Social-libéralisme


Social-libéralisme

Les termes social-libéralisme ou nouveau libéralisme[1] (son nom d'origine), haut libéralisme (high liberalism)[2], libéralisme radical (radical liberalism)[3], libéralisme moderne (modern liberalism)[4], ou souvent en Amérique du Nord, libéralisme sont utilisés par certains pour exprimer leur philosophie politique et économique. Dans le but d'éviter des inégalités sociales nuisibles à la liberté des plus faibles, le social-libéralisme souhaite de plus fortes régulations que le libéralisme classique (ou « vieux libéralisme »), qui est plutôt en faveur d'une politique de laissez-faire[5]. Alors qu'ils sont généralement classés à gauche en Amérique du Nord, les sociaux-libéraux en Europe se retrouvent souvent classés au centre de l'échiquier politique[6], même si on en trouve dans tous les partis non extrêmes.

Leonard Trelawny Hobhouse, un des concepteurs du social-libéralisme à travers notamment de son livre Liberalism paru en 1911.

Le social-libéralisme commence à se constituer au milieu du XIXe siècle. Au niveau politique et social, il est alors très lié à l'Université d'Oxford, tandis qu'au niveau économique il sera plutôt influencé par des chercheurs de l'Université de Cambridge. Au niveau international, avec des figures comme Woodrow Wilson, Norman Angell et David Mitrany, le social-libéralisme a fortement contribué à l'établissement des institutions internationales de régulation, tant au niveau politique (Société des Nations et Organisation des Nations Unies) qu'économique comme en témoigne le rôle de John Maynard Keynes dans l'établissement du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Si dès le départ, le social-libéralisme est très préoccupé par la nécessité d'impliquer les êtres humains dans le processus décisionnel, il existe néanmoins chez lui une tentation de l'expertise, particulièrement forte en économie, qui va profondément le marquer. Ce n'est que dans les années 1970, sous l'influence notamment de John Rawls, qu'un retour vers un plus grand respect des citoyens va s'opérer, en même temps que s'esquisse un critique de son « économisme ». Par ailleurs se développe une réflexion liée aux moyens de répondre aux nouveaux défis qui se posent aux sociétés actuelles : la justice sociale avec deux approches majeures : celle de John Rawls, très institutionnelle, et celle axée sur les capabilités (Amartya Sen et Martha Nussbaum) ; les droits civiques, le multiculturalisme, les politiques de reconnaissance (Charles Taylor) ; les politiques du care, etc.

Il existe entre le social-libéralisme (le courant majeur du libéralisme anglo-saxon) et libéralisme classique (auquel en France on assimile souvent le terme « libéralisme ») de fortes tensions, notamment perceptibles dans l'œuvre de Friedrich Hayek[7].

Sommaire

Contextes et courants fondateurs

Le contexte

John Stuart Mill (1806-1873), un des précurseurs du social-libéralisme. C'est l'un des premiers à passer de la notion d'individu à celle d'individualité.

Au début du XIXe siècle, le libéralisme est la force politique et intellectuelle dominante en Angleterre. Le Parti libéral nait en 1839 de la réunion de l'ancien parti Whigs et des radicaux, disciples de Jeremy Bentham et de l'utilitarisme. Il sera un des deux grands partis anglais avec les Tories jusqu'en 1922. Sociologiquement il est très marqué par la petite bourgeoisie industrieuse radicale. Sous son influence, Richard Cobden et l'École de Manchester finissent par obtenir l'abrogation des corn laws le 16 mai 1846 et la conversion de l'Angleterre au libre-échange. Si, aux États-Unis, débute après la guerre de Sécession un consensus libéral[8], par contre, sur le continent européen, après les révolutions de 1848, le libéralisme reflue tant en France qu'en Allemagne. Au plan politique, peu à peu, sous la pression des disciples libéraux de Bentham et de l'utilitarisme, appelé aussi par Elie Halévy le radicalisme philosophique, le suffrage universel gagne du terrain, ce qui ne va pas sans poser de nouveaux problèmes. En Angleterre, les libéraux qui représentaient l'aile gauche mais qui, sociologiquement, appartenaient à la bourgeoisie, voit leur influence diminuer avec l'arrivée du suffrage universel pour les hommes et la constitution d'un prolétariat salarié. Leur position est d'autant plus précaire que, parallèlement, émerge également une idéologie concurrente, le socialisme. Tout cela entraîne tant chez John Stuart Mill que chez Alexis de Tocqueville la peur d'une « tyrannie de la majorité »[9]. Malgré tout, les nouveaux libéraux qui vont constituer le social-libéralisme vont opter, à la suite de Bentham et du radicalisme philosophique, pour la démocratie. Mais ils vont mettre l'accent sur deux points : la mise en place de systèmes d'éducation de façon à ce que le peuple se comporte le plus rationnellement possible et, non sans lien avec ce qui précède, vont donner une place importante aux experts. Par ailleurs avec l'industrialisation, les villes s'agrandissent et nécessitent la création de biens publics tels que la fourniture d'eau potable ou des réseaux d'assainissement. Autant de défis portés au libéralisme classique qui se méfiait de l'État. Enfin, de 1870 à 1920, apparaît la seconde révolution industrielle qui va entraîner la constitution de très grandes entreprises qui n'entrent plus dans le cadre de la concurrence pure et parfaite, ce qui va amener les économistes et les juristes de cette mouvance à étudier comment réguler cette concurrence « faussée ». John Atkinson Hobson étudiera les rentes de monopole, tandis qu'aux États-Unis les économistes et les juristes, tel Louis Brandeis, introduiront les premières législations visant à réguler la concurrence. Au niveau international à la fin du XIXe siècle les Anglais sont de plus en plus sur la défensive au point de vue économique face à la montée en puissances des nouveaux pays industriels que sont alors l'Allemagne, les États-Unis et le Japon[10], ce qui les entraînent vers une tentation protectionniste et impérialiste. Pour les deux principaux concepteurs du nouveau libéralisme, Leonard Trelawny Hobhouse et John Atkinson Hobson, militants farouches de l'anti-impérialisme et du libre-échange pour des raisons peut-être plus morales et politiques qu'économiques, il s'agit là d'un point au moins aussi important que la question sociale. D'une façon générale, pour Catherine Audard à cette époque, «  les valeurs du libéralisme éthique et politique vont [...] entrer en conflit avec les effets du capitalisme »[10]. Une question lancinante traverse le livre de Hobhouse[11], Liberalism, de 1911 : « Le libéralisme est-il seulement un principe destructif, un instrument de contestation ou est-il possible qu'il soit également constructif, qu'il puisse en quelque sorte instituer une société libérale ? » Le projet sera lent à rentrer dans les faits. En 1937, 26 ans après, Walter Lippmann dans Cité libre se pose exactement la même question. D'une certaine façon, le social-libéralisme, élaboré fin du XIXe début XXe siècle, ne débouchera réellement qu'après la Seconde Guerre mondiale

Le nouveau libéralisme anglais : d'Oxford à Cambridge

Le nouveau libéralisme et Oxford

Thomas Hill Green est un philosophe formé à Oxford qui a très fortement influencé le social-libéralisme, notamment dans ce qui en constitue le coeur : l'éthique, les interactions entre l'individu et la société, la notion de bien commun, la méfiance envers la liberté des contrats quand il y a un déséquilibre manifeste entre les parties contractantes.

Le nouveau libéralisme se construit entre 1886 et la guerre de 1914, et va inspirer les grandes réformes sociales anglaises des années 1905-1914[12]. Il émerge au moment où le parti libéral anglais est doublement divisé entre impérialiste et anti-impérialistes d'une part et entre ceux en faveur de réformes sociales et les autres d'autre part, sans d'ailleurs que ces deux grands clivages se recoupent. Pour Michael Freeden, la fin du parti libéral, si elle a de nombreuses causes, ne peut pas être attribué à la faiblesse intellectuelle du nouveau libéralisme, car, pour lui, avec le recul, c'est lui qui a gagné haut la main sur les idéologies concurrentes[13]. Le déclin et la fin du parti libéral a permis que le social-libéralisme soit un mouvement d'idées, pas l'idéologie officielle d'un parti[14].

Le nouveau libéralisme (New Liberalism) n'a été étudié que relativement tardivement, vers la fin des années 1970. Un des obstacles à cette étude a été le manque d'un ou deux grands auteurs et l'obligation où se sont trouvés les historiens d'étudier un mouvement où la pensée s'est élaborée de façon relativement collective. Freeden, un des historiens qui a travaillé sur ce sujet, écrit à ce propos : « l'obsession non justifiée envers les "Grands Hommes" peut, dans le domaine de la pensée politique, obscurcir la possibilité de retracer les cheminements idéologiques à l'intérieur d'un groupe d'intellectuels capables de former l'opinion[trad 1] et qui collectivement ont repensé les problèmes de façon terre-à-terre et concrète plutôt que philosophique et abstraite... »[15]. Malgré tout, deux points peuvent être soulignés.

Tout d'abord, le nouveau libéralisme est profondément lié à l'université d'Oxford. Deux de ses grands précurseurs, Thomas Hill Green et Arnold Toynbee, ont été formés à Oxford où ils ont enseigné. Ensuite les plus connus des fondateurs du nouveau libéralisme, Leonard Trelawny Hobhouse, John Atkinson Hobson et Herbert Samuel, ont été formés à Oxford. Autre point notable, leurs principaux instruments d'influence et de création ont été la presse, les revues et les cercles de réflexion, tels que le Rainbow Circle, les sociétés éthiques et les groupes opérant en marge du parti libéral ou encore des mouvements sociaux comme le Settlement movement[16].

Herbert Samuel est l'un de ceux qui ont forgé l'expression « nouveau libéralisme ».

