Symbole magique


Symbole magique

Symbole

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Un symbole peut être un objet, une image, un mot écrit, un son ou une marque particulière qui représente quelque chose d'autre par association, ressemblance ou convention. Par exemple, un losange pour symboliser une route prioritaire.

Sommaire

Définition

Un symbole est une chose (objet ou événement, mot ou image) qui représente autre chose, par corrélation naturelle ou (mais ce sens est moins fondamental) par convention, rapport culturel. Un symbole est donc un substitut, un représentant, le plus souvent grâce à un rapport naturel, par une correspondance non conventionnelle. Ce qui distingue le signe du symbole, c'est la motivation : le symbole repose sur un lien intérieur, une corrélation naturelle, et non sur un rapport conventionnel.

Exemple : la flamme sert, entre autres, de symbole pour désigner l'amour passionnel, parce que, d'une part, il est difficile de parler de l'amour passionnel, il faut donc un substitut connu, un remplaçant concret, parce que, d'autre part, chacun (ou presque) devine (plus ou moins) le lien intime entre flamme et passion, feu et amour : une passion remplit d'ardeur, de chaleur, d'éclat, de force destructrice.

Quand on dit que la balance est le "symbole de la justice", c'est moins net, car le lien est un peu naturel (l'équilbre des plateaux évoque spontanément l'égalité des droits), un peu culturel (la balance est un objet fabriqué, la justice n'est pas partout définie par l'égalité). Pythagore donnait son enseignement par des paroles énigmatiques, appelées "symboles (σύμβολα)" (mots de passe) ou "acousmates" (paroles entendues) ; l'un de ces "symboles" oraux s'énonce ainsi : "Ne pas passer par-dessus une balance" ; le sens, le signifié, est le suivant : "'Ne pas passer par-dessus la balance' veut dire ne pas passer par-dessus l'égal et le juste."[1]

Le symbole ne désigne pas forcément une chose abstraite.

Exemple : La flamme, réelle ou figurée, peut désigner l'incendie, une chaudière, un extincteur, des consignes de sécurité en cas d'incendie, un paquet d'allumettes, qui sont autant de choses concrètes, également l'inflammabilité, la chaleur, qui sont des propriétés concrètes, mais encore l'esprit, la purification, l'ardeur, le souvenir ("la flamme sur la tombe du Soldat inconnu"), qui sont des notions abstraites.

Espèces

Le mot symbole revêt plusieurs acceptions, comme le mot signe.

1. Signe naturel : un symbole est, fondamentalement, un signe, plus précisément une figure, une image, un objet qui parle d'une autre chose, d'un objet différent, mais par analogie naturelle, par un lien relevant de l'essence de ces choses. Il existe entre l'objet symbolisant et l'objet symbolisé un rapport naturel, une correspondance, un lien intérieur. Il se produit un ajustement, pas une fusion des deux faces. Par exemple, le rouge est le symbole du sang parce que le sang est rouge par nature ; la tortue est le symbole de la lenteur, dans la mesure où la tortue est consubstantiellement lente.

Le rapport naturel entre symbolisant et symbolisé relève de divers types de relations logiques. Autrement dit, le rapport du signifiant au signifié est une connexion précise : affinité par parenté (le symbolisant bétail et le symbolisé capital ont une origine commune : dès le néolithique, la richesse vient du cheptel), affinité par ressemblance (perroquet = imitateur ; banane = pénis), association par contiguïté spatiale (berceau = naissance : le bébé est dans le berceau), association par contiguïté temporelle (mort = squelette : cadavre aujourd'hui, squelette demain), réciprocité (eau = propreté ; arme = guerre), analogie (printemps = jeunesse : le printemps est à l'année ce qu'est la jeunesse à une vie)... Les stoïciens, douées en sémiologie, avaient repéré la loi de similarité : les opérations de l'esprit se font par 1) contact, 2) ressemblance (le portrait de Socrate fait penser à Socrate), 3) analogie (comparaison de rapports : A est à B ce que C est à D ; l'analogie marche par diminution : homme/pygmée, ou par agrandissement : homme/géant), 4) transfert (ex. : les yeux mis au niveau de la poitrine), 5) composition (un ce,taure est moitié homme moitié cheval), 6) opposition (la vie fait penser à la mort).[2]David Hume a listé les associations d'idées : "Il n'y a que trois principes de connexion entre les idées : la ressemblance, la contiguïté dans le temps et dans l'espace, la causalité.[3]

