Stéphane Courtois


Stéphane Courtois
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Stéphane Courtois
Naissance 25 novembre 1947
Nationalité Drapeau de France France
Profession Historien
Autres activités directeur de recherche au CNRS, directeur de la revue Communisme

Stéphane Courtois, né le 25 novembre 1947, est un historien et universitaire français, directeur de recherche au CNRS (Université de Paris X), professeur à l'Institut Catholique d'Études Supérieures (ICES) de La Roche-sur-Yon, spécialiste de l'histoire des mouvances et des régimes communistes.

Sommaire

Le PCF dans la guerre et la Revue Communisme

Stéphane Courtois a milité de 1968 à 1971 à l'organisation marxiste-léniniste maoïste Vive le communisme, qui changea de nom en 1969 pour Vive la révolution, autour de Roland Castro. Il se définit comme ayant été « anarcho-maoïste[1] ».

Ayant repris des études de droit puis d'Histoire, il se fait connaître en 1980 avec la publication de son travail de thèse Le PCF dans la guerre effectuée sous la direction d'Annie Kriegel. C'est avec cette dernière qu'il fonde en 1982 la revue Communisme (créée en 1982) qui réunit des spécialistes du communisme français. Après la mort de cette dernière, il sera le principal animateur de la revue. Stéphane Courtois a été nommé directeur de recherches au CNRS où il a été responsable du laboratoire Groupe d'observatoire et d'études de la démocratie (GEODE). Cette période de la revue Communisme est perçue comme une période extrêmement riche en recherches de toutes sortes, creuset de travaux d'importance publiés dans les années 1980[2].

À la suite de l'effondrement des régimes communistes des pays de l'Est, l'accès aux archives du Komintern est immédiatement interprété par Stéphane Courtois comme une nouvelle configuration qui annoncerait la naissance d'une véritable histoire du communisme. Cette posture qui, en extrayant parfois des archives des informations spectaculaires, constitue, pour certains auteurs de la revue une rupture avec les recherches de complémentarité scientifique. Dès 1993, une partie importante du comité de rédaction quitte la revue[2].

Le Livre noir du communisme

Après de nombreuses contributions et ouvrages sur les différentes facettes du communisme français et international, Courtois participe au projet du Livre noir du communisme publié en novembre 1997, dont il est le coordinateur et préfacier. Participent à cet ouvrage Nicolas Werth (agrégé d'histoire et chercheur à l'IHTP spécialiste de l'Union soviétique), Jean-Louis Panné (historien et éditeur chez Gallimard, également l'auteur d'une biographie de Boris Souvarine), Karel Bartosek (chercheur au CNRS et directeur de la revue Nouvelle Alternative), Andrzej Paczkowski (professeur de sciences politiques et membre du conseil des archives du ministère de l'Intérieur). Courtois lui-même est le co-auteur d'un article sur le Komintern.

Contenu du Livre Noir

L'ouvrage fait le bilan des crimes perpétrés par les différentes formes de pouvoir s'étant revendiqués du communisme, tenus dans l'introduction rédigée par Courtois et intitulée « Les crimes du communisme » pour responsables de la mort de près de 100 millions d'êtres humains[3].

« Les crimes du communisme n'ont pas été soumis à une évaluation légitime et normale tant du point de vue historique que du point de vue moral. Sans doute est-ce ici l'une des premières fois que l'on tente l'approche du communisme en s'interrogeant sur cette question criminelle comme une question à la fois centrale et globale[4] »

L'ouvrage s'inscrit dans une vision essentialiste du communisme développée par Ernst Nolte selon laquelle ce dernier aurait une nature générale et criminelle par essence[5].

Polémique sur le nombre des victimes

L'un des contributeurs du Livre Noir, Nicolas Werth a reproché à Stéphane Courtois d'avoir, dans sa préface, avancé le chiffre de 20 millions de victimes du communisme en URSS, alors que lui-même n'en dénombrait « que » 15 millions. Un autre contributeur, Jean-Louis Margolin a fait remarquer qu'il n'avait jamais parlé de 1 million de morts au Vietnam, contrairement à ce qu'affirme Stéphane Courtois dans son texte.

