission Rien à cacher sur RTL9. De 2001 à 2008, il tient le rôle principal de téléfilms policiers sur TF1 : Cazas en 2001, puis douze téléfilms de la série Commissaire Valence diffusés de 2003 à 2008. En octobre 2011, il reprend la pièce de théâtre "Les Montagnes Russes" d'Eric Assous, notamment jouée par Alain Delon en 2005[23]

Procès contre le Crédit lyonnais

Alors que le Crédit lyonnais tente de récupérer tous les titres de Bernard Tapie Finance, dans le milieu parisien des affaires se répand l’information selon laquelle Robert Louis-Dreyfus, le nouveau propriétaire d’Adidas, aurait fait une superbe opération en rachetant Adidas avec l’aide du Crédit lyonnais. S’intéressant à la transaction, Bernard Tapie découvre que Robert Louis-Dreyfus a fait l’acquisition d’Adidas selon un montage tout à fait curieux de prêts à recours limités et à taux d’intérêt quasi nul : c’est le Crédit lyonnais qui finance l’acquisition en prêtant les sommes requises à Robert Louis-Dreyfus avec un taux d’intérêt symbolique, et qui assume le risque financier, Robert Louis-Dreyfus ayant la faculté de finaliser l’achat (lever l’option) auprès des fonds offshore à qui Adidas appartient désormais pour plus de quatre milliards de francs en cas de confirmation du redressement de l’affaire.

Bernard Tapie, dont l’expérience des affaires est longue, comprend immédiatement à la lecture de ce montage qu’il s’est fait berner : jamais le Crédit lyonnais n’assumerait seul un risque financier de deux milliards de francs, surtout pour ne gagner que des intérêts symboliques, s’il ne profitait pas de la revente elle-même : selon lui, le Crédit lyonnais a donc en réalité porté les titres Adidas à travers les structures offshore à qui la société appartient désormais, et c’est lui qui encaissera la plus-value réalisée entre les deux milliards de francs donnés à Bernard Tapie Finance et les quatre milliards de francs payés par Robert Louis-Dreyfus.

Bernard Tapie engage donc des avocats pour porter l’affaire devant les tribunaux, mais comme l’avait prévu le Crédit lyonnais, il n’a plus de « prise » sur l’affaire : c’est le Crédit lyonnais qui a récupéré ses actions de Bernard Tapie Finance ; or, seule Bernard Tapie Finance ou ses actionnaires peut porter plainte. Mais le liquidateur du Groupe Bernard Tapie (GBT), ancien actionnaire de Bernard Tapie Finance, et les petits porteurs de Bernard Tapie Finance, se regroupent pour porter ensemble l’affaire devant la justice, au début de l'année 1996.

En novembre 1996, Bernard Tapie obtient, par le liquidateur de son groupe, une première victoire : la justice relève des premières irrégularités dans la vente d’Adidas et condamne le Crédit lyonnais à 600 millions de francs (90 millions d’euros) de provision.

Le Crédit lyonnais fait appel de la décision puis temporise pour retarder le jugement en appel : Bernard Tapie n’en a pas terminé avec les jugements liés à sa mise en faillite, qui ressortissent au droit pénal. Or, le conflit portant sur Adidas ressort du droit civil. En jouant sur une spécificité du droit français qui stipule que le « pénal tient le civil en l’état » (en d’autres termes que tant que Bernard Tapie n’aura pas terminé d’être jugé sur sa faillite, l’affaire Adidas ne pourra pas être jugée), les avocats du Crédit lyonnais parviennent à retarder le jugement en appel pendant neuf ans.

Ce n’est donc que le 30 septembre 2005 que le jugement en appel est rendu. La cour d'appel de Paris indique que Bernard Tapie a été floué lors de la vente du groupe Adidas par le Crédit lyonnais en 1993 et doit recevoir 145 millions d'euros à titre de dédommagements. La somme lui serait versée par le Consortium de réalisation (CDR), structure chargée d'assumer la gestion passée du Crédit lyonnais, et par la banque elle-même.

Le Crédit lyonnais se porte en cassation. Le 9 octobre 2006, la Cour de cassation casse le jugement de la cour d'appel, sans se prononcer sur le fond du dossier, mais en jugeant que la cour d'appel « n'avait pas caractérisé les éléments qui auraient permis d’établir, selon la jurisprudence en la matière, que le Crédit lyonnais était obligé par un contrat auquel il n’était pas partie ». Les parties sont donc renvoyées vers la Cour d’appel.

