Test de Rorschach

Test de Rorschach
La première planche parmi les dix du test de Rorschach

Le test de Rorschach ou psychodiagnostic est un outil clinique de l'évaluation psychologique de type projectif élaboré par le psychiatre et psychanalyste Hermann Rorschach en 1921. Il consiste en une série de planches de taches symétriques et qui sont proposées à la libre interprétation de la personne évaluée. Une fois analysées en profondeur, les réponses fournies serviront à évaluer les traits, les lignes de force qui organisent la personnalité du sujet. Le test fait partie d'une procédure, examen clinique, passation[1] de tests, analyse et rapport écrit qui constituent l'examen psychologique et sont effectués par un psychologue clinicien. Il permet d'approfondir un diagnostic psychopathologique notamment sous l'angle structurel. Comme pour les autres branches de la psychopathologie, notamment psychanalytique, l'utilisation de ce test donne lieu à des pratiques et des interprétations très différentes d'un courant à l'autre. Pour les tenants du behaviorisme, le test Rorschach est sans valeur ce qui est cohérent avec leur présupposé épistémologique. Dans les courants psychodynamiques, les méthodes de passations et de lectures peuvent beaucoup varier puisqu'on va des jungiens aux freudiens, etc. Certains psychologues utilisent le test comme support d'une démarche psychothérapeutique et d'autres excluent ceci catégoriquement du fait que les deux temps de cette démarche sont pour eux complémentaires et ne peuvent donc se confondre : diagnostic et traitement.

Encore une fois, avant d'aborder les questions relatives au test de Rorschach, il faut préalablement avoir clarifié le courant de pensée et de pratique dans lequel il est envisagé par tel ou tel psychologue. Il n'est pas possible de parler d'une manière de faire passer le test et de l'interpréter pas plus qu'il n'est possible de parler de "la" psychanalyse comme s'il s'agissait d'une doctrine unifiée une fois pour toutes[2].

Sommaire

Description

Les planches sont au nombre de dix, sept sont monochromatiques et dites « noires » tandis que trois sont polychromatique dites « de couleur ». Cependant, dans les planches noires, il y a deux planches utilisant le rouge. Toutes les planches comportent des nuances, du gris clair au noir, de la couleur vive à la couleur pastel.

Histoire et conception

Origine et contexte scientifique

L'idée d'utiliser l'interprétation que donne un individu à des dessins ambigus pour en déduire des traits de sa personnalité est très ancienne. On la retrouve ainsi dans des textes de peintres comme Léonard de Vinci ou Botticelli[3]. Et au XIXe siècle, de nombreuses illusions d'optique basées sur des images ambiguës telles celle du canard-lapin circulent.

L'utilisation de telles images dans un cadre psychologique donnera naissances à la méthode projective. En France, dès 1895, Alfred Binet suggère que la méthode des taches d'encre peut être utilisée pour l'étude de divers traits psychologiques, et en particulier l'imagination visuelle[4]. Mais ne parvenant à en faire une méthode quantitative susceptible d'être intégrée à une batterie de tests d'intelligence, il renonce à cette idée. Pendant les deux premières décennies du XXe siècle, de nombreux autres travaux utilisant cette méthode seront publiés en Europe mais aussi aux États-Unis et en Russie[5].

L'intérêt d'Hermann Rorschach pour les taches d'encre

En Suisse, à la même époque, un jeu d'enfant dit klecksographie consistait à déposer une goutte d'encre sur une feuille de papier que l'on pliait de façon à obtenir diverses formes d'oiseaux ou de papillons. En 1911, Rorschach recueille avec Konrad Gehring, un ami d'enfance devenu instituteur, les réponses d'enfants et d'adultes face à une série de taches d'encre obtenues de la sorte. Rorschach note alors que certains malades mentaux semblent répondre de façon caractéristique à ce test, et en particulier ceux souffrant de schizophrénie, une maladie récemment identifiée par Eugen Bleuler qui fut aussi le directeur de thèse de H. Rorschach. Mais devant le peu d'écho de cette découverte, H. Rorschach abandonne rapidement ce projet.