Selon John Atkinson Hobson, deux revues ont joué un rôle important. D'abord de 1896 à 1898, la Progressive Review. « Nouveau liberalisme » a été forgé par Herbert Samuel et d'autres parce qu'ils trouvaient que ce terme définissait correctement le but de la revue[17]. Pour Hobson, « Ce "Nouveau" libéralisme différait de l'ancien en ce qu'il envisageait plus clairement le besoin d'importantes réformes économiques, dans le but de donner une signification positive à l'« égalité » qui figure dans la triade démocratique de liberté égalité et fraternité »[18]. « Mais bien que "les citoyens comme un corps" doivent utiliser l'État comme le principal instrument politique pour la promotion du "bien social", la ligne éditoriale de la revue était très sensible des dangers d'un État puissant, pris comme un instrument d'absolu contrôle et débouchant sur la "raison d'État" comme un principe de politique au dessus des lois ». Ils étaient particulièrement sensibilisés à ce qui se passait en Allemagne où ils y voyaient une réincarnation de Machiavel[19]. Par ailleurs, cette revue était sensible au fait que le progrès n'était seulement politico-économique mais également culturel[20]. Autre revue importante l'hebdomadaire Nation de 1906 à 1920. Selon Hobson, les éditeurs (H. W. Massigham et Richard Cross) de cette revue « donnèrent à nos écrits (les siens et ceux de L.T Hobhouse, H.W Nevinson, F.W Hirst, C.F.G Masterman, J.L Hammond, the Rev. W.D. Morrison) une certain degré de consistance qui fit que la Nation eut une réelle influence sur le nouvelle tendance du libéralisme »[21]. Fin 1922, John Maynard Keynes rachète la revue et lui donne un ton moins oxfordien et plus cambridgien

Blason de l'Université d'Oxford dont sont issus les fondateurs du nouveau libéralisme.

Malgré tout, ils ont réussi à bâtir une idéologie libérale cohérente couvrant l'ensemble de la condition humaine qui transforme sur certains points significatifs le libéralisme classique. Tout d'abord au cœur du nouveau libéralisme, il y a, comme Elie Halévy[22] l'a noté, une influence de l'évangélisme ou peut-être plutôt d'une laïcisation de l'évangélisme à la mode en vigueur durant leur scolarité à l'Université d'Oxford (un peu sous l'influence alors du Balliol College de Benjamin Jowett), jointe à des éléments de l'éthique positiviste. De Thomas Hill Green d'Oxford, ils reprennent la conception organique de la société. Du darwinisme, fort en vogue de leur temps, ils retiennent l'idée d'évolution, d'adaptation à l'environnement, ce qui les amènent à rejeter le côté a-historique de l'utilitarisme tout en restant marqués par l'utilitarisme dont ils retiennent la notion même d'utilité en l'élargissant à l'utilité sociale[23]. Par ailleurs, à la suite de John Stuart Mill[24], ce qui devient central chez eux, ce n'est pas l'individu mais l'individualité, c'est-à-dire la personne vue dans son ensemble et dans son lien à la société.

La question qui va devenir un enjeu entre eux et le libéralisme classique est de savoir si on peut les considérer comme des libéraux. Pour Michael Freeden, ils sont incontestablement libéraux car ils retiennent les principaux postulats du libéralisme anglais tels qu'ils ont été formés sur la période qui va de John Locke à la jeunesse de John Stuart Mill : « la croyance dans la raison [...] une foi dans la perfectibilité de l'homme [...] la notion de liberté empirique [...] un intérêt pour la société vue comme un tout [...] » et surtout la conception « du libéralisme comme une "foi", une "attitude mentale" une "affaire d'esprit", d'"attitude intellectuelle" et de "tempérament moral" plus que comme une croyance, une doctrine ou un programme défini à prescrire »[25]. S'ils s'en éloignent, pour lui, c'est seulement sur le secondaire[26] : les droits naturels, l'idée de propriété privée comme expression de la valeur de l'homme et le laissez-faire économique.

Keynes, Cambridge et le nouveau libéralisme

Des études récentes ont insisté sur la proximité de deux économistes de l'université de Cambridge, Alfred Marshall et John Maynard Keynes avec le nouveau libéralisme. Pour Jean-Pierre Potier, plusieurs points rapprochent Marshall des nouveaux libéraux : l'idée d'évolution en économie, un intérêt pour la question sociale[27], l'importance donnée à l'État et aux collectivités locales dans la gestion des transports publics, de l'eau, du gaz et de l'électricité[28], son appui au système d'impôt progressif sur le revenu créé en Angleterre en 1909 par David Lloyd George, son intérêt pour un système d'assurances sociales[29]

Mais l'économiste de Cambridge qui va le plus marquer le social-libéralisme est Keynes. Alors que deux des principaux fondateurs du nouveau libéralisme, Leonard Trelawny Hobhouse et John Atkinson Hobson, estiment au début des années 1920 que le mieux pour faire avancer leurs idées est de se rapprocher du parti travailliste, Keynes s'implique alors dans la vie du parti libéral anglais en participant aux Liberal Summer Schools destinés à donner de nouvelles idées au parti libéral et reprend en 1923 The Nation, la revue des nouveaux libéraux, provoquant un départ de l'ancienne équipe de rédaction[30] et un changement éditorial avec un ton moins hobsonnienne et plus économistes de Cambridge, plus centré sur la production que sur la qualité de la vie[31]. Pour Michael Freeden, la stratégie travailliste des deux fondateurs a une forte cohérence car « Les membres du parti travailliste qui étaient (sur le plan idéologique) des libéraux de gauche n'avaient pas conscience ou ne voulaient pas dire leur affinité avec le libéralisme »[32]. C'est une des raisons pour laquelle ce chercheur a tendance à considérer Keynes comme un libéral plus centriste que John Atkinson Hobson ou Leonard Trelawny Hobhouse. Michael Freeden, Catherine Audard et Gilles Dostaler insistent à la fois sur la continuité entre Keynes et les nouveaux libéraux (évolutionnisme, refus du laissez-faire, tendance altruiste chez l'homme, lien entre organisation et raison)[33], et sur les différences sensibles sur trois points : d'une part, il y a chez John Maynard Keynes un élitisme qui le rapproche plus de Herbert George Wells que des nouveaux libéraux qui insistent sur une éthique de la participation de tous aux décisions[34], d'autre part, il est plus intéressé par la régulation macro-économique que par la redistribution[35], enfin pour lui, l'économie est davantage affaire de technique et de science que de politique[36].

Le libéralisme républicain en France

Article détaillé : Solidarisme.
Portrait de Léon Bourgeois paru dans L'Artiste en 1897.

« L'influence sur l'identité politique française »[37] de ce courant a été plus limitée que ne l'ont été le nouveau libéralisme anglais ou le libéralisme progressif aux États-Unis. Parmi les penseurs de la première génération, nous pouvons citer Charles Renouvier (1815-1903), Alfred Fouillée (1838-1912), Léon Bourgeois (1851-1925) ou Émile Durkheim. Ces penseurs présentent des points communs avec le nouveau libéralisme anglais : influence de Kant et de Hegel (Catherine Audard[38] voit chez Fouillée « une analogie avec T.H. Green et sa tentative de conciliation entre l'idéalisme de Kant et de Hegel »), un lien de réciprocité entre l'individu et la société que Léon Bourgeois appelle la solidarité. Si l'on se tourne vers les économistes, l'idée de solidarité est également présente chez Charles Gide et Charles Rist. Mais ce courant a aussi des liens avec d'autres champs du savoir académique : au niveau sociologique notamment dans l'œuvre d' Émile Durkheim et au niveau juridique notamment chez Léon Duguit et Gaston Jèze.

Si l'influence de ce courant est assez courte (elle cesse pratiquement avec le virage à droite du Parti radical en 1910[39]) il a cependant profondément marqué les structures sociales bâties par la Troisième République française[40][N 1] et les réformes sociales d'avant la première guerre mondiale intervenues au moment où le solidarisme était la doctrine sociale du Parti Radical.

Si la seconde génération formée notamment de Célestin Bouglé[41] et d'Élie Halévy a peu de poids politique, elle a, malgré tout, une certaine influence au niveau intellectuel. À la troisième génération, Robert Marjolin, un économiste ayant eu des responsabilités dans des organisations supranationales, sera également influencé par l'approche économique développée dans la lignée des travaux des nouveaux libéraux et des libéraux progressistes américains.

Le libéralisme progressiste aux États-Unis

Woodrow Wilson, une grande figure du social-libéralisme tant au niveau intellectuel (il était professeur à Princeton) que politique (président des États-Unis de 1913 à 1921).

Le mouvement de réforme du libéralisme et de constitution de ce qu'on nomme social-libéralisme, a des sources plus anciennes et qu'en France, avec, pour Catherine Audard[42] des racines dans le mouvement abolitionniste. Si dans ce pays, cette idéologie est très liée au progressisme néanmoins, tout progressisme n'est pas libéral comme en témoigne l'opposition en 1912 entre deux programmes progressistes : le New Freedom de Woodrow Wilson et de son conseiller Louis Brandeis libéral et le New Nationalism plus dirigiste de Théodore Roosevelt et d'Herbert Croly[43]. La différence entre les deux programmes est du même type que celle que Leonard Trelawny Hobhouse voit entre le nouveau libéralisme et la Fabian Society : d'un côté une approche qui privilégie pour des raisons morales la participation de tous à la prise de décision et l'autre beaucoup plus basée sur la relation descendante entre dirigeants et dirigés[44]. Arthur Schlesinger note à ce propos que « Croly se préoccupait du moral de la nation et Brandeis de la moralité de l'individu ». Woodrow Wilson est également proche des nouveaux libéraux par son refus du machiavélisme dans les relations internationales et pour sa détermination à créer la Société des Nations. *

De façon générale, il existe des liens entre les deux côtés de l'Atlantique. Les participants à la revue New Republic qui sera un temps la revue du progressisme américain[45] accueille des auteurs tant anglais qu'américain. Les frontières entre les proches de Théodore Roosevelt et Woodrow Wilson ne sont pas plus imperméables que celles entre la Fabian Society et le nouveau libéralisme. Walter Lippmann, par exemple, est au départ proche d'Herbert Croly et de la Fabian Society avant de se rapprocher Woodrow Wilson et de la tendance nouveau libéraliste[46]. Il lui restera, malgré tout un aspect un peu Fabian Society qui apparaitra dans son débat sur l'opinion publique avec John Dewey, un philosophe dont la pensée tout comme celle de William James marqueront profondément le libéralisme progressiste américain[45].

