Catherine Dickens


Catherine Dickens
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Catherine Hogarth Dickens, par Samuel Lawrence, 1838[1].

Catherine Thompson Hogarth (Édimbourg[2], 19 mai 1815Londres, 22 novembre 1879) a été l'épouse de l'écrivain anglais Charles Dickens (1812-1870)[3], avec lequel elle a eu dix enfants[4].

Catherine et Charles ont vécu vingt-deux ans sous le régime matrimonial avant que ne s'officialise leur séparation. Sur son lit de mort en 1879, soit neuf ans après le décès de son mari, Catherine a confié les lettres qu'elle avait reçues de lui à sa fille Kate (Katey), avec pour mission de les déposer au British Museum[5], afin, a-t-elle ajouté, que « le monde sache qu'il m'a un jour aimée » (« Give these to the British Museum, that the world may know he loved me once »)[6]. Ainsi, la plus grande partie de la correspondance de Dickens se trouve au British Museum, encore que de nombreuses autres lettres soient conservées dans diverses bibliothèques, en particulier à la Bibliothèque publique de New York[7].

Catherine et son mari ont souvent voyagé ensemble, en Grande-Bretagne, en Écosse en particulier, ou en Europe (France, Suisse et Italie). Mrs Dickens a également accompagné son mari aux États-Unis lors de son premier séjour en 1842.

Si les premières années du mariage ont été heureuses, la mésentente du couple s'est accentuée au fil du temps et a été portée à son comble en 1858, après que Dickens a rencontré la jeune actrice Ellen Ternan avec laquelle, bien qu'il l'ait toujours nié, du moins en public, il a eu une liaison amoureuse qui a duré, comme l'a montré Claire Tomalin, jusqu'à la fin de sa vie[8]. La séparation a été douloureuse, Catherine devant quitter le foyer familial avec l'aîné de ses enfants, Charles Dickens Jr (Charley), le seul ayant accepté de la suivre.

Si la critique a longtemps présenté Catherine Hogarth-Dickens comme une personne fade et insignifiante, les travaux récents, ceux de Michael Slater et Claire Tomalin en particulier, cités en Bibliographie, la révèlent bien différente : enjouée, éprise de culture, mais totalement dominée par la personnalité de son mari. Un récent ouvrage de Lillian Nayder s’inscrit dans cette même veine, montrant au travers de Catherine, « à quel statut débilitant sont réduites les femmes de l’époque victorienne, à quel point l’écrivain pouvait être autoritaire avec celles de sa famille, comment il a anéanti l’une d’elles, qui n’avait rien fait pour mériter sa cruauté »[9],[10].


Années de jeunesse

Article détaillé : Morning Chronicle.

Catherine Thompson Hogarth est la fille aînée de George Hogarth (1783-1870) et Georgina Thompson (1793-1863). Son père, avocat à Édimbourg, a été conseiller juridique de l'écrivain Walter Scott pour lequel le jeune Dickens a éprouvé une grande admiration[11]. Après avoir déménagé à Londres en 1834, il devient critique musical au Morning Chronicle, périodique auquel Dickens, sous le pseudonyme de Boz, confie une vingtaine d'écrits[12], activité qui rapproche le journaliste et déjà romancier, alors âgé de vingt-quatre ans, de la famille Hogarth.

Catherine, qui a vingt ans, est décrite comme une jeune fille, certes gaie et aimable, mais plutôt placide et délicate, à la différence de sa sœur Mary, intellectuellement plus active et avec laquelle Dickens noue de très fort liens d'amitié, ou encore de la benjamine de la famille, Georgina (1827-1917), posée, efficace et au tempérament inflexible. En 1846, Dickens écrit une histoire d'amour, La Bataille de la vie, quatrième partie d'un ensemble intitulé « Noël », dans laquelle le personnage principal, Alfred Heathfield, aime deux sœurs, Grace et Marion, ce qui, d'après certains critiques, semble évoquer son propre cas[13].

Le mariage avec Charles Dickens

1835 : Les fiançailles

Facsimile : certificat de mariage de Charles et Catherine, exposé dans l'église St Luke's (ouest), Chelsea.

Young, Pleasant, Cheerful, Tidy, Bustling, Quiet (Jeune, agréable, gaie, soigneuse, active, tranquille), tel est le titre que donne Dinah Birch à son compte-rendu du livre de Lillian Nayder, The Other Dickens, consacré à Catherine Hogarth[14]. Les adjectifs sont empruntés au texte commenté et décrivent la jeune fille que Charles Dickens s'apprête à épouser, les fiançailles ayant été célébrées en 1835. Quelles que soient les qualités ainsi énoncées de sa fiancée, il n'en proclame pas moins dès le départ que l’union ne sera pas égalitaire. Catherine jouira, en échange de sa soumission, d’un foyer stable et de toutes les responsabilités domestiques permettant à une épouse d’occuper son temps. Dickens­ voit en elle une source de réconfort et de repos, une personne vers qui il pourra se tourner « au coin du feu, une fois mon travail achevé, pour puiser dans votre douce tournure et vos charmantes manières la récréation et le bonheur que la triste solitude d’une garçonnière ne procure jamais »[14]. Dans un premier temps, Catherine proteste, se plaignant du carriérisme obsessionnel de son promis, mais Dickens ne veut rien entendre. Il répond qu’il rompra leurs fiançailles si la jeune femme persiste dans son « obstination inflexible »[14]. Catherine finit par rendre les armes.

Catherine Hogarth et Charles Dickens se marient donc le 2 avril 1836 en l'église St. Luke's de Chelsea. Le mariage est célébré dans la discrétion ; avec « ses airs de fillette »[15], la jeune Catherine fait une mariée modeste. Un invité la trouve « radieuse, aimable […], vêtue de la manière la plus simple et soignée qui soit, et sans doute plus jolie ainsi que si on lui avait permis de s’apprêter davantage »[15]. Les jeunes mariés passent leur lune de miel à Chalk, à l'extrême est de Gravesend dans le Kent, pas très loin de Chatham, avant de s'installer à Bloomsbury, au centre-nord de Londres. C'est la forge de Chalk que Dickens a prise comme modèle pour l'atelier où travaille Joe Gargery, le bienveillant oncle de Pip dans Les Grandes Espérances, et c'est là qu'il a écrit les premières livraisons de ses Pickwick Papers[16],[17].

1836-1842 : Les premières années

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Le mariage a été raisonnablement heureux pendant ses premières années[18], encore que, outre son besoin obsessionnel de domination, Dickens fasse subir à sa jeune épouse la pression de ses nouveaux engagements professionnels, et que les enfants ne tardent pas à arriver : Charles, neuf mois seulement après le mariage, Mary, l'année suivante et Kate, en 1839[18].

