Social-liberalisme


Social-liberalisme

Social-libéralisme

Les termes social-libéralisme ou nouveau libéralisme[1] (son nom d'origine), haut libéralisme (high liberalism)[2], libéralisme radical (radical liberalism)[3], libéralisme moderne (modern liberalism)[4], ou souvent en Amérique du Nord libéralisme, sont utilisés par certains pour exprimer leur philosophie politique et économique.

Le social-libéralisme, dans le but d'éviter des inégalités sociales nuisibles à la liberté des plus faibles, souhaite de plus fortes régulations économiques et plus d'entreprises d'État que d'autres formes de libéralisme et spécialement que le libéralisme classique qui est plutôt en faveur d'une politique de laissez-faire[5]. Pour les sociaux libéraux l'accumulation de richesses par un petit groupe est vue comme une accumulation de pouvoirs par une petite faction de la société qui constitue une menace pour la liberté[6]. Cela les amène notamment à être en faveur de l'impôt progressif sur le revenu[7]. Les sociaux libéraux en Europe tendent à être proches de partis centristes[8] même si on en trouve dans tous les partis politiques non extrémistes. Il existe de vives tensions entre social-libéralisme et libéralisme classique perceptibles notamment chez Hayek.

Sommaire

La naissance

À la fin du XIXe siècle, le libéralisme doit faire face à de nouveaux défis avec la montée des grandes entreprises et la démocratisation des sociétés qu'ils ont contribué à faire éclore notamment à travers la tradition de Jeremy Bentham, de John Stuart Mill. Cela va raviver une tension interne au libéralisme entre les libéraux proches du laissez faire et les autres.[réf. nécessaire]

Vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, un groupe de penseurs britanniques qualifiés de « nouveaux libéraux » (New Liberals) s’efforcèrent de démontrer les limites de la politique de laissez faire prônée par le libéralisme classique et se firent les avocats d’une plus grande ingérence de l’État dans la vie sociale, économique et culturelle. Ces nouveaux libéraux, parmi lesquels figuraient John Stuart Mill (partisan d’une synthèse entre le libéralisme à l’ancienne et le nouveau libéralisme), T.H. Green (en), L.T. Hobhouse et J.A. Hobson, considéraient que la liberté individuelle ne pouvait s’épanouir que dans un contexte social et économique favorable[9].

Selon eux, la pauvreté, la misère et l’ignorance dans laquelle vivaient de nombreux contemporains rendait illusoire toute perspective d’une société d’individus libres et indépendants. Ils pensaient que les conditions ne pourraient être améliorées que par un effort de la collectivité tout entière, effort coordonné par un état providence fort et interventionniste[10].

Ce furent les gouvernements libéraux de Henry Campbell-Bannerman puis de H.H. Asquith qui, dans les années 1900, avant la première guerre mondiale, établirent les premières bases de ce qui deviendrait l'Ètat-providence britannique. L’État-providence qui vit le jour à la suite de la seconde guerre mondiale fut principalement l’œuvre du Parti travailliste, mais la conception en revient en grande partie à deux penseurs libéraux, John Maynard Keynes, qui en jeta les fondements économiques, et William Beveridge, qui conçut le système de protection sociale[9].

Le social-libéralisme face à d'autres formes de libéralisme

Social libéralisme et libéralisme classique

Le libéralisme classique pense que la reconnaissance des « libertés négatives » du citoyen (quand rien ne l'empêche de voter, d’accéder à la propriété, de s’exprimer ou de se réunir avec d’autres) est suffisante pour assurer les libertés fondamentales de chacun et s’inscrit donc dans une philosophie du strict « laissez faire ». Le social-libéralisme, quant à lui, pense qu’il est du rôle de l’état d’assurer aux individus des « droits positifs » [11]. Les sociaux-libéraux pensent que l’absence de droits positifs comme l'accès à la réussite économique, à l'éducation ou à la santé peuvent être considérées comme des menaces contre la liberté [1].