Au plan juridique, très important aux États-Unis, ce courant est très bien représenté à l'école de droit de Harvard dont est issu Louis Brandeis et dont Roscoe Pound sera longtemps le doyen. En 1911, la même année où Leonard Trelawny Hobhouse publie son livre Liberalism, Roscoe Pound [47], qui partage avec Thomas Hill Green, une méfiance envers la liberté des contrats lors que les rapports entre les parties sont asymétriques, lance la Sociological Jurisprudence, qui vise à adapter la législation à la nouvelle donne sociale et économique de la période.

Les grands traits du social libéralisme classique

Le cœur du social libéralisme

Pour Leonard Trelawny Hobhouse, « Le cœur du libéralisme est la compréhension que le progrés n'est pas une question de combinaison mécanique, mais de libération de l'énergie spirituelle vivante. Le bon mécanisme est celui qui peut apporter des canaux par lesquels cette énergie peut s'écouler sans entrave, sans être bloquée par sa propre exubérance de sortie, vivifiant la structure sociale, accroissant et ennoblissant la vie de l'esprit »[48]. Cette conception éthique, non matérialiste, qui sous-tend sa vision de l'être humain en tant qu'individualité, jointe avec une approche qui insiste sur l'interaction entre l'individualité et la société constitue le cœur du social-libéralisme. C'est cela qui le distingue à la fois du socialisme notamment du socialisme de la Fabian Society et d'autres types de progressisme. On trouve cette attitude non seulement chez Hobhouse, mais également aux États-Unis chez Louis Brandeis et, en France, peut-être de façon plus atténuée chez Alfred Fouillée[49].

L'éthique

Pour Herbert Samuel le terme nouveau libéralisme « Le tronc de l'arbre du libéralisme est enraciné dans le sol de l'éthique »[23]. Cela les conduit à penser l'être humain dans toutes ses dimensions et à ne pas se limiter à la dimension extérieure et matérielle mais d'aborder aussi la dimension intérieure, éthique et spirituelle. C'est cette volonté de tenir compte de la dimension intérieure notamment dans les relations de pouvoir qui distingue le social-libéralisme d'autre progressisme, par exemple celui de la Fabian Society. Au niveau politique, cela entraîne comme le souligne Hobhouse[50] leurs grands hommes tels William Ewart Gladstone ou plus tard Woodrow Wilson à adopter des attitudes morales et à récuser la raison d'État affranchie de la morale ou de l'éthique.

La vérité

Vérité, (blason de l'université Harvard). De nombreux sociaux-libéraux y ont été formés ou y ont été enseignants : Franklin Delano Roosevelt, Walter Lippmann, John Rawls et Amartya Sen.

La notion de vérité est profondément ancrée dans l'éthique du social-libéralisme qui, sur ce point, suit John Stuart Mill qui en faisait la fin première du libéralisme[51]. La recherche de la vérité surplombe leur approche méthodologique tant, dans le domaine économique que politique. Si Hobhouse récuse le relativisme, il développe toutefois une approche ouverte et non dogmatique de la vérité dont il trace l'esprit dans une phrase où il se réfère à Gamaliel l'Ancien un des maîtres de l'apôtre Paul : si un chose « est de l'homme, i.e, si elle n'est pas enracinée dans la vérité, elle n'aboutira à rien. Si elle vient de Dieu, prenons garde de ne pas nous trouver à combattre contre Dieu »[52].

Par ailleurs, pour Hobhouse, la recherche de la vérité est un bien en lui-même (« il y a un élément de valeur positive dans l'erreur honnête qui la place au-dessus de la vérité acceptée mécaniquement »)[53] cela, joint à l'emphase mise sur la vie intérieure, conduit à affirmer qu'on ne peut pas imposer la vérité de l'extérieur mais qu'au contraire il faut faire participer les autres à sa découverte. Cette idée marque profondément leur approche de la politique. Leonard Trelawny Hobhouse croit bon de préciser que la «  vérité doit être communiquée aux autres non pas par des moyens matériels mais par des moyens spirituels », et, que l'emploi de la contrainte ou de l'arme des avantages terrestres « ne détruisent pas seulement les fruits mais les racines même de la vérité qui germent dans l'âme humaine »[54].

Enfin, pour eux, la recherche de la vérité n'est pas de nature abstraite. Elle est, au contraire, inductive, résultat d'une confrontation avec les faits même lorsqu'ils durs (hard facts)[55], d'une volonté de voir la réalité en face. Sur ce point, il est possible de relever, une approche différente de celle des successeurs idéalistes de Thomas Hill Green et peut-être aussi du solidarisme français qui peut avoir tendance à se réfugier également dans l'idéalisme.

L'individu être social et l'architectonique du social-libéralisme

Dans le social-libéralisme, l'individu et la société interagissent. Hobhouse partant de Thomas Hill Green développe la métaphore organique. Toutefois, pour éviter les confusions sur le mot il précise qu'« une chose est appelée organique quand elle est faite de parts qui sont tout à fait distinctes les unes des autres, mais qui sont détruites ou vitalement altérées quand elles sont enlevées de l'ensemble ». Les libéraux républicains en France préféreront éviter cette métaphore aux réminiscences pauliniennes[56] qui risquait d'être interprétée en France, soit de façon très conservatrice soit de façon très marxiste[57]. Aussi, pour nommer cette interaction entre la société et l'individu ils préfèreront utiliser le mot solidarité encore qu'ils n'évitent par toujours le mot organe [58]. Sur ce point, il convient de noter une différence entre John Atkinson Hobson qui a une approche plus organique, plus holiste qui préférera dans les années 1920 parler de socialisme libéral et Leonard Trelawny Hobhouse qui a une vision plus libérale, plus fondée sur la personnalité et préférera parler de social-libéralisme[59]. On retrouve des idées similaires chez John Dewey[60]

Pour expliquer comment, dans un telle société, les être humains peuvent arriver à penser qu'ils doivent aussi tenir compte des conséquences de leur actes sur les autres, Hobhouse introduit la notion de spectateur impartial[61] qui vient rappeler de l'intérieur même de l'être humain cette exigence. Il est à noter que le spectateur impartial est un élément clé du livre d'Adam Smith la Théorie des sentiments moraux auquel il fait référence implicitement.

Dans le social-libéralisme, il n'y a pas une harmonie naturelle comme dans le libéralisme classique, qu'on peut atteindre par « la prudence et la froideur de jugement » mais « seulement… une possibilité d'harmonie éthique, que, en partie par la discipline, en partie par l'amélioration des conditions de vie, les hommes peuvent atteindre, et c'est dans cette réalisation que réside l'idéal social »[62]. Ici, il y a une influence de Hegel, notamment de la Phénoménologie de l'esprit où, « la réalité sociale est une réalité éthique à laquelle l'esprit (Geist), individuel et collectif, collabore »[63]. Pour lui donc, pour arriver à l'harmonie, il convient d'arriver à définir le bien commun, ce sera le travail de la démocratie, mais il faut également que les individualités puissent atteindre leur propre bien [61] ce qui amène à étudier le lien entre liberté et individualité.

Liberté et individualité

Dans le libéralisme classique, la liberté résulte essentiellement d'une absence de contrainte. Le nouveau libéralisme à la suite de John Stuart Mill ne se focalise pas sur l'individu mais sur l'individualité, sur l'être social. Ce qui devient important, ce n'est pas seulement la liberté de choisir, c'est aussi la possibilité de se réaliser. Pour ce faire une absence de contrainte n'est pas suffisante[64], il faut aussi que l'individu bénéficie de droits sociaux lui permettant de réaliser son potentiel. C'est ainsi que l'on passe de l'idée d'égalité des droits à celle d'égalité des opportunités [65]. Plus tard, Amartya Sen parlera de capabilité.

La question sociale et l'État

Louis Brandeis (vers 1900), un des grands juristes du social-libéralisme.

Pour eux, l'État doit éviter que les personnes exercent des contraintes les unes sur les autres. Par exemple, il doit éviter que certains n'usent de leur pouvoir en obligeant l'autre partie à signer des contrats très déséquilibrés. Mais l'État doit également intervenir pour assurer des droits sociaux tels que les retraites ou les assurances sociales. Par ailleurs, l'État doit veiller sur la machinerie économique. En effet, un individu seul n'est pas en mesure de procéder aux réglages des structures économiques qui permettent, par exemple, à un individu normal de pourvoir à ses besoins. Hobhouse, prenant appui sur des études réalisées par Booth à Londres et par Rowentree à York, considère qu'en Angleterre, alors, de très nombreuses personnes ne pouvaient pas vivre décemment et que pour remédier à cette situation l'État seul avait les moyens de procéder aux ajustements structurels nécessaires[66].

Il existe aussi une conception de l'État que Leonard Trelawny Hobhouse appelle la « théorie métaphysique de l'État » qui n'est pas la leur. La leur, à la façon d'A.V. Dicey tourne plutôt autour de l'État de droit ou Rule of Law. En France, des juristes comme Léon Duguit ou Gaston Jèze ont développé des théories assez proches, mais leur influence a été plutôt limitée. Aux États-Unis, tant Woodrow Wilson que Franklin Delano Roosevelt ont renforcé le poids de du gouvernement fédéral de sorte que le mot libéralisme est souvent associé à l'idée de Big Government[67]. Malgré tout, ils ne sont pas tombés dans la conception métaphysique de l'État grâce notamment aux juristes proches du social-libéralisme, tels Louis Brandeis ou Roscoe Pound.

Social-libéralisme et démocratie

Herbert George Wells a développé dans son livre Modern Utopia de 1905, écrit lors de sa période Fabian Society, l'idée d'une république platonicienne dirigée par des samouraïs. Le social-libéralisme avec Hobhouse s'oppose fortement à cette notion qui peut néanmoins être une source de tentation pour certains de ses membres.

