Jan Des Roches


Jan Des Roches
Jan Des Roches
Nieuwe Nederduytsche spraek-konst (nouvelle grammaire néerlandaise), troisième édition révisée et améliorée par l’auteur, imprimée chez J. Grangé, imprimeur de la ville et libraire, au marché aux œufs à Anvers
Nieuwe Nederduytsche spraek-konst (nouvelle grammaire néerlandaise), troisième édition révisée et améliorée par l’auteur, imprimée chez J. Grangé, imprimeur de la ville et libraire, au marché aux œufs à Anvers

Autres noms Jean Des Roches
Activités Historien
Linguiste
Naissance baptisé le 1er mars 1740 à Voorburg
La Haye
Provinces-Unies Provinces-Unies
Décès 20 mai 1787 (à 47 ans)
Bruxelles
Oostenrijkse Nederlanden Vlag.gif Pays-Bas autrichiens
Langue d'écriture français
latin
néerlandais
Mouvement Âge des lumières
Genres Histoire
Linguistique

Jan (en néerlandais) ou Jean (en français) Des Roches, né à La Haye et baptisé le 1er mars 1740 à Voorburg[1], mort à Bruxelles, le 20 mai 1787, est un historien et un linguiste, originaire de la République des Sept Pays-Bas-Unis, qui a passé la majeure partie de sa vie active aux Pays-Bas autrichiens.

Sommaire

Biographie

Enfance / Éducation / Études

Il était un enfant naturel[1] de Louiza[2] Rottev(r)el[3], lingère[4] à l'ambassade d'Espagne[1], et fut élevé dans la religion catholique[4]. L'identité de son père demeure incertaine[1] ; peut-être fut-ce Desroches, un rédacteur à la Gazette de Hollande[3], chez qui sa mère était cuisinière[4]. Peu après la naissance de son fils, sa mère avait épousé un boulanger de La Haye, qui la laissa bientôt veuve et sans ressource[5].

Dès l'enfance, Jan Des Roches a été destiné à l’artisanat. Sa mère l’avait envoyé successivement comme apprenti chez un peintre, un tailleur, un brodeur[2], chez un tailleur encore, et, finalement[5], chez un confiseur. Cependant, il n'avait aucun désir de gagner son pain quotidien en effectuant ce type de main-d'œuvre ; par contre, il passait son temps en lisant toutes sortes de livres[2].

Les dictionnaires et les grammaires

En 1757[6] paraît à Bruxelles[7] une première édition d’une Grammaire pour apprendre le flamand[6], attribuée à Des Roches[7]. C’est aussi l’année dans laquelle il partit, à l'âge de dix-sept ou de dix-huit ans[2], de la Hollande du sud pour s’installer à Anvers[3] aux Pays-Bas autrichiens, en novembre 1758, en tant que professeur[1] ou maître d’école[3]d'une école dirigée par un ecclésiastique allemand de qui il apprend le français, le latin et le grec[1]. En 1761, il s'inscrit à la guilde des enseignants, et en 1765 il est en charge d'une école[3].

Entre-temps il pratique également la langue maternelle et, en 1759-1760, il travaille à une grammaire du néerlandais[8] qui, après avoir reçu l’approbation ecclésiastique le 1er avril 1761, sera publiée sous le titre Nieuwe Nederduytsche Spraek-konst[1] et réimprimée à plusieurs reprises[9]. L’influence de cette publication fut considérable. Les pratiques courantes de l'écriture aux Pays-Bas méridionaux (avec ae , ue , ey etc.) y ont été codifiées dans une vraie grammaire. En outre, Des Roches fixait pour la première fois l’accent en orthographe sous sa forme qui devint la plus connue ; avec une même orthographe dans les syllabes ouvertes que dans les syllabes fermées dans le cas de conformité, et avec un accent aigu comme le signe le plus usité. On discutait encore jusqu'au cœur du XIXe siècle sur l’orthographe de Des Roches, même si, à bien des égards, il ne fit pas plus que capter la pratique courante de l'écriture. L’orthographe de Des Roches garda pendant des décennies ses partisans et était un système important en concurrence avec l'orthographe officielle de Siegenbeek, de 1804[10].