Quelques années plus tard, un psychiatre d'origine polonaise Szymon Hens, dans sa thèse de doctorat également sous la direction de E. Bleuler à Zurich, collecte de façon systématique les réponses que donnèrent des centaines de sujets face à des taches d'encres[6],[5]. La présentation de ces résultats incite Rorschach à reprendre ses travaux avec les taches d'encre. Son objectif est alors non pas de s'intéresser au contenu des réponses (comme le firent Hens et ses prédécesseurs) mais aux caractéristiques de ces réponses. Pour cela, il développe un système de codage des réponses inspiré du mouvement de la psychologie de la forme (ou Gestalt).

Dans sa volonté de raffiner son matériel, H. Rorschach élabore une méthode pour créer ces taches d'encre. Dans ses écrits, il reste vague sur le choix de telle ou telle planche. Mais finalement, il aboutit à une série d'une dizaine de planches qu'il exploitera dans ses travaux cliniques. En effet, après quelques années de recherche, ses premiers résultats indiquent que sur la base des réponses à ces taches d'encre, il est notamment possible de distinguer les malades schizophrènes des autres déments.

Encouragé par ses collègues dont Eugen Bleuler, H. Rorschach met alors par écrit sa méthode et cherche un éditeur qui puisse publier son manuscrit accompagné de ses planches. Or, à l'époque, la reproduction d'images en couleur dans un ouvrage imprimé est un procédé très coûteux. H. Rorschach essuiera plusieurs refus. Grâce à l'intervention de son collègue et ami Walter Morgenthaler, l'éditeur médical Ernst Bircher accepte à condition de limiter le nombre de planche à 10 et de réduire leur taille. Le titre initialement proposé par H. Rorschach était Method and Results of a Perceptual-Diagnostic Experiment: Interpretation of Arbitrary Forms mais il finira par opter pour la suggestion de Morgenthaler : Psychodiagnostik. Finalement, malgré quelques défauts dans la reproduction des planches, la première édition de l'ouvrage paraît en septembre 1921. Notons que ces défauts se sont révélés très intéressants pour les planches, des estompages non-voulus et apparus à l'imprimerie ont permis d'ouvrir un champ d'analyse fort intéressant pour les praticiens. L'année suivante Rorschach décède brutalement, à l'âge de 37 ans.

Diffusion du test

Alors qu'à sa publication le livre de Rorschach fut d'abord mal reçu par la profession, le test de Rorschach connut par la suite une célébrité croissante jusqu'à la situation actuelle où subit l'assaut des tests randomisés et indirectement des attaques contre la psychanalyse. Les praticiens du test opérent alors suivant des méthodologies variables, rarement codifiées et dont les interprétations varient d'un testeur à l'autre. Dès les années 1940, les critiques sur le manque de scientificité (quantitative, statistique) se heurtent aux praticiens des méthodes projectives mettent eux en avant l'intérêt du caractère qualitatif du Rorschach dans les diagnostics de structure. Les recherches quantitatives et critiques vinrent jeter un doute sur la validité du test[7],[6]. Et en 1955, lors du XIIe congrès de l'« Association internationale de psychologie appliquée », à Londres, certains membres de la profession jugèrent que les tests projectifs, dont le Rorschach, n'étaient pas valides[8].

Actuellement les pratiques se poursuivent et ont beaucoup évolué ; la méthode d'analyse s'est beaucoup affinée. Les controverses sur les méthodes projectives en recoupent d'autres, celles sur la psychanalyse, sur la valeur de la clinique dans la pratique psychiatrique et surtout les sciences[pas clair] qui ne se réfèrent pas exclusivement aux statistiques pour leur validation[9].

Les Éditions Hogrefe France[10] sont actuellement les distributeurs officiels du Psychodiagnostic de Rorschach en France.

Les sollicitations symboliques des planches

Notons que la tendance à thématiser les planches pour leur analyse n'est pas partagée par tous les auteurs, pour certains ces thématiques ont une valeur incontournable et pour d'autres, seules les réponses idiosyncratiques des examinés peut déterminer un thème ou un autre ce qui laisse le champ plus ouvert pour l'interprétation. C'est ce qui vient du sujet qui importe et pas ce que l'on pourrait incidemment lui suggérer, soit explicitement soit implicitement.

Utilisation en psychologie clinique

Le test de Rorschach, par sa nature même, fait appel à la fois à la sensorialité du sujet et à son inconscient mais surtout à sa capacité projective à partir de son interprétation libre des taches.