La démocratie est pour eux la base nécessaire de l'idée libérale [68]. En effet, nous l'avons vu d'une part, le cœur de leur pensée requiert de déterminer le bien commun et pour ce faire, leur éthique et leur conception de la vérité implique de faire participer tout le monde à la détermination de ce bien. Toutefois comme ils sont pragmatiques, ils vont se poser la question de savoir comment faire si une volonté commune ne se dégage pas. Comme ce ne sont pas des métaphysiciens, ils ne vont pas se lancer dans des raisonnements hautement abstraits pour montrer qu'elle doit exister fortement. Ils vont plutôt dire qu'il faut que ceux qui ont le sens des valeurs sociales essayent de former une opinion publique. Il y a ici comme l'annonce du livre de Walter Lippmann Public opinion . Toutefois, cette idée d'une sorte d'« avant-garde » éclairant le peuple, pourrait amener à l'idée de la Fabian Society d'un gouvernement d'experts. Ce n'est pas le cas. En effet, en conformité avec leur éthique exposée plus haut, il faut malgré faire en sorte qu'il y ait une participation des citoyens. Hobhouse écrit à ce propos, « cependant, l'individu contribue à la volonté sociale à des degrés divers, car la thèse démocratique est que la formation d'une telle volonté, que l'extension de l'intérêt intelligent à tous les aspects des choses publiques est en lui-même un bien, et plus que cela, c'est la condition permettant d'autres bonnes choses » [69]. En fait, L'idée qu'il y a chez Hobhouse, c'est que les personnes soucieuses du bien commun doivent bâtir des « philosophies » en partant de l'étude des faits. Celles-ci doivent à la fois être capables de donner des pistes pour résoudre les problèmes, s'adresser à l'âme humaine et nourrir des débats ouvrant la voie à la détermination du bien commun[70].

L'économie

C'est sur ce point que le social libéralisme a reçu la plus forte opposition pour des raisons à la fois idéologique et d'intérêts particuliers. Il a du affronter une part des industriels qui en Angleterre ont quitté le parti libéral pour le parti conservateur[71].

Régulation des marchés et concurrence

L'idée de régulation des marchés et de surveillance de la concurrence est présente tant chez les sociaux-libéraux anglais que chez leurs homologues américains. John Atkinson Hobson va développer la notion de rente comprise non plus simplement comme rente de la terre comme dans le cas de l'école classique mais comme rente liée à une concurrence faussée soit du fait du jeu des acteurs économiques soit du fait de mesures administratives ou politiques telles celllle que pour lui les financiers vont obtenir des politiques pour lancer un e politique impérialiste. Toutefois, c'est aux États-Unis qui connaissent à la fin du XIXe siècle siècle un très fort regroupement d'entreprises avec la constitution de grands oligopoles que la nécessité de veiller à ce que les entreprises ne fausse pas la concurrence ca réellement se développer. Elle aura deux grandes sources : des économistes américains formés en Allemagne par des économistes de l'école historique allemande tels John Bates Clark et Richard T.Ely et des juristes souvent lié à la Harvard School of Law : tels Oliver Wendell Holmes, Louis Brandeis ou Roscoe Pound. En effet, les juges à la cour suprême d'alors se mirent à considérer que leur mission était de défendre un laissefaire à la Herbert Spencer et ont oublié selon ces juristes que les lois ne sont ni des forces aveugles qui s’imposent aux hommes, ni l’incarnation d’une raison naturelle toute puissante, mais qu'elles sont trouvées à travers l’expérience et la raison entendues comme incluant un effort sur soi, un certain détachement des passions[72]. Parallèlement cette interprétation qui ne posait aucun contrepoids aux grandes entreprises et violait par là le principe de check and balance, en donnant tous le pouvoir aux forces économiques et en censurant toutes les lois sociales que prenaient les politiques.

Plus tard dans les années trente, l’école structuraliste dite de Harvard, est venue d’une certaine façon aux juristes dont ils avaient besoin. Ces travaux ont notamment été menés par Edward Mason et Joe Bain. La thèse structuraliste est bien illustrée par le modèle SCP d’Edward Mason où la structure du marché (S) influence le comportement des firmes (C) et les performances des firmes (P)[73]. Les structuralistes se méfient des grandes entreprises qui pour eux ne sont pas forcément les plus efficaces du fait de la théorie de l’inefficience-X[74] et ne croient pas que le libre jeu du marché permette seul de remettre en question les positions dominantes, doù la nécessité de surveiller la concurrence.C'est en partie dans la ligné de ces travaux que John Maurice Clark développera l'idée de de "workable competion" concurrence efficace qui imprègne la façon dont le Traité de Rome conçoit la concurrence.

La régulation macroéconomique

John Maynard Keynes, un des pères de la macro-économie.

Le nouveau libéralisme va reprendre le combat déjà mené par Thomas Malthus et Jean de Sismondi contre la loi de Say qui en économie peut être vue comme une justification de l'auto-régulation des marchés. John Atkinson Hobson le premier dans un livre écrit avec où avec Albert F. Mummery The Physiologie of Industry attaque cette loi et brise sa carrière universitaire[75] tant le dogme est alors ancré chez les économistes. Finalement John Maynard Keynes réussira là où Hobson et d'autres avant lui avaient échoué. Toutefois, la vision de l'économie que le social-libéralisme va adopter avec Keynes est plus technique plus scientifique[76], plus indépendante du politique que celle préconisée par Hobson qui là encore pourrait plus appartenir au socialisme libéral qu'au social-libéralisme. Quoi qu'il en soit, la macro-économie keynésienne notamment sous sa forme de la synthèse néoclassique sera très largement adoptée par le social libéralisme.

En fait une fois le tabou de la loi de Say levé, et l'optique keynésienne et plus généralement celle de l'école de Cambridge en économie devenu dominante, le social libéralisme sera très proche du mainstream (courant principal) en économie. Toutefois, le lien entre politique et économie est différent. Alors que dans le "mainstream" pur l'économie domine dans le social-libéralisme, l'économie n'est vue ni comme dominant le politique et le social ni comme étant dominée par le politique et le social. Il s'agit plutôt en lien avec la théorie politique libérale d'une limitation et d'un contrôle que la politique et l'économie s'imposent l'une l'autre.

Relations internationales et société internationale

Libre-échange et régulation économique

Le social-libéralisme a toujours été particulièrement actif dans ce domaine. Leonard Trelawny Hobhouse a été secrétaire de la Free Trade Union qui défendait le libre-échange en 1900 au moment face au déclin relatif de l'économie anglaise, la question de savoir s'il ne fallait pas adopter une politique protectionniste s'est posée avec acuité. L'autre grand concepteur du nouveau Libéralisme, John Atkinson Hobson, s'opposait également au protectionnisme qu'il voyait comme le fondement de la politique impériale anglaise de l'époque à laquelle les nouveaux libéraux étaient farouchement opposé se différenciant nettement sur ce point de la Fabian Society. Leur opposition au protectionnisme n'est pas essentiellement d'ordre économique mais plutôt d'ordre politique et éthique. En effet, pour eux, le protectionnisme favorise les replis sur soi et des bureaucraties qui vont entraîner des tentations militaristes. Or pour eux « c'est de l'essence du libéralisme que de s'opposer à l'usage de la force la mère de toute les tyrannies »[77].

S'ils sont favorables au libre-échange, comme de façon générale il ne sont pas économiquement pour un libéralisme de laisser-faire, il s'agit pour eux d'encadre le libre-échange de façon qu'au niveau international comme au niveau national, la concurrence ne soit as faussée. Se pose alors la question de la création d'institutions internationales chargés d'une certaine façon de réguler les relations tant commerciale que politique. De façon générale, ce sont des auteurs que l'on peut qualifier de socio-libéraux qui vont créer l'étude des relations internationales[78]. Parmi les figures de prou, nous pouvons citer Norman Angell (un ami de Woodrow Wilson[79] et David Mitrany (un ancien étudiant de L. T. Hobhouse et de Graham Wallas à la LSE)[80]. La pensée de David Mitrany , le fonctionnalisme marquera non seulement les institutions internationales mais également la démarche des pères fondateurs de l'Union européenne tel Robert Schumann et Jean Monnet. Chez David Mitrany on trouve que l'idée qu'une régulation de l'économie au niveau national est dangereuse car, elle peut conduire à des conflits économiques entre États et menacer ainsi la paix. Aussi, pour lui, il vaut mieux réguler l'économie à un niveau supranational. Toutefois, Il y a également chez lui une méfiance envers un fédéralisme mondial lié au fait qu'il ne voit pas sur quelle base il serait possible de l'instituer. Aussi va-t-il préconiser l'approche fonctionnaliste (c'est-à-dire une régulation par fonction : fonction finance, fonction commerce international, fonction juridique) qu'il considère comme plus réaliste[81]

Le social-libéralisme et la création des institutions internationales

Le social-libéralisme poursuit au niveau international le projet ébauché par Emmanuel Kant de paix perpétuelle et tient pour important de jeter les bases d'une société internationale. John Atkinson Hobson fera parti du Bryce Group, regroupant notamment Lowes Dickinson, et ses amis Graham Wallas et Leonard Hobhouse, qui élaborera le premier jet de ce qui deviendra la Société des Nations[82] dont Woodrow Wilson de la branche américaine du social-libéralisme sera le principal apôtre. Hobson soulignera dés 1915 qu'il manque un volet économique à ce projet et publiera à cet effet Towards International Government.

À partir de l'arrivée au pouvoir de Franklin Delano Roosevelt, son ministre des affaires étrangères Cordell Hull, un libéral très inspiré par William Ewart Gladstone[83] travaillera à convertir son pays au libre-échange. Ces deux hommes politiques auront un rôle de premier plan dans la création de l'ONU et des institutions de Bretton Woods. Toutefois, il ne s'agit pas là de retourner à un libre-échange de laissez-faire auquel John Maynard Keynes était opposé mais de réguler de façon ouverte les échanges mondiaux. Donald Markwell note qu'à Bretton Woods, Keynes n'est pas revenu à sa croyance libérale classique d'avant la Première Guerre mondiale mais est devenu un partisan de ce qu'il nomme un « libre-échange conditionnel » (qualified free trade)[84], c'est-à-dire encadré par des lois et des institutions de façon à ce qu'il soit compatible avec le plein emploi et avec des balances de paiements pas trop déséquilibrées.

