Affaire du col Dyatlov


Affaire du col Dyatlov
La tente telle qu'elle a été trouvée le 26 février 1959

L'affaire du col Dyatlov se solda par la mort de neuf skieurs/randonneurs dans le nord de l'Oural (Russie), dans la nuit du 1er au 2 février 1959. Il a lieu sur le côté est du mont Kholat Syakhl (Холат Сяхл, nom mansi signifiant Montagne des Morts). Le col de montagne où se déroula l'affaire a depuis été renommé Col Dyatlov (Перевал Дятлова) d'après le nom du chef du groupe, Igor Dyatlov (Игорь Дятлов). Le manque de témoins oculaires inspire beaucoup de spéculation. Des enquêteurs soviétiques déterminèrent uniquement qu'"une force irrésistible inconnue" a causé la mort de ces personnes. L'accès à la région fut interdite pour les skieurs et autres aventuriers jusqu'à trois ans après l'affaire[1]. La chronologie des évènements reste incertaine dû au manque de survivants[2],[3].

Les enquêteurs ont déterminé que les randonneurs ont arraché leur tente depuis l'intérieur, sortant nu-pieds dans la neige. Leurs corps ne montraient pas de signes de lutte, mais deux victimes présentaient des crânes fracturés, deux des côtes cassées, et il manquait la langue de l'une d'entre elles[2]. Selon certaines sources, les habits de quatre des victimes contenaient des niveaux élevés de radiations. Il n'en est pas mention dans la documentation contemporaine, et n'apparaît que dans des documents postérieurs[2].

Sommaire

Contexte

Iouri Ioudine embrasse Lyudmila Doubinina en partant. Igor Dyatlov les observe, souriant

Un groupe est formé pour une randonnée/ski de fond à travers le nord de l'Oural dans l'oblast de Sverdlovsk. Le groupe, mené par Igor Dyatlov, consiste de huit hommes et deux femmes, la plupart étudiants ou diplômés de l'Institut polytechnique de l'Oural (aujourd'hui l'Université technique d'état de l'Oural) :

  • Igor Alekséïevitch Dyatlov (Игорь Алексеевич Дятлов), né le 13 janvier 1936
  • Zinaïda Alekséïevna Kolmogorova (Зинаида Алексеевна Колмогорова), née le 12 janvier 1937
  • Lyudmila Aleksandrovna Doubinina (Людмила Александровна Дубинина), née le 12 mai 1938
  • Alexandre Serguéïevitch Kolevatov (Александр Сергеевич Колеватов), né le 16 novembre 1934
  • Roustem Vladimirovitch Slobodine (Рустем Владимирович Слободин), né le 11 janvier 1936
  • Georgy "Iouri" Alekséïevitch Krivonistchenko (Георгий "Юрий" Алексеевич Кривонищенко), né le 7 février 1935
  • Iouri Nikolaïevitch Dorochenko (Юрий Николаевич Дорошенко), né le 12 janvier 1938
  • Nikolaï Vassiliévitch/Vladimirovitch Thibeaux-Brignolle (Николай [Васильевич/Владимирович] Тибо-Бриньоль), né le 5 juin 1935
  • Alexandre "Semen" Aleksandrovitch Zolotarev (Александр "Семен" Александрович Золотарёв), né en 1921
  • Iouri Efimovitch Ioudine (Юрий Ефимович Юдин), né en 1937

Le but de l'expédition était d'atteindre Otorten, une montagne à dix kilomètres au nord du lieu de l'affaire. Cette route, à cette période de l'année, était estimée être "Catégorie III", la plus difficile. Tous les membres du groupe sont expérimentés en matière de longues expéditions de ski de fond et alpin.

Le 25 janvier, ils arrivent en train à Ivdel, une ville au centre de l'oblast de Sverdlovsk. Ils prennent un camion jusqu'à Vizhaï, le dernier village du nord de l'oblast. Ils commencent à marcher en direction d'Otorten le 27 janvier. Le jour suivant, l'un des membres du groupe, Iouri Ioudine, dut renoncer à continuer l'expédition pour cause de maladie[2]. Le groupe compte donc neuf personnes.