Le discours du sujet, ses interprétations, sont ainsi analysées par le clinicien afin de dégager des éléments pertinents quant à l'évaluation du psychisme du sujet : structure psychopathologique: (névrose, psychose, état limite), mécanismes de défense privilégiés, type de relation d'objet, thèmes récurrents...

Le Rorschach est ainsi le plus souvent utilisé comme outil diagnostic avec le TAT (Thematic Apperception Test) dans la démarche de l'examen psychologique qui se conclut par un rapport d'analyses avec conclusion. L'examen psychologique sert au diagnostic, à l'indication d'un traitement : psychothérapie psychanalytique en particulier, ou encore à étayer le travail d'expertises (justice, assurances, etc). L'examiné doit être dûment informé du contexte et de ce à quoi l'examen servira. Utiliser les méthodes projectives dans des contextes imprécis ou pour satisfaire la curiosité des uns ou des autres n'est pas déontologique.

La passation du test

Les dix planches du test de Rorschach

Le psychologue clinicien présente au sujet les dix planches du test, à l'endroit et dans un ordre déterminé (d'abord, une noire, puis 2 bicolores (rouge/noire), 4 noires et enfin les 3 polychromes). Les avis divergent en ce qui concerne la consigne à passer au sujet : l'éventail va du « ne rien dire », à une consigne plus détaillée pour rassurer le patient. Le patient peut appréhender le matériel comme il le souhaite : retourner les planches, les regarder dans la transparence...

Le sujet doit ainsi dire ce qu'il voit dans les taches, sans aucune restriction. Le psychologue clinicien note scrupuleusement les dires du sujet, aussi bien ceux qui concernent les taches proprement dites que les dires en marge, qui constituent une libre association à partir du matériel présenté.

L'enquête

Une fois interprétées toutes les taches, le clinicien représente les planches une par une, afin de déterminer les endroits précis où le sujet a vu les formes qu'il a annoncées lors de la passation. Les localisations sont en effet très importantes pour la cotation du protocole.

C'est en général au moment de l'enquête que le sujet apporte du matériel supplémentaire, étayant, complétant ou rajoutant souvent sur ses propres interprétations.

L'analyse et la cotation du protocole

On appelle protocole l'ensemble des interprétations du sujet, analysées par le clinicien. Celui-ci a, à partir des éléments de l'enquête, la charge de noter en regard de chaque interprétation sa localisation, la teneur de l'interprétation (un chat en planche VII par exemple), les retournements, le temps passé sur chaque planche. On note aussi les temps de latence entre la présentation de la planche et la première réponse, ce qui permet de déceler les chocs émotionnels éventuellement induits par la tache.

L'analyse qualitative et la cotation quantitative s'effectue en dehors de la présence du sujet, une fois l'examen psychologique terminé.

Tous les éléments sont importants pour l'analyse.

  • Les localisations des réponses : des formes peuvent être vues dans des détails des planches ou l'ensemble de la planche peut être interprétée par le sujet. Il existe des statistiques sur l'utilisation des localisations, qui représente la moyenne des passations : une prédilection pour les petits détails ou pour les détails originaux, que peu de personnes voient, se prêtera à l'analyse car ne correspondant pas à la moyenne.

On appelle mode d'appréhension le résultat de la moyenne des localisations. Un mode d'appréhension en détails peut suggérer une isolation de type obsessionnelle ou un morcellement psychotique.

  • Les déterminants : c'est ce qui a déterminé la réponse du sujet. Les déterminants utilisés sont la forme, la couleur, l'estompage (les nuances qui peuvent faire penser à des nuages ou des vagues par exemple) et les kinesthésies. Le terme de kinesthésie recouvre les réponses où le sujet a vu un mouvement, qui peut être sous-tendu par une forme (« ici je vois un bonhomme qui danse ») ou bien perçu vaguement et de manière abstraite (« ça tourbillonne »). On distingue les kinesthésies humaines (où le mouvement appartient à un sujet humain ou parahumain) et les kinesthésies mineures (animales ou abstraites).

Le quotient des déterminants est important pour l'établissement du psychogramme : l'utilisation privilégiée de certains déterminants peut fournir certaines informations. Ainsi, les déterminants de couleur, sont traditionnellement associés à la pulsion.