2. Signe conventionnel : on peut aussi entendre par "symbole" un signe (texte, objet, représentation artistique) connu, qui fait appel, par une correspondance culturelle, par une corrélation artificielle (et non plus naturelle), à un concept impossible à formuler autrement ou absent, entre une chose abstraite et une autre concrète. Les contextes culturels, religieux, historiques entrent en ligne de compte, et les symboles n'ont pas forcément la même correspondance entre les différents groupes sociaux humains. Au lieu de symbole, on peut dire alors : "synthème"[4] (σύνθημα signifie « chose convenue ») ou "index", "indication"[5]. Par exemple, en ce sens, on peut dire que le rouge est le synthème, l'index, et le signe concret, du communisme, idée abstraite, mais par convention, décision humaine (on aurait pu choisir le vert) ; la croix est le symbole de la religion chrétienne, du fait que Jésus est mort sur une croix (il faut quand même le savoir, pour saisir le lien croix/christianisme) ; le coq est le symbole du Français, mais de façon arbitraire, sur un jeu de mots latin entre gallus ("coq") et Gallus ("Gaulois").
3. Notation : enfin, certains entendent par "symbole" un signe conventionnel et abstrait, tel qu'une lettre de l'alphabet, une figure géométrique, un caractère algébrique, chimique. Par exemple, en logique et en mathématiques, le "symbole" + désigne l'addition, le "symbole" > veut dire "plus grand que" ; en chimie la lettre initiale O est le symbole de l'oxygène. On a là une notation idéale, une idéographie. Au lieu de "symbole", on peut dire "signe logico-mathématique", "notation", "signe artificiel". Quand il y a utilisation de ces "symboles", on parle, par exemple de "logique symbolique" (ou logistique) : cette science formelle travaille sur des signes (proposition p ou q, propriété x ou y, etc.) et par opérations (addition +, identité =, conjonction &, implication =>, etc.). Fait compliqué, certaines notations sont symboliques, idéographiques, par exemple les caractères en astrologie, en alchimie, car alors le dessin a valeur analogique : le mercure a pour glyphe ☿, soit (en haut) un arc de cercle qui symbolise la Lune, (au milieu) un cercle qui symbolise le Soleil, (en bas) une croix qui symbolise les quatre Éléments (ou la Terre si on groupe le cercle et la croix).
notation conventionnelle notation symbolique
mercure = Hg mercure = Mercure

Distinctions

Le symbole est une des espèces du signe, qui est le genre. Le signe est un signifiant en rapport avec un signifié ; par exemple, le mot "arbre" est un signifiant linguistique en rapport avec le signifié (chose ou concept) arbre. Les espèces du genre signe forment presque une dizaine.

Charles Peirce[6] (1903), dans les signes, quant à la signification, différenciait : [1] l'icone, où il existe une similitude entre signifiant et signifié (le panneau Z pour un virage), [2] l'indice, dont le caractère est d'être lié par contiguïté au signifié (la fumée pour le feu) et [3] le 'symbole' qui exige la connaissance d'une règle conventionnelle pour être relié au signifié (le mot pour le concept, le caducée pour le médecin) ; Charles Pierce, en logicien, prend le mot "symbole" au sens de signe conventionnel. Par la suite, le linguiste Thomas A. Sebeok[7] (1975) a proposé de porter le nombre des signes à six. Aux trois signes mentionnés par Peirce, il ajoute : [4] le signal, signe naturel ou conventionnel qui déclenche une réaction ; [5] le symptôme, signe non arbitraire, automatique, forcé, où le signifiant et le signifié sont associés par une espèce de lien naturel, c'est le sens médical, et [6] le nom, qui a pour classe son extension (Jacques Corraze, Les communications non verbales, PUF, 1980, p. 47-48).