Les journaux et appareils photo trouvés à leur dernier camp rendent possible de tracer la route qu'ils prirent dans les jours précédant l'affaire. Le 31 janvier, le groupe atteint une région de hautes terres et commence à se préparer pour la montée. Ils déposent des vivres excédentaires et des équipements dans une vallée boisée pour le voyage de retour. Le jour suivant, le 1er février, les randonneurs commencent à traverser le col. Ils pensent probablement camper la nuit suivante de l'autre côté, mais à cause des conditions météorologiques qui se détériorent, les blizzards et la visibilité diminuée, ils s'égarent et dévient vers l'ouest, vers le sommet du Kholat Syakhl. En se rendant compte de leur erreur, ils décident de s'arrêter et camper sur le flanc de la montagne.

Les recherches

En montant la tente, vers 17h le 2 février

Ils s'étaient mis d'accord pour que Dyatlov fasse envoyer un télégramme à leur club sportif dès leur retour à Vizhaï, au plus tard le 12 février. Cette date atteinte et aucun message reçu, il n'y eut aucune réaction parce qu'un délai de quelques jours était courant pour ce type d'expédition. Ce n'est qu'après que les familles des randonneurs la réclament que le président de l'institut polytechnique organise une équipe de secours (d'étudiants et professeurs) le 20 février[2]. L'armée et la police les rejoindra plus tard, et des avions et hélicoptères seront utilisés dans l'opération.

Le 26 février, l'équipe de secours trouve le camp abandonné sur le mont Kholat Syakhl. La tente est gravement endommagée. Ils suivent des empreintes de pas qui mènent à la lisière d'un bois proche (de l'autre côté du col, à 1,5 km au nord-est), mais après 500 mètres les traces sont couvertes par la neige. A la lisière de ce bois, sous un grand pin, l'équipe de secours trouve les restes d'un feu de camp et les deux premiers corps : ceux de Krivonistchenko et Dorochenko, déchaussés et portant uniquement leurs sous-vêtements. Entre le pin et le camp ils trouvent trois corps (ceux de Dyatlov, Kolmogorova et Slobodine). Selon la position des corps, il paraît qu'ils étaient en train d'essayer de regagner le camp au moment de leur mort[2]. Ils sont trouvés séparément à 300, 480 et 630 mètres du pin, respectivement.

Les recherches pour les quatre corps restants prennent plus de deux mois. Ils sont finalement trouvés le 4 mai sous 4 mètres de neige, dans un ravin de la vallée d'un ruisseau, plus à l'intérieur du bois.

Enquête

Une première enquête commence immédiatement après la découverte des cinq premiers corps. Un examen médical ne trouve pas de blessures pouvant causer la mort ; la conclusion est donc qu'ils sont tous morts d'hypothermie. Une personne présente une petite fêlure sur le crâne qui n'est probablement pas une blessure mortelle.

L'examen des quatre corps trouvés en mai changent la donne. Trois présentent des blessures mortelles : le corps de Thibeaux-Brignolle présente de graves blessures au crâne, et ceux de Doubinina et Zolotarev des côtes fracturées. Selon le Dr Boris Vozrozhdenny, une très grande force est nécessaire pour infliger de tels dégâts, et la compare à celle d'un accident de voiture. Les corps ne présentent pas de blessures externes, comme s'ils sont morts d'une très haute pression. Il manquait la langue au corps d'une des femmes[1]. Certains pensent d'abord que les autochtones mansi peuvent avoir attaqué et tué le groupe car ils sont entrés dans leur territoire, mais l'enquête trouve que la manière dans laquelle ils sont morts ne soutient pas cette hypothèse. Les seules empreintes de pas sont celles des randonneurs, et il n'y a aucun signe de lutte rapprochée[1].

La température est très basse (environ -25° à -30°C) et une tempête sévit, mais les morts ne sont que partiellement habillés. Certains ne portent qu'une chaussure, et d'autres pas de chaussures du tout, ou seulement des chaussettes[1]. Certains portent des morceaux de vêtements qui paraissent avoir été coupés des habits de ceux qui sont déjà morts. Toutefois, jusqu'à un quart des décès par hypothermie sont associés à des périodes de "déshabillement paradoxal"[4], qui a typiquement lieu pendant une hypotherme moyenne à sévère, quand la personne devient désorientée et agressive. Les victimes peuvent commencer à se débarrasser de leurs habits, ce qui accélère la progression de l'hypothermie.