On distingue les déterminants en fonction de leur pertinence : une forme ou une couleur peut être cotée + ou - selon qu'elle s'appuie ou non sur le réel ("ici, je vois une araignée parce que c'est bleu", en planche X).

  • Les contenus : les taches des planches font l'objet d'un certain consensus au sujet de leur capacité à faire appel à des contenus inconscients. Ainsi, la planche IV est dite planche phallique : sa conformation fait appel à la problématique du phallus et de la castration, à l'image du père. La planche V fait appel à l'image de soi et à l'image du corps. On note donc les contenus amenés par le sujet, ses réponses, et on les met en relation avec le matériel lui-même : une absence totale de réponses à la planche V suggère des difficultés identificatoires, voire une problématique psychotique.

On tente de repérer également les contenus récurrents et certains contenus particuliers sont cotés en faisant appel à l'anatomie, au sang, au sexe.

On note également le nombre de banalités : à certaines planches correspondent des réponses très souvent vues par les sujets (par exemple : chauve-souris à la planche V). L'absence de banalités est à considérer.

  • On note enfin les différents temps, temps de latence et temps total, temps moyen de réponse, ainsi que le nombre de réponses. Un temps de latence long peut indiquer un choc : le sujet réagit à la tache par une sidération, un arrêt du processus de pensée, dû à l'émergence de motions pulsionnelles intenses. Un nombre restreint de réponses peut suggérer un ralentissement de la pensée, un blocage de la capacité fantasmatique, une défense intense. Un nombre très élevé de réponses suggère une fuite des idées, une défaillance du processus secondaire
  • L'analyse du langage utilisé, le type de formulation des phrases, etc. ont une importance primordiale pour l'analyse qualitative[11].

Le résultats des analyses tant qualitative que quantitative (psychogramme) sont à corréler avec celles de l'entretien clinique et il faut noter qu'il est rare de n'utiliser que le seul Rorschach pour procéder à un diagnostic de structure En général, la plupart des psychologues font aussi passer le TAT et, lorsqu'il existe un doute sur le niveau de connaissance, un WAIS, ce dernier tant pour ses données quantitatives brutes (QI) que pour son analyse qualitative.

Le psychogramme

On note sur la feuille de psychogramme les différents chiffres pour les modes d'appréhension, les déterminants et les contenus. On effectue aussi leur moyenne pondérée et on indique leur pourcentage par rapport au total des réponses. Le temps de latence et le temps par réponse est aussi un indicateur important.
Dans l'ouvrage d'origine de Rorschach, on considérait que sur le psychogramme pouvait apparaître :

  • Le type de résonance intime (rapport des déterminants couleur et kinesthésie),
  • L'indice d'angoisse, obtenu en faisant la moyenne sur cent des contenus sang, anatomie, sexe et détail humain (bras, jambe, nez… vu seul).

Ces items ont été depuis passablement discutés et certains ne sont plus du tout retenus dans la technique moderne.

