Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue

Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue

Sommaire

Absolue continuité

Définition —  Soit \scriptstyle\ \nu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A})\ et soit \scriptstyle\ \rho,\tilde{\rho}\ des mesures positives \scriptstyle\ \sigma-finies (resp. réelles, resp. complexes) sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A}).

  • On dit que \scriptstyle\ \rho\ est absolument continue par rapport à \scriptstyle\ \nu\ si pour tout \scriptstyle\ A\in\mathcal{A}\ tel que \scriptstyle\ \nu(A)=0, on a également \scriptstyle\ \rho(A)=0. On note alors
\rho\ll\nu.
  • On dit que \scriptstyle\ \rho\ est portée par \scriptstyle\ E\in\mathcal{A}\ si pour tout \scriptstyle\ A\in\mathcal{A}\ on a
\rho(A)=\rho(A\cap E),\quad\quad\quad ou bien encore \quad\quad\quad\rho(A\backslash E)=0.
  • On dit que \scriptstyle\ \rho\ et \scriptstyle\ \tilde{\rho}\ sont mutuellement étrangères s'il existe \scriptstyle\ E\in\mathcal{A}\ telle que \scriptstyle\ \rho\ soit portée par \scriptstyle\ E\ et \scriptstyle\ \tilde{\rho}\ soit portée par \scriptstyle\ E^c. On note
\rho\perp\tilde{\rho}.

Théorème de Radon-Nikodym

En mathématiques, le théorème de Radon-Nikodym est un résultat de théorie de la mesure, cependant une démonstration faisant intervenir les espaces de Hilbert a été donnée par le mathématicien John von Neumann au début du XXème siècle (voir par exemple Analyse réelle et complexe de Rudin pour de plus amples détails). Il s'énonce de la façon suivante :

Théorème de Radon-Nikodym — Soient \scriptstyle\ \nu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A})\ et \scriptstyle\ \mu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie (resp. réelle, resp. complexe) sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A}). Alors :

(i) Il existe un unique couple de mesures \scriptstyle\ \mu_1\ et \scriptstyle\ \mu_2\ telles que :

  • μ = μ1 + μ2
  • \mu_1 \ll \nu
  • \mu_2 \perp \nu

\scriptstyle\ \mu_1\ et \scriptstyle\ \mu_2\ sont des mesures positives \scriptstyle\ \sigma\ -finies (resp. réelles, resp. complexes).

(ii) Il existe une unique (à égalité \scriptstyle\ \nu-presque partout près) fonction \scriptstyle\ h\ mesurable positive (resp. \scriptstyle\ \nu-intégrable réelle, resp. \scriptstyle\ \nu-intégrable complexe), telle que pour tout \scriptstyle\ A\in \mathcal{A}, on ait

\mu_1(A) = \int_A h\ d\nu = \int_X 1_A\,h\ d\nu.

Densité d'une mesure

Définition —  Soit \scriptstyle\ \nu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A})\ et soit \scriptstyle\ \rho\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie (resp. réelle, resp. complexe) sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A}). On dit que \scriptstyle\ \rho\ possède une densité \scriptstyle\ h\ par rapport à \scriptstyle\ \nu\ si \scriptstyle\ h\ est une fonction mesurable positive (resp. ν-intégrable réelle, resp. ν-intégrable complexe), telle que pour tout \scriptstyle\ A\in\mathcal{A}\ on ait

\rho(A) = \int_A h\ d\nu = \int_X 1_A\,h\ d\nu.

On note

h=\frac{d\rho}{d\nu}.

En conséquence du théorème de Radon-Nikodym, on a la propriété suivante :

Proposition — Soient \scriptstyle\ \nu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A})\ et \scriptstyle\ \mu\ une mesure positive \scriptstyle\ \sigma-finie (resp. réelle, resp. complexe) sur \scriptstyle\ (X,\mathcal{A}). Il y a équivalence entre :

  • \mu \ll \nu,
  • \scriptstyle\ \mu\ possède une densité par rapport à \scriptstyle\ \nu.

Densité de probabilité d'un vecteur aléatoire

Rappel — 

\mathbb{P}(X\in A)= \int_{\mathbb{R}^d}\ 1_A(u)\,f(u)\,du= \int_{A}\ f(u)\,du.
\mathbb{P}_X(A)=\mathbb{P}(X\in A).

Au vu des définitions, le langage probabiliste diffère légèrement du langage de la théorie de la mesure. Il y a équivalence entre les trois assertions :

Le dernier point peut se réécrire, en langage probabiliste,

Critère — Une variable aléatoire \scriptstyle\ Z\ à valeur dans \scriptstyle\ \mathbb{R}^d\ possède une densité de probabilité si et seulement si, pour chaque borélien \scriptstyle\ A\ de \scriptstyle\ \mathbb{R}^d\ dont la mesure de Lebesgue est nulle, on a

\mathbb{P}\left(Z\in A\right)=0.