La manière d'additionner sans distinction les victimes de forfaits très disparates perpétrés sur les cinq continents par des régimes divers, pendant plus de 70 ans, a également été discutée. Les auteurs du Siècle des communismes (2000), derrière Claude Pennetier, mettent en cause l'unicité du communisme sous-tendue par le Livre Noir « S'il est un présupposé que ce ouvrage souhaiterait résolument révoquer en doute, bien que comme tout préjugé, il contienne sa part de vérité, c'est celui de l'unicité de ce qu'il est convenu d'appeler le "communisme du XXe siècle. Du "Passé d'une illusion[6]" aux crimes du communismes[7], l'erreur première réside dans l'emploi non critiqué de l'article singulier et dans la volonté de réduire, par conséquent, le communisme à "une" propriété fondamentale[8] ». Pour les auteurs de ce livre, il n'y avait pas grand-chose de commun entre la Hongrie de Janos Kadar et le Cambodge de Pol Pot.

Polémique sur la comparaison avec le nazisme

Mais c'est moins le nombre de morts causés par les dictatures se réclamant du communisme que la comparaison avec le nazisme qui a suscité une polémique en France, laquelle reprend dans des termes assez proches la fameuse « querelle des historiens » qui se noua en Allemagne au milieu des années 80 à la suite d'un article d'Ernst Nolte[9]. Certains auteurs et commentateurs se sont étonnés que Courtois axe une partie de sa préface sur cette comparaison avec le nazisme, alors qu'aucune des contributions n'évoquait la question.

Stéphane Courtois pose la comparaison entre nazisme et communisme comme une question à traiter par les historiens. Il compare ainsi l'organisation des deux mouvements, ainsi que le nombre de victimes attribuées au communisme aux morts causés par le nazisme. Il établit un parallèle entre « génocide de race » nazi et ce qu'il nomme, à la suite d'Ernst Nolte, le « génocide de classe[10] ». Le communisme étant, pour ses partisans, une idéologie égalitaire et humaniste, à la différence du nazisme, plusieurs historiens - à commencer par certains auteurs de l'ouvrage - ont affirmé leur désaccord avec Courtois. Nicolas Werth, notamment, dit que « plus on compare le communisme et le nazisme, plus les différences sautent aux yeux[11] ».

Selon Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS, « Stéphane Courtois dresse une comparaison de la prise de conscience du génocide juif et de celle du communisme qui n'est qu'un tissu de contrevérités ou d'approximations », soulignant notamment que la Shoah n'est devenue un objet privilégié de la recherche historique que dans les années 1970 et ne s'est imposée dans la mémoire collective que dans les années 1980. Elle cite aussi François Furet (qui aurait dû rédiger la préface s'il n'était pas décédé prématurément) : le génocide des Juifs a « l'affreuse particularité d'être une fin en soi[12] ».

Certains, malgré les démentis répétés du principal intéressé, ont vu dans cette comparaison une assimilation pure et simple, et à ce titre ont jugé bon de la dénoncer. Ainsi le journaliste Benoît Rayski accuse certains intellectuels, dont Stéphane Courtois, Alain Besançon, Ernst Nolte ou Jean-François Revel de vouloir décomplexer l'Occident à propos de la question du nazisme, afin de promouvoir leur propre anticommunisme[13].