Cependant, ce jugement comporte une victoire pour le camp Tapie : il a définitivement validé la recevabilité de la plainte. Il ouvre à Bernard Tapie la possibilité d’ouvrir un deuxième procès, pour demander cette fois l’annulation de la vente d’Adidas. Le risque est considérable pour l’État : en cas de victoire, la vente ne pouvant être annulée quinze ans après, les dommages que les tribunaux peuvent accorder peuvent atteindre plus de trois milliards d’euros.

Le 25 octobre 2007, Bernard Tapie et les représentants du CDR acceptent le passage par un tribunal arbitral, procédure fréquemment utilisée pour régler les conflits de droit commercial privé, mais sans précédent s’agissant d’une personne privée face à l’État. Pour le journaliste Laurent Mauduit, qui a écrit un livre sur l'affaire, « c'est le chef de l'État lui-même qui a pris la responsabilité de suspendre la procédure judiciaire ordinaire devant les tribunaux de la République, peu après une décision de la plus haute juridiction française, la Cour de cassation, qui était à l'avantage du CDR et de l'EPFR – en clair de l'État –, et défavorable à Bernard Tapie, de sorte qu'une justice privée soit saisie »[24].

Les conditions de l'arbitrage sont strictes[réf. nécessaire] et acceptées par les parties directement concernées, sans pour autant être révélées publiquement. Ces conditions comprennent notamment un plafonnement des dommages potentiellement accordés à Bernard Tapie ; et le fait que le tribunal devra juger « en droit », c'est-à-dire uniquement sur le fondement des décisions rendues par les juridictions publiques. Ce tribunal est composé de Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Denis Bredin, avocat et Pierre Estoup, magistrat, tous acceptés par toutes les parties en tant que Juges-Arbitres. L'accord du CDR est validé par les responsables de l'Etat français, responsable du paiement des dettes du CDR.

Le 11 juillet 2008, le tribunal arbitral donne raison à Bernard Tapie sur deux points. Selon les arbitres, les fautes auraient été commises par les banques : d'une part, un manquement à l'obligation de loyauté incombant au mandataire, en n'informant pas suffisamment le mandant, d'autre part, une violation de l'interdiction, pour la banque mandataire, de se porter contrepartie en achetant, directement ou indirectement, le bien qu'elle est chargée de vendre[25]. Le CDR est condamné à verser 390 millions d'euros à Bernard Tapie : 45 millions de préjudice moral pour les époux Tapie – le plus important montant jamais accordé en France –, 240 de préjudice matériel pour les holdings de l'homme d'affaires, 92 millions d'intérêt de retard et 13 millions de frais de procédure[26]. Compte tenu de la créance que détient le CDR sur la liquidation, et des impôts dus dans cette affaire, il devrait rester à Bernard Tapie 220 millions d'euros, beaucoup plus que les 30 millions qu'évoquait Christine Lagarde en 2008 après le rendu de la décision du tribunal arbitral[27].

Cette décision est rendue publique et rapidement contestée par l'opposition de gauche, du centre et même pour une partie de la majorité présidentielle. Pour le Modem, François Bayrou, dès le 17 juillet 2008[28], invoque les « protections » de Bernard Tapie : « On a voulu éviter la décision de justice dont on savait qu'elle serait défavorable à M. Tapie » et affirme que cette décision est « un renvoi d’ascenseur par Nicolas Sarkozy au soutien de Bernard Tapie lors des Présidentielles 2007 ». Pour le PS, Jean-Marc Ayrault demande le 22 juillet à Christine Lagarde de saisir la justice, et estime que « tout dans cette affaire relève du copinage d'Etat »[29]. Pour le Nouveau Centre, Charles de Courson, membre du conseil de l'EPFR, estime que les arbitres n'ont pas respecté la décision antérieure de la Cour de Cassation[30].

Bernard Tapie, de son côté, se défend en évoquant :

  • le fait que toute la procédure ait été acceptée par toutes les parties sans aucune protestation, la critique n’intervenant qu’une fois le jugement rendu favorable à Bernard Tapie ;
  • le fait que François Bayrou, comme les autres responsables politiques, s’abstiennent de tout commentaire à l’égard des arbitres du tribunal. Pourtant, si leur théorie est exacte, étant donné que la décision émane des arbitres, si cette décision a vraiment été dictée « de l’Élysée », cela doit signifier que les arbitres sont nécessairement « aux ordres ». Bernard Tapie affirme que la raison de cette curiosité repose probablement sur le fait que les juges-arbitres sont reconnus pour leur indépendance, Pierre Mazeaud (un des juges arbitres) s’étant même distingué, dans le cadre de la commission Mazeaud nommée par Brice Hortefeux pour réfléchir au cadre juridique de « l’immigration choisie », pour critiquer sévèrement la politique d’immigration prônée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement[31].