  • archétype (matrice de symboles, image primordiale : le Père regroupe les symboles du géniteur, du chef, du patron, du pape...) ; la notion vient de Carl-Gustav Jung[8] (1912)
  • allégorie (figuration d'un être abstrait : une faucheuse évoque la mort ; un personnage aux yeux bandés portant une balance et un glaive sert d'allégorie pour la justice)
  • emblème (objet représentant un ensemble de valeurs : la drapeau est l'emblème de la patrie)
  • icone [mot écrit sans accent] (signe où le représentant ressemble au représenté : l'onomatopée imite un bruit naturel, le portrait ressemble à la personne représentée) ; la notion vient de Charles Peirce (1903) ;
  • image (forme concrète reproduisant une réalité concrète : la photo rend le modèle)
  • indice (rapport causal : l'élévation de la voix est l'indice d'une excitation, la fumée prouve le feu)
  • insigne (objet montrant l'appartenance à une institution : les galons sont des insignes militaires ; le losange est l'insigne de la marque Renault)
Insigne (losange) et logo de Renault de 1992 à 2006
  • logo (le nom dans un graphisme typographique spécial : le nom « RENAULT » écrit avec une police spécifique ou bien avec une police de caractère spécialement étudiée pour la circonstance, ou encore le nom écrit avec un certain style pour en rendre l'aspect original)
  • métaphore (emploi d'un terme auquel on substitue un autre qui lui est assimilé après la suppression des mots introduisant la comparaison, tels que "comme" : dire d'un roi qu'il est un lion est une métaphore)
  • nom (substantif, mot désignant les objets, les phénomènes, les qualités, les sentiments, les personnes, les peuples... : le mot français "arbre" est un signe linguistique associant la forme sonore /aʁbʁ/ au concept d'arbre)
  • schème (figure simplifiée : la forme géographique de la France a pour schème l'hexagone)
  • signal (signe déclenchant une réaction : le rouge du feu d'interdiction de la circulation routière demande un arrêt, "viens !" est un signal)
  • symbole : (signe naturel, substitut non conventionnel du réel : le loir, engourdi pendant l'hiver, est le symbole de la paresse)
  • symptôme (phénomène visible qui permet de déceler un état ou une évolution : la fièvre est un symptôme de maladie, l'idéalisme est pour Nietzsche un symptôme de décadence)[9].

Le symbole a aussi diverses formes : forme physique (un vrai serpent), forme plastique (un serpent sculpté), forme sonore (le mot "serpent" dit avec ses allitérations, onomatopées), forme graphique (le mot "serpent" écrit en pictogrammes ou idéogrammes), forme gestuelle (le serpent évoqué par des mouvements corporels), forme mentale (un serpent imaginé ou onirique), etc. Léonard de Vinci représente l'Homme dans un cercle et un carré ; l'Homme est dessiné comme un pentagramme : quatre membres et une tête ; de la sorte, Léonard de Vinci donne une forme graphique au symbolisant [le pentagramme], et le symbolisant s'identifie au symbolisé [l'Homme]. Bref, l'Homme est cinq (le pentagramme) dans l'unité (le cercle) du monde comme dans la matière (le carré) de la Terre.

Étude de Léonard de Vinci : "L’homme de Vitruve", vers 1492.

Il faut aussi distinguer la famille des mots[10] :

  • symbole : analogie naturelle, signe non conventionnel, image évocatrice, sens indirect. Exemples : le nombre deux est un symbole de la division ; un squelette peint [illustration concrète] désigne la mort [notion abstraite].
  • symbolique : système de symboles, constellation de signes naturels. Exemples : la symbolique du nombre deux concerne les jumeaux, le dualisme, le couple, la paire, etc. ; la symbolique du squelette regroupe des objets tels que le cercueil, des idées telles que la mort, des rites tels que la danse macabre, des mythes tels que la résurrection des morts ; la symbolique des chrétiens regroupe croix, Bible, poisson...
  • symbolisme : puissance à désigner, signifier, révéler, peut-être même produire. Exemples : le symbolisme du deux concerne, signifie, voire génère la division ; le squelette, par son symbolisme, évoque la mort, l'impermanence du corps physique, l'architecture anatomique.
  • symbologie : science ou théorie des symboles, étude des signes naturels selon les diverses branches du savoir (sémiotique, histoire, anthropologie, psychanalyse, mathématiques, statistiques...). Exemples : dans la symbologie pythagoricienne, le deux désigne l'opinion[11], il est pair, il est principe de division, il représente la ligne en géométrie ; dans les récits fantastiques, le squelette intervient souvent, pour rappeler à la fois la fragilité du corps (qui disparaît comme chair) et sa continuité (il reste sous forme d'os).

Termes du symbole : « sens et référence », « signifiant et signifié »

Comme tout signe, le symbole comprend-il deux ou trois termes, faces ? La sémiologie dit deux : signifiant et signifié, selon Ferdinand de Saussure (1916). La sémiotique soutient trois : signe, objet, interprétant, selon Charles S. Peirce ; symbole (signe), référence (pensée), référent (objet), selon Charles Ogden et Ivor Richards (1923).