Des libéraux classiques comme Robert Nozick, Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek refusent de considérer le social-libéralisme comme une forme de libéralisme. Pour ces auteurs, l’état n’est pas censé intervenir pour régler les problèmes sociaux en aidant les plus défavorisés si pour ce faire il confisque le bien des autres sous forme d’impôt. Ils considèrent également que l’intervention de l’état dans la régulation des marchés est une atteinte à la liberté et qu’il est contradictoire de prétendre défendre la liberté en la limitant[9].

Sociaux-libéraux et libéraux-conservateurs

Les sociaux-libéraux et les libéraux-conservateurs ont en commun leur souci des libertés individuelles ; cependant le terme de social-libéral s’applique à des partis libéraux qui ont des positions de centre-gauche sur les questions économiques et qui acceptent une définition très large de ce qui constitue les droits des individus, alors que les libéraux conservateurs mettent l’accent sur la liberté économique et se situent plutôt à la droite des centristes. Des partis conservateurs comme le Parti populaire libéral et démocrate des Pays-Bas ou le Parti libéral-démocrate allemand ont adopté un programme économique conservateur, qui prévoit un rôle minimal de l’état dans l’économie[3].

Certains auteurs, comme José Guilherme Merquior, pensent également que l’idéologie des libéraux-conservateurs met en avant les concepts de « liberté négative » ("Là où il n’ y a pas de loi il n’y a pas de transgression"), de pluralisme, de progrès, d’individualisme et de responsabilité du gouvernement, alors que les sociaux-libéraux sont plus préoccupés par la question des dérives autoritaires des gouvernements et des conditions sociales qui facilitent l’émergence de ces formes de tyrannie[12].

Social libéralisme et néolibéralisme

Article détaillé : Néolibéralisme.

Le sens du terme néolibéralisme a fortement évolué. Lors du colloque Walter Lippmann, il est employé pour se démarquer du libéralisme manchestérien ou de laissez-faire. Malgré les tentatives de certaine le mot social-libéralisme n'a pas été utilisé car, à l'approche de la Seconde Guerre mondiale, le but était plutôt d'arriver à un accord entre les différents courants libéraux. Néanmoins l'agenda du libéralisme alors adopté était très proche des préoccupations des sociaux-libéraux et du New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Plus tard deux participants à ce colloque, Alexander Rüstow et Wilhelm Röpke compteront parmi les pères fondateurs de l'économie sociale de marché en Allemagne, tandis que d'autres tel Robert Marjolin influeront sur le libéralisme économique qui sera adopté en Europe durant les Trente glorieuses.

De nos jours, le social-libéralisme se distingue très nettement du « néolibéralisme » ce mot désignant aux États-Unis à la fois des défenseurs et des opposants du libre-marché, comme les conservateurs mercantilistes qui ont fait leur retour à la faveur de la globalisation économique de la fin du XXe siècle. Le terme « néolibéral » sert également à qualifier la politique économique libérale de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher[9]. En tant que corpus idéologique, le néolibéralisme s’oppose à un grand nombre de positions adoptées par les sociaux-libéraux, notamment sur la question du libre échange et des programme sociaux[13].

Social-libéralisme et social-démocratie

La principale différence philosophique entre le social-libéralisme et la social-démocratie concerne la relation entre état et individus. Pour les sociaux libéraux, liberté, droits de l’homme et propriété privée sont le fondement du bonheur individuel ; la démocratie n’est pour eux qu’un moyen de préserver un système social où chacun jouisse de la plus grande liberté possible dans le respect du principe de non-nuisance. En ce sens, démocratie et parlementarisme sont de simples instruments politiques qui ne justifient leur existence qu’à travers le degré de liberté qu’ils peuvent garantir et n'ont aucune valeur intrinsèque. Si l'État joue effectivement un rôle important en garantissant l’exercice des libertés individuelles, les sociaux-libéraux font confiance aux individus pour faire leurs propres choix sans avoir besoin d’être pris en charge par l'état. La social-démocratie, en revanche, est issue du socialisme (notamment du socialisme démocratique) et adopte un point de vue plus communautaire. Si les sociaux démocrates tiennent aux libertés individuelles, ils ne croient pas que la majorité puisse jouir d’une liberté effective sans une transformation de la nature de l'État lui-même. Rejetant l’approche révolutionnaire du marxisme pour le processus démocratique, ils restent méfiants vis à vis du capitalisme qui pour eux doit être régulé ou encadré dans l’intérêt supérieur de la collectivité. Privilégiant l’intérêt commun, les gouvernements sociaux-démocrates sont plus susceptibles d’intervenir s’ils pensent qu’il faut orienter la société dans une direction qui leur paraît plus équitable pour tous. En pratique la différence entre les deux courants est peu perceptible, d’autant plus que nombre de partis sociaux démocrates se rapprochent du centre en empruntant une «  troisième voie »[14].

