Walter Sickert


Walter Sickert

Walter Sickert

Walter Sickert
Walter Sickert photographié en 1911
Walter Sickert photographié en 1911
Nom de naissance Walter Richard Sickert
Naissance 31 mai 1860
Allemagne Munich, en Allemagne
Décès 22 janvier 1942
Royaume-Uni Bath, dans le Somerset, en Angleterre
Nationalité Angleterre Anglais
Maître James McNeill Whistler
Mouvement artistique Post-impressionnisme
Expressionisme
Mécènes Lord Beaverbrook
Influencé par Edgar Degas

Walter Richard Sickert, né le 31 mai 1860 à Munich en Allemagne et décédé 22 janvier 1942 à Bath dans le Somerset en Angleterre, était un peintre post-impressionniste anglais. Sickert fut un artiste excentrique qui privilégia les sujets et les scènes populaires dans ses peintures.

Sommaire

Vie et œuvres

Son père, Oswald, était allemand et danois, et sa mère, Eleanor, était la fille illégitime de l'astronome Richard Sheepshanks. Jeune, Walter fut envoyé à la King's College School de Wimbledon, où il fit ses études jusqu'à l'âge de 18 ans. Tout en étant fils et petit-fils de peintre, il commença d'abord une carrière d'acteur et fit quelques apparitions dans la compagnie de Sir Henry Irving avant de s'initier à l'art comme assistant de James McNeill Whistler. Plus tard, il vint à Paris et rencontra Edgar Degas, dont les innovations sur la composition de l'espace pictural et le style graphique auront une forte influence sur son œuvre.

Il développa sa vision personnelle de l'impressionnisme, favorisant des coloris sombres donnant des effet saisissants et surnaturels. Suivant les conseils de Degas, Sickert peint en atelier, travaillant de mémoire et d'après des croquis comme pour échapper à la « tyrannie de la nature ».[1] Les premières oeuvres de Sickert furent des évocations de scènes de music-halls de Londres, souvent dépeintes d'un point de vue complexe et ambigu. Ainsi, les relations spatiales entre l'orchestre, le public et l'artiste deviennent confuses, de même que les gestes des figures dans l'espace ou se reflétant dans un miroir. Les gestuelles isolées des chanteurs et acteurs ne semblent se tendre vers personne en particulier, et les membres du public sont portraiturés s'étirant et contemplant des choses non visibles dans l'espace pictural. Ces thèmes de confusion et d'incommunicabilité deviendront un trait caractéristique de sa peinture. Sickert s'est aussi concentré sur les motifs de papier peint dans ses tableaux, créant des arabesques décoratives abstraites, aplanissant l'espace tri-dimensionnel. Ses peintures, comme celles de Degas représentant des danseuses et artistes de café-concert, font la connexion entre l'artificialité de l'art en lui-même et les conventions de la performance théâtrale et le décor peint. Plusieurs de ses oeuvres furent exposées au New English Art Club, un groupe d'artistes influencés par le réalisme français dont Sickert fut associé. À cette époque, Sickert passe la plupart de son temps en France et surtout à Dieppe où sa maîtresse et son fils illégitime vivaient.

Juste avant la première guerre mondiale, il soutint des artistes d'avant-garde Lucien Pissarro, Jacob Epstein, Augustus John et Wyndham Lewis. À la même époque il fonda, avec d'autres artistes, le Camden Town Group des peintres britanniques, nommé d'après le quartier de Londres où il vivait. Ce groupe se réunissait de manière informelle dès 1905, mais fut officiellement établi en 1911. Le groupe était influencé par le post-impressionnisme et l'expressionnisme mais se concentrait sur des scènes de la vie urbaine ; Sickert lui-même disait préférer la cuisine au salon comme décor pour ses peintures .[2] Sickert va régulièrement faire le portrait de figures situées dans la frontière entre la respectabilité et la pauvreté.