Pour son contenu, cette grammaire peut être caractérisée comme un amalgame de la grammaire normative de la tradition septentrionale d’Arnold Moonen (1706) et de Willem Sewel (1708, 1712) et de celle du sud d’ECP (1713), de Verpoorten (1752, 1759) et de PB (1757), complété par des éléments de la grammaire latine de Simon Verepaeus, qui fut la plus utilisée aux Pays-Bas méridionaux, et de la grammaticographie française (de, par exemple, un Claude Buffière). La nouvelle grammaire néerlandaise de Des Roches s’accroche donc solidement à la pratique courante à ce sujet au XVIIe siècle[10].

Son directeur d'école ayant quitté Anvers, Des Roches lui-même fut nommé à la tête de l’institut, lequel fut toutefois fermé en 1765 ou en 1766 par ordre de l’écolâtre d’Anvers, chargé d’exercer la surveillance sur les maîtres d’école[1].

Des Roches avait présenté sa nouvelle grammaire française, intitulée Nieuwe Fransche Spraakkunst, aux échevins de la ville d’Anvers, qui lui accordent le 20 mars 1763, pour avoir réalisé cet ouvrage, une récompense d’un montant[1] de 25 patacons[8].

Le dictionnaire français/néerlandais et la grammaire française de Des Roches furent très recherchés et utilisés sous le régime français, l’occupant ayant forcé les occupés d’apprendre leur langue[11].

Le dictionnaire, publié en 1769 sous le titre Nieuw Nederduytsch en Fransch Woordenboek/Nouveau dictionnaire françois-flamand, connut beaucoup de succès[1], mais serait, selon Willems, suivi de Couvreur[12], une copie du dictionnaire hollandais/français de Pieter Marin, publié dans la République des Sept Pays-Bas-Unis : la plupart des exemples et des explications dans le lexique de Des Roches correspondent avec ceux de celui-ci[13]. Selon De Vooys, Des Roches aurait trouvé son modèle plutôt dans le dictionnaire de François Halma[14].

Du vivant de l'auteur, la grammaire française connut au moins cinq autres éditions (Anvers, 1774 ; 1778 ; 1780 ; 1782 ; Maastricht, 1778). Son succès serait étroitement lié à la carrière de Des Roches ; il fallait onze ans avant que ne parût une deuxième édition. C'est au moment où Des Roches fit partie de la Commission Royale des Etudes que parut, en 1774, la réédition. Après la mort de Des Roches, cet ouvrage de l'homme que Couvreur jugea, en 1970, être un opportuniste fransquillon, ne sera plus réimprimé avant 1801[15].

La Société littéraire et l’Académie

Sa carrière prit un autre tournant lorsqu’il participa à des compétitions de la Société littéraire fondée en 1769 à Bruxelles[3] à l’initiative du comte de Cobenzl[1]. Des Roches remporte trois[16] des premiers[17] prix décernés pour des traités sur l’histoire[1] des mœurs, des coutumes et de l’organisation sociale[16], en 1769, 1770 et 1771[3]. Par ces ouvrages[3], écrits dans un français raffiné, il se fit remarquer à la cour et par les nobles[18], et ces fruits de ses études lui ont valu de devenir membre[1], le 25 mai 1773[8], de cette société littéraire qui, entre-temps – c’est-à-dire, le 16 décembre 1772, par une lettre ouverte de Marie-Thérèse –, avait été élevée au rang[9] d’Académie impériale et royale des sciences et des belles-lettres de Bruxelles[3]. De la même institution, il était devenu membre, en mars[8] 1776, du secrétariat[1] perpétuel[3], raison pour laquelle il s’installa à Bruxelles[1]. Aucun traitement n'était alloué au secrétaire : mais le gouvernement lui fit une modeste pension de 400 florins, et lui donna, en outre, une place d'attaché, c'est-à-dire de commis, au département des archives avec des appointements de 1300 florins[16]. À partir du moment où il s’est fait introduire dans les cercles s’exprimant dans la langue de la noblesse et de l’Ancien Régime[19],[1], c’est-à-dire le français, il négligea sa langue maternelle bien qu’ayant annoncé, à la fin de sa grammaire néerlandaise, de rédiger et faire publier une Rhétorique du néerlandais. Son Epitome historiae Belgicae, mal reçu par les connaisseurs du latin, sera sa dernière contribution à la littérature dans cette langue ; dans la préface, il présente ses excuses pour ne pas l’avoir écrit en français[19]. Encore dans son Histoire ancienne de 1787, lorsqu'il veut démontrer la parenté linguistique des peuples descendus des Scythes, il demande pardon à ses lecteurs « François: leurs oreilles délicates seront blessées par le rude choc des consonnes, et fatiguées par les sourds accents des voyelles »[20].