Charles et Catherine Dickens changent plusieurs fois de résidence selon les saisons, logeant pour les vacances dans la grande bâtisse à Broadstairs qui s'est appelée Bleak House après la publication du roman du même nom[N 1],[19], sur l'île de Thanet, à l'extrême pointe du Kent, le long de l'estuaire de la Tamise, enfin revenant à Londres pour l'automne, à Petersham, dans le quartier de Richmond upon Thames, puis au 48 Doughty Street[N 2]. En 1838, une année après le couronnement de la Reine Victoria, Dickens publie son troisième roman, Nicholas Nickleby, dont la conclusion est une vision de bonheur conjugal avec les deux héros que le sort a réunis, Nicholas Nickleby et Madeline Bray, s'aimant à jamais dans une campagne idyllique avec plusieurs enfants[20], miroir, selon Jane Smiley, de la vie rêvée de l'auteur et promesse espérée de celle qu'il mène à cette époque[21],[22].

C'est pourtant au terme de ces années d'activité fébrile que commencent à poindre les premières difficultés conjugales[23].

1842-1858 : L'avènement des difficultés

Catherine Hogarth vers 1847, par Daniel Maclise.

Les responsabilités conjugales

Dès les débuts de son mariage, elle a eu la responsabilité d'organiser des réceptions et des dîners, parfois fort importants. Par exemple en 1849, ont été invitées des célébrités littéraires telles que Thomas et Jane Carlyle, Elizabeth Gaskell et le poète Samuel Rogers. Mrs Carlyle et Mrs Gaskell ont raconté leurs souvenirs de cette réception et n'ont aucune critique à formuler tant sur les qualités d'hôtesse que sur la cuisine de Mrs Dickens. D'ailleurs, Dickens a encouragé sa femme à mettre au point un recueil de ses menus : ainsi est né What Shall We Have for Dinner ?, sous le nom de Lady Maria Clutterbuck[N 3],[24],[25], 60 pages publiées en 1851, puis rééditées l'année suivante. L'ouvrage témoigne du sens de l'humour dont est dotée Mrs Dickens, et aussi de la façon dont elle se préoccupe de la santé de son époux[26],[27].

Drame familial : la mort de Mary Hogarth

Le couple s'est installé en location dans Furnival's Inn à Holborn, où il héberge la jeune sœur de Catherine, Mary Scott Hogarth (1820-1837), « mignonne, belle et d'humeur gaie » (« sweet, beautiful, and lighthearted »)[28]. Dickens, alors âgé de vingt-cinq ans, se prend d'une véritable idolâtrie pour cette enfant d'à peine dix-sept, qui, d'après Fred Kaplan, devient « [une] amie intime, une sœur d'exception, une compagne au foyer » (« Charles's intimate friend, a privileged sister and domestic companion »[29].

Mais survient un drame : le 6 mai Charles et Mary vont au théâtre (St. James's Theatre) pour la représentation d'une farce que Dickens a écrite : Is She His Wife?, or, Something Singular! ; à leur retour, racontera Dickens, « [Mary] monte dans sa chambre en parfaite santé et, comme d'habitude, d'excellente humeur. Avant qu'elle ne puisse se déshabiller, elle est prise d'un violent malaise et meurt, après une nuit d'agonie, dans mes bras durant l'après-midi à 3 heures. Tout ce qui pouvait être fait pour la sauver l'a été. Les hommes de l'art pensent qu'elle avait une maladie du cœur »[30]. En proie au plus grand chagrin, Dickens ôte une bague du doigt de Mary qu'il gardera sur lui jusqu'à la fin de sa vie. C'est la seule fois où il n'a pas pu écrire et a ainsi manqué la livraison deux de ses publications hebdomadaires, en l'occurrence celles d'Oliver Twist et de Pickwick Papers[31]. « Je ne pense pas qu'ait jamais existé un amour tel que celui que je lui ai porté », a-t-il confié à son ami Richard Jones[30],[32]. Il rédige l'épitaphe qui figure gravée sur la pierre tombale : « Young, beautiful, and good, God numbered her among his angels at the early age of seventeen » (« « Jeune, belle et bonne, Dieu l’a rappelée parmi ses anges à l’âge de dix-sept ans. » »[33], et il est généralement admis qu'il s'est servi de la jeune fille comme modèle pour Rose Maylie dans Oliver Twist et la petite Nell (little Nell) dans Le Magasin d'antiquités[31],[34],[35].

Un deuil devenu encombrant

Catherine, à nouveau enceinte, ressent de plus en plus d'amertume envers son mari qui garde obstinément le deuil de Mary dont il rêve chaque nuit mois après mois[36],[37]. En 1842, soit cinq ans après sa disparition, il écrit à John Forster qu'elle reste pour lui « l'esprit qui guide sa vie, … pointant inflexiblement le doigt vers le haut depuis plus de quatre années » (« that spirit which directs my life, and . . . has pointed upwards with an unchanging finger for more than four years past »)[38]. Le ménage s'est transporté au 48, Dougty Street[39], et les grossesses se suivent sans répit[N 4],[40].

Un mari de plus en plus critique

Dickens, cependant, reste peu sensible aux difficultés de son épouse, la rudoie même, selon un témoignage de Frederick Mullet Evans, de la maison Bradbury & Evans qui a publié certains de ses ouvrages de 1844 à 1859. Il rapporte qu'il va jusqu'à l'insulter en présence des enfants, des domestiques ou des invités[41],[N 5],[42]. De fait, dans une lettre à John Forster, Dickens se plaint de sa femme en termes à peine voilés, critiquant son manque d'entrain et ses constantes dépressions post-natales, la blâmant même pour ses grossesses à répétition, comme semble en témoigner cet extrait :

« Poor Catherine and I are not made for each other, and there is no help for it. It is not only that she makes me uneasy and unhappy, but that I make her so too -- and much more so. She is exactly what you know, in the way of being amiable and complying; but we are strangely ill-assorted for the bond there is between us. God knows she would have been a thousand times happier if she had married another kind of man […] I am often cut to the heart by thinking what a pity it is, for her own sake, that I ever fell in her way […] nothing on earth could make her understand me, or suit us to each other. Her temperament will not go with mine. It mattered not so much when we had only ourselves to consider, but reasons have been growing since which make it all but hopeless that we should even try to struggle on. What is now befalling me I have seen steadily coming, ever since the days you remember when Mary was born; and I know too well that you cannot, and no one can, help me. Why I have even written I hardly know; but it is a miserable sort of comfort that you should be clearly aware how matters stand. The mere mention of the fact, without any complaint or blame of any sort, is a relief to my present state of spirits -- and I can get this only from you, because I can speak of it to no one else[43]. »