Europe

Pendant que le libéralisme se répandait en Grande-Bretagne et aux États-Unis au cours du XIXe siècle, l’Europe continentale, dominée dans bien des pays par des idéologies de droite ou de gauche, n’était pas prête à adopter des formes de gouvernement libérales[9]. Le libéralisme finit néanmoins par s’imposer en Europe de l’ouest et, mais bien plus tard, sur le reste du continent. La plupart des gouvernements d’Europe de l’ouest adoptèrent des politiques sociales-libérales alors même qu’ils n’étaient pas issus de partis libéraux ; mais ils firent appel à des théoriciens du libéralisme qui jouèrent un rôle décisif dans leur élaboration[9].

Dans les démocraties européennes du XIXe siècle comme la Grande-Bretagne, la scène politique se partageait entre deux grandes familles politiques : d’un côté les partis conservateurs, qui représentaient l’aristocratie et les propriétaires terriens, de l’autre les libéraux qui défendaient le point de vue de la bourgeoisie d’affaires. Vers la fin du XIXe siècle, les classes laborieuses accédèrent à un plus grand pouvoir politique grâce à leurs représentants et l’équilibre des pouvoirs se modifia. Les conflits politiques s'articulèrent sur les revendications contradictoires des nantis et des plus démunis. Alors que les libéraux s’efforçaient de dialoguer avec les deux camps, les conservateurs et les socialistes choisirent de n’en représenter qu’un seul, tout en s’appropriant certaines des idées du libéralisme lorsqu’elles pouvaient leur servir. Dans les pays comme la Grande-Bretagne et la Suède les sociaux-démocrates mirent en œuvre des politiques social-libérales, alors qu’en Allemagne de l’ouest ou en Italie elles furent adoptées par des partis de centre droit, notamment les partis chrétien-démocrates[9].

Actuellement, les partis sociaux-libéraux européens sont en général de petites et moyennes formations centristes[9],[15]. Parmi les partis sociaux-libéraux qui ont le mieux réussi à participer aux affaires nationales ou régionales en entrant dans des coalitions, on trouve les démocrates-libéraux au Royaume-Uni, le parti démocratique luxembourgeois, les Democraten 66 aux Pays-Bas et la gauche radicale danoise.

Au niveau de l'union européenne, les partis sociaux-libéraux sont en général regroupés au sein du Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs, qui est numériquement le troisième groupe au parlement de Strasbourg et rassemble des partis libéraux (issus du courant social libéral mais aussi des partis libéraux conservateurs) de tous les membres de l'union européenne[16].

Certains partis ont adopté l’étiquette « Sociale Libérale » pour prendre leurs distances par rapport aux libéraux conservateurs et aux libéraux classiques, notamment dans les pays où il existe plus d’une formation libérale.

États-Unis

Aux États-Unis, le social-libéralisme de style européen a beaucoup de points communs avec ce que les médias américains appellent simplement le « libéralisme » . Le terme « social libéral » est aussi utilisé comme synonyme de « social progressisme ». Le libéralisme moderne aux États-Unis est plus communément adopté par des personnes ayant suivi des études supérieures. Les libéraux représentent environ 19 à 26 % de la population et près de 46% de l'électorat démocrate[17]. En général, les libéraux sont plutôt adeptes du soft power, sont fortement en faveur de la protection de l'environnement et de politiques sociales[18]. Sur le plan des questions sociétales ils sont en faveur de la liberté d'expression, des droits civiques et de la liberté d'avorter[19].

