Le Rappel


Le Rappel
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Le Rappel était un quotidien français, fondé le 4 mai 1869 à la fin du Second Empire, et qui parut jusqu'en 1933. Au début de la Troisième République, il incarnait une tendance radicale-républicaine. Le journal, qui profitait de la loi du 11 mai 1868 sur la presse, fut fondé par les républicains Victor Hugo, Henri Rochefort, Paul Meurice et d'autres, à la veille des élections générales.

Le Rappel

Parmi les fondateurs et membres de la rédaction: Victor Hugo, Charles et François Hugo, Vacquerie, Paul Meurice, Rochefort. Le nouvel organe fut accueilli par le public avec une sympathie que n'avait rencontrée jusque-là aucun journal.

Bien que l'Empire, prévoyant un semblable succès, eût, sans même attendre l'apparition du premier numéro, interdit la voie publique à la nouvelle feuille, le Rappel tira, dès le début, à un nombre considérable d'exemplaires (jusqu'à plus de 50.000 exemplaires dans les années 1880) et trouva moyen de pénétrer partout.

Cette interdiction ne lui causa aucun tort, tant était grand l'attrait qu'exerçaient sur le public les noms des fondateurs. Dans une lettre qui parut en tête du premier numéro du Rappel, Victor Hugo développa le programme du nouveau journal. Rochefort contribua à donner au journal son caractère de feuille irréconciliable et à lui attirer d'innombrables lecteurs de La Lanterne.

Outre les sus-nommés, Arthur Arnould, Édouard Laferrière, Jules Claretie, etc., vinrent renforcer l'équipe de rédaction. À partir du 12e numéro, l'Empire commença à lancer procès et saisies contre le journal. D'août à septembre 1869, le Rappel recevait quinze communiqués et plusieurs assignations à comparaître devant la police correctionnelle.

À l’époque des élections législatives de 1869, le Rappel soutint avec la plus grande énergie les candidatures radicales. Rochefort, le spirituel auteur des Chroniques de partout publiées par ce journal, fut soutenu, naturellement par le Rappel qui, aux élections complémentaires des 21 et 22 novembre appuya les candidatures insermentées de Ledru-Rollin, Barbès et Félix Pyat. Pendant que, par le choix des candidats qu'il soutenait, le Rappel accentuait sa ligne de conduite et son hostilité irréconciliable contre l'Empire, sa rédaction, qui s'était accrue de Félix Pyat, de Lockroy, publiait des articles d'une grande vigueur et qui éveillaient dans le cœur de la jeunesse une profonde haine contre le despotisme impérial.

Des articles comme ceux qui parurent les 3 et 4 décembre 1869, articles signés le premier par Victor Hugo, le second par Charles Hugo, étaient accueillis avec avidité par les jeunes, désireux de connaître l'histoire contemporaine, si audacieusement falsifiée par les courtisans de l'Empire, les seuls qui eussent pu jusque-là parler librement du coup d'État du 2 décembre 1851. L'article Les Parias, daté du 4 décembre, fut poursuivi et son auteur condamné à quatre mois de prison. Quelques jours après, l'Empire inaugurait le parlementarisme, restauré par Émile Ollivier, avocat transfuge sorti du camp des républicains. Le 10 janvier 1870, Victor Hugo et Félix Pyat étaient de nouveau condamnés à quatre mois de prison pour un article intitulé les Soldats.

Dans l'affaire de Victor Noir, assassiné par le prince Pierre Bonaparte, Le Rappel, que La Marseillaise de Rochefort, devenu député, dépassait en vigueur, flétrit énergiquement le crime dont tout Paris s'occupait. Vint le plébiscite; cette immense duperie fut l'objet de vives critiques de la part du Rappel.

