Spiritualisme


Spiritualisme

Le spiritualisme est une doctrine qui affirme l'existence de l'esprit comme une réalité supérieure et antérieure à la matière[1]. Cette doctrine proclame également l'existence de valeurs spirituelles et morales.

Sommaire

Définition

Le spiritualisme tend à affirmer qu'il y aurait deux réalités : la réalité matérielle et la réalité spirituelle, nommant cette dernière âme ou esprit.

Matérialisme et spiritualisme

Le matérialisme et le spiritualisme sont deux doctrines philosophiques opposées. Le matérialisme est une philosophie selon laquelle tout n'est que matière (et énergie) dans l'Univers et tout peut-être expliqué par la matière (nos émotions, notre comportement, tous les phénomènes de la nature, etc.). Le matérialisme amène à nier l'existence de toute transcendance. Le spiritualisme affirme lui au contraire que nous pouvons tout expliquer par l'esprit. Cependant, dire que le matérialisme et le spiritualisme soient opposés est ambiguë, car ces deux doctrines proposent que toute forme de matière (atome) soit constituée d'énergie[2].

Le spiritualisme au cours de l'Histoire

L'antiquité

Platon

Platon, (427 av. J.-C. - 348 av. J.-C) est connu pour sa théorie du monde des Idées. Selon lui, il existe une réalité supérieure englobant par exemple, l'idée de la "circularité", celle de la "quadrature" et la "triangularité". Ces formes existent donc, selon ce philosophe, en dehors de l'espace et du temps. Cette théorie du monde des Idées et, plus généralement, l'enseignement de Platon ont lourdement influencé la pensée occidentale, tant philosophique, religieuse et sociale que scientifique (Beaucoup de mathématiciens contemporains comme notamment Roger Penrose, Kurt Godel, Marcel-Paul Schützenberger et Alain Connes adhèrent au réalisme mathématique qui s'inspire du platonisme quant à la nature des objets mathématiques[3]).

Aristote

Aristote conservera certaines idées de son maître comme celle de l'immortalité de l'âme, mais sera opposée à certaines autres, et introduira des concepts nouveaux comme le principe de moteur premier. Il introduit surtout une interprétation finaliste de la nature. Ainsi, il pleut parce que les plantes ont besoin d'eau et les pierres tombent sur le sol parce que le sol est le lieu naturel des pierres. La cause finale ou telos fonde le principe d'Aristote sur la finalité des choses ; tout obéit à un « dessein » qui nous dépasse. Cette idée aura une grande influence sur les théologiens chrétiens du Moyen Âge. Ainsi, au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin tente de concilier la philosophie aristotélicienne et la foi révélée des Écritures.

Il faut signaler tout de même qu'à part de (très) rares exceptions, les penseurs de l'antiquité étaient tous spiritualistes (au sens moderne du mot), ne mettant pas en doute l'existence de l'âme ou Dieu.

Le Moyen Âge

La preuve ontologique

Saint Anselme (1033-1109), mettant la raison au service de la foi, fournira une première version du célèbre argument ontologique, argument qui sera très discuté ou décliné au cours des siècles suivants : Dieu possède par nature toutes les perfections. Or, si Dieu n'existait pas, il lui manquerait une perfection: l'existence. Donc Dieu existe[4]. (A signaler que ce concept ne fonctionne que si l'on établit l'existence de Dieu par avance.)

Saint Thomas d’Aquin

Thomas d'Aquin réalisa au XIIIe siècle la grande synthèse de la raison et de la foi, tentant de concilier la philosophie d'Aristote et la pensée chrétienne. Pour concilier les contradictions entre la philosophie aristotélicienne et la doctrine chrétienne, il sépare les vérités de la raison de celles de la foi, définie comme une adhésion inconditionnelle à la parole de Dieu. La philosophie représente à ce titre une servante de la théologie (philosophia ancilla theologiae), et les deux disciplines collaborent en vue d'une même fin.

Saint Thomas d'Aquin est surtout connu par ses cinq preuves de l'existence de Dieu:

  • preuve par le mouvement: les choses sont constamment en mouvement, or il est nécessaire qu'il y ait une cause motrice à tout mouvement. Afin de ne pas remonter d'une cause motrice à une autre, il faut reconnaître l'existence d'un Premier moteur non mû : c'est Dieu.
  • preuve par la causalité efficente : nous observons un enchaînement de causes à effet dans la nature, or il est impossible de remonter de causes à causes à l'infini ; il faut nécessairement une Cause Première : c'est Dieu.
  • preuve par la contingence : il y a dans l'univers des choses nécessaires qui n'ont pas en elles-mêmes le fondement de leur nécessité. Il faut donc un Être par Lui-même nécessaire qui est Dieu.
  • preuve par les degrés des êtres : preuve reprise de Platon, qui a remarqué qu'il y a des perfections dans les choses (bien, beau, amour, etc.) mais à des degrés différents. Or il faut nécessairement qu'il y ait un Être qui possède ces perfections à un degré maximum, puisque dans la nature toutes les perfections sont limitées.
  • par l'ordre du monde : On observe un ordre dans la nature : l'œil est ordonné à la vue, le poumon à la respiration, etc. Or à tout ordre il faut une intelligence qui le commande. Cette Intelligence ordinatrice est celle de Dieu.