« La pauvre Catherine et moi ne sommes pas faits l'un pour l'autre, on n'y peut rien. Elle m'irrite et me rend malheureux, et moi je le lui rends bien, en pire. Comme vous le savez, elle est aimable et docile, mais nous sommes étrangement mal assortis pour le lien qui nous unit. Dieu sait qu'elle eût été mille fois plus heureuse si elle avait épousé un autre homme […] J'ai souvent le cœur serré quand je pense quel dommage c'est pour elle qu'elle soit tombé sur moi […] il n'est rien au monde qui puisse l'inciter à me comprendre ou à nous rendre compatibles. Son tempérament ne s'accorde pas au mien. Cela n'avait pas tellement d'importance lorsque nous n'étions que tous les deux, mais bien des raisons sont apparues qui rendent nos efforts pour rester ensemble inutiles. Ce qui m'arrive, je l'ai vu se profiler sans répit depuis le jour où, vous vous en souvenez, Mary est née ; et je ne sais que trop bien que ni vous ni personne ne peuvent m'aider. Pourquoi je vous ai écrit, je ne le sais trop, mais c'est une piètre consolation que vous soyez au courant de notre situation. Le simple fait d'en parler, sans plainte ni accusation, soulage ma morosité ; et ce n'est auprès de vous que je trouve ce réconfort, pour la simple raison que je ne peux en parler à personne d'autre. »

Le répit de quelques voyages

Les chutes du Niagara, que les Dickens ont admirées, gravure sur bois de 1837.

Catherine accompagne pourtant son époux lors d'un voyage en Écosse en 1841 ; le couple y est reçu avec égard et Dickens se voit décerner la en:Freedom of the City, l'équivalent d'une remise des clefs de la ville. En février de l'année suivante naît Walter, leur quatrième enfant. Charles Dickens, probablement encouragé par son échange de correspondance avec l'écrivain américain Washington Irving, prépare un voyage outre-Atlantique[44]. Catherine, peu encline à y suivre son mari, finit en pleurs chaque fois que le sujet est abordé, mais se décide finalement à l'accompagner ; les enfants sont confiés à un frère de Dickens, Fred et surtout à la jeune Georgina Hogarth, « Georgie » pour les intimes, qui vivent chez les Dickens depuis le 25 mars 1837[36]. Le 3 janvier 1842 commence la traversée à bord du vapeur Britannia en compagnie de la bonne, Anne Brown ; la mer est déchaînée et Dickens s'affaire pour distribuer du brandy à l'eau à ses compagnes de voyage roulant d'un bout à l'autre du canapé dans leur étroite cabine[45]. Arrivés à Boston le 22, les Dickens se voient aussitôt acclamés et fêtés, si bien que Dickens se plaint à John Foster de la débauche d'attentions qu'il reçoit : « Je ne peux rien faire de ce que j'ai envie de faire, ni aller où je veux aller, ni même voir ce que j'ai envie de voir. Si je descends dans la rue, je suis suivi par une foule de gens » (« I can do nothing that I want to do, go nowhere where I want to go, and see nothing that I want to see. If I turn into the street, I am followed by a multitude »[46]. Lorsque le couple se rend à New York, la pression s'accentue encore : « Je ne peux pas boire un verre d’eau à une station, dit le romancier, sans qu’une centaine de curieux inspectent mon gosier pour voir comment j’avale »[47].

Lors de leur retour en juin (accostage le 7), alors que Dickens tourne bientôt les Américains en ridicule, d'abord dans ses en:American Notes où il utilise bien des traits qu'il a déjà dénoncés dans ses diverses lettres de voyage à John Forster[48], puis dans la deuxième partie de Martin Chuzzlewit où il a envoyé son héros, le jeune Martin, accompagné de Mark Tapley, faire fortune outre-Atlantique, aventure qui tourne au désastre[49], Catherine, elle, s'avère bien plus indulgente envers ses hôtes. Dickens semble s'être accommodé de sa présence pendant le voyage, se plaisant même à souligner la gentillesse dont elle a fait preuve en entreprenant la traversée à contre-cœur. Ensemble, ils ont visité une partie du Canada, où ils ont été reçus par « l'élite de la société » et à dîner chez le Chief Justice[50], ont admiré les chutes du Niagara dont le fracas semble encore apporter à l'éternel endeuillé la voix de Mary[36], et participé à quelques productions théâtrales, telles que, rapporte le journal Le Canadien, A Roland for an Oliver, Pas two o’clock in the Morning et Deaf as a Post[51]. Mrs Dickens est apparue en bonne forme, admirative même, mais désireuse de ne pas trop s'attarder pour pouvoir au plus vite retourner vers ses quatre enfants, « ces doux objets de sa sollicitude maternelle »[52],[53].

Peu après, les Dickens repartent en voyage et gagnent l'Italie où ils passent une année entière en compagnie de Georgina[47]. Mais Dickens fait aussi des escapades en solitaire, à Paris, par exemple, à Boulogne aussi, ville qu'il affectionne particulièrement[47].

1858 : Séparation

À son amie Angela Burdett-Coutts, Dickens écrit : « Une page de ma vie naguère couverte d’écriture est désormais totalement vierge » (« a page in my life which once had writing on it has become absolutely empty »)[54]. De fait, comme le rapporte Michael Slater, Catherine Dickens, l'épouse et la mère des dix enfants de Dickens, a eu moins d'influence sur l'imagination de son mari que les jeunes femmes qu'il lui a été donné de rencontrer. « la femme que le jeune Dickens a aimée non en frère mais en amant, écrit-il, la femme qu'il a épousée et avec laquelle il a vécu pendant vingt-deux ans, avec laquelle il a engendré une grande famille, semble avoir eu moins d'influence sur le cœur de son imagination et sur son art qu'aucune des autres femmes qui occupent une place importante dans sa vie sentimentale » (« the woman whom the young Dickens loved not as brother but as a lover, the woman whom he married and lived with for twenty-two years, fathering a large family by her, appears to have had had less impact upon his deepest imagination and on his art than any of the other women who hold an important place in his emotional history »)[55].

Un drame va donc se jouer dont voici les acteurs :

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Un mariage chancelant

Article détaillé : Household Words.
Catherine et Charles vers 1858.

Dickens, en réalité, ne voit plus sa femme avec les yeux du jeune homme qui l'a épousée ; il la trouve maladroite, intellectuellement médiocre, socialement inintéressante et bien trop grosse. Il parle d'elle avec mépris à ses amis : en:Richard Hengist Horne, l'un des rédacteurs de Household Words, raconte comment il se renverse dans son fauteuil, riant aux larmes et les yeux pétillants de gaieté, lorsqu'il narre l'épisode où les bracelets (bangles) de Mrs Dickens « sont passés de ses petits bras grassouillets à son bol de soupe »[56]. G. B. Shaw pense que « Mrs Dickens a dû souffrir de manque de respect dans cette famille railleuse, d'autant que la maisonnée était dirigée et dominée par sa sœur Georgina »[57].