En 1892, le logicien Frege[12] distingue sens et référence (Sinn und Bedeutung), puisque deux expressions peuvent avoir des sens différents et cependant avoir un même référé. Exemple de Frege : les deux expressions « l'étoile du matin » et « l'étoile du soir » ont le même référent, qui est la planète Vénus ; le référent (appelé aussi "dénoté") est la réalité désignée, ce sur quoi porte l'expression ; le sens est « le mode selon lequel l’objet est donné » par le nom, ce qui permet de connaître (Frege ne pense pas en psychologue, à quelque chose de mental, mais il pense en logicien, à un procédé, à un système de règles ou de critères). « L'étoile la plus éloignée de la terre » a un sens (Sinn) mais n'a pas de référent, pas de dénotation (Bedeutung). Frege distinguait le sens d'un signe de la représentation qu'il évoque : le sens est objectif et invariable, la représentation est subjective et fluctuante d'un individu à l'autre.

La tradition sémiologique venant de Ferdinand de Saussure[13] (1916) oppose le signifiant (les phonèmes, « l'image acoustique », la forme sonore) au signifié (le concept). Exemple de Saussure : le mot Balance [signifiant] désigne la justice [signifié].

Charles Ogden et Ivor Richards[14], influencés par Peirce, donnent une définition ternaire du signe : symbole, pensée (référence), référent. C'est le "triangle sémiotique" Symbol - Thought or Reference - Referent. 1) Un symbole est un signifiant (par exemple, un mot). 2) Une référence est « un ensemble de contextes extérieurs et psychologiques liant un processus mental à un référent », c'est le monde perçu à l'intérieur des formations idéologiques d'une culture donnée, le concept, une unité de pensée. 3) Un référent est ce à quoi renvoie le symbole dans la réalité, l'objet du monde perçu (la Tour Eiffel) ou pensé (la vitesse). Exemple : le mot ou l'image du « berger » [symbole] dans le "christianisme" [référence] signifie "chef spirituel" [référent].

Charles W. Morris[15] distingue dans le signe quatre facteurs : 1) « le véhicule du signe », « ce qui agit comme signe » ; 2) le designatum, « ce à quoi le signe réfère » ; 3) « l'effet produit sur un certain interprète » ; 4) « l'interprète », la personne pour qui le signe a fonction de signe. Exemple de Morris : un voyageur [A : acteur, l'interprète] se prépare à se comporter d'une façon appropriée [I : interprétant] à une certaine région géographique [D : désignatum], en vertu de la lettre [S : véhicule du signe] qu'il a reçue d'un ami.

« Les médiateurs sont les véhicules du signe ; les prises-de-connaissance sont les interprétants ; les agents du processus sont les interprètes ; ce dont on prend connaissance, ce sont les designata... Ces propriétés (être un signe, un désignatum, un interprète, ou un interprétant) sont des propriétés relationnelles que les choses acquièrent en participant au processus fonctionnel de la sémiosis [processus par lequel quelque chose fonctionne comme signe]. »
Le symbole est très présent dans les arts, peintures et sculptures notamment. Le lion est par exemple le symbole du pouvoir, le globe représentant le monde sur lequel s'exerce le pouvoir impérial

Caractéristiques et critères

Jean Chevalier[16] donne les caractéristiques suivantes, communes à tous les symboles. 1) Obscurité : le symbole dépasse l'entendement intellectuel et l'intérêt esthétique. Il est "un terme apparemment saisissable dont l'insaisissable est l'autre terme" (Pierre Emmanuel)[17]. 2) Stimulation : le symbole suscite une certaine vie. Il fait vibrer. 3) Verticalité : le symbole établit des rapports extra-rationnels, imaginatifs, entre faits, objets, signes. 4) Hauteur : le symbole relève de l'infini, il révèle l'homme. 5) Pluridimensionnalité. Chaque symbole condense plusieurs faces, formes, sens, interprétations. Un personnage de Amadou Hampaté Bâ s'écrie : "Ô mon frère, apprends que chaque symbole a un, deux, plusieurs sens"[18]. À la différence du code, univoque, le symbole est polysémique, intelligible selon le système de représentations dans lequel il s'inscrit. 6) Constance. Le rapport entre le symbolisant et le symbolisé demeure. Par exemple une coupe renversée symbolise toujours le ciel, quelle forme qu'elle prenne, coupole, tente. 7) Relativité. Malgré cette constance, les symboles varient, ils modifient leurs relations avec les autres termes, ils revêtent une grande diversité iconographique ou littéraire, ils sont perçus différemment selon qu'on est éveillé ou endormi, créateur ou interprète.