Se posant défenseur et législateur de la langue néerlandaise aux Pays-Bas méridionaux, tout comme de la langue grecque morte d'ailleurs, il dut faire des concessions aux nécessités du moment, et, en sa qualité de secrétaire de l'académie, rédiger plusieurs analyses ou traductions françaises de mémoires rédigés en néerlandais qui lui semblaient mériter une diffusion plus large[21].

Il aurait reçu l’appui du gouvernement[1], en 1777[8], lorsqu’il confère au dialecte brabançon corrigé d’Anvers un statut officiel comme s’il s’agit de la langue néerlandaise véridique[1]. Malgré cela, aucun des traités néerlandais parmi les œuvres envoyées à l’Académie et publiées par les soins de Des Roches même, portent le sceau de son orthographe[22].

Encore en 1777, l'académie couronna un mémoire flamand sur l'histoire du commerce, composé par Verhoeven de Malines, dans lequel il nomme Florent Berthout, sire de Malines, d'après Froissart, le riche marchand. Le mémoire de Verhoeven et la résolution de l'académie en sa faveur furent en conséquence considérés comme attentatoires à l'honneur de Berthout, et de la seigneurie de Malines tout entière. Des Roches s'étant cru obligé de leur répondre en pleine académie, le fit avec autant de modération que de solidité[23].

Après son décès, survenu le 20 mai 1787 à Bruxelles[1] peu après son retour de Vienne[24], ses points de vue et son système ont été défendus longtemps et aveuglement par beaucoup d’adeptes avec une obstination inébranlable, malgré les preuves persistantes quant à la véritable orthographe des Pays-Bas comme avancées par Jan Frans Willems[1]. Longtemps après sa mort, l'orthographe proposée par Des Roches a joué le rôle de pomme de la discorde durant la « guerre d'orthographe » (1839-1844).

La commission royale des études

Des Roches a joué un rôle aussi important que pernicieux dans l'organisation et l'inspection de l'enseignement. En 1777, il devint secrétaire de la Commission royale des études, chargée de la création des collèges royaux en remplacement des institutions d’enseignement des jésuites, et responsable de la réforme de l'enseignement dans les Pays-Bas méridionaux[3].

En tant que responsable de l'éducation, Des Roches rendit son Nieuwe Nederduytsche spraek-konst matière obligatoire dans les nouveaux collèges en 1777. En 1779 et en 1783 ses propres Grond-regels der Latynsche taele en Grond-regels der Grieksche taele voient le jour : ce sont des adaptations de modèles français. Entre-temps, Des Roches travaillait à un ouvrage historique[3] ; en 1782-1783 est paru Epitomes historiae belgicae libri septem[3]. Dans sa qualité de membre et secrétaire de la Commission, il lui incombe la tâche de choisir des manuels appropriés aux collèges et de les faire imprimer sous sa supervision[19],[1]. Des Roches réécrit les manuels qu'il considère comme dépassés, et met ses propres ouvrages, comme l'Epitomes, sur la liste de lecture obligatoire[25]. Cet ouvrage lui vaudra l'accusation de plagiat par Philippe Baert, car Des Roches, en tant que secrétaire de l'Académie, était « dépositaire incorruptible et désintéressé de tant de trésors littéraires confiées [sic] à votre intégrité » et put ainsi piller les ouvrages d'autrui. Baert lui reproche encore de ne pas employer des sources primaires, mais de se fier aux notes de bas de page et à l'autorité d'autres auteurs en les citant, se donnant ainsi un air d'érudition pour s'établir une réputation de savant[26].

Son travail au sein de la Commission l'a amené à Vienne, en 1786, où il voulut étudier l'éducation[3], et où il reçut de l'empereur Joseph II sa nomination d'inspecteur général des écoles, aux appointements de 2.800 florins, en plus de ses traitements d'écolâtre de Bruxelles, de secrétaire perpétuel de l'académie et de directeur des écoles latines[27].