En outre, Dickens reproche, désormais ouvertement, ses grossesses à sa femme : tant d'enfants à élever devient, laisse-t-il entendre, un fardeau de plus en plus insupportable, d'autant que leur mère ne s'en occupe guère et, quand elle le fait, accumule les maladresses[58]. Lors de la naissance d'Edward Bulwer Lytton Dickens (1852-1902), il écrit : « Mrs Dickens a encore produit un autre enfant ». Comme l'analyse Patricia Schof, « sans aucun doute, il a le sentiment que la matrone qui lui a donné dix enfants a perdu le « délicieux charme aguicheur » dont parle Michael Slater dans son Dickens and Women »[59]. En fait, il cherche ailleurs une consolation : en 1855, il revoit son premier amour de 1830 à 1833, Maria Beadnell (1810-1886), maintenant Mrs Henry Winter. Devenue énorme, elle ne correspond plus à ses souvenirs romantiques de jeune homme et ces retrouvailles restent sans suite[60].

Georgina âgée.

Les Dickens habitent près de Regent's Park, à Devonshire Terrace, Marylebone, où ils résident de 1839 à 1851. C'est là que le romancier écrit six de ses plus célèbres romans : The Old Curiosity Shop, Barnaby Rudge, Martin Chuzzlewit, A Christmas Carol, Dombey and Son et David Copperfield. Les relations conjugales se sont beaucoup détériorées. Mrs Dickens ne se voit pas sans quelque amertume totalement supplantée au foyer par sa sœur, d'autant que ses enfants témoignent beaucoup d'affection à leur jeune tante. Mais Dickens ne fait rien pour remédier à cet état de choses ; bien au contraire, il juge sa femme de plus en plus incompétente et encline au laisser-aller, et il confie délibérément à Georgina la gouvernance de la maison et l'éducation des enfants. En outre, il répugne à ce que son épouse entretienne en matière de culture les goûts qu'elle a acquis dans sa jeunesse à Édimbourg. Au contraire, son refus d'encourager son discernement, discernement dont il l’accuse pourtant de manquer, s'affiche ouvertement auprès de ses amis. Il écrit à John Foster : « [Elle] souhaite savoir si tu as “des livres à lui envoyer”. Si tu as quelque camelote sous la main, merci de la lui expédier »[61],[62].

Aussi, à partir de 1850, Catherine souffre-t-elle de mélancolie et d'accès de confusion mentale, et cela s'aggrave en 1851 après la naissance de Dora, qui porte le nom de l'héroïne que Dickens vient de tuer dans David Copperfield cinq jours auparavant, prénom qu'il impose à sa femme, comme d'ailleurs le prénom de tous leurs enfants[31], et sa mort huit mois plus tard. Son corps gonflé par les incessantes grossesses devient encore plus lourd et malhabile, ce que raille volontiers Dickens qui, par exemple, offre son brougham à Leigh Hunt avec ce commentaire, allusion directe au poids de la passagère : « la petite boîte à pilules roulante qui titube de par Londres avec Mrs Dickens dedans » (« the little pill-box on wheels which staggers about London with Mrs Dickens »)[63],[64]. Enfin, les efforts de sa femme pour lui être aimable l'irritent et le rendent impatient. Désormais, les époux font chambre à part, Dickens ayant même fait séparer son dressing-room de la chambre conjugale[31], et règne entre eux une mésentente de tous les instants[65]. Pourtant, il insiste pour que les apparences soient sauves : il reviendra de temps à autre de Gad's Hill Place, fait-il savoir à Catherine, et passera quelques moments avec elle, « pour bien montrer au monde qu'ils forment toujours un couple », ce qui ne l'empêche pas de bombarder ses amis de lettres expliquant qu'elle est une mère négligente et que les enfants ne peuvent plus supporter de rester avec elle. « La détresse et le malheur de notre maison étaient sans égal » (« Nothing could surpass the misery and unhappiness of our home »), dira plus tard Katey[31].

Les tentatives de médiation

Ainsi, vers 1858, les lettres écrites tant par Catherine que par Charles Dickens montrent qu'après avoir essayé de résoudre les problèmes matrimoniaux qui les assaillent, il leur semble désormais impossible de poursuivre la vie commune. Gladys Storey, qui a recueilli les souvenirs de Kate Dickens, raconte qu'elle a un jour trouvé sa mère en pleurs devant sa coiffeuse parce que son mari lui avait demandé d'aller chercher Ellen Ternan[N 6], la jeune actrice d'à peine plus de dix-sept ans dont il est tombé, bien qu'il s'en défende, éperdument amoureux[66]. Kate incite sa mère à se rebeller, mais en vain : chez elle, Catherine se mure dans le silence, alors qu'en dehors du foyer, son anxiété semble s'atténuer et elle retrouve une certaine faconde qui la caractérise. Entre février et mai 1858, les parents de Catherine tentent une médiation, vouée à l'échec tant l'incompréhension mutuelle est accusée[66].

L'affaire du bracelet et la rupture

Article détaillé : Ellen Ternan.
Ellen Lawless Ternan-Robinson, à environ 53 ans.

La relation entre les époux se détériore irrémédiablement au printemps de 1858, alors que Dickens adresse un bracelet à Ellen Ternan ; mal dirigé, le paquet revient accidentellement à en:Tavistock House, la résidence du couple[67]. Catherine découvre le cadeau et accuse son mari d'entretenir une relation amoureuse avec la jeune actrice. Dickens a alors quarante-cinq ans, Ellen dix-huit : ils se sont connus au théâtre où Ellen, sa mère et sa sœur, ont été retenues pour une représentation caritative d'une pièce de Wilkie Collins, The Frozen Deep, donnée à Manchester et à laquelle participe Dickens[68], et plus tard, il lui a confié l'interprétation de certaines de ses œuvres. Malgré l'évidence, Dickens nie les accusations formulées par sa femme en invoquant le prétexte qu'il a pour habitude de récompenser ainsi ses meilleurs interprètes[66], et que les ragots dont il fait l'objet sont « une calomnie abominable » (« abominably false »)[69].

Afin que soit mise en œuvre une procédure de divorce en vertu d'une récente loi dite de 1857 (Matrimonial Causes Act 1857)[N 7], la mère et la tante maternelle de Catherine, Helen Thompson, insistent pour que soient recherchées des preuves d'adultère à l'encontre d'Ellen Ternan et aussi, car c'est là que se portent leurs premiers soupçons, de Georgina Hogarth, leur fille et nièce, qui a résolument pris le parti de Dickens contre sa sœur, qui lui restera fidèle, et qu'elles pensent, apparemment sans fondement, intimement liée au romancier. En effet, les rumeurs (prévisibles) courent dans les salons, si bien que Dickens fait établir un certificat de virginité (virgo intacta) pour sa belle-sœur – celle-ci n’y voyant apparemment aucune humiliation gratuite, mais plutôt un moyen nécessaire de se protéger[10]. En définitive, en juin 1858, un document faisant état de l'impossibilité d'une vie commune est signé par le couple et paraphé par Mrs Hogarth et Helen Thompson qui y reconnaissent que les preuves d'adultère sont inexistantes, ce qui met un terme aux démarches en vue d'un possible divorce[69].