Les critiques

  • Controverse autour de la validité psychométrique du test:
En dépit de son utilisation très répandue, aussi bien en psychologie clinique que le cadre de l'expertise psychologique médico-légale, le test de Rorschach (tout comme la plupart des autres tests projectifs) fait l'objet de nombreuses critiques et controverses. Ces critiques portent notamment sur le fait que les recherches psychométriques échouent à démontrer la validité du test[12]. Ce débat oppose les tenants de l'approche clinique en psychopathologie face aux tenants de la fondée sur la preuve[13].
  • Critique de la "validité interne"
Plusieurs problèmes intrinsèques au test de Rorschach ont été identifiés au cours des années. Dès les années 1950, des critiques se sont élevées contre l'usage de ce test déplorant notamment l'absence de données normatives (statistiques) dans l'ouvrage princeps de Rorschach. Ces critiques ont été réfutées du fait que le livre d 'H.Rorschach n'est plus l'ouvrage de référence actuel - il date de 1929 - mais garde essentiellement une valeur historique. Par ailleurs, les déterminants isolés par Rorschach présentaient un certain nombre de défauts. Par exemple, la valeur du score R (autrement dit, le nombre de réponses à une planche) influence la variance des autres scores du tests. En 1950 des critiques pensaient plus le sujet donnait de réponses, plus il avait des chances qu'une d'elle soit soit assignée à la catégorie diagnostiques psychotique) (Holtzmann et al, 1961) ce qui s'est révélé comme faux puisque ceci peut être soit interprété dans le registre des défenses narcissiques, soit comme un signe hypomaniaque mais en soi, le nombre de réponse n'est en aucun cas patognomonique[14]. Le système de cotation mis au point par John Exner et publié au cours des années 1980 et 1990, le Comprehensive System (CS) a été une d'offrir une méthodologie standardisée plus précise pour la passation, le recueil, l'interprétation et la cotation des réponses. Le système CS présentait ainsi l'avantage d'offrir une meilleure concordance inter-juges que les méthodologies antérieures. De plus, avec ce nouveau système, un grand nombre de données ont pu être collectées de façon à établir des normes statistiques. Mais cette entreprise a elle-même été confrontée à des difficultés : publications de données erronées, changement des méthodes de cotation au fil des ans.[réf. nécessaire] . Les protocoles de cotation, même standardisés comme le CS, sont également critiqué pour leur manque de validité inter-culturelle : les résultats obtenus sont aussi influencés par la culture d'origine des individus testés. Ainsi, au moins deux études tendent à montrer que des populations telles que les indiens d'Alaska ou les noirs urbains d'Amérique présentaient des caractéristiques très déviantes de la norme du protocole (Krall et al, 1983; Glass et al, 1996). Ce débat traverse l'ensemble de la psychopathologie où la question est de savoir si l'on est assigné à sa culture d'origine où si, dans toute culture d'origine, il existe des troubles psychiatriques et que ceux-ci sont de catégorie universelle.
  • Critique de la "validité externe"
La conception du test se fit relativement rapidement (entre 1917 et 1921) et Rorschach est décédé en avril 1922, moins d'un an après la première publication du Psychodiagnostik. Malgré la brièveté de son développement, Rorschach voyait dans son test un outil promis à un riche avenir dans le diagnostic des pathologies mentales. Or malgré un usage intensif par les psychologues cliniciens, le test de Rorschach, même analysé selon la méthode CS, n'a pas fait l'objet d'évaluations systématique permettant de le comparer à d'autres outils diagnostiques validés[15]. Cette lacune rend difficile l'interprétation des différents scores obtenus. La norme CS a aussi été critiquée pour son manque de spécificité : elle donne lieu à un grand nombre de faux-positifs en diagnostiquant des individus sains comme déviants avec tout ce que ces deux catégories comportent de discutables (Lilienfeld et al, 2000 ; Shaffer et al, 1999). Malgré près de 70 ans de tentatives, et de nombreuses versions du protocole d'interprétation du test de Rorschach, il apparaît très clairement que ni la validité, ni la cohérence des mesures du test n'ont été prouvées par des procédures psychométriques (quantitatives) (Wood et al, 1999, 2000; Eysenck, 1959). Une seule tentative a été couronnée d'un modeste succès dans les années 1970, par Holley (1973) et à titre exploratoire seulement, grâce à une étude utilisant une analyse de type Q (qui se focalise sur la cohérence des cas, plutôt que sur celle des questions). Le test de Rorschach continue d'être pratiqué par de nombreux psychologues cliniciens, certains y voyant un moyen précieux et irremplaçable de recueillir des informations riches et diverses du patient qui font appel à sa subjectivité et à celle du clinicien (Kline, 1983; 2000).

Publication des planches

Selon certains praticiens, il est nécessaire que les patients n'aient jamais vu les planches du test avant d'y être soumis ; pour cette raison, les éditeurs du test et les praticiens ont longtemps tenté de garder ces planches confidentielles. Pour d'autres, ceci est complètement égal du moment qu'il n'est pas possible de masquer durablement des réponses dans le but d'induire le clinicien en erreur, tout au plus ceci peut être vu comme pathognomonique d'une défense perverse de la relation[16]. Dans la mesure où le Rorschach et toute la procédure qui la précède: examen clinique et celle qui la suit: analyse des réponses, cotation, psychogramme, confrontation avec les données de l'autre test (TAT) et le rapport qui synthétise le tout, portent sur la nature des déterminants profonds de la personnalité. On ne voit dès lors pas comment ceux-ci pourraient être "manipulés" par l'examiné puisque ses réponses ne peuvent - et par définition - qu'être subjective et à ce titre révéler ses lignes de forces défensives, en un mot son type d'organisation de personnalité. Les planches étant dans le domaine public[17], elles ont néanmoins été largement diffusées. En particulier, la publication sur la version anglophone de l'encyclopédie Wikipédia en juin 2009 des dix planches originales, accompagnées de certains commentaires d'interprétation, a provoqué une controverse sur la validité future du test dans l'éventualité où un individu aurait pu s'y préparer en consultant la page wikipédia[18],[19].