L’Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens

Pourvu d’un frontispice gravé par Andries Cornelis Lens représentant, par le moyen de l’allégorie, la fidélité et l’amour[28], est parue à titre posthume, en 1787, l’Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens[3], projet que la mort l’a empêché d’achever[29] et dont ne sont parus que les deux premiers volumes[30], dédiés à l’empereur Joseph II[31]. C’est à cause de ces ouvrages que Des Roches est parfois considéré comme le premier historien de la nation belge[3].

Dans son historia rerum gestarum, les gestes du roi coïncidaient, pour la plus grande partie, avec le meurtre, la guerre et la dévastation. Le caractère processuel du passé était intimement lié à la violence de l'histoire. L'âge d'or précédant l'histoire « belgique » prit fin à l'arrivée de César[32]. Dans son Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens, l'histoire devient synonyme de violence. D'après Des Roches, les « bons » ont le dessous, dans une position défensive, puisque ce sont les « mauvais » qui prennent l'offensive. Des Roches, condamnant César car celui-ci n'avait aucune raison légitime d'envahir la Belgique, se demande : « Qu'avaient fait nos Belges pour s'attirer les armes de la puissante Rome ? ». Il constate que « les malheureux habitants […] qui tombèrent sous la cruelle main du vainqueur [...] furent impitoyablement massacrés », ce qui l'amène à faire l'éloge de « l'homme libre qui meurt pour la défense de sa patrie », qui est « plus digne d'éloges que l'esclave rampant qui baise les chaînes dont le charge un injuste dominateur. »[33] Les Belges, corrompus par leurs maîtres et voisins - c'est-à-dire les Romains et leurs descendants - devinrent aussi faibles, aussi efféminés, que les autres Gaulois et perdirent de la sorte leur identité et leur vertu germaniques[34]. Des Roches s'insurge contre l'emploi par des étrangers ignorants du mot « Flandre » comme pars pro toto désignant les Pays-Bas méridionaux, et il souligne la différence entre « le comté de Flandres et les Pays-Bas qu'un usage bizarre s'obstine en France d'appeller [sic] 'Flandre' aussi »[35].

Œuvres de Des Roches

Une liste bibliographique a été établie par le baron De Reiffenberg :

  • (fr)Le Baron De Reiffenberg, Éloge de Des Roches in Annuaire de l'Académie royale de Belgique, vol. 8-11, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1842, pp. 110-115

Principales publications

  • (nl)Nieuwe Nederduytsche spraek-konst, Anvers, 1761, éd. J.M. van der Horst & J. Smeyers, Amsterdam & Münster, 2007
  • (nl)(fr)Nieuwe Fransche spraek-konst, Anvers, 1763
  • (nl)(fr)Nieuw Nederduytsch en Fransch woordenboek – Nouveau dictionnaire françois-flamand, Anvers, 1769
  • (nl)(fr)Nieuw nederduytsch en fransch woorden-boek/Nouveau dictionnaire françois-flamand (deux volumes), 1776
  • (fr)Contributions aux Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (entre autres : Mémoire sur la Religion des peuples de l'ancienne Belgique, 1777
  • (nl)(lt)Grond-Regels der Latynsche Taele, 1779
  • (lt)Epitomes Historiae Belgicae libri septem, 1782-1783
  • (nl)(he)Grond-Regels der Grieksche Taele, 1783
  • (fr)Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens, 1787

Littérature

Références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u Van der Aa 412
  2. a, b, c et d Willems 430
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Rutten
  4. a, b et c Reiffenberg 99
  5. a et b Reiffenberg 100
  6. a et b Couvreur 60
  7. a et b Janssens 278
  8. a, b, c, d et e Frederiks & Van den Branden 659
  9. a et b Willems 431
  10. a et b Rutten
  11. Willems 447
  12. Couvreur 58
  13. Willems 441
  14. De Vooys 149
  15. De Clercq 137
  16. a, b et c Reiffenberg 103
  17. Verschaffel 95
  18. Willems 431-432
  19. a, b et c Willems 432
  20. Cité par : Verschaffel 287
  21. Reiffenberg 107
  22. Willems 445
  23. Reiffenberg 104-105
  24. Peeters 27
  25. Peeters 28
  26. Verschaffel 245
  27. Reiffenberg 108
  28. Verschaffel 295
  29. Willems 433
  30. Peeters 32
  31. Peeters 55
  32. Peeters 86
  33. Peeters 87
  34. Verschaffel 301
  35. Cité par Verschaffel 95

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