Le départ de Mrs Dickens

Charles a quitté le domicile conjugal et vit désormais avec sa valise dans le bureau de Household Words, et il a fait savoir qu'il ne reviendra pas tant que Catherine n'aura pas « vidé les lieux »[70]. Après des jours passés à pleurer dans sa chambre, Catherine finit par rassembler ses affaires et prendre la porte. Son exil la conduit d'abord à Brighton d'où elle écrit une lettre désespérée à sa tante Helen Thompson. Cette lettre est perdue, mais Helen Thompson la cite dans une correspondance datée du 20 août 1858, à son amie Mrs Stark de Glasgow : « Je me trouve dans une triste situation, et seul le temps pourra peut-être émousser la peine qui me lance le cœur, mais je ferai tout mon possible pour lui résister » (« My position is a sad one and time only may be able to blunt the keen pain that will throb at my heart but I will try to struggle hard against it »)[70].

Le chalet suisse à Gad's Hill Place.

Bientôt, Catherine fait ses valises une seconde fois et s'en va vivre avec son fils aîné Charley dans une petite bâtisse tout près de Regent's Park, au 70 Gloucester Crescent, pas très loin de son ancienne résidence. Elle n'a jamais été autorisée à remettre les pieds au domicile familial, ni à apparaître devant Dickens qui s'est bientôt retiré avec les neuf autres enfants et Georgina dans sa propriété de Gad's Hill Place, non loin de Higham dans le Kent, où il écrit ses œuvres dans un chalet suisse reconstitué au milieu du jardin[71]. Quels qu’aient été ses sentiments, elle les a gardés pour elle ; elle n'a pourtant pas manqué de défenseurs : les tentatives de justification de Dickens ont nourri leur lot de ragots et de conjectures. L’écrivain William Makepeace Thackeray, ami de la famille, écrit à sa mère : « Des bruits courent au sujet d’une comédienne qui serait impliquée dans l’affaire ; [Dickens] les dément avec la plus farouche indignation […]. Dire que cette malheureuse mère de famille doit quitter sa maison après 23 années de mariage ! », et à ses filles, il déclare : « [Dickens] est à demi fou en ce qui concerne ses affaires domestiques et plus qu'à demi fou d'arrogance et de vanité » (« [Dickens] is ½ mad about his domestic affairs, and more than ½ mad with arrogance and vanity »)[31]. La poétesse Elizabeth Barrett Browning s'indigne : « Qu’est-ce que cette triste histoire au sujet de Dickens et de sa femme ? Incompatibilité d’humeur après 23 ans de vie commune ? Vous parlez d’une excuse ! […] Pauvre femme ! Elle doit souffrir amèrement, c’est certain »[72],[62],[73].

Le pire, pour Catherine, a été d’être séparée de ses enfants. Certains sont trop jeunes pour même comprendre ce qui se passe (Edward, le petit dernier, n’a que six ans). Seul l’aîné, Charley, est en âge de prendre une décision autonome et il choisit le parti de sa mère, l’accompagnant dans son exil. Catherine n’a donc eu avec les autres que des contacts rares et limités. Sa fille Kate se l'est plus tard reproché : « Nous avons tous été cruels de ne pas prendre sa défense », a-t-elle confié lors de ses entretiens avec Gladys Storey[74]. Mais à l’époque, les enfants Dickens n’ont pas le choix, leur père ayant très clairement établi qu’ils doivent rester auprès de lui[75],[62].

Réaction de Dickens

Porche de Gads Hill Place : Henry Fothergill Chorley, Kate Perugini, Mary Dickens, Charles Dickens, Charles Allston Collins et Georgina Hogarth.

Dickens, resté chez lui à Gad's Hill Place avec neuf de ses enfants et la fidèle Georgina Hogarth qui assure la responsabilité de la maisonnée, s'est montré particulièrement virulent pour expliquer son attitude lors du drame de la séparation d'avec son épouse. Le 12 juin 1858, il publie une mise au point dans son journal Household Words :

« Some domestic trouble of mine, of long-standing, on which I will make no further remark than that it claims to be respected, as being of a sacredly private nature, has lately been brought to an arrangement, which involves no anger or ill-will of any kind, and the whole origin, progress, and surrounding circumstances of which have been, throughout, within the knowledge of my children. It is amicably composed, and its details have now to be forgotten by those concerned in it... By some means, arising out of wickedness, or out of folly, or out of inconceivable wild chance, or out of all three, this trouble has been the occasion of misrepresentations, mostly grossly false, most monstrous, and most cruel -- involving, not only me, but innocent persons dear to my heart... I most solemnly declare, then -- and this I do both in my own name and in my wife's name -- that all the lately whispered rumours touching the trouble, at which I have glanced, are abominably false. And whosoever repeats one of them after this denial, will lie as wilfully and as foully as it is possible for any false witness to lie, before heaven and earth. »

« Quelque difficulté domestique que j'ai longtemps partagée, dont je ne dirai rien sinon que, de nature strictement privée, elle a droit au respect, a fait l'objet d'une conciliation n'impliquant ni colère ni mauvaise volonté d'aucune sorte et dont l'origine, l'évolution et les circonstances afférentes ont toujours été connues de mes enfants. Cette conciliation a été réalisée amicalement et les détails en sont désormais oubliés de ceux qu'elle concerne… Or par méchanceté, stupidité ou un malencontreux hasard, à moins que ce ne fût les trois à la fois, cette difficulté s'est trouvée déformée de façon grossière, monstrueuse et particulièrement cruelle à l'encontre de moi-même et aussi de personnes innocentes qui me sont chères… Je déclare donc de la manière la plus solennelle, en mon nom et en celui de mon épouse, que toutes les rumeurs récemment colportées à ce sujet, dont j'ai rapidement pris connaissance, sont une abominable calomnie. Quiconque les répéterait après ce démenti se rendrait coupable du plus effronté et du plus vicieux mensonge qu'il soit possible de faire en tant que faux témoin devant le ciel et la terre. »

Cette déclaration, envoyée à la presse, a été reproduite par de nombreux quotidiens ou hebdomadaires, dont The Times. Punch ayant refusé de la publier, Dickens se brouille avec son éditeur Bradbury and Evans, dont le rédacteur-en-chef, Frederick Mullet Evans, est pourtant un vieil ami. En effet, dans l'entourage du romancier figurent des personnalités du monde littéraire, artistique, politique ou de l'édition, et Dickens exige de chacun la plus absolue loyauté : celui qui ne prend pas son parti, même dans ses querelles privées, a tôt fait de s'attirer son ire, et parfois pour toujours[76].

