Stanley Louis Cavell


Stanley Louis Cavell

Stanley Cavell

Stanley Louis Cavell
Philosophe américain
Époque contemporaine
Naissance : 1er septembre 1926, Atlanta
Principaux intérêts : Cinéma, Littérature, Philosophie, Romantisme, Shakespeare
Idées remarquables : Perfectionnisme, Scepticisme, Voix (trouver sa), Ordinaire
Œuvres principales : Les Voix de la Raison, Une nouvelle Amérique encore inapprochable
Influencé par : Wittgenstein, J.L Austin, Emerson, Freud


Stanley Louis Cavell, (né le 1er septembre 1926), est un écrivain et un philosophe américain. Il est depuis 1997 professeur émérite d'esthétique et de théorie générale de la valeur (qu'il enseigne depuis 1963) à l'université Harvard.

Il se fait un nom en philosophie fin des années 1960 autour de la défense d’Austin et de son enseignement sur les investigations philosophiques de Wittgenstein.

Stanley Cavell se situe donc dans un tournant linguistique et analytique typique d'un héritage positiviste en Amérique, dans le fil notamment de l'immigration des penseurs des cercles de Vienne (eux-mêmes au creuset d'une MittelEuropa), à une époque qui s'est avérée importante du point de vue de la constitution de la discipline philosophique et de son corps professoral au sein de l'université américaine. Mais il critique les différentes formes de cet héritage : éloignement de la figure de l'intellectuel, professionnalisation de la philosophie, rupture et isolement culturel. Stanley Cavell n'a jamais abandonné le dialogue avec la philosophie continentale, depuis sa lecture des romantiques allemands (Schlegel, Goethe) et anglais (Coleridge, Wordsworth) jusqu'à celle des auteurs français les plus contemporains comme Jacques Lacan, Jacques Derrida, Maurice Blanchot.

Stanley Cavell est peut-être un des rares auteurs philosophiques actuels capable d’être aussi créatif dans ces deux dimensions (la philosophie analytique et philosophie continentale) et donc à même de panser la déchirure actuelle de la philosophie. Ce qui ne va pas sans une prise de position qu'on a parfois qualifié de troisième voie : dès ses premiers essais, Stanley Cavell, affirme un ton nouveau en philosophie, un ton "moderniste", qui tranche avec le type d'argumentation dans lequel il voit l'exercice de la philosophie en Amérique s'enfermer. La philosophie se définit, selon lui, d'abord comme la production de textes. Il va donc s'entretenir avec tout un courant critique aux États-Unis. Mais il n'embrassera pas pour autant ce qui va courir sous le nom de French Theory en Amérique, dans lequel il reconnaît une forme importée. Stanley Cavell préfère valoriser une forme proprement américaine de philosophie quitte à se défendre contre ce refoulement de l'Amérique contre sa propre culture (et qu'il comprend, alors, comme faisant partie de sa tâche de remettre en valeur).

La philosophie comme littérature est chez lui au centre d'une pensée dont les thèmes de parcours sont multiples. Stanley Cavell se livre à un programme de recherche ouvert à des congruences qui étonnent l'esprit au gré d'une écriture inventive qui s'abandonne à toutes les "heureuses rencontres". Chez Stanley Cavell, par exemple, le cinéma (emblème de cette culture populaire américaine qu'il entend remettre en valeur) rencontre la pensée d'Emerson, l'étude d'un problème classique de la philosophie traditionnelle comme le scepticisme gnoséologique et moral rencontre la comédie shakespearienne. Ces congruences du champ intellectuel tracent à l'intérieur de la philosophie des lignes de lecture aussi inattendues que fécondes.

L'une de ses lignes, Stanley Cavell, l'appelle le perfectionnisme (ou "éthique de la vertu"). Découverte pour l'Amérique, cette dimension morale et politique pourrait bien connaître à partir de la traduction progressive des ouvrages de Cavell (particulièrement en France), un destin européen; un destin, en retour, qui n'est peut-être pas inscrit ailleurs que dans l'essence ou la pensée de l'Amérique.

La pensée de Stanley Cavell devient de mieux en mieux connue en langue française grâce au travail de ses traducteurs et de médiation comme Claude Imbert, Sandra Laugier, Christian Fournier, Christiane Chauviré, et Elise Domenach avec tout récemment notamment la réunion de trois de ces essais sous le titre Qu'est-ce que la philosophie américaine?.

Sommaire

Biographie

C'est dans a pitch of philosophy (ensemble de conférences données à Jérusalem), l'ouvrage le plus dans sa veine bibliographique que S. Cavell livre les éléments de sa vie, qu'il invite ses lecteurs à penser de façon philosophique (à la manière peut-être de Ecce Homo de Nietzsche). Qu'est ce qui fait un philosophe, qu'est-ce qui fait une éducation philosophique? Stanley Cavell est né dans une famille juive d'Atlanta (Géorgie), une ville qui lui rappelera toujours à quel point le cours de l'histoire américaine fut depuis le départ marqué par l'esclavage. La famille de son père est originaire du Shtetl de Bialystok, un petit village au Nord Est de la Pologne à la frontière de la Biélorussie. Son père est nommé Goldstein lors de son arrivée aux États-Unis en 1905. Il fait partie de cette vague d'immigration juive d'Europe Centrale et de l'Est qui part pour échapper aux pogroms. Ne parlant qu'imparfaitement le yiddish, le polonais ou l'américain, c'est incontestablement de son père que Stanley (un prénom qu'affectionnait les familles juives nouvellement arrivée en Amérique) tient un fond de judaïsme ou d'esprit juif en même temps que sa gratitude pour cette terre de la seconde chance ou de la seconde naissance.

