Uriel Acosta


Uriel Acosta

Uriel da Costa

Sommaire

Biographie

Gabriel da Costa (1585-1640 ou 1594-1647), natif de Porto, est le fils d'un fervent chrétien, Bento da Costa, et d'une marrane pratiquant secrètement le judaïsme. Lui-même reçoit une éducation chrétienne et étudie le droit canon à l’université de Coimbre, avant de devenir trésorier d’une église collégiale. A 22 ans, selon son propre récit, des doutes relatifs à l’immortalité de l’âme commencent à l’habiter. Ses réflexions l’amènent à lire la Torah et à se convertir au judaïsme. En raison des persécutions espagnoles et portugaises contre les Juifs, il doit alors quitter son pays, avec sa mère et ses frères. Ils s’installent en 1612 à Amsterdam, où les Juifs peuvent librement exercer leur culte. Lors de la conversion, il prend le nom d’Uriel.

Il est rapidement déçu de constater que le judaïsme ressemble peu au « biblisme » qu'il a secrètement cultivé, et en conçoit une vive répugnance pour les traditions rabbiniques, qui lui apparaissent figées dans d'inutiles cérémonials, étrangers à la loi mosaïque. En 1616, il part à Hambourg et y publie Propostas contra a tradiçao, s’élevant contre le Talmud et la culture rabbinique, et refusant de mettre sur un pied d’égalité la parole des hommes (loi orale) et la parole de Dieu (Torah). En réponse, un herem (mesure d’exclusion de la communauté juive) est prononcé contre lui par la congrégation juive de Venise, en 1618. Chassé de Hambourg, il revient à Amsterdam, continuant à professer les mêmes théories. La communauté d’Amsterdam confirme le herem en 1623.

Outre les rites et la loi orale, Uriel da Costa nie également l’immortalité de l’âme, question qui n’a cessé de le hanter. Pour lui, l’âme est aussi périssable que le corps, il n’y a ni vie post mortem, ni jugement. Il dénonce également les espérances et superstitions liées à cette illusion. Il expose ses thèses – en les fondant sur la loi mosaïque – dans Examen de la tradition des Pharisiens, publié en 1624. Offensant la communauté juive, mais aussi les chrétiens, le livre lui vaut d’être arrêté par les autorités de la ville, emprisonné une dizaine de jours et condamné à une amende. Son œuvre est brûlée.

La pensée de da Costa se radicalise encore par la suite. Il en vient à douter de la nature divine, ou au moins révélée de la loi mosaïque, celle-ci étant selon lui trop contraire à la loi naturelle pour procéder de Dieu. Ainsi considère-t-il que toute religion est une invention humaine. Aux rites vides de sens, il préfère une religion basée sur des lois naturelles. Dans le même temps, il tente de se réconcilier avec la communauté juive, pour rompre son isolement, acceptant de faire le singe entre les singes[1]. Il lui est cependant impossible de se plier longtemps à l’orthodoxie. De nouveau convaincu d’hérésie, il est victime d’un second herem en 1633, qui rompt ses fiançailles, et n’accepte pas immédiatement la peine permettant l’annulation de la mesure, à savoir la flagellation. Il s’y soumet sept ans plus tard, pour remédier à la pauvreté et à la solitude. Cependant, il ne supporte pas l’humiliation de la flagellation publique et du cérémonial, à la sortie de la synagogue, qui consiste pour chaque personne présente, à enjamber son corps. Après avoir achevé son autobiographie – Exemplar humanae vitae – il se suicide. Il est souvent considéré comme l'un des précurseurs de Spinoza[2].

Oeuvres

  • Propositions contre la tradition (portugais, Propostas contra a tradição), ca. 1616.
  • Examen des traditions pharisiennes (portugais, Exame das tradições farisaicas), 1623. Parmi les diverses doctrines remises en cause, celle de l'immortalité de l'âme.
  • Exemple d'une vie humaine (Latin, Exemplar humanae vitae), 1640. Il s'agit d'une autobiographie.