Les journalistes parlant des parties de l'enquête qui ont été rendues publiques révèlent que :

  • Six des membres du groupe sont morts d'hypothermie et trois de blessures mortelles.
  • Il n'y a aucune raison de penser qu'il y avait d'autres personnes présentes sur le Kholat Syakhl ou dans les environs.
  • La tente a été arrachée depuis l'intérieur.
  • Les victimes sont mortes six à huit heures après leur dernier repas.
  • Les empreintes de pas montrent que tous les membres du groupe sont partis à pied de leur plein gré.
  • Le Dr Boris Vozrozhdenny déclare que les blessures mortelles sur trois des corps ne peuvent avoir été causées par un autre humain, "parce que la force des coups était trop grande et les parties charnues n'ont pas été endommagées"[1].
  • Les tests médico-légaux de radiation montrent de hautes doses de contamination radioactive sur les vêtements de certaines des victimes[1].

Ils arrivent à la conclusion que les membres du groupe sont tous morts d'"une force irrésistible inconnue". L'enquête est officiellement fermée en mai 1959 dû à "l'absence de partie coupable". Les documents sont envoyés à un archive secret, et des photocopies ne sont rendues publiques que dans les années 1990 (certaines parties sont manquantes)[1].

Controverses autour de l'enquête

Certains disent que des indices ont été manquées ou ignorées par les enquêteurs[2],[3] :

  • Après les funérailles, les parents des morts disent que la peau des victimes était d'une étrange couleur brune[1].
  • Dans une entrevue privée, l'un des anciens enquêteurs dit que son dosimètre avait montré des niveaux de radiation élevées sur le Kholat Syakhl, et que cela explique la radiation trouvée sur les corps. Toutefois, la source de la contamination n'a pas été découverte.
  • Un autre groupe de randonneurs situés à environ 50 kilomètres au sud de la montagne dit qu'ils ont vu d'étranges sphères oranges dans le ciel au nord (vraisemblablement en direction du Kholat Syakhl) la nuit de l'affaire[1]. Des "sphères" similaires sont continuellement observées à Ivdel et ses environs de février à mars 1959, par plusieurs témoins indépendants (y inclus le service météorologique et les forces armées)[1].
  • Certains rapports suggèrent qu'il y avait beaucoup de ferraille dans la région, menant à la spéculation concernant l'usage militaire clandestin de la région, et qu'on aurait dissimulé cette activité[1].

Retombées

En 1967, l'écrivain et journaliste Iouri Iarovoï, de Sverdlovsk, publie un roman inspiré de l'affaire, "De la plus grande complexité" (""Высшей категории трудности")[5]. Iarovoï est impliqué dans les recherches pour le groupe de Dyatlov et dans l'enquête en tant que photographe officiel des recherches et le début de l'enquête, donc il connaissait bien l'affaire. Il écrit le livre pendant la période soviétique, quand les détails de l'accident sont maintenus secrets, et il évite de révéler ce qui n'est pas dans l'explication officielle ou déjà bien connu. Le livre idéalise l'affaire, qui finit de manière bien plus optimiste que ce qui est réellement passé : seulement le chef du groupe est trouvé mort. Les collègues de Iarovoï disent qu'il avait des versions alternatives du roman, et que deux ont été refusées à cause de la censure. Depuis la mort de Iarovoï en 1980, tous ses archives, y inclus ses photos, journaux et manuscrits, sont introuvables.

Certains détails de l'affaire sont rendues publiques en 1990 dû à des publications et discussions dans la presse régionale de Sverdlovsk. L'un des premiers auteurs est le journaliste Anatoly Gouschine. Il dit que la police lui a permis de lire les documents originaux de l'enquête et utiliser ces sources dans ses publications. Il note qu'un certain nombre de pages sont exclues des documents, ainsi qu'une "enveloppe" mystérieuse mentionnée dans la liste des éléments de l'enquête. A la même époque, des photocopies de certains des documents commencent à circuler parmi d'autres enquêteurs officieux.