C'est l'année de sa Bar Mitzvah que son père lui révèle le véritable nom de sa famille : kawaliersky. Kawaliersky est le nom qui n'est pas le véritable nom juif puisque les juifs de Pologne étaient contraints de s'inventer un nom pour se plier aux différentes campagnes de recensement des pouvoirs administratifs de l'époque. Quoi qu'il en soit, symboliquement, c'est le nom du père que Stanley Goldstein choisira en l'américanisant pour se re-nommer Stanley Cavell.

Du côté de sa mère, Fanny segal, pianiste qui possède l'oreille absolue, Stanley Goldstein-Cavell acquiert le goût et le don de la musique. Il suit une éducation musicale. En 1943, il est réformé contre sa volonté de s'engager dans les forces armées américaines à cause d'un accident à l'oreille. En 1947, il est diplômé d'un Bachelor of Arts in Music à Berkeley. Mais peu après avoir été admis à Juilliard, il renonce à ses études de musique pour commencer un cycle de philosophie à l'UCLA. Toute une éducation philosophique dont il témoigne en critiquant une certaine forme de professionnalisation de la philosophie dans le contexte culturel et politique de ces années 1950-60. À cette époque Stanley Cavell se demande comment "écrire" de la philosophie. Il s'intéresse au champ de la critique américaine notamment de signatures comme Lionel Trilling, ou celles d'intellectuels juifs new-yorkais comme Michael Fried ou Robert Warshaw. Il lit Freud et notamment psychopathologie de la vie quotidienne dans lequel il trouve une inspiration à sa propre écriture. Comme Wittgenstein à une autre époque, il va très souvent au cinéma dans lequel il trouve manifestement plus de matière à penser que dans les cours de ses professeurs. Ordinaire et écriture, donc; deux thèmes lié chez lui, à mesure qu'il entre dans ce qu'il reconnaît comme tâche à la philosophie : un exercice de connaissance de soi, une thérapie ou une éducation de soi...

C'est vers le début des années 1960 qu'il étudie avec J.L Austin à Harvard et qu'une toute nouvelle manière de philosopher, en prise avec le langage ordinaire, permet à Stanley Cavell de trouver sa voie (voix). Ses premiers essais sont une défense de son maître à laquelle il mêle l'apport de la philosophie du langage de Wittgenstein. Il écrit une thèse (the claim of rationality) qu'il refondera et prolongera dans l'ouvrage majeur de cette époque : the claim of reason. Il enseigne au début à Berkeley, puis revient à Harvard définitivement.

A partir des années 1980, Stanley Cavell écrit sous forme d'essais autour de thèmes qui traversent les différents champs d'études de l'institution américaine. Sa philosophie touche non seulement au Film Theory mais aussi au Gender Studies ou au Cultural Studies. La présence de plus en plus forte du texte émersonnien (préparé par une étude remarquable sur Thoreau) le pousse à identifier une dimension morale et intellectuelle qu'il appelle le "perfectionnisme" et qui est à la croisée des champs disciplinaires qu'en France on appelerait l'esthétique, la philosophie morale et la philosophie politique.

Cavell est remarié et a deux enfants (Rachel et Benjamin). Il se rend assez souvent en France ou sa pensée devient de mieux en mieux connue depuis 1995.


Philosophie

Cavell développe depuis The claim of Reason : Wittgenstein, Skepticism, Morality and Tragedy, publié en 1979, un programme de recherche sur des thèmes aussi variés que la comédie romantique shakespearienne, le cinéma, la culture populaire américaine, le scepticisme gnoséologique et moral, Dewey, Nietzsche, Emerson, Kleist et Rohmer avec toujours ce qu’on serait tenté d’appeler cette oreille philosophique absolue qui le caractérise, défiant les structures mélodiques traditionnelles pour restituer des harmoniques inouïes entre traditions, genres, et problématiques apparemment "incommensurables" Cavell renouvelle notre vision de ce que nous nommons philosophie par rapport ou à l’exclusion de la littérature ou de la poésie par exemple.