Un article publié le 19 avril sous la signature de M. Vacquerie, et ayant pour titre ces mots : “C'est pour l'enfant”, mots popularisés par une chanson que tout le monde connaissait alors, fut très remarqué. Sous cette forme plaisante, le mot de la situation avait été dit : c'était “pour l'enfant,” en effet, c'est-à-dire pour un intérêt dynastique, que la France allait être livrée à l'invasion étrangère ! La guerre déclarée par le ministère au “cœur léger” éclate, et les désastres se succèdent sans relâche et amènent cette explosion formidable d'où sort la République. À peine le gouvernement de la Défense nationale est-il installé, que certaines objections s'élèvent parmi les radicaux contre sa composition, trop exclusivement modérée. Le Rappel, à ce moment, prêche la concorde; puis bientôt, par la plume de M. Lockroy, reproche, à la date du 1er novembre, leur impéritie et leur coupable lenteur aux généraux chargés de la défense de la capitale. Les avertissements deviennent plus nombreux vers la fin de l'année et l'on sent à partir du commencement de décembre que le Rappel n'a plus grande confiance en MM. Picard et Trochu. Cependant, au nom de la concorde, il désapprouve les manifestations qui ont pour but soit d'imposer aupouvoir des mesures énergiques, soit même d'appeler d'autres hommes au gouvernement. Vient la chute et l'armistice signé par le gouvernement dans les conditions que l'on sait ; le Rappel se met à l'œuvre et porte pour les élections de février 1871 la liste radicale. Le mars 1871, M. Vinoy, gouverneur de Paris, supprime six journaux d'un seul coup. Le Rappel, au risque d'encourir la colère de l'état de siège, blâme cette mesure. Le 18 mars arrive, les journaux supprimés reparaissent et le Rappel, un instant redevenu un journal d'avant-garde, passe sur le second rang, éclipsé qu'il est par le Mot d'ordre, le Combat, etc. Au 30 mars, sommé par la presse plus avancée d'opter entre Paris et Versailles, le Rappel se déclare pour Paris. Les tristes événements que l'on sait s'accomplissent dans la capitale et autour de son enceinte deux fois assiégée, et nous sommes aux sombres journées qui suivirent le 22 mai 1871. Le Rappel suspend sa publication désormais impossible, ses rédacteurs sont arrêtés et quelques-uns d'entre eux envoyés sur les pontons, où ils passent celui-ci deux mois, celui-là quatre, cet autre huit.

Au 1er novembre 1871, le Rappel reparaît ; il dure peu, et M. Thiers, déjà converti à la République conservatrice, mais pas encore à la liberté de la presse, autorise sa suspension. Au 1er mars de l'année suivante, le Rappel reparaît et vit à travers mille difficultés et de nouvelles suspensions qui durent de quinze jours à deux mois. Fondé sous le patronage d'un grand citoyen qui s'est entre tous distingué par sa haine contre le despotisme triomphant, le Rappel a été digne de ce patronage. Il a lutté courageusement et avec la plus grande rigueur contre l'Empire, et nous ne croyons pas exagérer en disant que les articles dus à ses rédacteurs ordinaires comme à ceux qui, de temps à autre, lui en adressaient, Louis Blanc entre autres, ont puissamment contribué à former la jeunesse et à réveiller chez les hommes mûrs la haine du despotisme. En un mot, le Rappel a rendu de réels services à la démocratie. C'est, à notre sens, le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un journal républicain. Le Rappel a toujours tenu à l’honneur, surtout en période électorale, de rester à la tête du mouvement. On l'a vu opposer fermement aux monarchistes de la veille, républicains quelque peu suspects du lendemain, des hommes dont le passé offrait de sérieuses garanties. Vaincu avec la démocratie parisienne à l'époque de l'élection. Vautrain, il a pris, comme elle, une brillante revanche lors de l'élection Barodet et, plus tard encore, lors des élections municipales du 29 novembre 1874.

Pour soutenir la lutte périlleuse entreprise et continuée avec tant de vigueur, le Rappel groupe, en 1875, une brillante pléiade de journalistes, parmi lesquels nous citerons, outre M. Vacquerie, un des fondateurs, Édouard Lockroy, le brillant fantaisiste, Camille Pelletan, dont les comptes rendus de la Chambre sont si souvent réussis, MM. Gaulier, Asseline, A. Lefèvre, Pelleport, Ernest Blum et tant d'autres qui ont contribué dans des mesures diverses au succès de la feuille républicaine.

Source

Larousse du XIXe Siècle (tome 13, p. 700).



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