Annexes

Bibliographie

En français

En anglais

  • What's wrong with this picture? Scientific American, May 2001
  • Beck, S. J. (1959). Rorschach Reviews. In O. K. Buros (Ed.), The Fifth Mental Measurement Yearbook. Highland Park, NJ: The Gryphon Press.
  • Clark, C. M., Veldman, D. J., & Thorpe, J. S. (1965). Convergent and Divergent Thinking if talented adolescent. Journal of Educational Psychology(56), 157-163.
  • Exner, J. E. (1974). The Rorschach: A comprehensive system. Volume 1. New York: Wiley.
  • Eysenck, H. J. (1959). Rorschach Reviews. In O. K. Buros (Ed.), The Fifth Mental Measurement Yearbook. Highland Park, NJ: The Gryphon Press.
  • Glass, M. H., Bieber, S. L., & Tkachuk, M. J. (1996). Personality styles and dynamics of Alaska native and non-native incarcerated men. Journal of Personality Assessment, 66(583-603).
  • Holley, J. W. (1973). Rorschach Analysis. In P. Kline (Ed.), New Approaches in Psychological measurement. London: Wiley.
  • Holley, J. W., & Risberg, J. (1972). On the D estimate of discriminatory effectiveness. Psychological Research Bulletin, XI(15), 1-13.
  • Holtzman, W. H. (1981). Holtzman Inkblot Technique. In A. E. Rabin (Ed.), Assessment with projective Techniques. New York: Springer.
  • Holtzman, W. H., Thorpe, J. S., Swartz, J. D., & Herron, E. W. (1961). Inkblot perception and personality. Austin, TX: University of Texas Press.
  • Holtzman, W. H., Thorpe, J. S., Swartz, J. D., & Herron, E. W. (1968). Inkblot Perception and Personality: Holtzman Inkblot Technique. Austin: University of Texas Press.
  • Kline, P. (1993). Personality: the psychometric view. London: Routledge.
  • Kline, P. (2000). Handbook of Psychological Testing: Routledge.
  • Krall, V., Sachs, H., Lazar, B., Rayson, B., Growe, G., Novar, L., & O'Connell, L. (1983). Rorschach norms for inner city children. Journal of Personality Assessment, 47, 155-157.
  • Lilienfeld, S. O., Wood, J. M., & Garb, H. N. (2000). The scientific status of Projective Techniques. Psychological Science in the Public Interest, 1(2), 27-66.
  • Meyer, G. J. (1992). The Rorschach's factor structure: A contemporary investigation and historical review. Journal of Personality Assessment, 60, 153-180.
  • Rorschach, H. (1921). Psychodiagnostics. Berne: Hans Huber.
  • Shaffer, T. W., Erdberg, P., & Haroian, J. (1999). Current Non-Patient Data For the Rorschach, WAIS-R, and MMPI-2. Journal of Personality Assessment, 73, 305-316.
  • Vernon, P. E. (1963). Personality Assessment. London: Methuen.
  • Wood, J. M., & Lilienfeld, S. O. (1999). The Rorschach Inkblot Test: A case of overstatement? Assessment, 6, 341-349.
  • Wood, J. M., Lilienfeld, S. O., Garb, H. N., & Nezworski, M. T. (2000). The rorschach test in clinical diagnosis: a critical review, with a backward look at Garfield (1947). Journal of Clinical Psychology, 56, 395-430.

Autres

Rorschach est aussi le nom d'un super-héros du comics Watchmen, appelé ainsi à cause de son masque dont les motifs de taches symétriques changent tout le temps de forme. ll est à noter que le test de Rorschach a par ailleurs inspiré le travail de nombreux artistes contemporains, dont l'un d'entre eux - le peintre français Rorcha[20] - a choisi son pseudonyme en référence au psychiatre suisse.

Rorschach est le nom de l'agent matrimonial dans l'épisode 21 de la saison 1 de How I met your Mother.