La notion de symbole fait jouer plusieurs critères, pour distinguer, entre eux, les types de symboles.[19] Origine : naturelle ou culturelle ? Référence : explicite ou implicite ? Composition : unique (la couleur jaune est simple) ou plurielle (la couleur violette a deux éléments, le rouge et le bleu) ? Signification : objective ou subjective ? Substance : inerte ou vivante, matérielle ou psychique, visuelle ou sonore, objet ou événement...? Domaine : vie quotidienne ou art, rêve ou pensée, mythe ou rite...? Finalité : information sociale ou expression intime... ?

La tortue est le symbole de la lenteur : la correspondance entre le symbolisant "tortue" et le symbolisé "lenteur" est naturelle (la tortue est lente, par nature), plurielle (la tortue est lente, non seulement par sa marche, mais encore par sa mastication, etc.), polysémique (la tortue symbolise, non seulement la lenteur, mais encore la résistance passive, la longévité, etc.), explicite (à voir la tortue on saisit immédiatement pourquoi elle représente la lenteur), objective (le lien tortue/lenteur est impartial et universel)... Critère fondamental : selon T. Todorov (1978), « un texte ou un discours devient symbolique à partir du moment où, par un travail d’interprétation, nous lui découvrons un sens indirect ».[20] Par exemple, « Il fait froid ici » peut, selon son sens direct, signifier qu’il fait froid ici. Toutefois, s’il est adressé à une tierce personne se trouvant dans la même pièce que l’énonciateur, ce même énoncé peut signifier à l’autre, indirectement, de fermer la fenêtre.

Fonctions

  • La première des fonctions du symbole est la fonction sémiotique : il signifie quelque chose, il désigne, comme tout signe. Le symbole est une représentation porteuse de sens. C'est un système signifiant relevant de la connotation.
Par exemple, le carré peut désigner le nombre quatre.
  • Une deuxième fonction du symbole est la fonction révélatrice. Le symbole apparaît ainsi comme la réalité visible (accessibles aux cinq sens) qui invite à découvrir des réalités invisibles. Ce qu'un signe ordinaire ne permet pas de dire, le symbole le permet. Le symbole traduit l'intraduisible, éclaire l'obscur.
Par exemple, le Soleil, qui éblouit, permet de présenter l'inaccessibilité de Dieu ; l'océan figure l'infini de l'amour.
  • Fonction universalisante : les symboles fondés sur une corrélation naturelle entre symbolisant et symbolisé sont de partout et de toujours.
Par exemple, au-delà des différences culturelles, tous les hommes symbolisent la cruauté par la panthère, l'inaltérabilité par l'or.
  • Une autre fonction est la fonction transformatrice, pour le psychisme. Selon la psychologie des profondeurs (Carl-Gustav Jung), un symbole contient une grande énergie que l'homme peut transformer, en l'amplifiant, en la sublimant, en la réorientant...
Par exemple, certains malades se guérissent en travaillant sur des couleurs, des sons, leurs rêves, leurs fantasmes conscients ou leurs phantasmes inconscients.
  • Une autre fonction est la fonction magique : le symbole, de façon formelle ou de façon concrète, agit sur les choses, indirectement, analogiquement.
Par exemple, un magicien croit - à tort ou à raison - que le nombre treize, par une "vertu occulte" qui échappe à la raison et à la science physique, porte malheur.

Charles W. Morris[21] voit quatre principaux usages au signe : information, évaluation, stimulation, systématisation.

Étymologie et origine grecques

Le mot symbole est issu du grec ancien sumbolon (σύμβολον), qui dérive du verbe sumbalein (symballein) (de syn-, avec, et -ballein, jeter] signifiant « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ».

En Grèce, un symbole était au sens propre et originel un tesson de poterie cassé en deux morceaux et partagé entre deux contractants. Pour liquider le contrat, il fallait faire la preuve de sa qualité de contractant (ou d'ayant droit) en rapprochant les deux morceaux qui devaient s'emboîter parfaitement. Le sumbolon était constitué des deux morceaux d'un objet brisé, de sorte que leur réunion, par un assemblage parfait, constituait une preuve de leur origine commune et donc un signe de reconnaissance très sûr. Le symbole est aussi un mot de passe.