Le bilan du social-libéralisme classique

Le social-libéralisme une idéologie pas un parti

Pour Michael Freeden une idéologie sert à permettre aux individus à se repérer dans le monde socio-politique [85]. Elle fonctionne aussi comme une interface entre producteurs d'idées (les chercheurs) et les consommateurs d'idées (les partis politiques et les citoyens) et, ne fonctionne pas uniquement comme un processus allant du producteur au consommateur. En effet, il va y avoir, d'une part, des interactions entre les deux et, d'autre part, les idées peuvent être assez librement adaptées par les consommateurs même si la fonction des idéologies est aussi de « de contrôler le sens et l'usage du langage politique »[86]. Si aprés examiné le social-libéralisme du côté des producteurs d'idées (penseurs et chercheurs) nous nous tournons du côté des consommateurs et notamment des partis, le premier constat est que depuis la guerre de 1914, le social-libéralisme n'est plus lié à un parti et qu'il peut y avoir des sociaux-libéraux dans des partis qui ne se disent pas libéraux comme il peut ne pas y avoir dans des partis qui se disent libéraux mais dont l'inspiration se réfèrent à d'autres types de libéralisme.

Aux États-Unis, par exemple, le social-libéralisme de style européen a beaucoup de points communs avec ce que les médias américains appellent simplement le « libéralisme » . Le terme « social libéral » est aussi utilisé comme synonyme de « social progressisme ». Le libéralisme moderne aux États-Unis est plus communément adopté par des personnes ayant suivi des études supérieures. D'une façon générale, les libéraux représentent environ 19 à 26 % de la population et près de 46% de l'électorat démocrate[87]. En général, les libéraux sont plutôt adeptes du soft power, sont fortement en faveur de la protection de l'environnement et de politiques sociales[87]. Sur le plan des questions sociétales ils sont en faveur de la liberté d'expression, des droits civiques et de la liberté d'avorter[87].

Au niveau de l'Union européenne, il est possible de trouver des sociaux libéraux dans les partis regroupés au sein du Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs troisième groupe au parlement de Strasbourg qui rassemble des partis libéraux (issus du courant social libéral mais aussi des partis libéraux conservateurs) de tous les membres de l'union européenne[88]. Mais, il est également possible d'en trouver dans les partis socialistes européens. En France, le terme social-libéralisme est utilisé parfois pour critiquer ce qui est vu comme le doctrine implicite de la gauche de gouvernement. Par exemple Jean-Luc Mélenchon dans un livre intitulé l'Autre Gauche veut que cette dernière obtienne « une victoire précise contre la droite et contre le social-libéralisme » car il estime qu'« on ne peut rassembler une majorité de transformation sociale sur la ligne sociale-libérale »[89].

Si l'on se place dans une perspective historique, si dans les pays comme la Grande-Bretagne et la Suède ce sont les sociaux-démocrates qui mirent en œuvre des politiques d'inspiration social-libérale, en Allemagne de l’Ouest ou en Italie elle le furent par des partis de centre droit, notamment les partis chrétien-démocrates[90].

Influence du social-libéralisme sur la période 1945-1970

La bibliothèque de la London School of Economics, l'autre grand établissement où s'est formé le social-libéralisme : Leonard Trelawny Hobhouse et Graham Wallas y furent professeurs et William Beveridge en fut directeur des études.

Le social-libéralisme et « son idéologie welfariste » est très influent durant cette période et marque fortement l'ensemble des partis modérés en Europe[91]. Aux États-Unis il prédomine à travers ce qui a été appelé le [libéralisme intégré]][92] ainsi que dans la Grande société de Lyndon Johnson.

À travers lui, libéralisme prend racine en Europe continentale après la seconde guerre mondiale. Jusque là en effet, ces pays étaient dominés par des idéologies de droite ou de gauche hostiles à toute forme de de gouvernement libérale.[93]. L'Allemagne, en particulier, était profondément anti-libérale depuis sa création par Bismarck. elle n'adoptera des institutions politiques et économiques libérales qu'après la seconde-guerre mondiale sous la pression des alliés. Si, la plupart des gouvernements d’Europe de l’ouest ont adopté alors des politiques sociales-libérales et si des théoriciens du libéralisme jouèrent un rôle décisif dans leur élaboration, les partis au pouvoir ne se réclamaient pas du social-libéralisme mais mettaient en avant d'autres courants de pensée tels que le socialisme ou la démocratie chrétienne[94].

À travers le social-libéralisme la notion d'État-providence s'installe profondément en Europe, et c'est sur ce point que cette idéologie sera le plus attaquée. Soulignons ici, que si les régulations économiques inhérentes à l'État-providence viennent de Keynes, les lois sociales, la notion de justice sociale ne vient pas de lui mais d'autres auteurs notamment Leonard Trelawny Hobhouse et William Beveridge. Concernant le cas français, les structures de l'État des trente glorieuses doit certainement un peu au solidarisme et beaucoup à des réflexions menées dans les années vingt à trente notamment par le redressement français dont les principaux dirigeants participeront au colloque Lippmann et par des juristes tel que Carré de Malberg. Si l'on s'interroge sur l'apport de ces différents courants, le solidarisme a certainement poussé à ce que les syndicats soient intégrés dans la gestion des organismes de sécurité sociale et sur, ce point, ils ont été aidés par le néolibéralisme qui voyait alors les syndicats comme un contrepoids à l'État. La création d'une ENA doit beaucoup aux réflexions de personnes gravitant autour d' Ernest Mercier qui s'inquiétaient du faible niveau économique du personnel politique. Par rapport à d'autres pays et en lien avec sa tradition des grandes écoles, en France le rôle des experts et des hauts fonctionnaires a été plus fort encore qu'ailleurs.

Critiques et failles du social-libéralisme classique

Sur l'aspect redistributif de l'État-providence

Aussi bien John Rawls que Friedrich Hayek vont critiquer le social-libéralisme sur ce point. Ils estiment qu'en réalité la justice sociale s'est transformée en défense des intérêts acquis au détriment des laissés-pour compte [95]. Hayek dans son ouvrage Droit législation et Liberté va insister sur le fait que la justice sociale provoque le jeu des factions chacune voulant faire valoir ses intérêts pour se procurer des avantages. D'où pour lui et d'autres, le passage a une démocratie de marché où « les électeurs votent de plus en plus non pas en citoyens responsables, mais selon leurs préférences, se comportent sur le forum politique comme sur le marché »[96]. John Rawls adresse trois reproches au capitalisme de l'État-providence :

  1. Il s'intéresse à l'égalité des chances sans se donner les moyens nécessaires.
  2. Il tolère des inégalités importantes et «  permet à une caste réduite de détenir un quasi-monopole des moyens de production »[97].
  3. Enfin, même si l'État-providence du social-libéralisme classique a cherché à réduire la pauvreté matérielle et à favoriser la consommation, Il lui reproche d'avoir versé dans l'économisme et de ne pas avoir une vraie conception de la justice sociale [98]

Sur le lien démocratie, expertise, économie

Nous l'avons vu le social-libéralisme classique insistait sur l'importance morale qu'il y avait de faire participer les hommes à la découverte de la vérité. Le problème est que les outils adoptés notamment en économie ont fait la part belle aux experts et que le citoyen ordinaire a été très peu consulté. Au niveau macro-économique la synthèse néoclassique et au niveau micro-économique l' économie du bien-être sont,plus des outils destinés aux experts que des outils ayant vocation à « éclairer » les citoyens. Aussi, une double critique a été adressée au social-libéralisme : avoir rendu les citoyens passifs et en avoir fait de simple consommateurs[99] et avoir « cédé trop de terrain aux sciences sociales et économiques au lieu de rappeler que son combat est avant tout politique et normatif »[100].

Concernant la théorie keynésienne, le social-libéralisme et le "mainstream" en économie sera plus intéressé par le Keynes du "livre 1", celui qui permet de modéliser l'économie et de conseiller les gouvernements sur les politiques macro-économiques, que par le Keynes du "chapitre12" celui qui insiste sur l'incertitude dans la prise de décision. Or la fin du monde relativement stable de l'après-guerre va rendre les modèles moins efficaces et conduire à leurs remise en cause tant au plan pratique que théorique.

Toutefois, même si l'on associe social libéralisme et keynésianisme, en fait économie ce ne sera pas sous cet angle que va porter la critique de John Rawls. Ce philosophe va surtout centrer ses attaques sur la théorie du bien-être élaborée par un des adversaires de John Maynard Keynes : Arthur Cecil Pigou. Cette théorie repose sur l'utilitarisme, c'est-à-dire sur la capacité à calculer à partir de la notion d'utilité ce qui peut maximiser le bien-être des individus. Mais cela suppose des individus relativement « standards » et conduit à placer le bonheur économique au centre des préoccupations ce qui aboutit à ce que certains vont appeler une « démocratie de marché »[99].

Droit positifs et contre-pouvoir

Pour le libéralisme classique la reconnaissance des « libertés négatives » du citoyen (protéger droit de vote, protéger la propriété et le droit d'expression) est suffisante pour assurer les libertés fondamentales de chacun. Au contraire, pour le social-libéralisme, le rôle de l’État est d’assurer aux individus des « droits positifs » [101]. Les sociaux-libéraux pensent que l’absence de droits positifs tel l'accès à la réussite économique, à l'éducation ou à la santé peut être considéré comme une menaces pour la liberté [1]. Sur ce point l'opposition entre les deux courants est parfaitement assumées. Il par contre un point beaucoup où l'opposition est beaucoup moins assumée, c'est celui de la notion de contre-pouvoir. Dans la tradition politique du libéralisme, la souveraineté populaire doit être encadrée par un système institutionnel de Check and balance qui vient limiter aussi bien les menaces de tyrannie de la majorité que l'action de groupes d'intérêts. Or, les sociaux libéraux de la période des trente glorieuses très soucieux de bonheur et d'efficacité, trop respectueux du pouvoir des experts, auront tendance à négliger cet aspect[102] ce qui, loin de favoriser la rationalité, les entraînera vers une démocratie d'opinion

Le social-libéralisme, en matière de relations internationales

Joseph Nye, spécialiste (institutionnalisme néolibéral) des relations internationales et un des concepteurs de la notion de Soft power.