En 1907, Sickert s'intéresse au « meurtre de Camden Town », l'assassinat d'une prostituée. Il peint plusieurs versions d'une scène dans laquelle un homme costaud se tient assis dans une pose désespérée sur un lit, une femme nue est étendue à ses côtés. Certaine fois il exposait ce tableau sous le titre "What shall we do for the rent?" (Qu'est ce que nous devons faire pour payer le loyer) (impliquant que l'homme s'est redressé ayant peur de ne pas payer ses dettes tandis que sa femme dort ), d'autres fois comme « le meurtre de Camden Town » (impliquant que l'homme vient juste de tuer la femme a ses côtés). Ce jeu sur les interprétations multiples de la même scène était le développement d'un genre pictural intitulé "image problématique". Cette œuvre et d'autres furent peintes en impasto et dans des tonalités restreintes et proches. Plusieurs nus obèses furent peints à cette époque, dans lequel la chair des figures s'associait à l'épaisseur de la touche, dispositif qui plus tard sera repris par Lucian Freud.

Son intérêt pour le genre narratif victorien a aussi influencé son oeuvre la mieux connue Ennui, dans lequel un couple dans une pièce minable fixe le vide, montrant l'absence de communication. Dans ses dernières œuvres, Sickert adapta les illustrations d'artistes victoriens comme Georgie Bowers et John Gilbert, sortant les scènes hors de leurs contexte et les peignant comme des affiches où la narration et l'environnement spatial se dissolvent. Il nomma ces peintures ses "échos".[3] Dans les années trente, Sickert fait des peintures copiées sur des photographies, il quadrillait les photos pour pouvoir les agrandir sur la toile, le carroyage restant visible sur les oeuvres terminées, ce qui annonçait pour ses contemporains une preuve du déclin de l'artiste. Ces techniques préfigurent le travail que feront plus tard des peintres comme Chuck Close et Gerhard Richter.

Il est considéré comme un représentant marginal de la transition entre l'impressionnisme et le modernisme et une influence importante du style de l'avant-garde britannique des années vingt.

Un des plus proches amis et soutient de Sickert fut le magnat de la presse Lord Beaverbrook, qui accumula la plus grande collection de peintures de Sickert dans le monde. Cette collection, et la correspondance privée entre le peintre et Beaverbook se trouvent au Beaverbrook Art Gallery à Fredericton, dans le Nouveau-Brunswick au Canada.

Helena Swanwick la sœur du peintre, fut une pacifiste et une féministe active du mouvement des suffragettes.

Sickert et Jack l'éventreur

Récemment le nom de Sickert a été associé à celui de Jack l'éventreur. Le peintre lui-même fut intéressé par les crimes et croyait avoir habité dans le même logement que le serial killer, en se basant sur les dires de sa propriétaire qui suspectait un précédent locataire. Il peignit la chambre de ce logement, la sous-titrant Jack the Ripper's bedroom (la chambre de Jack l'éventreur) figurant un espace sombre, menaçant, presque confus. Le tableau se trouve à la Manchester City Art Gallery. [1]

En 1976, le livre de Stephen Knight Jack the Ripper: The Final Solution prétendait que Sickert avait été forcé de prendre part comme complice aux meurtres de l'éventreur. Ses sources provenaient d'un homme qui déclarait être le fils illégitime du peintre. Cette hypothèse fit partie de la théorie de la conspiration royale (hypothèse selon laquelle un membre de la famille royale fut jack l'éventreur).

Jean Overton Fuller, dans Sickert and the Ripper Crimes (1990), considérait que Sickert était le meurtrier et non un complice. Les opinions de Knight et Fuller ne furent pas acceptées par tous les spécialistes de l'éventreur.