Dans le pythagorisme, le mot "symbole" désigne une parole, un enseignement secret, avec sa double face : une expression énigmatique et un sens profond. "Il (Pythagore) livrait d'autres enseignements d'une manière mystérieuse sous forme de symboles. Aristote en a consigné plus d'un ; par exemple, Pythagore appelait la mer 'pleurs' (de Cronos ?), les Ourses 'mains de Rhéa'... Il y avait encore un autre genre de symboles... 'Ne pas effeuiller une couronne', c'est-à-dire ne pas ruiner les lois, car elles sont la couronne des cités ; 'Ne pas aller par la grand-route', en quoi il défendait de suivre l'opinion de la foule" [22]

Le terme « symbole » est attesté en français depuis 1380.

Au figuré, le symbole devient l'ensemble qui lie deux représentations de la même signification. Par dérivation, le symbole se réduit à l'élément imagé ou audible qui est relié à un sens caché qu'il signifie.

Par la suite, des formes d'abstraction, comme le langage ou la gestuelle, ont pu remplacer les objets dans leur fonction de représenter un engagement, une promesse, une alliance, un contrat, un pacte scellé entre deux partenaires (par exemple, une poignée de main sera le symbole d'un accord). Dans ce sens, un symbole est donc un objet sensible qu'on « pose côte à côte avec » une réalité abstraite ou surnaturelle qu'il est destiné à représenter. Le symbole est le terme visible d'une comparaison dont l'autre terme est invisible.

L'antonyme littéral du symbolique est le diabolique, ce qui divise. Le diabolique est, au sens propre, pour les Grecs, le bâton qui semble rompu lorsqu'il est plongé dans l'eau ; au sens figuré, c'est l'apparence trompeuse. Ce qui est trompeur, fait croire à la cassure et relève de l'illusion des sens, est de l'ordre du diabolique ; ce qui rapproche, reconstitue l'unité ou la totalité originelle en dévoilant du sens est de l'ordre du symbolique. La notion chrétienne de Diable tentateur est issue de la confusion de cette signification avec celles de l'Ange révolté déchu (Lucifer) du judaïsme, du Cheytan/Satan d'origine égyptienne (Seth), et du Malin manichéen.

Préhistoire

Dès le Paléolithique supérieur, on peut émettre l'hypothèse de symboles. L'utilisation de l'ocre rouge, attestée il y a 280.000 ans, est peut-être symbolique. Certains signes vieux de 35000 ans (os de l’abri Blanchard à Sergeac en Dordogne) semblent ou des symboles ou des signes attestant d’observations des cycles solaires, lunaires et stellaires. On a des amulettes dès 35.000 av. J.-C. Dans certaines grottes, on trouve des mains négatives par centaines (Gargas, Pech Merle, 25.000 av. J.-C.). Les animaux chassés (principalement des rennes) mais surtout ceux observés sans être chassés (félins, chevaux, bisons) étaient dessinés avec une grande précision sur les parois, les voûtes et le sol des grottes ornées, à des profondeurs où l'homme n'avait pas établi d'habitat. Ces dessins avaient sans doute une portée symbolique et magique. Les premières grottes-sanctuaires (grottes de Lascaux, de Niaux, des Trois-Frères, du Portel) datent d'au moins 16.000 av. J.-C. Les humains étaient souvent représentés de manière peu réaliste, comme volontairement flous, déformés. De même des figures mi-humaines mi-animales sont connues.

Article détaillé : Art préhistorique.

Au Néolithique, de 4800 à 1300 av. J.-C., l'homme a élevé des monuments mégalithiques en terre et en pierres comme les dolmens, des sépultures collectives avec une finalité institutionnelle visant la cohésion d'une collectivité stable et sédentaire que l'on peut considérer comme une société à part entière avec son symbolisme religieux, ses rites et cérémonies magiques et sa culture. Les monuments mégalithiques ainsi que la plupart des temples pouvaient avoir un symbolisme astronomique accompagnant la découverte des principes fondamentaux de l'astronomie (année solaire, cycle lunaire, cartographie céleste, mesure du temps) et des mathématiques, principes conduisant au développement de l'astrologie et des divinations.

Avec l'histoire, qui coïncide avec avec l'invention de l'écriture à Sumer, vers 3200 av. J.-C., apparurent les premiers mythes fondateurs et récits religieux, magiques, littéraires.