Du XVe au XIXe siècle

Descartes

L'âme est pour René Descartes une substance indépendante, et seul l'homme a une âme. Cette âme est le substrat de nos qualités spirituelles, c'est une essence particulièrement différente du corps. Il y a en effet pour Descartes une grande différence entre l'âme et le corps, une différence qui les distingue radicalement : l'âme est une substance pensante (res cogitans), la matière est une substance étendue (res extensa). Ce dualisme, qui existe déjà chez Platon est à la base des courants d'où la psychologie devient scientifique, car pour Aristote l'âme et le corps ne faisaient qu'un. Par conséquent il n'y avait pas de distinction entre la science et la philosophie. Descartes a fourni aussi plusieurs preuves de l'existence de Dieu dont une variante de l'argument ontologique.[réf. nécessaire]

Leibniz

Leibniz (1646-1716) introduit l'idée de monade, unité spirituelle. Sa théorie de l'union de l'âme et du corps découle de sa monadologie: le corps est un agrégat de monades, dont les rapports avec l’âme sont réglés dès le départ comme deux horloges que l’on aurait synchronisées. Leibniz est connu aussi pour être à l'origine de l'idée du meilleur des mondes possibles. Si Dieu existe, il a, par nécessité, pu, voulu et su créer le moins imparfait de tous les mondes imparfaits; le monde le mieux adapté aux fins suprêmes, le nôtre.

Le XIXe siècle

Victor Cousin

  • Dans Du Vrai, du Beau, du Bien (1853), Victor Cousin affirme que « [sa] vraie doctrine, [son] vrai drapeau, c'est le spiritualisme, cette philosophie aussi solide que généreuse, qui commence avec Socrate et Platon, que l'Evangile a répandue dans le monde, et que Descartes a mise sous les formes sévères du génie moderne. »[5]

Henri Bergson

Allan Kardec

Pierre Teilhard de Chardin

Le XXe siècle

Louis Lavelle

René Guénon

Débats contemporains : le spiritualisme d’aujourd’hui

Argumentation spiritualiste moderne

Les spiritualistes d'aujourd'hui avancent un certain nombre d'arguments tirés des sciences portant sur:

  • La mécanique quantique
  • Le principe anthropique
  • L'évolution biologique
  • La neurophysiologie

En mécanique quantique, les spiritualistes essayent de montrer qu'il existe un autre niveau de réalité. La mesure détermine le phénomène. Or qu'est-ce qu'une mesure sans mesureur ? Ainsi, les spiritualistes affirment que c'est la conscience qui créé la réalité.

En astrophysique, les spiritualistes font appel au principe anthropique: les quinze constantes fondamentales ont été réglées au moment du big bang d'une façon qui rend possible la vie intelligente (il s'agit ici d'un hasard de plus de 1 sur 10 puissance 100). Les matérialistes disent tout simplement que si ce n'était pas le cas, on ne serait pas là à en discuter... Les spiritualistes répondent alors que le problème n'est pas si simple: pour reprendre la métaphore de Hubert Reeves, si un prisonnier devant être fusillé au poteau par une petite troupe de soldats réchappe miraculeusement à l'exécution, pensera-t-il qui doit sa survie au hasard ou qu'il vit encore grâce à une conspiration ? Ainsi, la vie intelligente dans notre univers serait due à un "conspirateur" cosmique (en clair, Dieu) qui aurait réglé dès le départ les constantes fondamentales de l'univers.

En biologie, les spiritualistes sont souvent anti-darwiniens. Ils affirment que l'évolution est orientée vers le plus haut psychisme possible (en effet, on n'a jamais vu régresser une espèce au niveau de l'intelligence). Ils font appel à la théorie des quanta pour justifier une telle position. En effet, la mutation génétique est un phénomène quantique soumis aux lois d'indétermination: certaines mutations peuvent donc avoir plus de chances de se produire que d'autres sans violer les lois de la physique. Cette idée est appuyée par quelques expériences (voir celles de Johnjoe Mac Fadden par exemple). Les spiritualistes les plus extrêmes affirment que c'est Dieu qui manipule directement les gènes par ce biais.

En neurophysiologie, les spiritualistes veulent réahabiliter le dualisme. Ils mettent en avant la théorie de sir John Eccles (prix Nobel) selon laquelle le cerveau serait l'organe destiné à faire communiquer le corps et l'esprit. La communication serait possible grâce à l'indétermination quantique au niveau des synapses (lien entre deux neurones): l'esprit, par une action à distance, n'aurait plus qu'à changer les probabilités de passage des neurotransmetteurs (molécules au niveau des synapses faisant passer les informations d'un neurone à l'autre) pour influencer le cerveau. Ce dualisme est appuyé par quelques expériences scientifiques: par exemple, l'expérience de Sperry consistant à couper totalement la communication entre les deux hémisphères du cerveau. On constate que la personne ainsi opérée garde toute son unité. Malgré le temps, il n'émerge pas deux personnalités différentes dans chacun des deux hémisphères du cerveau: pourquoi ? La thèse dualiste semble être une réponse convaincante pour l'instant. Cependant, de nombreuses expériences sont encore à réaliser afin de prouver, sans l'ombre d'un doute, que la thèse dualiste est bel et bien la meilleure réponse à ces phénomènes.

Critique de l’argumentation spiritualiste moderne

Quiétisme et spiritualisme

Opposé à toute forme de spiritualisme, le quiétisme...

Vitalisme

Opposant : Léon Ollé-Laprune

Quelques ouvrages de contemporains

  • Corps, cerveau et esprit chez Bergson : le spiritualisme minimaliste de Matière à mémoire, par Alain Panero, Ed. L'Harmattan, 2006
  • L'habitude dans le spiritualisme français : Maine de Biran, Ravaisson, Bergson par Su-Young Park Hwang, 1998
  • Le spiritualisme athée par Pierre Lance, 1996
  • Végétarisme et spiritualisme. vertus curatives des légumes et des fruits par Bertholet, 1974
  • Notre existence a-t-elle un sens ? par Jean Staune, 2007

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes



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