Carrière d'historien après le Livre Noir

Si la production historiographique de Courtois d'avant 1995 concerne essentiellement le PCF, Il se concentre ensuite davantage sur le Komintern et l'histoire des régimes communistes d'Europe de l'Est. Dans le Livre Noir, sa contribution concernait les aspects criminels de l'action du Komintern. Dans son livre sur Eugen Fried qu'il cosigne avec Annie Kriegel en 1997, l'accent est mis davantage sur le contrôle par le Komintern des partis communistes nationaux et des organisations de masse antifascistes comme Amsterdam-Pleyel, le Secours Rouge ou le Rassemblement universel pour la paix. Dans l'avertissement au lecteur d' Eugen Fried, il est d'ailleurs indiqué que le projet initié en 1984-85 avait été suspendu en 1991 lorsque les archives du Parti communiste d'Union soviétique furent transférées aux archives d'État de la république de Russie. « Dès 1992, Annie Kriegel et Stéphane Courtois sont sur place, à Moscou. Ils feront plusieurs séjours dans la capitale russe et en rapporteront des milliers de page de microfilms...[14] »

Dans une communication à l'Académie des sciences morales et politiques, Courtois défend la thèse selon laquelle Staline est parfaitement représentatif du régime soviétique instauré à partir de la Révolution de 1917 sous la direction de Lénine :

« Il n’en reste pas moins que dans la phase de fondation du système, de 1917 à 1953, c’est bien l’idéologie qui a commandé la conduite de Lénine puis de Staline…Staline était un authentique bolchevique élevé à l’école du léninisme… Staline n’était donc pas l’obscur apparatchik décrit par Trotsky, mais l’un des collaborateurs directs de Lénine et parmi les plus appréciés pour son soutien sans faille au leader, son sens de la discipline, son sang-froid et sa fermeté de caractère exceptionnels, sa détermination et son absence totale de scrupules et de pitié dans l’action » [15]

Après la publication d' Eugen Fried, Courtois dirige plusieurs projets éditoriaux collectifs, comme Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe (2002) qui revient sur la sortie du Livre noir du communisme et apporte des compléments à l'ouvrage, rédigés pour la plupart par des auteurs étrangers, et le Dictionnaire du communisme (2007). En 2008, il contribue au Livre noir de la Révolution française, dans un chapitre consacré aux rapports entre le jacobinisme et le bolchevisme. En 2009, il revient à nouveau sur la question du communisme avec l'ouvrage Communisme et totalitarisme, qui recueille une série de ses articles sur le sujet.

Stéphane Courtois a par ailleurs élargi ses travaux à l'ensemble des totalitarismes. Il organise à ce titre de nombreux colloques internationaux et la direction d'une collection d'abord au Seuil puis aux Éditions du Rocher.

Prises de position publiques

Stéphane Courtois est membre du Cercle de l'Oratoire et du comité éditorial de la revue Le Meilleur des mondes. Il est à l'origine d'un appel public à soutenir la guerre d'Afghanistan de 2001, contre le « fondamentalisme musulman[16] ».

Dans l'ouvrage Irak, An I. Un autre regard sur un monde en guerre[17], Stéphane Courtois dresse un parallèle entre le communisme d'hier et l'islamisme d'aujourd'hui. Intellectuel pro-américain[18], il estime que dans son fameux discours à l’ONU, Dominique de Villepin a été victime de « réflexes qui se rattachent directement à la propagande soviétique en France. Matraquer US go home pendant cinquante ans, ça laisse des traces[19] ». Suite à la guerre en Irak, Stéphane Courtois a jugé que les sévices commis par des soldats américains dans la prison d'Abu Ghraib relevaient d'« à-côtés inévitables d’une guerre[20] ».

Commentant l'actualité, Courtois établit parallèles entre les mouvements d'extrême-gauche du XXIe siècle et les mouvements antifasciste et antiraciste lorsqu'ils étaient soutenus en sous-main par le Komintern. Annie Lacroix-Riz et Jean-Jacques Marie, auteurs communistes, lui reprochent d'avoir exprimé ses opinions dans une interview accordée au mensuel d'extrême-droite Le Choc du mois[21],[22],[23].

Controverses

Des historiens tels Henry Rousso (Vichy, un passé qui ne passe pas, 1996) ont reproché à Stéphane Courtois de réduire tout militant ou sympathisant communiste à un complice des crimes staliniens, et de considérer par extension tous ceux conjoncturellement alliés aux forces communistes ou à l'URSS comme des complices aveugles de Staline.