Le 28 juillet 2008, Christine Lagarde enjoint aux représentants de l'Etat au conseil de l'EPFR de ne pas s'opposer à la décision de la direction du CDR de ne pas former de recours contre le jugement arbitral[32]. Courant août 2008, différents recours sont engagés par les responsables du Modem, du PS, ainsi que par Charles de Courson, devant le tribunal administratif. Ces recours portent essentiellement sur trois points :

  • le montant du préjudice moral, qui atteint un record ;
  • la décision de la ministre des Finances, Christine Lagarde, de ne pas s’opposer à la décision du CDR de recourir à l'arbitrage ;
  • la décision de la ministre des Finances de ne pas s’opposer à la décision du CDR de ne pas faire de recours en annulation contre cette sentence arbitrale.

À la suite de ces recours, la Commission des finances à l'Assemblée nationale entend tous les protagonistes de l'affaire dans une série d'auditions du 3 au 23 septembre 2008[33]. Bernard Tapie est lui-même auditionné par la Commission des finances de l'Assemblée nationale le 10 septembre 2008[19].

Les recours déposés devant le tribunal administratif sont déboutés, dans un jugement rendu public le 8 octobre 2009[32]:

  • concernant le montant du préjudice moral, le tribunal estime que :

« l'indemnisation du préjudice moral n'avait nullement été exclue par la cour d'appel, qui avait, en outre, réservé sa décision quant à la réparation éventuelle du préjudice consécutif à la mise en liquidation judiciaire des entités du groupe Tapie. »

et que:

« le tribunal arbitral détermine le préjudice moral, dont la réparation est destinée en priorité à couvrir l’insuffisance d’actif dans le cadre de la liquidation judiciaire, en faisant état du comportement anormal de la banque à l’égard des époux Tapie, accompagné d’une campagne médiatique particulièrement violente. »

Ainsi, contrairement aux cas les plus fréquents d’indemnisation de préjudice moral pour lesquels il n’existe pas de manque à gagner financier pour la victime du préjudice, le tribunal administratif valide la décision du tribunal arbitral de calculer le montant du préjudice moral de Bernard Tapie en tenant compte des effets financiers directement subis par Bernard Tapie du fait de sa mise en liquidation judiciaire. Bernard Tapie utilisera ce compte-rendu parmi ses arguments pour obtenir la révision de sa mise en liquidation.

  • concernant la décision de la ministre des finances de ne pas s’opposer à la décision du CDR de recourir à l'arbitrage, le tribunal administratif juge que :

« il ne ressort pas des pièces du dossier que la ministre aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en décidant de ne pas s’opposer à la décision du CDR de recourir à l’arbitrage […], eu égard aux risques sérieux d’une nouvelle condamnation, et même d’aggravation de la première condamnation, compte tenu de la gravité des autres fautes du groupe bancaire retenues par la Cour d’appel et non censurées par la Cour de cassation et de l’étendue du préjudice restant à déterminer, qui ne pouvait plus être limité au tiers du manque à gagner et qui devait inclure les effets de la liquidation judiciaire… »

  • concernant enfin la décision de la ministre des finances de ne pas s’opposer à la décision du CDR de ne pas faire de recours en annulation contre cette sentence arbitrale, le tribunal administratif juge que :

« il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la ministre aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en décidant de ne pas s’opposer à la décision du CDR de ne pas diligenter un recours en annulation contre la décision du tribunal arbitral, en estimant que le compromis d’arbitrage, notamment la chose jugée, n’avait pas été méconnu et qu’en conséquence un recours en annulation n’aurait pas eu de chance sérieuse de succès, eu égard aux cas limités d’ouverture prévus par l’article précité 1484 du code de procédure civile. »

Les décisions favorables rendues par le tribunal arbitral et le tribunal administratif permettent à Bernard Tapie de solder définitivement ses procédures devant la justice. Le tribunal correctionnel, saisi en 1993 par le juge Eva Joly pour banqueroute, le relaxe en 2009, aucune faute pénale n’étant retenue contre lui. Le tribunal de commerce ordonne, le 6 mai 2009, la révision des jugements de liquidation judiciaire de son groupe : la révision est obtenue ici non du fait du paiement des dettes du Groupe Tapie grâce aux indemnités issues de l’Arbitrage, mais du fait que le tribunal a estimé que jamais le Groupe Tapie et Bernard Tapie à titre personnel n’auraient dû être mis en liquidation judiciaire.