Anthropologie

Le problème de la magie, de l'ésotérisme, des mythes, des rites, des religions, des cérémonies, des croyances et des symbolismes,c'est que tous ces éléments font partie de la culture populaire[précision nécessaire]. Par exemple le cœur symbolise l'amour et le rond la totalité, mais ils peuvent être déviés de leur fonction de cohésion sociale par les sectes. Ainsi, le svastika ou croix gammée tournée vers la droite symbolise la vie (en sanscrit, svastika signifie littéralement « bon augure » : le signe était un porte-bonheur en Chine, en Inde, en Grèce, et sur les côtes de la Méditerranée). Il a été détourné par Hitler ainsi que par Claude Vorilhon, à qui le symbole aurait été communiqué par télépathie par les extra-terrestres et qui a fondé la secte du Mouvement raëlien. Le héros américain de l'aviation Charles Lindbergh avait peint à l'intérieur du moyeu de l'hélice du Spirit of Saint Louis (avec lequel il fit la première traversée de l'Atlantique) une svastika comme on peut le voir à l’Aerospace Museum de Washington où elle est exposée et présentée comme un « vieux symbole amérindien ».

Les symboles représentent, sous forme imagée et souvent fantaisiste, un objet ou un événement dont on n’a pas, ou plus, la vision réelle et auquel on veut donner un sens particulier ou lui induire une croyance. La Tour de Babel a par exemple été peinte par différents artistes. Selon la Genèse, il s'agissait d'une tour que souhaitaient construire les hommes pour atteindre le ciel. Descendants de Noé, ils représentaient donc l'humanité entière et étaient censés tous parler la même et unique langue sur Terre, une et une seule langue adamique. Pour contrecarrer leur projet qu'il jugeait plein d'orgueil, Dieu multiplia les langues afin que les hommes ne se comprennent plus. Ainsi la construction ne put plus avancer et les hommes se dispersèrent sur la terre. Il est possible que le mythe de la tour de Babel soit inspiré d’une ziggourat d’une forme que nous pouvons restituer maintenant, et que sa destruction est due à l’effritement des briques crues qui la composaient, quoique ses bâtisseurs aient été probablement d’origines différentes et de langages variés. Toutefois le symbole garde entièrement sa valeur et son sens moral.

Symboles bibliques

La Bible est pleine de symboles, comme cela est souvent le cas pour les textes sacrés. Ils servent à tenter d'exprimer l'indicible (le sentiment de Dieu, la foi, les presentiments...). Le livre de l'Apocalypse est un bon exemple de livre biblique riche en symboles (le dragon, l'agneau, la bête, les quatre chevaliers, etc.). La lecture en est même difficile pour les non-spécialistes. Les chiffres dans la Bible ont également une portée symbolique. Par exemple, 4 = le monde, 7 = perfection, 40 = le temps d'une génération, etc. Ainsi, pour comprendre un symbole biblique, il est parfois nécessaire de lire les autres récits bibliques où ce symbole apparaît, afin d'y trouver un sens commun et de mieux le comprendre.

« Symboles » scientifiques

Ici, « symbole » a le sens de signe logico-mathématique, d'écriture formelle, d'origine conventionnelle (et non pas naturelle, comme on entend habituellement), il décrit une certaine grandeur physique auxquelques sont préférentiellement attribuée telle ou telle lettre de l'alphabet romain ou de l'alphabet grec afin de rendre plus lisible les formules. Quand plusieurs grandeurs physiques de même type existe, on les distingue les une des autres par divers artifices typographiques (indices, exposants, etc). Les indices ou exposants mis à part, ces symboles sont conventionnellement écrit en italique sauf pour quelques cas particuliers. Quelques exemples :

« Symboles » d'unité

Les « symboles » utilisés en sciences servent à désigner la mesure. Ils représentent une valeur, une entité. Ils sont donc bien univoques et ne peuvent se confondre avec la notion de signe. Ce symbole-là est invariable en genre et en nombre et ne prend jamais de point abréviatif. Contrairement aux symboles des grandeurs physiques, il est conventionnellement écrit en caractères droits et non en italique.

Généralement, les symboles d'unité physiques s'écrivent en minuscule sauf lorsque l'entité est dérivée directement ou indirectement d'un nom propre, dans ce cas, la première lettre s'écrit en capitale. Cette règle permet de connaître assez rapidement la façon d'écrire le symbole.