Stéphane Courtois a soutenu Gérard Chauvy dans le procès qui l'opposait à Raymond Aubrac[24], [25],[26]. François Delpla estime que dans le cadre de cette affaire, « le souci d’"en finir avec le communisme" avait pu égarer Courtois au point de le faire hurler avec les pires loups contre Raymond Aubrac, lors d’une campagne mettant en doute sa qualité de résistant[27] ».

Plus globalement, l'historien Jean-Jacques Becker estime que les recherches de Stéphane Courtois procèdent d'une recherche du sensationnel : « c'est un « combattant » qui veut faire de l'histoire « efficace », c'est-à-dire exactement le contraire de l'histoire[28]... ».

Notes et références

  1. Christophe Bourseiller, Les Maoïstes. La folle histoire des gardes rouges français, Paris, Plon, 1996, p. 277.
  2. a et b Bruno Groppo et Bernard Pudal, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, ed. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, p.107-108
  3. Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression (dir.), Robert Laffont, Paris, 1998, p. 8.
  4. Stéphene Courtois, Les crimes du communisme dans Le livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p.13
  5. Serge Wolikow, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, éd. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, p.710-711
  6. Il s'agit du livre de François Furet
  7. C'est l'introduction de Courtois au Livre noir
  8. Premier paragraphe de l'Introduction à Le Siècle des communismes, 2000
  9. Ernst Nolte, "Un passé qui ne veut pas passer", paru en 1986 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, publié en France dans le recueil de textes Fascisme & Totalitarisme, Robert Laffont, coll. "Bouquins", textes réunis par Stéphane Courtois.
  10. Fascisme & Totalitarisme, p. 14.
  11. Le Monde, 21 septembre 2000.
  12. Annette Wieviorka, Le Monde du 27 novembre 1997
  13. Benoît Rayski, L'enfant juif et l'enfant ukrainien. Réflexions sur un blasphème]. Voir également le compte rendu de Dominique Vidal, « L’enfant juif et l’enfant ukrainien. Réflexions sur un blasphème », Le Monde Diplomatique, février 2002
  14. Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried, Le Seuil, 1997, p.7
  15. Stéphane Courtois, Comment comprendre Staline, séance de l'Académie des Sciences morales et politiques, 24 février 2003
  16. Stéphane Courtois et al., « Cette guerre est la nôtre », Le Monde, 8 novembre 2001.
  17. Pierre Rigoulot et Michel Taubmann (dir.), Irak, An I. Un autre regard sur un monde en guerre, Éditions du Rocher, coll. « Démocratie et totalitarisme », 2004, 424 p.
  18. « Exercice d'américanophilie à la française », Le Monde, 22 novembre 2007.
  19. « Les meilleurs amis de l'Amérique », art. cit.
  20. « Les meilleurs amis de l'Amérique », Libération, 9 mai 2006.
  21. Entretien avec Stéphane Courtois Communisme égale nazisme, c'est enfin admis ! Le Choc du mois n°17 novembre 2007
  22. lettre d'Annie Lacroix-Riz
  23. Jean-Jacques Marie, "Stéphane Courtois dans ses œuvres", in Cahiers du mouvement ouvrier n°37, premier trimestre 2008
  24. Confrontation organisée par le journal Libération entre les Aubrac et sept historiens plus Jean-Pierre Vernant.
  25. Lyon-Mag, n° 57, mars 97.
  26. Le champ de la mémoire », conférence du 4 avril 2005.
  27. « Pour en finir avec le communisme », titre de l’émission de la chaîne Arte du 16 octobre 2001, suivie d’un débat sur Internet avec l’historien Stéphane Courtois. Voir l'article de François Delpla, « Un exemple extrême de persévérance calomniatrice »
  28. « Le Livre noir du communisme : de la polémique à la compréhension », Vingtième siècle. Revue d'histoire, n° 59, juillet-septembre 1998, p. 178. En ligne sur Persée

Publications

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