Charles Mauricheau-Beaupré


Charles Mauricheau-Beaupré
Charles Mauricheau-Beaupré
Naissance 1889
Décès 26 avril 1953 (à 64 ans)
Moncton, Canada
Nationalité Drapeau de France France
Pays de résidence Drapeau de France France
Profession Conservateur de musée
Historien de l'art
Activité principale Conservateur en chef du château de Versailles
Professeur à l'école du Louvre
Autres activités Président de l'Académie des Sciences morales, Lettres et Arts de Versailles
Formation École du Louvre

Charles Mauricheau-Beaupré, né en 1889, mort le 26 avril 1953 à Moncton, province du Nouveau-Brunswick (Canada), est un historien d'art et conservateur de musée français.

De 1941 à sa mort, il est conservateur en chef des musées nationaux de Versailles et des Trianons.

Sommaire

Biographie

Charles Mauricheau-Beaupré fait ses études à l'école du Louvre. Il y est nommé professeur en 1929 et y enseigne ensuite jusqu'à sa mort, occupant la chaire d'art décoratif moderne[1].

Auparavant, il est entré comme jeune attaché au château de Versailles alors que Pierre de Nolhac en est toujours l'éminent conservateur en chef. Il y effectue sa carrière sous la houlette des conservateurs qui suivent, André Pératé, Gaston Brière et Pierre Ladoué, devenant lui-même conservateur adjoint en 1929. En 1941, en pleine Occupation et suite au départ précipité de Pierre Ladoué, il est nommé conservateur en chef.

Charles Mauricheau-Beaupré met cette situation de guerre à profit. Dans un Versailles entièrement vidé de toutes ses collections (elles ont été évacués vers des sites sûrs en province[2],[3]), le château et le parc étant par ailleurs fermé au public, il a tout le temps et la liberté pour mettre au point un vaste plan de réorganisation des collections. Prévoyant l'avenir, il envisage le retour au domaine des Écuries et du Grand Commun, projet qui finira par se réaliser plus d'un demi-siècle après sa mort. Le plan de réorganisation de Charles Mauricheau-Beaupré a été repris par ses successeurs et il est toujours sensible aujourd'hui[4].

Pendant la guerre et dès après la reddition de l'Allemagne nazie, il initie à Versailles une série d'opérations majeures dont les conservateurs ultérieurs, notamment Gérald Van der Kemp, pourront bénéficier. Parmi ces actions notables :

En 1941, dépouillée de ses boiseries d'époque, balustrade, portes, dessus de portes et cheminée depuis la Révolution et Louis-Philippe, la chambre n'était ornée que de trois tapisseries (L'Histoire d'Esther) et de portraits de reines. Charles Mauricheau-Beaupré y réinstalle boiseries et cheminée. Il fait commencer à tisser en 1946 par les soyeux lyonnais, le « grand broché de la Reine », fastueuse étoffe en gros de Tours broché fond blanc à bordures de fleurs roses et lilas, sur fond carrelé vert pomme (dessin attribué à Jean-François Bony). C'est ce tissu qui tapisse l'alcôve de la chambre et son baldaquin aujourd'hui[5].
  • La restauration des plafonds des grands Appartements.
Le 6 mars 1942, le plafond de Coypel dans la salle des Gardes de la reine s'effondre. Conscient de l'urgence, Charles Mauricheau-Beaupré mène une étude dès le 5 mai suivant avec l'architecte en chef André Japy, et entame aussitôt une vaste campagne de restauration des plafonds : salons de Mercure, de Mars, d'Apollon, de la Paix, de la Guerre, de la Grande Galerie. Commencée en 1943, la campagne s'achève après la mort de Mauricheau-Beaupré, avec la restauration prévue du salon d'Hercule (1954-1957).
  • L'inauguration de la politique d'achats.
À son entrée en fonction, la subvention d'État couvre à peine les frais de fonctionnement et une fraction de l'entretien. Elle ne permet aucunement les achats en vue du remeublement du château. Les dons suppléent en partie, la Société des amis de Versailles constituant depuis 1907 une aide précieuse quoique limitée. Soutenu par le secrétaire d'État aux Beaux-Arts André Cornu, Mauricheau-Beaupré bénéficie de quelques fonds supplémentaires et inaugure ce qui deviendra, plus tard, une réalité courante pour Versailles : l'achat sur fonds publics. Par exemple, en 1950, Pierre Verlet note qu'il fait l'acquisition de deux pliants dorés « d'une magnifique sculpture rocaille »[6].

En 1953, Charles Mauricheau-Beaupré part faire une tournée de conférences sur Versailles au Canada. Le 26 avril, il se tue accidentellement sur la route dans la province du Nouveau-Brunswick. Son assistant Gérald Van der Kemp, nommé auprès de lui en octobre 1945[7], lui succède.