De grandes institutions internationales (FMI, Banque mondiale et GATT) doivent beaucoup au social-libéralisme et aux écoles des relations internationales qui lui sont proches. La vision fonctionnalisme qui émerge derrière ces institutions a été très critiquée par Friedrich Hayek[103] qui se prononce pour une régulation fondée pour des grands principes de droit. Le social-libéralisme classique a été également critiqué ici comme ailleurs pour avoir trop mis sa confiance dans les experts et les technocrates[104]. Il y a effectivement chez David Mitrany une méfiance envers le politique soutenu par l'idée que « le gouvernement par des acteurs politiques entraîne une situation où l'acquisition et l'excercice du pouvoir deviennent prépondérants par rapport à la poursuite du bien commun »[105]

La fin des taux de change fixe au début des années 1970, suivi de la montée du monétarisme de Milton Friedman change profondément la régulation de l'économie au niveau international et provoque une évolution assez forte des Institutions internationales dont les pratiques seront plus marquée par le libéralisme classique. Cela conduit Susan Strange à dénoncer dés 1987, ce qu'elle appelle le Casino Capitalism.

En France, c'est plutôt le réalisme (relations internationales) qui a prédominé avec notamment un auteur comme Raymond Aron. Les seuls Français qui se rattachent au social-libéralisme en matière internationale sont les hommes (Jean Monnet, Robert Schumann[106], Robert Marjolin et d'autres) qui ont participé à la construction de l'Union européenne.

D'un manière générale durant la guerre froide[107], le monde est dominé par des rapports de force plus favorable au réalisme. Ce n'est qu'à partir des années 1980 que le social-libéralisme connaitra un renouveau dans les relations internationales avec l'essor avec l'iinstitutionnalisme néolibéral (qui n'est pas néolibéral au sens qu'on donne au début du XXIe siècle à ce terme).

Une perte d'influence très sensible à la fin des années 1970

Le social-libéralisme va voir son influence politique décliner à la fin des années 1970 à la fois suite aux critiques que nous avons évoquées et pour des raisons liées à aux changements de l'environnement économique qui suivent le premier choc pétrolier avec la montée de linflation et les coûts croissant de l'État-providence[108]. Trois idéologies : le néo-libéralisme de l'école autrichienne, l'ultralibéralisme de Milton Friedman et le libertarianisme (Robert Nozick et Murray Rothbard[109]) vont prendre le relais.

Concernant le néolibéralisme, il faut d'abord noter que sa signification a fortement évoluée entre le début des années soixante et la fin des années 1970. Lors du colloque Walter Lippmann, il est employé pour se démarquer du libéralisme manchestérien ou de laissez-faire. Malgré les tentatives de certains, le mot social-libéralisme n'a pas été retenu et si le mot néo-libéralisme a finalement émergé c'est parce que l'approche de la Seconde Guerre mondiale a poussé les différents courants libéraux a ne pas trop insister sur les divergences. Néanmoins l'agenda du libéralisme alors adopté était très proche des préoccupations des sociaux-libéraux et du New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Plus tard deux participants à ce colloque, Alexander Rüstow et Wilhelm Röpke compteront parmi les pères fondateurs de l'économie sociale de marché en Allemagne, tandis que d'autres tel Robert Marjolin influeront sur le libéralisme économique qui sera adopté en Europe durant les Trente glorieuses. À partir des années 1970 le terme néo-libéralisme va prendre un autre sens et va servir à qualifier la politique économique libérale de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher[110]. En tant que corpus idéologique, le néolibéralisme s’oppose à un grand nombre de positions adoptées par les sociaux-libéraux, notamment sur la question du libre échange et des programmes sociaux[111]. Pour Catherine Audard [112] « néolibéralisme » doit plus à ce qu'elle nomme l’« ultralibéralisme » de Milton Friedman, qu'au néo-libéralisme de Friedrich Hayek. Quoi qu'il en soit, même si nous le verrons le social libéralisme va connaître un profond renouveau avec des auteurs comme John Rawls ou Amartya Sen son influence sur les grandes décisions politiques et sur les structures économiques sera faible sur la période.

Aujourd'hui

Les penseurs du renouveau de la fin du XXe siècle

Martha Craven Nussbaum, philosophe qui a notamment travaillé avec Amartya Sen sur la notion de capabilité.

À partir de la fin du XXe siècle, le social-libéralisme en même temps qu'il perd de son influence politique, connaît un grand bouillonnement intellectuel avec des auteurs importants comme John Rawls (philosophie politique), Amartya Sen (philosophie et économie), Ronald Dworkin (philosophie du droit),Martha Nussbaum (philosophie) Bruce Ackerman (droit constitutionnel) et d'autres.

John Rawls

Une opposition à l'utilitarisme du social-libéralisme classique

Pour Rawls, une des raisons des échecs du social-libéralisme vient de ses fondements utilitaristes. C'est à cause d'eux que le bien être a été perçue comme lien principal de la population dans les États modernes. Ce sont eux qui ont conduit à la démocratie de marché où chacun cherche son intérêt. Le but de John Rawls est de construire une démocratie dont le fondement ne serait plus exclusivement économique à travers la recherche du bien-être mais serait également plus politique, plus moral et reposerait sur la notion de justice qui pour lui [113]« est la première vertu des institutions sociales comme la vérité est celle des systèmes de pensée [...]. Si efficaces et bien organisées que soient des institutions et des lois, elles doivent être réformées ou abolies si elles sont injustes »[114] . Avant d'étudier sa notion de justice, il est nécessaire pour bien comprendre Rawls et pour cela de rappeler l'autre point de divergence avec l'utilitarisme : la morale. Les utilitaristes ont une morale téléologique, c'est-à-dire qui vise une fin (chez eux, le plus grand bonheur du plus grand nombre) alors que lui défend une « morale déontologique de type kantien, qui affirme la priorité du juste sur le bien » et donc des moyens sur les fins.

La justice chez Rawls

John Rawls s'éloigne de l'idée de justice formelle du positivisme juridique où le juste est défini par l'application à tous de la même règle. Lui, au contraire, défend une justice procédurale où « c'est une procédure correcte ou équitable (fair) qui détermine si un résultat est également correct ou équitable, quel que soit le contenu pourvu que la procédure ait été correctement appliquée »[115]. Pour lui, une procédure équitable repose sur trois principes[116] :

  • « un principe d'impartialité » : il ne faut pas avantager certain
  • « un principe de réciprocité, qui pose que nul ne peut s'attribuer un droit ou une obligation sans attribuer les mêmes aux autres »
  • « un principe d'avantage mutuel  » nul ne doit voir sa situation se dégrader.

Pour lui les décisions doivent être prises dans la « position originelle » ou sous « voile d'ignorance », c'est-à-dire, qu'un peu comme dans le cas du redoublement de sympathie dans la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, on doit être capable de se décentrer et de voir la situation du point de vue des autres [117]

Pour Catherine Audard[118], le génie de John Rawls réside précisément dans sa façon de déplacer ou de transformer le problème : au lieu de vouloir définir la justice sociale, il va chercher à définir comment les hommes peuvent se mettre d'accord pour justifier de façon consensuelle « un écart par rapport à la stricte égalité ».

Par ailleurs, John Rawls fait l'hypothèse que les individus sous voile d'ignorance sélectionneront un certain nombre de biens premiers selon un ordre lexicographique. Par exemple, il suppose que les individus classeront les libertés fondamentales avant l'égalité des chances [119]

Un libéralisme procédural

En fait la notion de procédure imprègne profondément le libéralisme de Rawls et, c'est par ce biais, que le consensus politique se réalise. C'est également elle qui permet d'arriver à la stabilité politique là où le social-libéralisme classique misait sur la prospérité économique[120]. Côté procédure, John Rawls va aussi insister sur la notion de contre-pouvoir et d'état de droit que le social-libéralisme soucieux d'efficacité économique et un peu trop marqué par une conception hégelienne de l'État avait tendance à négliger.

Cette vision procédurale se retrouve dans sa conception des lois qui l'éloigne tant du positivisme juridique (la loi comme expression de la volonté du législateur sans aucune référence morale) et du droit naturel. Chez lui, la«  les bases morales normatives de laConstitution ne sont pas extérieures au processus politique, elles sont "la volonté du peuple exprimée au moyen de procédures" »[121].

Amartya Sen

Amartya Sen, philosophie de l'économie. Il a insisté sur l'unité de l'oevre d'Adam Smithet sur la nécessité de tenir compte de son premier grand livre : Théorie des sentiments moraux.

Comme John Rawls, Amartya Sen est critique tant envers l'utilitarisme que le welfarisme. Mais Sen a une approche plus proche de l'esprit des nouveaux libéraux ou du social-libéralisme classique que Rawls.

Tout d'abord, pour Sen ce qui est important à travers la notion de capabilité, c'est l'épanouissement des capacités de l'homme, c'est d'une certaine façon l'épanouissement de son individualité. Pour Sen, d'après Marc Saint-Upery[122], « ce qu'il s'agit de distribuer de façon équitable, ce ne sont pas seulement des libertés formelles, des revenus et des ressources, mais des capabilités (capabilities) de développer des modes de fonctionnement humains fondamentaux (human functionnings), permettant de vivre une vie digne et sensée plutôt que de seulement accumuler ». Par rapport à Rawls ou Dworkin très marqués par le formalisme kantien, Sen, comme les nouveaux libéraux est très marqué par l'éthique aristotélicienne du plein développement des potentialités humaine[123].

Amartya Sen est également un de ceux qui va rappeler qu'Adam Smith était également un philosophie qui a écrit une Théorie des sentiments moraux . se plaçant dans sa lignée, il entend également lier éthique et économie pour reprendre le titre d'un de ses ouvrages les plus connus. Sen distingue deux grandes origines à l'économie : un origine éthique chez Aristote, Adam Smith et John Stuart Mill notamment; une origine mécaniste chez William Petty,et les ingénieurs économistes français du XIXe siècle, parmi lesquels il classe Léon Walras[124]. Pour lui d'une certaine façon ces courants sont appelés à cohabiter. Ce qu'il combat c'est la la « domination » dont fait preuve à la fin du XXe siècle l'aspect mécaniste et son œuvre est dédier à une meilleure prise en compte et à une réévaluation de la place de l'éthique. Cela passe par une remise en cause de l'utilité et de l'utilitarisme sur lesquels est fondée l'approche « mécaniste ». En s'éloignant de l'utilitarisme, il se rapproche également d'Adam Smith, en ce qu'il ne nie pas la possibilité de conflit sur les normes ni l'importance des rapports de force politique, mais où, à la façon du Smith de la Théorie des Sentiments moraux, il pense que grâce à la sympathie, à la possibilté de se décentrer de soi-même, il est possible d'agir assez pacifiquement.