Paraît ensuite une autre déclaration, publiée cette fois en Amérique par le New York Tribune, mais sa teneur parvient bientôt à la presse britannique. Cette fois, Dickens y critique son épouse en termes à peine voilés, relevant le fait que, selon lui, c'est sa belle-sœur Georgina Hogarth qui tient depuis longtemps les rênes de la famille :

« I will merely remark of [my wife] that some peculiarity of her character has thrown all the children on someone else. I do not know -- I cannot by any stretch of fancy imagine -- what would have become of them but for this aunt, who has grown up with them, to whom they are devoted, and who has sacrificed the best part of her youth and life to them. She has remonstrated, reasoned, suffered, and toiled, again and again, to prevent a separation between Mrs. Dickens and me. Mrs. Dickens has often expressed to her sense of affectionate care and devotion in her home -- never more strongly than within the last twelve months[77]. »

« À son sujet [celui de son épouse], je déclarerai simplement qu'un trait particulier de son caractère a fait que tous les enfants se sont trouvés rejetés vers quelqu'un d'autre. Je ne sais, je n'ose imaginer ce qu'il fût advenu d'eux sans cette tante qui a grandi avec eux, qu'ils chérissent et qui leur a sacrifié la plus belle part de sa jeunesse et de sa vie. Elle n'a eu de cesse d'œuvrer, de raisonner, de parlementer, elle a souffert pour éviter une séparation entre Mrs Dickens et moi-même. Mrs Dickens a souvent rendu hommage à son attention affectueuse et à son dévouement pour le foyer, et jamais avec autant de vigueur qu'au cours des douze derniers mois. »

Résidences de Catherine Dickens

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Il n'est pas facile de reconstituer l'ordre chronologique des différentes demeures qu'a habitées Catherine Hogarth Dickens, tant les déplacements et les déménagements imposés par Dickens ont été fréquents. À Édimbourg en Écosse, puis à Londres, Catherine a suivi ses parents[78] ; après son mariage, elle a suivi son époux. Frederick Sinclair s'est attaché à répertorier les adresses correspondantes, se préoccupant, certes, plus du romancier que de sa femme[79], et d'autre part, le site où Philip V. Allingham consacre de nombreuses pages à Dickens, The Victorian Web, dans sa rubrique intitulée « Dickens's homes and other places associated with him », présente une liste des lieux de vie du romancier et, par voie de conséquence, du moins jusqu'à la séparation du couple, de son épouse. Cette série s'illustre d'une galerie d'illustrations sous la forme de dessins, de photographies anciennes ou récentes, concernant l'Angleterre, la France, la Suisse et l'Italie[80].

D'après ces sources, voici la liste des résidences occupées par Mrs Catherine Dickens après son mariage :

  • Furnival's Inn, 1834-1836 pour Dickens, 1835-1836 pour Catherine
  • 48 Doughty Street, 1836-1839
  • 1 Devonshire Terrace, 1839-1851
  • Tavistock House, 1851-1860 pour Dickens, 1851-1858 pour Catherine
  • Broadstairs, Kent
  • * Fort House, Broadstairs, Kent, en vacances, de 1837 à 1851, puis, pour Dickens, en 1859[N 8].
  • * The Albion, Broadstairs, Kent, en vacances, 1851 et 1859 pour Dickens, 1851 pour Catherine[N 9],[81].
  • Gad's Hill Place, Higham-by-Rochester, Kent, 1857-1870 pour Dickens, 1857-1858 pour Catherine.
  • Après la séparation du couple, Catherine a brièvement résidé à Brighton, puis s'est installée à 70 Grosvenor Crescent, où Dickens a assuré les frais afférents jusqu'à la fin de ses jours.

Enfants

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Charles et Catherine Dickens ont eu dix enfants :