Distinctions

En 1924, Charles Mauricheau-Beaupré est admis à l'Académie des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Versailles. Il en assume la présidence de 1924 à 1944[8]

Famille

Le fils de Charles Mauricheau-Beaupré, Jean Mauricheau-Beaupré, dit JMB, dit Fontaine dans la Résistance, dit Monsieur Jean chez les mercenaires du Biafra, affiche une personnalité singulièrement différente de celle de son père. Appartenant au monde du renseignement, il est parfois présenté comme l'«archétype de la barbouze française »[1].

Né le 21 février 1920 à Marseille, Jean Mauricheau-Beaupré s'engage dans la France libre en 1943, en Algérie. Il entre ensuite à la DGER, organe de renseignement qui deviendra le SDECE en 1946. Il est nommé en 1957 rédacteur en chef du Courrier de la colère, organe du mouvement gaulliste créé par Michel Debré. Après l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, il entre dans les réseaux africains de Jacques Foccart et œuvre au rapprochement de la France avec Tshombé, Félix Houphouët-Boigny, etc. « Maniaque du secret »[9], acteur de l'ombre pendant la guerre du Biafra, « barbouze en chef des réseaux Foccart »[10], Jean Mauricheau-Beaupré est considéré comme une illustration exemplaire de la politique africaine française des années 1960 et 1970.

Bibliographie

  • Charles Mauricheau-Beaupré et Edme Hennet de Goutel, Le château de Versailles et ses jardins, D.-A. Longuet, 1924, 263 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Le château de Versailles, vues extérieures : Photographies d'André Vigneau, Éditions Tel, 1924, 40 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré et Gunnar Wilhelm Lundberg, Les artistes suédois en France au XVIIIe siècle : Château de Versailles, 15 juin-31 juillet, Institut Tessin / J. Aubert, 1945, 128 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, L'art au XVIIe siècle siècle en France : Première période 1594-1661, Éditions Guy Le Prat, 1946, 140 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, L'art au XVIIe siècle siècle en France : Deuxième période 1661 - 1715, Éditions Guy Le Prat, 1er janvier 1947, 159 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Une journée à Versailles : guide illustré du château, du musée, du parc et des Trianons, Braun, 1948, 64 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Jean Cocteau et Édouard Herriot, Congrès international de la soie, 1948 : plaquette de presentation, Synergie, 1948 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Versailles, l'histoire et l'art : Guide officiel, Édition des Musées nationaux, 1949, 71 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Versailles, Montrouge, Draeger, 1er janvier 1949, 147 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Jean Adhémar et François Boucher, Le costume français vu par les artistes, Art et style, 1949, 54 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Palais et jardins du grand siècle, Paris, Fernand Nathan, 1950, 190 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Musées nationaux : Dessins du National museum de Stockholm, Édition des Musées nationaux, 1951, 71 p. 
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Versailles patrimoine national, témoin d'art et de grandeur, haut-lieu de France, miroir du grand siècle, Paris, Éditions G, 1953, numéroté, 14 planches, 16 p. 

Filmographie

  • Versailles, palais du soleil (documentaire, France, 1950). Durée : 22'. Support : 16 mm, N/B. Plusieurs personnes visitent Versailles sous la conduite de Charles Mauricheau-Beaupré, conservateur en chef du musée. Réalisation : Lucette Gaudard. Scénariste : Charles Mauricheau-Beaupré. Production : Films du Sagittaire.

Notes et références

  1. a et b Jean-Pierre Bat (Paris I Panthéon – Sorbonne) et Pascal Geneste (Archives nationales), Jean Mauricheau-Beaupré : de Fontaine à Mathurin, JMB au service du Général, Revue Relations internationales - Presses Universitaires de France, n° 142, 2010, 140 p. (ISBN 9782130580140) 
  2. Cette évacuation a été commencée dès 1938 par Jacques Jaujard, sous-directeur des Musées nationaux puis directeur de 1940 à 1944, vers des édifices assez vastes et éloignés des villes pour abriter les collections.
  3. Sophie Humann, « Chefs-d'oeuvre mis à l'ombre », dans Valeurs actuelles, 1er avril 2010 [texte intégral] 
  4. Fabien Oppermann, Images et usages du château de Versailles au xxe siècle, École nationale des Chartes (thèses), 2004 [lire en ligne] 
  5. Base Mérimée, « Notice PM78000977 »
  6. Pierre Verlet, Le mobilier royal français : Meubles de la couronne conservés en Angleterre et aux Etats-Unis, t. 3, Picard, 2000, 2e éd., 272 p. (ISBN 978-2708404472) 
  7. Marc Ladreit de Lacharrière, « Discours de réception à l'académie des Beaux-arts », Institut de France
  8. Académie des sciences morales, lettres et arts de Versailles, « Notice « Mauricheau-Beaupré, Charles » »
  9. Roger Faligot et Pascal Krop, La piscine : Les services secrets français (1944-1984), Le Seuil, 1985, 426 p. (ISBN 978-2020087438) 
  10. Pierre-Michel Durand, L'Afrique et les relations franco-américaines des années soixante : Aux origines de l'obsession américaine, L'Harmattan, 2007, 556 p. (ISBN 978-2296046054) 

Voir aussi


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