Quelques exemples de symboles dérivés de noms communs :

Quelques exemples de symboles dérivés de noms propres :

Voir aussi : Unité de mesure.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • [1] le symbole selon C. G. Jung
  • [2] le symbole selon Jean Lassègue
  • Du rêve au conte de fées interprétation des symboles dans le monde onirique et merveilleux
  • [3] Symboles bibliques

Bibliographie

(par ordre alphabétique)

  • ALLEAU, René, La science des symboles. Contribution à l’étude des principes et des méthodes de la symbolique générale, Paris, Éditions Payot & Rivages, 1996.
  • ALLEAU, René, De la nature des symboles, Paris, Payot, 1958.
  • Hans Biedermann (1989), version française Michel Cazenave (1996), Encyclopédie des Symboles, Livre de Poche, « Encyclopédies d'aujourd'hui ».
  • CHEVALIER, Jean et GHEERBRANT Alain, Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1982.
  • DANIELOU, Jean, Les symboles chrétiens primitifs, 1961.
  • GATTEGNO, David, B.A.-BA symboles, Pardès, 2000.
  • GIRARD, Marc, Les symboles dans la Bible(Recherches Nouvelle Série, 26), Montréal, Cerf/Bellarmin, 1992.
  • Élysabeth LEBLANC, La puissance symbolique dans nos vies, Paris, Magnard, « Essentialis », 1997. (ISBN 9782912663047).
  • MIGNE (abbé), Dictionnaire des religions, 1848, 4 vol.
  • MIQUEL, Don, Petit traité de théologie symbolique, Foi Vivante, Paris, Cerf, 1987.
  • I. Schwarz-Winkklhofr et H. Biedermann, Le livre des signes et des symboles, trad., Marabout, 1966. 1500 graphiques : systèmes d'écriture, symboles religieux, poinçons, symboles maçonniques et rosicruciens, marques de tailleurs de pierres, formes héraldiques, monnaies, graffiti.
  • Carole SÉDILLOT et Élisabeth ZANA, ABC du symbole, Grancher, 2007. (ISBN 2733909460)
  • Symbole, symbolisant, signe, symbole, symbolisé, Actes du XIIIe Congrès des société de philosophie de langue française, Genève, 1966.
  • TODOROV, Tzvetan, Théories du symbole, Paris, Seuil, « Points », 1985.

Notes et références

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  2. Diogène Laërce, VII, 52-53. Janet et Séailles, Histoire de la philosophie, Delagrave, 1932, p. 195-196.
  3. David Hume, Enquête sur l'entendement humain, 1748, section III).
  4. René Alleau, La Science des symboles. Contribution à l'étude des principes et des méthodes de la symbolique, Paris, Payot, 1976, 292 p..
  5. Jacques Vidal, Symboles et Religions, Homo religiosus, Centre d'histoire des religions, Louvain-la-Neuve, 1990, p. 80.
  6. (en) Charles Peirce, Elements of logic (1903). Recueil : Écrits sur le signe, Seuil, 1978.
  7. (en) Thomas A. Sebeok, Six species of signs, Semiotica, 1975, 13, 3, p. 233-260.
  8. C. G. Jung, Métamorphoses et symboles de la libido (1912), trad., Aubier-Montaigne, 1927.
  9. F. Nietzsche, Le crépuscule des idoles, "Le problème de Socrate" : Oeuvres, Robert Laffont, coll. "Bouquins", t. II, p. 957.
  10. Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 2008, p. 274-277.
  11. Aristote, Métaphysique, 990a23. Plutarque, Isis et Osiris, § 75.
  12. Gottlob Frege, Sens et dénotation (1892), in Écrits logiques et philosophiques, trad., Seuil, 1971, p. 102-126.
  13. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale (reconstruit en 1916), Payot, Paris, 1972.
  14. Charles K. Ogden et Ivor A. Richards, The Meaning of Meaning, Paul Kegan, Londres, 1923. F. Gil, La logique du non, L'Herne, Paris, 1971. Léonard Linski, Le problème de la référence, Seuil, Paris, 1974.
  15. Charles W. Morris, Foundations of the Theory of Signs, article pour l'International Encyclopedia of Unified Science, vol. I, n° 2, Chicago, 1938, p. 77-138. Trad. fr. par J.-P. Paillet, Langages, n° 35, sept. 1974, p. 17.
  16. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. XIV-XVII, XXVIII.
  17. Pierre Emmanuel, in Polarité du symbole, Études carmélitaines, 1960, p. 79.
  18. Amadou Hampaté Bâ, Kaydara, UNESCO, p. 56.
  19. Pierre Guiraud, La sémiologie, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1971.
  20. T. Todorov, Symbolisme et interprétation, 1978, p. 9.
  21. Charles W. Morris, Signs, Language and Behavior, 1946.
  22. Porphyre, Vie de Pythagore, § 41-42.

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