L’œuvre au complet de S. Cavell est certainement un champ de recherche improbable soumis à ces télescopages ou « congruences du champ intellectuel » surprenants. Les meilleurs commentateurs de Cavell évoque une œuvre « hébraïque » qui n’accomplit aucun des genres en usage et s’ouvre à tous les effets imprévisibles. Il se pourrait, effectivement, que Cavell ait sur notre culture un impact semblable à celui de Freud. Avec Cavell, une voix se fait jour en philosophie qui réclame que nous accédions à nos propres valeurs et vertus tout en reconnaissant la honte et la douleur de ne pas pouvoir pas toujours parler en notre nom propre. Cela suggère une voie subtile et lucide entre le "je" et le "nous", le sens et le non-sens, la reconnaissance et le déni, la parole et silence, la reconnaissance exhaussant l'individu et sa marginalisation dans la folie, l’enfance et la vie adulte, le secret et la révélation qui est tout le charme et la gravité de Cavell, tournées vers une recherche du bonheur au quotidien qui rejaillit profondément sur celui qui s’y livre.


S'il fallait s'orienter dans cette pensée, la reconnaissance philosophique d'Emerson (jointe à celle de Thoreau) et du perfectionnisme émersonien par Cavell resterait un thème d'approche privilégié : au-delà d'une découverte de l'Amérique en pensée, c'est notre destin d' Européens, en effet, qui est engagé. Fallait-il (ironie de l’histoire) qu’elle nous vienne des États-Unis... selon une ligne qui rebrousserait quelques mesures en arrière pour mieux nous circonvenir ? Comment dès lors avec Cavell allier nos propres conditions de vie et nos conditions de pensée ? Retenons cette série appropriatives comme un ligne de force chez Cavell : Heidegger lisant Nietzsche - lisant Emerson - lisant Kant. Mais si ce sont les mots mêmes de la philosophie qui sont repris, cette série aboutit de façon critique chez Heidegger que Cavell charge de s'être rangé "parmi les ennemis de la liberté" au point de mettre en doute l'inspiration de sa propre manière de philosopher : dure limite posée à un investissement inouï dans les mots qui est le trait marquant de son perfectionnisme.


Œuvres

  • 1969 : Must we mean what we say ? A book of Essays, New York, Scribner, 1969
  • 1979 : The claim of Reason : Wittgenstein, Skepticism, Morality and Tragedy, Oxford University Press. Traduction française : Les vois de la raison - Wittgenstein, le scepticisme, la moralité et la tragédie, Seuil, 1996.
  • 1971, The World Viewed: Reflections on the Ontology of Film (1971), New York, Viking Press; 2nd enlarged edn. (1979) London, Harvard university, 1999 pour la traduction française : La Projection du monde, Belin.
  • 1972 : The senses of Walden, San Francisco, North Point Press.
  • 1981 : Pursuits of Happiness : The Hollywood Comedy of Remarriage, Harvard University Press. Traduction française : À la recherche du bonheur - Hollywood et la comédie du remariage, Les Cahiers du cinéma, 1993.
  • 1984 : Themes out of School : Effects and Causes, San Francisco, North Poit Press.
  • 1987 : Disowning knowledge : in six plays of Shakespeare, Cambridge and New York, Cambridge University Press. Traduction française : Le Déni de savoir dans six pièces de Shakespeare, Traduction de Jean-Pierre Marquelot, Paris, Éditions du Seuil, 1993.
  • 1989 : « Who Disappoints Whom ? », Réponse à « L’âme désarmée d’Allan Bloom », in Critical Inquiry, 15, printemps.
  • 1989, 1991 pour la traduction française : Une nouvelle Amérique encore inapprochable, Éditions de l'Éclat.
  • 1990 : Conditions handsome and unhandsome : the constitution of Emersonian perfectionism, Chicago, Chicago University Press. Traduction française : Conditions nobles et ignobles - La constitution du perfectionnisme moral émersonnien, traduction par Christian Fournier et Sandra Laugier, Éditions de l'Éclat, 1993.
  • 1992 : Statuts d'Emerson - Constitution, philosophie, politique, Éditions de l'Éclat.
  • 1994 : Pitch of philosophy : autobiographical exercises, Cambridge, Harvard University Press. Traduction française : Un ton pour la philosophie, traduction de Sandra Laugier, avec Elise Domenach, Bayard, 2003.
  • 1995 : « Notes and Afterthoughts on the Opening of Wittgenstein’s Investigations », in Philosophical Passages : Wittgenstein, Emerson, Austin, Derrida, Oxford, Blackwell : les pages 124 à 186.
  • 1996 : Contesting tears : the Hollywood melodrama of the unknown woman, Chicago, Chicago University Press.
  • 1998 : In quest of the ordinary : Lines of Skepticism and Romanticism, Chicago, University of Chicago Press.
  • 2003 : Le Cinéma nous rend-il meilleurs ?, Bayard.
  • 2004 : Cities of Words Pedagogical Letters on a Register of the Moral Life, Harvard edition World Belknap Press.

Ouvrages sur Cavell

  • Images in our souls : Cavell, psychoanalysis, and cinema, édité par Joseph H. Smith & William Kerrigan, Baltimore, John Hopkins Press.
  • The Cavell Reader, édité par Stephen Mulhall, Blackwell Publisher, 1996.
  • This new yet unapproachable America : lectures after Emerson, after Wittgenstein, Albuquerque, N.M., Living Batch Press, 1989

Lien externe



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