Gouschine résume ce qu'il trouve dans son livre "Le prix des secrets d'état est neuf vies" ("Цена гостайны - девять жизней")[3]. Certains le critiquent dû au fait qu'il s'y concentre sur la théorie spéculative d'une "expérience soviétique d'une arme secrète", mais la publication de l'œuvre suscite une discussion publique, stimulée par la fascination du paranormal. Beaucoup de ceux qui sont restés silencieux pendant 30 ans commencent alors à parler de nouveaux détails de l'affaire. L'un d'eux est un policier à la retraite, Lev Ivanov, qui mena l'enquête officielle en 1959. En 1990 il publie un article[6], et dit que l'équipe de l'enquête n'avait aucune explication rationnelle pour l'accident. Il dit également qu'il reçut des ordres directes de la haute administration pour arrêter l'enquête et maintenir les éléments secrets, et ce, après qu'il a dit que l'équipe avait vu des "sphères volantes". Ivanov croit personnellement en une explication paranormale : plus spécifiquement, les ovnis.

En l'an 2000, une chaîne de télévision régionale produit le documentaire "Le mystère du col Dyatlov" ("Тайна Перевала Дятлова"). Avec l'aide de l'équipe de tournage, une écrivaine de Iekaterinbourg, Anna Matveyeva, publie la nouvelle fiction/documentaire du même nom[2]. Une grande partie du livre inclut des citations de l'enquête d'origine, les journaux des victimes, des entrevues avec des membres de l'équipe qui chercha les randonneurs, et d'autres documentaires collectés par les réalisateurs du film. Le livre est narré du point de vue d'une femme moderne (l'alter ego de l'auteure) qui tente de résoudre le mystère.

Malgré la présence de la narration fictive, le livre de Matveyeva reste la plus grande source de documents sur l'affaire jamais rendue publique. Les pages des rapports d'enquête (dans la forme de photocopies et transcriptions) sont également graduellement mis en ligne sur un forum web[7].

La Fondation Dyatlov est fondée à Iekaterinbourg avec l'aide de l'Université technique d'état de l'Oural, avec Iouri Kountsevitch (Юрий Кунцевич) à sa tête. Le but de la fondation est de convaincre l'administration russe à rouvrir l'enquête sur l'affaire, et de faire éterniser les noms des randonneurs morts sur la montagne.

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article en anglais intitulé « Dyatlov Pass incident » (voir la liste des auteurs)

(ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article en russe intitulé « Гибель тургруппы Дятлова » (voir la liste des auteurs)

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (en) Osadtchouk, Svetlana ; "Mysterious Deaths of 9 Skiers Still Unresolved" ; St. Petersburg Times ; 19 février 2008
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (ru) Матвеева, Анна ; "Перевал Дятлова" ; "Урал" N12-2000 ; Екатеринбург (Matveyeva, Anna ; "Le col Dyatlov" ; "Oural" #12-2000 ; Iekaterinbourg)
  3. a, b et c (ru) Гущин, Анатолий ; "Цена гостайны - девять жизней" ; изд-во "Уральский рабочий" ; Свердловск ; 1990 (Gouschine, Anatoly ; "Le prix des secrets d'état est neuf vies" ; Izdatelstvo "Uralskyi Rabochyi" ; Sverdlovsk ; 1990)
  4. (en) ncbi.nlm.nih.gov
  5. (ru) Яровой, Юрий ; Высшей категории трудности ; Средне-Уральское Кн.Изд-во ; Свердловск ; 1967 (Iarovoï, Iouri ; De la plus grande complexité ; Sredneuralskoye knizhnoye izdatelstvo ; Sverdlovsk ; 1967)
  6. (ru) Иванов, Лев ; Тайна огненных шаров ; "Ленинский путь" ; Кустанай, 22-24 ноября 1990 г. (Ivanov, Lev ; Enigme des boules de feu ; "Leninskyi Put'" ; Koustanaï ; 22-24 novembre 1990)
  7. (ru) Forum sur l'affaire du col Dyatlov

Liens externes


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