Notes et références

  1. Exemplar humanae vitae
  2. cf. Osier J.-P., D'Uriel da Costa à Spinoza, Paris, Berg International, 1983.

Sources

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article :

  • Adler, Jacob, A Life on the Stage: A Memoir, translated and with commentary by Lulla Rosenfeld, Knopf, New York, 1999, ISBN 0-679-41351-0. 200 et. seq.
  • Nadler Steven, Spinoza, Bayard, 2003, p.86-94, spécifiquement consacrées à Da Costa.
  • Bayle Pierre, Le Dictionnaire historique et critique, 1730, article Uriel da Costa. On peut trouver ici une version numérisée
  • The Tragic Life of Uriel Da Costa

Bibliographie

  • Albiac, G., La Synagogue vide, Paris, PUF, 1994.
  • Osier J.-P., D'Uriel da Costa à Spinoza, Paris, Berg International, 1983.
  • Revah, I.S., La religion d'Uriel da Costa, marrane de Porto, in Revue d'histoire des religions, n° 161, 1962, p. 44-76
  • Revah, I.S., Des Marranes à Spinoza, textes réunis par Henry Méchoulan, Pierre-François Moreau et Carsten Lorenz Wilke, Paris, Vrin, 1995.
  • Gebhardt Carl, Die Schriften des Uriel da Costa, Amsterdam, Heidelberg et Londres, 1922.
  • Portail de la culture juive et du judaïsme Portail de la culture juive et du judaïsme
  • Portail de la littérature Portail de la littérature
  • Portail du Portugal Portail du Portugal
  • Portail de la philosophie Portail de la philosophie
  • Portail des religions et croyances Portail des religions et croyances
Ce document provient de « Uriel da Costa ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Uriel Acosta de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Uriel Acosta — Uriel da Costa (latinisiert Uriel Acosta; * Ende 1583 oder Anfang 1584 in Porto; † April 1640 in Amsterdam) war ein Philosoph, Theologiekritiker und Freidenker portugiesisch jüdischer Herkunft. Seine Autobiographie enthält eine der frühesten… …   Deutsch Wikipedia

  • Uriel da Costa — und der junge Spinoza. Darstellung von Samuel Hirszenberg 1901. Uriel da Costa (latinisiert: Uriel Acosta, geboren als und bis 1614 Gabriel da Costa, zeitweise: Adam Romes; * 1585 in Porto; † April 1640 in Amsterdam) war ein Religionsphilosoph,… …   Deutsch Wikipedia

  • Uriel da Costa — (c. 1585 ndash; April 1640) or Uriel Acosta (from the Latin form of his Portuguese surname, Costa , or da Costa ) was a philosopher and skeptic from Portugal.LifeDa Costa was born in Porto with the name Gabriel da Costa. He hailed from a converso …   Wikipedia

  • Uriel — (Suriel), Archang. Nach den Worten des Erzengels Raphael stehen sieben Engel vor dem Throne Gottes (Tob. 12, 15);. ebenso berichtet die Apokalypse wiederholt von sieben Engeln, sowie schon Zacharias 3, 7 und 4, 2. Die Namen von dreien dieser… …   Vollständiges Heiligen-Lexikon

  • Uriel da Costa — (Oporto …   Wikipedia Español

  • Uriel (Vorname) — Uriel ist ein männlicher Vorname. Herkunft und Bedeutung Uriel kommt aus dem Hebräischen hebr. אוּרִיאֵל und bedeutet „Das Licht Gottes“ oder „Mein Licht (uri) ist Gott (el)“. In der christlich jüdischen Tradition wird Uriel als einer der vier… …   Deutsch Wikipedia

  • Acosta — ist der Familienname folgender Personen: Alberto Acosta (Ökonom) (* 1948), ecuadorianischer Wirtschaftswissenschaftler und Politiker Alberto Federico Acosta (* 1966), argentinischer Fußballspieler Alberto Martín Acosta (* 1977), uruguayischer… …   Deutsch Wikipedia

  • Acosta — Acosta, Gabr., portug. Edelmann, 1587 zu Porto geb., stammte aus einem vormals jüdischen Geschlechte, wurde von seinen Eltern katholisch erzogen, blieb aber während seines ganzen Lebens ein verneinender Geist. Zuerst zerfiel er mit dem… …   Herders Conversations-Lexikon

  • Uriel (disambiguation) — Uriel is an archangel from the Old Testament of the Hebrew Bible.The name, or close variants, is also used for: * Uriel Crocker, a Bostonian publisher and philanthropist * Uriel da Costa (sometimes Acosta), a Portuguese philosopher * Uriel… …   Wikipedia

  • Acosta — is a Spanish and Portuguese surname. Originally it was used to refer to a person who lived by the seashore or from the mountains ( encostas ). It comes from the Portuguese da Costa, which in Spanish became de Acosta.Persons*Alberto Acosta (born… …   Wikipedia