Le fait que Sen est à la fois un philosophe et un économiste va le mener à se différencier de Rawls à la fois par la place qu'il donne à l'économie, et par son refus d'adhérer à une optique purement contractualiste. Sen, s'il critique les utilitaristes, refuse néanmoins de ne pas donner une importance au conséquentialisme[125], c'est-à-dire qu'il refuse de ne pas tenir compte des conséquences prévisibles des actes là où l'approche déontologique se préoccupe uniquement du cadre dans laquelle la décision a été prise. Cette position est justifiée, en partie, par le fait que pour lui les individus sont profondément marqués par le milieu, par la société et que cela peut peser sur les décisions et conduire à perpétuer des systèmes structurellement inégalitaires. Ce sujet est particulièrement sensible à Sen qui est né en Inde et qui se réfère souvent à des exemples qu'il a pu observer durant ses jeunes années.

Pour Amartya Sen la distinction liberté positive et liberté négative qu' Isaiah Berlin a contribué à répandre est trompeuse. En effet, pour lui liberté négative (ne pas faire ceci ou cela) et liberté positive (droit à faire ceci ou cela) sont en étroite interdépendance. Par exemple pour lui lors de famine la liberté négative que constitue la liberté de la presse (droit de ne pas être censuré) peut éviter que les gens meurent de faim et donc favoriser leur liberté positive[126].

Les nouveaux défis

Multiculturalisme et États-Nations

Même s'il s'est toujours distingué du nationalisme dur et qu'il y a toujours défendu la possibilité d'appartenances multiples, le social-libéralisme a eu, depuis son apparition dans la seconde moitié du 19° siècle, partie liée avec la construction d'États-Nations[127] . Il y a par exemple chez John Stuart Mill l'idée que l'établissement d'un régime politique fondé sur la liberté et la démocratie (chez les sociaux-libéraux les deux vont de pair) nécessitait une langue commune et une opinion publique relativement unifiée[128]. Or les sociétés actuelles du fait notamment des mouvements de population sont devenues plus diverses en même temps qu'il existe une volonté plus forte de la part de minorités nationales, ethniques ou culturelles de préserver une identité propre. Pour Catherine Audard[129], il y a eu « une prise de conscience positive de la différence et de l'identité, de l'ethnicité qui « a accrédité l'idée de plus en plus dominante que l'égalité des droits et l'intégration sociale passent par l'acceptation des différences, pas par un traitement impartial et anonyme ou colour-blind des personnes »  » Cela pose problème au social-libéralisme car une appartenance religieuse, ethnique ou culturelle trop forte peut rentrer en conflit avec la liberté et l'autonome de chacun qu'il promeut. Pour faire face à ce problème, deux voies ont été avancées. Paul Ricoeur et Alistair MacIntyre ont introduit le concept d'identité narrative qui va tenter de permettre de concilier une identité propre à un groupe et une identité commune[130]. Pour John Rawls, la culture politique d'une société libérale multiculturelle doit se limiter essentiellement à « la langue, l'histoire, les institutions politiques et les valeurs "politiques" de la constitution »[131]. Elle doit surtout éviter des éléments normatifs forts comme les valeurs morales, les idéologies et les religions dominantes[132]

Concernant les religions, John Rawls et Jurgen Habermas vont considérer « que les religions dans leur nsemble doivent être considérées comme des doctrines "raisonnable", comme pouvant faire partie de la raison publique »[133]. L'idée étant plus ou moins de mettre plus en valeur la « raison argumentative »[134] que l'on peut trouver dans chaque religion

Renouveler la solidarité

Ronald Dworkin, philosophe du droit.

La solidarité était au centre des préoccupations des sociaux-libéraux classiques mais pour John Rawls les politiques d'inspiration sociale-libérale se sont trop souciées d'économisme, de soutien de la consommation et pas assez du citoyen et du politique[135]. Aussi, pour Rawls comme pour Bruce Ackerman, Philippe Van Parijs, Ronald Dworkin et Nancy Fraser[136], ce qui va être important c'est de lutter à la fois contre la pauvreté, les inégalités et les discriminations tout en considérant davantage les individus comme des acteurs à respecter. Pour cela, in convient que les citoyens soient plus actifs, plus responsables, moins axés sur leurs droits et plus sur leurs devoirs de façon à invalider le constat de Marcel Gauchet selon lequel « la démocratie de l'individu et de ses droits a l'oligarchie pour corrélat inavoué »[137].

La nouvelle citoyenneté dans laquelle doit enraciner la solidarité à un double substrat à la fois politique et participatif. Ce dernier point est le plus important pour les penseurs du nouveau social-libéralisme : Catherine Audard[138] écrit, en faisant référence aux travaux de Jurgen Habermas , John Rawls et Thomas Nagel : « C'est dans le cadre de la société civile....que les vertus et les compétences propres à la citoyenneté se développent, que le caractère individuel se forme, que les convictions privées se transforment sous l'effet du pluralisme, en un véritable sens de la justice; c'est là que nous intériorisons les idées de responsabilité personnelle, d'obligations mutuelle, de solidarité, que nous apprenons les compétences diacritiques nécessaires à la vie démocratique ».

John Rawls veut passer d'un minimum social à un minimum citoyen et, selon Catherine Audard, chez lui, « la solidarité ne doit pas viser la maximisation de l'utilité générale, mais la seule satisfaction des besoins crées par la citoyenneté »[139]. Pour Rawls le citoyen poursuit son propre intérêt, entendu dans un sens dépassant le seul intérêt économique, et la justice, c'est-à-dire l'intérêt général. Amartya Sen va faire un double reproche à John Rawls[140]

  1. Le lien entre minimum citoyen et citoyenneté active n'est pas réellement établi
  2. Rawls retombe dans les travers anciens en listant les biens premiers dont doivent bénéficier les citoyen alors qu'il devrait d'abord mettre en avant les capabilités c'est-à-dire les capacités d'agir.

De la démocratie de marché à la démocratie délibérative

Le modèle de démocratie proche de « élitisme compétitif » de Joseph Schumpeter, où le rôle du peuple est surtout de sanctionner les politiques et les experts qui n'ont pas réussi à résoudre les problèmes pour les remplacer par d'autres[141] des trente glorieuses va sous l'impact du néolibéralisme se transformer en démocratie de marché où le citoyen est vu comme un consommateur de produits politiques. Ce mouvement va de pair avec un déclin de la conception de l'enseignement comme formation de citoyens rationnels tel que l'envisageait tant les sociaux-libéraux classiques. En fait, même si le social-libéralisme a participé à ce mouvement, il ne l'a jamais complètement accepté. Robert Dalh, par exemple, a toujours soutenu que les élites n'avaient pas le monopole du pouvoir et que le peuple à travers des associations et autres mouvements pouvait intervenir dans la vie politique[142]. Par ailleurs, le libéralisme a toujours été méfiant envers la monopolisation du pouvoir par un groupe c'est pourquoi il a toujours préconisé des systèmes de contrôles et de contre-pouvoirs (checks and balances).

Au début des années cinquante le théorème d'impossibilité de Kenneth Arrow, qui veut que si les hommes suivent leur intérêt, il n'y a pas de solutions communes possibles, a provoqué un regain d'intérêt sur la question de savoir comment arriver à des décisions qui représentent l'intérêt commun tant en étant acceptées par le plus grand nombre. Ce questionnement qui reprend sur un plan différent les réflexions de Walter Lippmann va marquer les travaux de John Rawls et de Amartya Sen. John Rawls va reprendre et amplifier l'idée de démocratie délibérative qui était déjà présente chez John Stuart Mill et chez les nouveaux libéraux[143]. Dans la théorie de la justice, Rawls écrit « le débat législatif doit être conçu non comme un combat d'intérêts, mais comme un effort pour trouver la meilleure décision conformément aux principes de la justice »[144]. Dans son livre de l'éthique de la discussion (1991), puis dans son débat avec John Rawls, Jurgen Habermas défend des idées proches de ce dernier et comme John Stuart Mill et Alexis de Tocqueville, il va considérer la discussion publique comme un moyen de faire évoluer les préférences des êtres humains[145] et par là d'arriver à un intérêt commun. Toutefois, les pensées de Rawls et d'Habermas ont une focalisation divergente : l'un s'intéresse surtout à la justice et l'autre au droit, pour le premier, la justice participe à la création du lien social et pour le second, elle en est la conséquence[146]

La régulation de l'économie après la crise de 2008

Pour Amartya Sen , la crise économique est liée à de mauvaises politiques elles-mêmes induites par les dérégulations économiques entreprises depuis Ronald Reagan. Pour lui, « le succès de l'économie libérale a toujours dépendu,... du dynamisme du marché lui-même, mais aussi de mécanisme de régulation et de contrôle, pour éviter que la spéculation et la recherche de profits conduisent à prendre trop de risques »[147]. Par ailleurs, il y a également l'idée chez lui que bonheur et régulation. Pour cet économiste le PIB seul est trop limité et il faut lui associer d'autres indicateurs. Il est en effet l'un des créateurs de l'Indice de développement humain (IDH)[147] et qu'il a fait parti de la commission Stiglitz chargée 'étudier ce problème

Social-libéralisme et libéralisme

Un libéralisme normatif et politique

John Dewey

Pour Catherine Audard, le libéralisme chez les auteurs que nous avons évoquer est d'abord normatif. Le libéralisme y est plus politique et moins économique que dans la vison qu'on a généralement en France du libéralisme. Il est également plus ancré dans la philosophie morale[148]. Son principal souci de John Locke à John Rawls en passant par Thomas Hill Green ou John Dewey est d'établir la paix civile sans recourir à la conception de l'État de Hobbes mais au contraire en recourant à des institutions procédurales qui favorisent la coopération entre individus[149]. Dans cette approche, un pouvoir légitime doit respecter deux principes la liberté des individus et l'égalité des personnes [150].