Article connexe

Liens externes

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Notes et références

  1. En psychologie, l'usage veut que l'on parle de "passation de test" et non de "passage de test"
  2. Didier Anzieu & Catherine Chabert : Les Méthodes projectives (Le Psychologue), Ed.: Presses universitaires de France; 7e éd. (1983), ISBN 2130382118
  3. http://www.thepsychologist.org.uk/archive/archive_home.cfm?volumeID=17&editionID=107&ArticleID=710
  4. A. Binet et V. Henri, « La psychologie individuelle », dans L'Année psychologique, vol. 2, n° 1, 1895, p. 411-465. [1]
  5. a et b http://docs.google.com/media.wiley.com/product_data/excerpt/23/04713867/0471386723.pdf History and Development of the Rorschach], in The Rorschach, A Comprehensive System, Volume 1, Basic Foundations and Principles of Interpretation, 4th Edition (2002). John E. Exner, Jr. Wiley, John & Sons, Incorporated. (ISBN 978-0-471-38672-8) [2]
  6. a et b R. Delavelaye, 4° Les tests projectifs, dans L'Année psychologique, vol. 53, n° 1, 1953, p. 225-229. Accédé le 29 juillet 2009
  7. L. J. Cronbach, « Studies of the group Rorschach in relation to success in the college of the University of Chicago », dans Journal of Educational Psychology, vol. 41, 1950, p. 65-82.
  8. M. Reuchlin, G. Engels, L. Thomas. VII. Psychologie clinique, dans L'Année psychologique, vol. 56, n° 2, 1956, p. 575-581. [3]. Accédé le 31 juillet 2009
  9. Thierry Foucart: Statistique et idéologies scientifiques, in SES Plurielles, idées, déc. 2004
  10. http://www.hogrefe.fr/site/?/test/show/18/
  11. Frieda Rossel, Odile Husain, Colette Merceron, Psychopathologie et polysémie, Payot-Lausanne, 2001, ISBN 2601032057
  12. What's wrong with this picture? Scientific American, May 2001
  13. Roots of the Rorschach controversy. Howard N. Garb, James M. Wood, Scott O. Lilienfeld, M. Teresa Nezworski. Clinical Psychology Review, Volume 25, Issue 1, January 2005, Pages 97-118 DOI:10.1016/j.cpr.2004.09.002
  14. Frieda Rossel, Odile Husain, Colette Merceron: Psychopathologie et polysémie, Payot-Lausanne, 2001, ISBN 2601032057; Didier Anzieu, Catherine Chabert, Les méthodes projectives, PUF-Quadridge, 2004, ISBN 2130535364
  15. "Clinical Assessment". James M. Wood, Howard N. Garb, Scott O. Lilienfeld, M. Teresa Nezworski. (2002) Annual review of psychology, vol. 53, pp. 519–43 pdf
  16. L'émission hebdomadaire et très en vogue des années 1980 : Le divan était animée par Henry Chapier qui présentait à tous ses invités (entre autres Jean-Marie Le Pen) sur le divan plusieurs planches du Rorschach sans que cela ne nuise sérieusement à la pratique quotidienne des psychologues "projectivistes"
  17. Soixante-dix ans après le décès de leur auteur, d'après le droit suisse).
  18. Has Wikipedia Created a Rorschach Cheat Sheet? , Noam Cohen, New York Times, 28 juillet 2009]
  19. La page Wikipédia en anglais concernée se trouve à l'adresse http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Rorschach_test&oldid=305113214 (version du 30 juillet 2009, 17:36 UTC)
  20. Musée Paul Delouvrier (Évry)

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  • RORSCHACH (TEST DE) — RORSCHACH TEST DE Créé par un médecin psychiatre zurichois, Hermann Rorschach (1884 1922), le test de personnalité qui porte son nom reflète les goûts de son auteur, attiré par l’art et les capacités créatrices chez l’homme. Dans l’élaboration de …   Encyclopédie Universelle

  • rorschach — (Hermann) (1884 1922) neuropsychiatre suisse. Le test de Rorschach repose sur l interprétation de taches d encre. rorschach [ʀɔʀʃaʃ; ʀoʀʃax] n. m. ÉTYM. 1952, Porot, art. Tests de personnalité; n. propre de Hermann Rorschach, psychiatre suisse. ❖ …   Encyclopédie Universelle

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