Ce critère est rarement employé dans la pratique pour démontrer que \scriptstyle\ Z\ possède une densité, mais il est en revanche utile pour démontrer que certaines probabilités sont nulles. Par exemple, si le vecteur aléatoire \scriptstyle\ Z=(X,Y)\ possède une densité, alors

  • \mathbb{P}\left(X=Y\right)=0 ,
  • \mathbb{P}\left(X^2+Y^2=1\right)=0 ,

car la mesure de Lebesgue (autrement dit, l'aire) de la première bissectrice (resp. du cercle unité) est nulle.

Plus généralement, la mesure de Lebesgue du graphe d'une fonction mesurable φ étant nulle, il suit que

  • \mathbb{P}\left(Y=\varphi(X)\right)=0.

De même, il y a de nombreux exemples où, du fait que l'ensemble \scriptstyle\ \left\{(x,y)\in\mathbb{R}^2\,|\,\psi(x,y)=0\right\}\ est de mesure de Lebesgue nulle, on peut conclure que :

  • \mathbb{P}\left(\psi(X,Y)=0\right)=0.


Le critère de Radon-Nikodym peut aussi être utilisé pour démontrer qu'un vecteur aléatoire ne possède pas de densité : par exemple, si

Z=\left(\cos \Theta, \sin \Theta\right),

\scriptstyle\ \Theta\ désigne une variable aléatoire suivant la loi uniforme sur \scriptstyle\ [0,2\pi], alors \scriptstyle\ Z\ ne possède pas de densité car

\mathbb{P}\left(X^2+Y^2=1\right)=1.

Remarque — Dans le cas \scriptstyle\ d=1,\ une variable aléatoire \scriptstyle\ Z\ à valeur dans \scriptstyle\ \mathbb{R}\ possède une densité de probabilité si et seulement si sa fonction de répartition est localement absolument continue.

A voir

Bibliographie

Notes et références


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue de Wikipédia en français (auteurs)

Игры ⚽ Поможем сделать НИР

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Theoreme de Radon-Nikodym-Lebesgue — Théorème de Radon Nikodym Lebesgue Sommaire 1 Absolue continuité 2 Théorème de Radon Nikodym 3 Densité d une mesure 3.1 Densité de probabilité d un ve …   Wikipédia en Français

  • Théorème de radon-nikodym-lebesgue — Sommaire 1 Absolue continuité 2 Théorème de Radon Nikodym 3 Densité d une mesure 3.1 Densité de probabilité d un ve …   Wikipédia en Français

  • Théorème de Radon-Nikodym — Lebesgue Sommaire 1 Absolue continuité 2 Théorème de Radon Nikodym 3 Densité d une mesure 3.1 Densité de probabilité d un ve …   Wikipédia en Français

  • Théorème de Lebesgue — Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom. En mathématiques, plusieurs théorèmes portent, au moins en partie, le nom de Henri Léon Lebesgue : Théorèmes de convergence monotone et dominée de… …   Wikipédia en Français

  • Otto Nikodym — Otto Marcin Nikodým (3 août 1887, Zabolotiv en Ukraine 4 mai 1974, Utica (New York)) était un mathématicien polonais. Il a fait ses études aux universités de Lviv, Varsovie et la Sorbonne. Il a enseigné aux universités de… …   Wikipédia en Français

  • Projet:Mathématiques/Liste des articles de mathématiques — Cette page n est plus mise à jour depuis l arrêt de DumZiBoT. Pour demander sa remise en service, faire une requête sur WP:RBOT Cette page recense les articles relatifs aux mathématiques, qui sont liés aux portails de mathématiques, géométrie ou… …   Wikipédia en Français

  • Liste des articles de mathematiques — Projet:Mathématiques/Liste des articles de mathématiques Cette page recense les articles relatifs aux mathématiques, qui sont liés aux portails de mathématiques, géométrie ou probabilités et statistiques via l un des trois bandeaux suivants  …   Wikipédia en Français

  • Liste de théorèmes — par ordre alphabétique. Pour l établissement de l ordre alphabétique, il a été convenu ce qui suit : Si le nom du théorème comprend des noms de mathématiciens ou de physiciens, on se base sur le premier nom propre cité. Si le nom du théorème …   Wikipédia en Français

  • Divergence De Kullback-Leibler — En théorie des probabilités et en théorie de l information, la divergence de Kullback Leibler[1] [2] (ou divergence K L ou encore Entropie relative) est une mesure de dissimilarité entre deux distributions de probabilités P et Q. Elle doit son… …   Wikipédia en Français

  • Divergence de Kullback-Leibler — En théorie des probabilités et en théorie de l information, la divergence de Kullback Leibler[1], [2] (ou divergence K L ou encore entropie relative) est une mesure de dissimilarité entre deux distributions de probabilités P et Q. Elle doit son… …   Wikipédia en Français

Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”