  • Charles Culliford Boz Dickens (Charles Dickens, Junior) dit Charley, 1837-1896, a étudié à Eton et en Allemagne. Devenu banquier et négociant, il finit par faire faillite. Dickens le prend alors comme rédacteur-en-chef adjoint de sa revue All the Year Round, qu'il continue d'éditer après la mort de son père. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Dickens's Dictionary of London (Dictionnaire Dickens de Londres) et Dickens's Dictionary of the Thames (Dictionnaire Dickens de la Tamise). Il a épousé en 1862 Bessie Evans, fille de Frederick Evans, l'un des éditeurs de Dickens. C'est le seul des enfants du couple ayant choisi de vivre avec sa mère après la séparation.
  • Mary Angela Dickens, dite Mamie, 1838-1896, prénommée en souvenir de Mary Hogarth morte à peine un an avant sa naissance, elle a vécu auprès de son père sans se marier, puis après son décès, s'est installée avec sa sœur Georgina. Très fidèle à son père, elle a déclaré dans la biographie qu'elle lui a consacrée : « My love for my father has never been touched or approached by any other love. I hold him in my heart of hearts as a man apart from all other men, as one apart from all other beings. » (« L'amour que je porte à mon père est resté sans égal. Au tréfonds de moi-même, je le considère comme un être à part de tous les autres hommes, de tous les autres êtres vivants »[82],[83].
  • Kate Macready Dickens-Perugini, dite Katie, 1839-1929, prénommée en souvenir de l'acteur William Macready. D'un tempérament volcanique, comme son père (il l'appelle My Lucifer Box [Ma boîte à Lucifer]), elle épouse contre la volonté paternelle Charles Allston Collins, frère cadet du romancier Wilkie Collins, qui décède prématurément. En secondes noces, elle se marie avec Charles Edward Perugini, peintre comme elle. Le couple, travaillant parfois ensemble, a laissé une œuvre abondante s'apparentant au style préraphaélite. C'est Kate qui, lors de ses entretiens avec Gladys Storey, a révélé la nature des relations qu'entretenait Dickens avec la jeune actrice Ellan Ternan. Elle y qualifie son père de madman (« un fou ») et écrit : « This affair brought out all that was worst--all that was weakest in him. He did not care a damn what happened to any of us » (« Cette affaire a exacerbé le pire en lui, ce qu'il y avait de plus faible. Il se moquait éperdument de ce qui pouvait arriver à chacun de nous »)[84].
  • Walter Savage Landor Dickens, dit Walter, 1841-1863, prénommé en hommage au poète Walter Savage Landor ; découragé d'écrire par son père, il devient militaire des armées de l' East India Company, puis de l'armée des Indes où il est promu au grade de lieutenant dans le régiment des 42nd Highlanders. De tempérament impécunieux comme son grand-père John Dickens, il meurt à Calcutta d'une rupture d'anévrisme aortique et ses dettes sont réglées par son père.
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  • Francis Jeffrey Dickens, dit Frank (1844-1886), prénommé en hommage à Lord Francis Jeffrey, éditeur de la Edinburgh Review et ami de Dickens. Il se rend en Inde en 1864 et y apprend que son frère Walter est mort depuis un mois. Il s'enrôle dans les rangs de la police montée du Bengale (Bengal Mounted Police) et revient en Angleterre en 1871, un an après le décès de son père. Il dilapide son héritage, puis émigre au Canada où il devient membre de la police montée du Nord-Ouest (Canadian Northwest Mounted Police). Il meurt à Moline, dans l'Illinois.
  • Alfred D'Orsay Tennyson Dickens, dit Alfred (1845-1912), prénommé en hommage à un artiste français, le conte Alfred d'Orsay, et au poète Alfred Lord Tennyson. Il émigre pour l'Australie en 1865 et y reste pendant quarante-cinq ans. Il consacre le reste de sa vie à faire des conférences et des lectures publiques sur l'œuvre de son père, tant en Angleterre qu'en Amérique. Il meurt à New York au cours d'une de ses tournées.
  • Sydney Smith Haldimand Dickens, dit Sydney (1847-1872), prénommé en hommage à l'écrivain anglais Sydney Smith et à l'ancien gouverneur du Québec Frederick Haldimand, a fait une carrière navale qui, au départ, a réjoui son père. Cependant, il contracte des dettes et fait appel à Dickens qui refuse de l'aider, lui interdit même l'accès à sa maison. Il est mort à bord du Malta au cours d'une mission navale et son corps a été immergé dans l'Océan Indien. D'après Mamie Dickens, son père parlait de lui avec mépris et même horreur[85].
  • Henry Fielding Dickens, dit Harry (1849-1933), prénommé d'après le romancier anglais du XVIIIe siècle Henry Fielding, il a fréquenté l'Université de Cambridge où il a étudié le droit. Il devient ensuite avocat, puis juge et a été anobli en 1922. Il a fait des tournées de lectures publiques des œuvres de son père sur lequel il a publié des ouvrages.
  • Dora Annie Dickens, dite Dora (1850-1851), née alors que Dickens rédige David Copperfield, a reçu en prénom celui de l'épouse du héros, Dora. Enfant malingre, elle décède à huit mois.
  • Edward Bulwer Lytton Dickens, dit Plorn (1852-1902), dernier enfant des Dickens, il a reçu le nom du romancier anglais et ami de Dickens Edward Bulwer-Lytton. Il a rejoint son frère Alfred en Australie à l'âge de seize ans. Il est devenu député au parlement de la Nouvelle-Galles du Sud et n'est jamais retourné dans son pays natal.

Catherine Dickens, après la séparation

Un chant de Noël, page de garde, illustrations de John Leech.

Après sa séparation d'avec son conjoint, bien qu'apparemment brisée par la perte de ses rôles d'épouse et de mère[86], et tenue à l'écart des affaires de sa famille (elle n'a échangé que trois lettres avec Dickens de 1858 à 1870 sur des sujets précis concernant ses enfants), Mrs Dickens continue, d'après les travaux de Lylian Nayder, de s'identifier en tant que « Mrs C. Dickens », ce qu'elle est restée puisque aucun divorce n'a été prononcé, et de parler de Dickens comme de son mari. Elle se tient d'ailleurs au courant de son travail et lit ses nouvelles œuvres que lui adressent les maisons d'édition.

De plus, sa vie reste culturellement et socialement active : elle lit beaucoup, surtout des tragédies, et fréquente les théâtres l'Adelphi, Drury Lane et les concerts, ses passe-temps favoris. Restée proche d'une de ses belles-sœurs, Letitia Austin, la plus jeune sœur de Dickens, elle reçoit sa visite, après que cette dernière a perdu son mari, au 70 Gloucester Crescent, dans le district de Camden où elle réside ; elle est en relation avec certains personnages appartenant au cercle des Dickens, écrivains, artistes et acteurs, en particulier un ami de toujours, le peintre irlandais Daniel Maclise (1806-1870) qui a réalisé plusieurs portraits d'elle, ou encore John Leech, le caricaturiste de Un chant de Noël (1843) et Eleanor Christian, qui collabore au The Englishwoman’s Domestic Magazine. D'après son album de photographies, composé avec des clichés des années 1860, c'est-à-dire alors qu'elle est seule, elle côtoie Tennyson, Thackeray, George Cruikshank, Mrs Harriet Beecher Stowe, Bulwer-Lytton, Wilkie Collins et autres personnalités. Elle a également gardé le contact avec ses anciens domestiques, s'occupant tout particulièrement de Mrs Gale qu'elle recommande pour un poste à l'Adelphi en intercédant auprès de Benjamin Webster, son propriétaire et régisseur[87],[88].

Après le décès de Dickens en 1870, son fils Charley a acheté en:Gad's Hill Place, la maison de campagne familiale depuis 1856, où Catherine a pu librement visiter ses petits-enfants lors des fêtes de Noël, au moins jusqu'en 1879, année où, en raison de problèmes de santé, Charley a dû abandonner le domaine, et au cours de laquelle elle est elle-même décédée[89].

Catherine Hogarth Dickens est, en effet, morte d'un cancer en 1879 et a été enterrée avec sa fille décédée à huit mois, Dora, au Highgate Cemetery (West) de Highgate, au nord de Londres.

Quant à sa sœur Georgina Hogarth, après avoir, avec Mary Dickens et sous la supervision de Wilkie Collins, assuré la publication de la correspondance de Dickens (1833-1870), elle décède en 1917 et est inhumée au Old Mortlake Burial Ground dans le district londonien (London Borough) de Richmond upon Thames[90].

Catherine Dickens dans la culture populaire

  • Catherine Hogarth Dickens a inspiré une pièce de théâtre écrite en 1988 par P. J. et initulée Household Words (a screen play)[91].
  • Un itinéraire touristique intitulé Dickens's Walk inclut la résidence de Catherine Dickens, 70 Glouscester Crescent[92].
  • En juin 2008, Gad's Hill Place a été filmée et présentée par l'acteur Charles Dance dans le documentaire fiction que Channel 4 a consacré à la liaison de Dickens avec Ellen Ternan[93].