Contrairement à ce que pense Hayek, dans cette approche l'Ordre spontané est «  un ordre inégal qui doit être corrigé »[151] d'où l'importance de la recherche de la société bonne (le livre de Walter Lippmann de 1937 s'intitulait en anglais Good Society (Cité libre en français) à travers le droit naturel au XVII° siècle, le sentimentalisme écossais au XVIII° et l'utilitarisme au 19°siècle [152]Si la politique est important pour améliorer les choses, elle ne doit pas entraîner la soumission des hommes, mais leur participation à l'esprit public. Mais dans cette tradition du libéralisme, le système institutionnel est pensée autour d' un système de contrôle et de contre-pouvoir (check and balance) qu'avait un peu trop oublié les sociaux-libéraux classiques. Pour que ce système demeure vivant, il nécessite une société civile dynamique et un citoyen fort et actif , libre, capable de s'opposer aux autres pouvoirs.

À l'intérieur de ce qu'on peut appeler le libéralisme, il existe de fortes dissensions. Par exemple pour Friedrich Hayek, le libéralisme de Dewey est « un pseudo-libéralisme ». De même si certains vont accuser le social-libéralisme d'être du socialisme, d'autres au contraire vont accuser le néolibéralisme d'être devenu un soutien du conservatisme[153]. Pour Catherine Audard , à l'intérieur du vaste champ libéral est le courant le plus problématique est ce qu'elle nomme l'ultra-libéralisme de Milton Friedman et de l'école de Chicago qui pour elle est plus « un outil politique » qu'une vraie philosophie politique et qui a reconstruit un libéralisme classique «  qui est une falsification des doctrines aussi bien de Locke que d'Adam Smith ou de John Stuart Mill ».

Sociaux-libéraux et libéraux-conservateurs

Les sociaux-libéraux et les libéraux-conservateurs ont en commun leur souci des libertés individuelles ; cependant le terme de social-libéral s’applique à des partis libéraux qui ont des positions de centre-gauche sur les questions économiques et qui acceptent une définition très large de ce qui constitue les droits des individus, alors que les libéraux conservateurs mettent l’accent sur la liberté économique et se situent plutôt à la droite des centristes. Des partis conservateurs comme le Parti populaire libéral et démocrate des Pays-Bas ou le Parti libéral-démocrate allemand ont adopté un programme économique conservateur, qui prévoit un rôle minimal de l’État dans l’économie[3].

Certains auteurs, comme José Guilherme Merquior, pensent également que l’idéologie des libéraux-conservateurs met en avant les concepts de « liberté négative » (« Là où il n’ y a pas de loi il n’y a pas de transgression »), de pluralisme, de progrès, d’individualisme et de responsabilité du gouvernement, alors que les sociaux-libéraux sont plus préoccupés par la question des dérives autoritaires des gouvernements et des conditions sociales qui facilitent l’émergence de ces formes de tyrannie[154].

Personnalités

Penseurs

Politiques

Notes et références

Citations originales

  1. (en) « opinion-forming »

Notes

  1. Pour plus de détails, voir Spitz 2005

Références

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  4. (en) James L. Richardson, Contending Liberalisms in World Politics: Ideology and Power, Lynne Rienner Publishers, 2001 (ISBN 1-55587-939-X) 
  5. Chandran Kukathas, The Many and the One: Pluralism in the Modern World, Richard Madsen and Tracy B. Strong, editors, 2003, p. 61
  6. Adams 2001
  7. Hayek 2007, p. 408 va jusqu'à parler de pseudo-libéralisme en évoquant John Dewey.
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  10. a et b Audard 2009, p. 265
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  12. Freeden 1978, p. 2
  13. Freeden 1978, p. 2
  14. Audard 2009, p. 257
  15. Freeden 1978, p. 2
  16. Freeden 1978, p. 4
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  18. Hobson 2000, p. 52
  19. Hobson 2000, p. 53
  20. Hobson 2000, p. 54
  21. Hobson 2000, p. 83
  22. Freeden 1978, p. 14
  23. a et b Freeden 1978, p. 12
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  25. Freeden 1978, p. 22
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  48. Hobhouse 1994, p. 66
  49. Spitz 2005, p. 117
  50. Hobhouse 1994, p. 50
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  53. Hobhouse 1994, p. 52
  54. Hobhouse 1994, p. 53
  55. Voir citation d'Hobhouse in Freeden 1978, p. 252
  56. Voir Première épître aux Corinthiens, 12, 12
  57. Audard 2009, p. 293
  58. Voir la citation du livre Solidarité de Bourgeois in Audard 2009, p. 298
  59. voir notamment Freeden 1986, p. 185
  60. Audard 2009, p. 298
  61. a et b Hobhouse 1994, p. 61
  62. Hobhouse 1994, p. 62
  63. Audard 2009, p. 392
  64. Audard 2009, p. 295-296
  65. Hobhouse 1994, p. 63
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  72. Clavé 2005, p. 99
  73. Emmanuel Combe, 2003, « État, marché et concurrence : analyse comparée des politiques de la concurrence européenne et américaine», in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français no 313, p.14
  74. Michel Glais, 2003, « État, marché et concurrence : Les fondements d’une politique de la concurrence », in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français no 313, p22
  75. Prum, p. 112
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  78. Asworth 1999, p. 1
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  80. Asworth 1999, p. 76
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  89. Les deux citations sont extraites d'un article de Michel Noblecourt, La Longue Marche électorale de la gauche radicale dans Le Monde du 27 octobre 2009
  90. Adams 2001
  91. Audard 2009, p. 401
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  107. Asworth 1999, p. 148-150
  108. Audard 2009, p. 338
  109. Audard 2009, p. 340
  110. Adams 2001
  111. Liberalism is the best Cure for Poverty. Consulté le 2008-08-17 « Le libéralisme est le meilleur remède à la pauvreté »
  112. Audard 2009, p. 339
  113. Audard 2009, p. 412
  114. Cité in Audard 2009, p. 418-419
  115. Audard 2009, p. 432-433
  116. Audard 2009, p. 434
  117. Pour plus de précision sur ce problème de position originelle, se reporter à Audard 2009, p. 436-437
  118. Audard 2009, p. 442
  119. Sen 1999, p. 27
  120. Audard 2009, p. 454
  121. Audard 2009, p. 462-63
  122. Sen 1999, p. 29-30
  123. Sen 1999, p. 31
  124. Sen 1993, p. 8
  125. Sen 1999, p. 25
  126. Sen 1999, p. 34
  127. Audard 2009, p. 547
  128. Audard 2009, p. 548
  129. Audard 2009, p. 564
  130. Audard 2009, p. 593-600
  131. Audard 2009, p. 302
  132. Audard 2009, p. 602
  133. Audard 2009, p. 655
  134. Audard 2009, p. 657
  135. Audard 2009, p. 474-475
  136. Audard 2009, p. 476
  137. Marcel Gauchet, 2007, La Crise du libéralisme, Gallimard, p. 166 in Audard 2009, p. 491
  138. Audard 2009, p. 492-493
  139. Audard 2009, p. 505
  140. Audard 2009, p. 508-509
  141. Audard 2009, p. 670
  142. Audard 2009, p. 672
  143. Audard 2009, p. 690-693
  144. John Rawls, Théorie de la justice, Points, coll. « Essais », 2009, p. 398 
  145. Audard 2009, p. 711
  146. Audard 2009, p. 710
  147. a et b Interview d'Amartya Sen par Grégoire Allix et Laurence Caramel, Le Monde du 9 juin 2009
  148. Audard 2009, p. 11
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  150. Audard 2009, p. 10
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Sources

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  • (en) Lucian M. Asworth, Creating International Studies (Angell, Mitrany and the Liberal tradition), Eastby, Ashgate Aldershot, 1999 
  • Francis Urbain Clavé, « Walter Lippmann et le néolibéralisme de la Cité libre », dans Cahier d'économie politique, no 48, 2005 
  • (en) Michael Freeden, Liberalism divided: A study in British Political Thought 1914-1939, Clarendon Press, 1986
    Cet auteur distingue durant cette période en Angleterre, deux libéralismes progressistes : un qu'il appelle centriste et un de gauche
     
  • (en) Michael Freeden, The New Liberalism, Oxford, Clarendon Press, 1978 
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  • (en) Leonard Trelawny Hobhouse, Liberalism and Other Writings, Cambridge, Cambridge University Press, 1994 
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  • Sabine Saurugger, Théories et concepts de l'intégration européenne, Les Presses de SciencePo, 2009 
  • Jean-Pierre Potier, « Libéralisme et socialisme dans la pensée d'Alfred Marshall », dans Maurice Chrétien (dir.), Le Nouveau libéralisme anglais, economica, 1999 
  • Arthur Schlesinger, L'Ère de Roosevelt : la crise de l'ordre ancien 1919-1933, vol. 1, Denoël, 1971 (1re éd. 1956) 
  • Arthur Schlesinger, L'Ère de Roosevelt : l'avènement du New Deal, vol. 2, Denoël, 1971 (1re éd. 1958) 
  • Amartya Sen (préf. Marc Saint-Upéry), L'économie est une science morale, La Découverte, 1999 
  • Amartya Sen, Éthique et économie, PUF Quadrige, 1993 
  • Jean-Fabien Spitz, Le moment républicain en France, NRF Gallimard, coll. « Essais », 2005 

Annexes

Bibliographie

  • (en) J. McGowan, American Liberalism: An Interpretation for Our Time, Chapel Hill, NC, North Carolina University Press, 2007 
  • Green Thomas Hill, 2006, Lectures on the Principles of Political Obligation The Lawbook Exchange, New Jersey
  • Ortiz, Cansino; Gellner, Ernest; Geliner, E.; Merquior, José Guilherme; Emil, César Cansino, 1996, Liberalism in Modern Times: Essays in Honour of Jose G. Merquior, Central European University Press Budapest
  • Simhony Avital, Weinstein David,, 2001, The New Liberalism: Reconciling Liberty and Community , Cambridge University Press ISBN 0-521-79404-8 Cambridge

Articles parus dans des revues universitaires

  • John W. Seaman, 1978, "L.T. Hobhouse and the Theory of Social Libéralism" Canadian Journal of Political Science, Vol.11, N°4, déc. 1978.

Ouvrages d'auteurs ayant marqué le social-libéralisme

Auteurs francophones

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