Le 26 juillet 2011, le Conseil d'État rejette les pourvois de deux contribuables et d'un député qui demandaient l'annulation de décisions relatives au recours à l'arbitrage pour trancher le litige entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, et à l'absence de recours contre la sentence rendue[34], confirmant ainsi un arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Paris en décembre 2010[35].

Le retour aux affaires

En avril 2009, inactif dans les affaires depuis 1992, Bernard Tapie annonce son intention d'entrer au capital du Club Med[36]. Le fleuron passé du tourisme français connaît en effet depuis 2008 la plus grave crise de son histoire : dirigé par Henri Giscard d'Estaing, fils de l’ancien président de la République, il a vu sa valorisation boursière divisée par dix en dix ans, et compense chaque année ses pertes par la vente de ses actifs. Le 18 juin 2009, Bernard Tapie annonce avoir acquis 1 % du capital pour 2,5 millions d'euros[37]. Mais ne parvenant pas à fédérer les grands institutionnels proches de Giscard d’Estaing et détenant l’essentiel des droits de vote pour changer le management du groupe, il annonce le 15 décembre 2009 qu'il a revendu toutes ses actions.

En juin 2010 est annoncée son entrée à hauteur de 30 millions d'euros au capital d'Urbania, une des principales sociétés françaises dans la location, la gérance et la copropriété immobilière[38]. En septembre 2010 est annoncé le rachat intégral d'Urbania par le fonds d'investissement Investors in Private Equity (IPE)[39].

Bernard Tapie fait également la promotion du site discount BernardTapie.com[40] créé par son fils Laurent Tapie et lancé en mai 2010 pour augmenter le pouvoir d'achat des « 50 % des français qui gagnent le moins »[41] : la promesse du site est de réunir en une seule plateforme les spécialistes jugés les meilleurs en prix ou en rapport qualité/prix dans des domaines très variés comme le crédit, l’assurance, les télécoms, les voyages, l’automobile, l’habillement, etc… ; en négociant des avantages, tarifaires ou autres, exclusivement réservés aux membres du site, et en s’assurant de la bonne réalisation des prestations par ces spécialistes pour le compte de ses membres, le modèle économique du site étant exclusivement fondé sur les commissions sur les ventes versées par les partenaires. Le site affirme avoir une vocation de défense des consommateurs, en expliquant le fonctionnement de certains marchés, en mettant à la disposition de ses membres des forums d’échanges pour fédérer les demandes des consommateurs, et en faisant connaître ces demandes par la puissance médiatique de Bernard Tapie.

Bernard Tapie, longtemps insolvable à la suite de l'achat et à la revente d'Adidas, possède une fortune évaluée en 2011 à 260 millions d'euros[42].

Caricature

Au Bébête Show, Bernard Tapie est représenté en taureau, dénommé « Tapie Violent ». Aux Guignols de l'info, il est brocardé pour sa gouaille verbale (se nommant lui-même « Le Nanard ») et est affublé de gourmettes clinquantes et de grosses bagues. Dans son ouvrage Librement, il se prétend cependant très différent de cette caricature, ajoutant qu’il trouve l'image qu'on présente de lui détestable.

Bibliographie

En tant qu'auteur :

  • 1986 : Gagner, Robert Laffont
  • 1998 : Librement, Plon (il commence l'écriture de ce livre dès son entrée en prison et le termine à sa sortie)
  • 2000 : Des yeux trop grands, Plon

Principaux écrits sur la personne :

Filmographie

Musicographie

  • 1966 : Je ne crois plus les filles, Avait-il tort ?, Le retour, Vite un verre[43]
  • 1966 : Passeport pour le soleil, Sauve qui peut, L'Enfant de ma vie, Je les aime toutes,[44]
  • 1966 : Tu l'oublieras, My little black, Pour de rire pour de vrai, Les pistonnés[45]
  • 1985 : Réussir sa vie, en collaboration avec Didier Barbelivien
  • 1985 : Reprise de la chanson Le blues du businessman
  • 1985 : Je t'interdis, en collaboration avec Didier Barbelivien
  • 1998 : il collabore avec le chanteur français Doc Gynéco à la création de la chanson C'est beau la vie, qu'ils produisent en duo