Annexes

Bibliographie

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  • (en) Mamie Dickens (Sous la direction de), Georgina Hogarth, The Letters of Charles Dickens from 1833 to 1870, LLC, Kessinger Publishing, 1882 (ISBN 10: 1161415963 et 13: 978-1161415964) .
  • (en) Gilbert Keith Chesterton, Apprecations and Criticisms of the Works of Charles Dickens, Londres, 1911 .
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  • (en) Gladys Storey, Dickens and Daughter, Londres, Muller, 1939 .
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  • (en) Lillian Nayder, The other Dickens: a life of Catherine Hogarth, Ithaca, NY, Cornell University Press, 2010 (ISBN 978-0-8014-4787-7) .

Articles connexes

Liens externes

Autres sources

Notes

  1. Ce nom, Bleak House, a été donné à la maison par ses nouveaux propriétaires après la publication du roman, en hommage à l'éminent écrivain qui les y avait précédés.
  2. C'est à cette adresse, 48 Doughty Street, que se situe l'un des musées consacrés à Dickens. La famille Dickens y a en effet résidé de 1837 à 1839, et le romancier y a rédigé ses premiers grands ouvrages et reçus nombre d'amis écrivains.
  3. « Maria Chutterbuck » est le nom d'un personnage de femme rejetée dans Used Up, pièce de théâtre produite par Dickens à Rockingham Castle en janvier 1851. Le choix du nom peut paraître prophétique, mais ce ne serait là que pure coïncidence.
  4. Si Mrs Dickens a donné naissance à dix enfants, elle a connu une vingtaine de grossesses dont la moitié s'est mal terminée.
  5. Après sa rupture avec Bradbury et Evans, consécutive au refus de cette maison d'édition de publier ses tentatives de justification conjugale, Dickens se brouille avec Frederick Mullet Evans, au point que lorsque son fils Charles épouse la fille de son ancien ami, il refuse d'assister à la cérémonie.
  6. Ellen Lawless Ternan (3 mars 1839-25 avril 1914), également connue sous le nom de Nelly Ternan ou Nelly Robinson.
  7. Cette loi sur les effets matrimoniaux (Matrimonial Causes Act) permet aux femmes de demander le divorce dans certains cas bien précis. Ainsi, s'il suffit que l'homme prouve l'infidélité de son épouse, une femme doit prouver que son mari a commis non seulement un adultère, mais aussi un acte d'inceste, de bigamie, de cruauté ou de désertion.
  8. Cette maison, qui a inspiré Dickens pour la résidence de Mr Jarndyce dans Bleak House a, suite à la publication du roman, été baptisée « Bleak House » par ses nouveaux propriétaires.
  9. Hôtel particulièrement prisé de Dickens, qui a écrit à son sujet : « Nous avons un excellent hôtel - merveilleux bains, chauds, froids, avec douche - baignoires de première classe - et de tout aussi bons bouchers, boulangers et épiciers, de quoi réjouir le cœur » (« We have an excellent hotel — capital baths, warm, cold, and shower — first-rate bathing-machines — and as good butchers, bakers, and grocers, as heart could desire »)

Références

  1. Charles Dickens: An Exhibition to Commemorate the Centenary of His Death, Londres, Victorian and Albert Museum, 1970, No. 4. Voir : Victorian Web.com, consulté le 16 octobre 2011.
  2. FamilySearch™ International Genealogical Index : Batch Number: T990172, consulté le 16 octobre 2011.
  3. Arbre généalogique de la famille. Consulté le 22 octobre 2011.
  4. Chronologie de Charles Dickens. Consulté le 16 octobre 2011.
  5. Dickens Mamie Dickens (Sous la direction de), Hogarth Georgina Hogarth 1882, p. 776, publié en complément de la biographie de John Forster.
  6. Michael Slater 1983, p. 159-160.
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  8. Claire Tomalin 1991, p. 352.
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  12. Historique du journal sur British Newspapers. Consulté le 12 octobre 2011
  13. Nicholas Clark, Université d'Otago, Mary Hogarth and The Battle of Life Dilemma: Fidelity in a Dickensian Christmas Book. Consulté le 18 octobre 2011.
  14. a, b et c (en) Dinah Birch, Young, Pleasant, Cheerful, Tidy, Bustling, Quiet, The Other Dickens: A Life of Catherine Hogarth by Lillian Nayder, vol. 33, n° 3, Londres, London Review of Books .
  15. a et b Paragraphe adapté de Mariage de Catherine Hogarth. Consulté le 3 novembre 2011.
  16. James Benson et Robert H. Hiscock 1976, p. 112.
  17. Mariage de Catherine Hogarth. Consulté le 12 novembre 2011.
  18. a et b The Marriage of Charles Dickens. Consulté le 18 octobre 2011.
  19. CHARLES DICKENS AND MISS BETSEY TROTWOOD sur Dickens House Museum. Consulté le 19 octobre 2011.
  20. Guide pour Nicholas Nickleby par Michael J. Cummings. Consulté le 15 novembre 2011.
  21. Jane Smiley 2002, p. 224.
  22. Charles Dickens. Consulté le 18 octobre 2011.
  23. The Marriage of Charles Dickens. Consulté le 18 octobre 2011.
  24. (en) Paul Schlicke, The Dickens Quarterly, 2007, « Review of Dinner for Dickens by Susan M. Rossi-Wilcox » .
  25. (en) Maria Clutterbuck, Catherine Thompson Dickens, What Shall We Have for Dinner? Satisfactorily Answered by Numerous Bills of Fare for from Two to Eighteen Persons, Londres, Kessinger Publishing, 2010 (ISBN 1161838163 et 13: 978-1161838169) .
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  36. a, b et c Philip V. Allingham, Mary Scott Hogarth, 1820-1837: Dickens's Beloved Sister-in-Law and Inspiration.
  37. Mary Hogarth sur 'The Victorian Web'. Consulté le 9 novembre 2011.
  38. Charles Dickens, Lettre à John Forster du 29 janvier 1842, cité par Peter Ackroyd 1990, p. 346 et Michael Slater 1999, p. 101.
  39. L'actuel Musée Charles Dickens
  40. Catherine Thompson Hogarth Dickens. Consulté le 11 novembre 2011.
  41. Frederick Mullet Evans, Letters, Bradbury & Evans, p. 236.
  42. Charles Dickens : famille et amis sur La page de David Perdue. Consulté le 8 novembre 2011.
  43. Lettre de Dickens à John Forster. Consulté le 2 novembre 2011.
  44. W. C. Desmond Pacey, American Literature, vol. 16, n° 4, Duke University Press, janvier 1945, p. 332-339.
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  46. George Washington Putnam (1812-1896), « Account of the 1842 American visit: Four Months with Charles Dickens », Atlantic Monthly, octobre 1870.
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  51. Le Canadien, 30 mai 1842, p. 2.
  52. Quebec Mercury, 28 mai 1842, p. 2.
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  82. Mamie Dickens, My Father as I Recall Him, Dutton & Co., 1897.
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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Catherine Dickens de Wikipédia en français (auteurs)

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