Urbanisme, Utopies et réalité


Urbanisme, Utopies et réalité

Urbanisme, Utopies et réalité

Françoise Choay : L'urbanisme en question dans « L'Urbanisme, utopies et réalités », Editions du seuil -Paris- 1965, et Collection Points essais, Editions du Seuil 1979

A travers l'étude d'exemples significatifs, F.Choay compare les théories urbaines depuis le XIXe siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, qui forment les fondements d'une nouvelle science, l'urbanisme.

Ces théories reposent d'abord sur une lecture critique de la ville classique, éclairée par le nouvel ordre économique émergent qu'est le capitalisme et son cortège de mutations sociales et territoriales : l'îlot mono-fonctionnel, le quartier d'affaires, la gare, l'automobile,…
La ville classique apparaît inadaptée.

Cette nouvelle donne inspire techniciens comme artistes d'une vision fantasmatique d'un avenir meilleur dans un territoire idéal ; la ville, support et produit de l'activité humaine, est un fait culturel. Cette conscience révèle le possible de tous les rêves, toutes les utopies, mais fait également apparaître l'imbrication étroite entre projet urbain et projet sociétal.

L'urbanisme est-il la science des établissements humains ? Est-elle une science exacte ? Francoise Choay montre la nature théorique des premières visions de l'urbanisme : l'inexactitude de l'analyse répandue de la ville classique désordonnée qui évacue la question du changement d'ordre, les divergences et controverses qui apparaissent dès les théoriciens primitifs et qui concernent autant le projet social que sa mise en forme spatiale. Ces travaux, ancrés dans l'abstraction du raisonnement politique n'engendrent que des modèles utopiques, sans existence réelle, et des projets de société, évacuant la question de la forme. Cela seul ne saurait fonder une science.

Dès ces penseurs primitifs, l'auteur détermine deux grands courants de pensée, persistants dans la seconde phase de « l'urbanisme », que s'approprient les spécialistes en le dépolitisant :

- l'urbanisme progressiste (Charles Fourier, Robert Owen, puis Le Corbusier) : universaliste, il ambitionne d'améliorer l'homme ; la science doit promouvoir le bien-être individuel. L'analyse fonctionnelle structure le modèle en unité auto-suffisantes juxtaposables, composées sur un mode symbolique ; le logement en est le centre. Mais il souffre d'un manque de lisibilité ; en imposant un cadre spatial nouveau sous-tendu de l'idée du rendement, il flirte avec l'autoritarisme ; enfin, il explore peu les possibilités techniques qui le fondait : l'urbanisme de science-fiction est resté imaginaire ;

- l'urbanisme culturaliste (William Morris, Camillo Sitte, Ebenezer Howard) la ville est une totalité culturelle au service du groupement humain ; elle doit créer un climat existentiel propre à développer les besoins de spiritualité du groupe, organisé autour des bâtiments communautaires Ses outils sont l'histoire, l'archéologie, la poésie ; il milite pour la conservation d'une ville polaire, identifiable et distincte de la campagne. Hélas, cet urbanisme se fonde sur la nostalgie et évacue le progrès comme fondateur de l'urbain ; « le mouvement historiciste se ferme à l'histoire ». L'idée de la cité se substitue à la présence de la cité.


L'assise scientifique de l'urbanisme est une illusion persistante: « l'urbanisme» est un champ philosophique où s'affrontent des valeurs pour ou contre la société mécanisée.

Les doutes et les difficultés de l'aménageur subsistent, mais il dispose d'apports théoriques exploitables car contradictoires, d'outils opérationnels (la statistique, la sociologie, l'histoire, la morphologie…) garde-fous de l'imaginaire et des tentations démiurgiques et d'une lecture sensée des opérations effectivement réalisées.

La ville est un objet socialisé qui dialogue avec une société, non avec les spécialistes; c'est l'essence du progrès démocratique. Elle n'est pas réductible à des fonctions vitales, à la reproduction aveugle d'un état existant, ou à un modèle utopique quelconque. La ville est une langue vivante, qui doit être intelligible car une autre voie est possible : la ville « naturaliste » de Frank Lloyd Wright se fonde sur son rejet et se développe aujourd'hui de façon autonome autour de l'individualisme du plaisir et du refus des contraintes ; c'est la problématique actuelle du « péri-urbain anti-urbain » contre les centres anciens paupérisé.

« L'urbanisme » saura-t-il redonner à la « ville », à la communauté humaine, la confiance dont elle est désinvestie ?

Francoise Choay est professeur d'urbanisme, art et architecture aux Universités de Paris I et VIII

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