Annexes

Notes et références

  1. Béatrice Houchard, « Bernard Tapie encaisse sur tous les terrains », La Vie, 26 août 1993. Consulté le 8 octobre 2010
  2. Bernard Tapie, Gagner, Paris, Robert Laffont, 1986, 258 p. (ISBN 2-221-04784-2) 
  3. Conférence au Palais des Congrès, 1985
  4. Interview Le Point, octobre 1985
  5. Emission de télévision France 2 : Un jour, un destin : Bernard Tapie
  6. : Biographie Personnelle
  7. Sondages lus par Patrick Sabatier dans l’émission Le Jeu de la Vérité, mai 1985
  8. Conférence de presse, 3 juillet 1990
  9. L'Express, septembre 1989
  10. a et b André Bercoff, Comment ils ont tué Tapie, Paris, Michel Lafon, 1998, 233 p. (ISBN 2-84098-359-1) 
  11. Jean-Pierre Apparu, La Droite aujourd'hui, Paris, Albin Michel, 1979, 392 p. (ISBN 222600873X) 
  12. a et b Bernard Tapie, Librement, Paris, Plon, 1998, 310 p. (ISBN 2-259-18631-9) 
  13. a, b et c Émission Un jour, un destin : Bernard Tapie, diffusée sur France 2 le 6 juillet 2009.
  14. Rapport de l’Observatoire des Medias – période 1991-1995
  15. Interview 11 juin 1995 1er tour des élections municipales à Marseille sur ina.fr. Consulté le 22 avril 2011 [vidéo]
  16. Le Parisien, 9 octobre 2006
  17. Memorandum du 12 décembre 1992 entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais
  18. Note confidentielle interne du Crédit lyonnais produite aux députés lors de l’Audition de Bernard Tapie devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 15 septembre 2008 - visionnable sur Dailymotion
  19. a, b et c (fr) [vidéo] L'audition de Bernard Tapie sur Dailymotion
  20. Estimation du CDR
  21. Lecture du memorandum aux députés lors de l’Audition de Bernard Tapie devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 15 septembre 2008 - visionnable sur Dailymotion
  22. Copie de la lettre reproduite dans le livre « Librement » de Bernard Tapie
  23. Les Montagnes Russes bientôt à l'affiche/
  24. Laurent Mauduit, « Bernard Tapie : la Cour de discipline budgétaire pourrait être saisie », Mediapart, 13 octobre 2010.
  25. « Adidas : la victoire de Tapie après quatorze ans », Le Figaro, 12 juillet 2008
  26. « L'affaire Tapie pour les nuls », L'Expansion, 10 septembre 2010.
  27. « Epilogue du scandale Tapie dans le mensonge et l'opacité », Mediapart, 20 septembre 2010.
  28. Indemnités versées à Tapie : Bayrou dénonce la protection de Sarkozy Le Point, 17 juillet 2008
  29. Affaire Tapie : "Tout dans cette affaire relève du copinage" selon Ayrault Le Point, 28 juillet 2008
  30. Affaire Tapie - Crédit Lyonnais / Courson pas d'accord L'Union, 28 juillet 2008
  31. La commission Mazeaud accable la politique d'immigration de Sarkozy, L'Expansion.com, 7 juillet 2008. Consulté le 8 octobre 2010
  32. a et b Copie du jugement du Tribunal Administratif du 08 octobre 2009
  33. Compte rendus de réunion de la Commission des finances session 2007-2008
  34. CE, 26 juillet 2011, n° 347086
  35. « Affaire Tapie-Lagarde : “l'arbitrage était légal” », La Dépêche du Midi, 27 juillet 2011.
  36. O. J., « Tapie veut prendre le Club Med », leJDD.fr, 25 avril 2009. Consulté le 8 octobre 2010
  37. M. Tapie a acquis "un peu plus de 1 %" du Club Med, Le Monde, 18 juin 2009. Consulté le 8 octobre 2010
  38. Lorna Oumow, « Bernard Tapie met 30M€ dans le capital d’Urbania », LaVieImmo.com, 25 juin 2010. Consulté le 8 octobre 2010
  39. Accord annoncé pour Urbania, UniversImmo.com, 7 septembre 2010. Consulté le 8 octobre 2010
  40. BernardTapie.com
  41. Pourquoi ce site ?, BernardTapie.com. Consulté le 8 octobre 2010
  42. La fortune de Tapie: 260 M d'€ (presse) Le Figaro et AFP, 16/04/2011
  43. Je ne crois plus les filles (RCA Victor, ref: 86 153 M), sur encyclopedisque.fr, consulté le 26 décembre 2008.
  44. Passeport pour le soleil (RCA Victor, ref: 86 158 M), sur encyclopedisque.fr, consulté le 26 décembre 2008.
  45. Tu l'oublieras (RCA Victor, ref: 86 184 M), sur encyclopedisque.fr, consulté le 26 décembre 2008.

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