En 2002, l'auteur de roman policier Patricia Cornwell, dans Jack l'éventreur : affaire classée - Portrait d'un tueur, présenta sa théorie de la culpabilité de Sickert. Elle pensait aussi qu'il avait commis ces crimes. Elle basait ses assertions sur des comparaisons d'ADN, l'interprétation des peintures et croquis, et la supposition que Sickert souffrait d'une malformation congénitale du pénis qui, d'après elle, le rendait incapable d'avoir des relations sexuelles, ce qui aurait donné un mobile à ses crimes.

Cornwell acheta 31 peintures de Sickert et, paraît-il, aurait détruit une ou plusieurs de ces toiles en recherchant l'ADN de Sickert, une accusation démentie par Cornwell. Elle analysa nombre d'enveloppes et de timbres dont elle pensait qu'ils contenaient des traces de salives de Sickert, qu'elle comparait avec les enveloppes et timbres des lettres supposées écrites par Jack l'éventreur et envoyées à Scotland Yard. Plusieurs de ces lettres ne contenaient aucune trace d'ADN, ce qui n'est pas surprenant étant donné leurs âges et les conditions de conservation. Elle rapporte que, dans un cas, l'ADN mitochondrial qu'elle suppose appartenant à Sickert ne peut pas être considéré comme différent de l'ADN mitochondrial trouvé dans une des lettres attribuée à Jack l'éventreur.

Les critiques de sa théorie notent que les comparaisons se sont seulement concentrées sur l'ADN mitochondrial, qui, selon l'expert questionné, serait identique pour 1% à 10% de la population. Étant donné le nombre de personnes qui ont manipulé les nombreuses lettres, la possibilité qu'un élément de n'importe quel échantillon mitochondrial d'ADN puisse coïncider à un certain point serait fortement probable. Les critiques notent également que plusieurs, sinon toutes les lettres sont considérées par la plupart des experts en la matière (y compris Scotland Yard) comme des canulars. Même si Sickert avait écrit une ou plusieurs des lettres considérées comme ayant été émises par Jack l'éventreur, ce seul élément ne prouverait pas qu'il soit réellement le tueur.

L'affirmation de Cornwell considérant que Sickert ait eu un pénis déformé a également été contestée. L'artiste est connu pour avoir eu plusieurs épouses et maîtresses, et plusieurs enfants (Knight a aussi établi sa théorie de la conspiration royale à partir de cette supposition). Ceci semblerait infirmer la théorie selon laquelle Sickert ne pouvait pas avoir de relations sexuelles. De plus, le docteur que Sickert a rencontré pour son problème de fistule n'était pas un spécialiste des problèmes génitaux, mais il était plutôt un proctologue. Les fistules peuvent également se développer dans l'anus, fait qui semblerait plus proche de la réalité que les affirmations de Cornwell.

Plus problématique pour la théorie de Cornwell est le fait qu'un certain nombre de lettres de Sickert situent l'artiste en vacances en France pour une durée qui recouvre les dates des meurtres officiels de Jack l'éventreur. Cornwell et ses défenseurs affirment qu'il pourrait avoir voyagé sur un bateau et faire des allers-retour entre les deux pays, mais rien ne prouve qu'il en fut ainsi.

Voir aussi

References

  1. Baron and Shone (1992), p. 57.
  2. Baron and Shone (1992), p. 156.
  3. Morphet et al. (1981), pp. 102-103.

Bibliographie

  • Baron, Wendy; Shone, Richard, et al. (1992). Sickert Paintings. New Haven and London: Yale University Press. ISBN 0-300-05373-8
  • Morphet, Richard, et al. (1981). Late Sickert: Paintings 1927 to 1942. London: Arts Council of Great Britain. ISBN 0-7287-0301-7
  • Shone, Richard; Curtis, Penelope (1988). W R Sickert: Drawings and Paintings 1890-1942. Liverpool: Tate Gallery. ISBN 1-85437-008-1
  • Sitwell, Osbert, editor. A Free House! or the artist as craftsman: Being the Writings of Walter Richard Sickert.

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