Les critiques du social libéralisme

Parmi les plus critiques de ce courant on trouve les libéraux classiques. Pour eux, le terme "social-libéralisme" contient une forte connotation politique voulant marquer une rupture avec la social-démocratie ou le socialisme. Toutefois cette rupture reste à nuancer.

Personnalités notables du social-libéralisme

Penseurs

Personnalités politiques

Voir aussi

Notes et références

  1. a  et b Shaver, Sheila, « Liberalism, Gender and Social Policy », dans EconPapers, July 1997 [{{PDF}} texte intégral] 
  2. Freeman, S. (2001). Illiberal libertarians: Why libertarianism is not a liberal view. Philosophy and Public Affairs, 30(2), 105-151.
  3. a  et b Gary and Wilson, Carole "The Past in the Present: A Cleavage Theory of Party Response to European Integration" British Journal of Political Science volume 30 pages 433–459 juillet 2000 |format=PDF |doi=10.1017/S0007123400000181
  4. Richardson James L., 2001, Contending Liberalisms in World Politics: Ideology and Power Lynne Rienner Publishers ISBN 155587939X
  5. Chandran Kukathas, The Many and the One: Pluralism in the Modern World, Richard Madsen and Tracy B. Strong, editors, 2003, p. 61
  6. Hobhouse L. T. Liberalism and Other Writings Cambridge University Press ISBN 0521437261, 1994
  7. McGowan, J. (2007). American Liberalism: An Interpretation for Our Time. Chapel Hill, NC: North Carolina University Press.
  8. Adams
  9. a , b , c , d , e , f , g  et h Ian Adams, Political Ideology Today (Politics Today), Manchester University Press, Manchester, 2001 (ISBN 0719060206) 
  10. The Routledge encyclopaedia of philosophy, p.599
  11. McGowan, J. (2007). American Liberalism: An Interpretation for Our Time. Chapel Hill, NC: North Carolina University Press.
  12. (en) J.G. Merquior, Liberalism Old and New, Twayne Publishers, Boston, 1991 (ISBN 0805786279) 
  13. Liberalism is the best Cure for Poverty (Le libéralisme est le meilleur remède à la pauvreté). Consulté le 2008-08-17
  14. Voir, par exemple, "The overlap between social democracy and social liberalism".[1]
  15. (en) Frans Slomp, European Politics Into the Twenty-First Century: Integration and Division, Praeger, Westport, 2000 (ISBN 0275968146) 
  16. Libéraux démocrates européens, « Who are the European Liberal Democrats? (Qui sont les libéraux-démocrates européens ?) », 2007, ELDR Party
  17. "Pew Research Center. (10 May, 2005). Beyond Red vs. Blue [2]
  18. "Pew Research Center. (10 May, 2005). Beyond Red vs. Blue [3]
  19. "Pew Research Center. (10 May, 2005). Beyond Red vs. Blue [4]
  20. Adams Ian, 2001, Political Ideology Today Manchester University Press ISBN 0719060206 Manchester
  21. Adams, ibid
  22. Seidman, S. (2004). Contested Knowledge: Social Theory Today. Malden, MA: Blackwell Publishing.
  23. Adams, Ibid
  24. Adams Ian, 2001, Political Ideology Today Manchester University Press ISBN=0719060206 Manchester
  25. Adams, ibid
  26. Adams, ibid
  27. Ortiz, Cansino; Gellner, Ernest; Geliner, E.; Merquior, José Guilherme; Emil, César Cansino, 1996, Liberalism in Modern Times: Essays in Honour of Jose G. Merquior, Central European University Press Budapest
  28. Adams, ibid
  29. Adams, ibid
  30. Takis Fotopoulos, octobre 2004, "Why an Inclusive Democracy? The multidimensional crisis, globalisation and inclusive democracy" The International Journal of INCLUSIVE DEMOCRACY volume 1 [5]

Bibliographie

Etudes généralistes

  • McGowan, J. (2007). American Liberalism: An Interpretation for Our Time. Chapel Hill, NC: North Carolina University Press
  • Green Thomas Hill, 2006, Lectures on the Principles of Political Obligation The Lawbook Exchange, New Jersey
  • Ortiz, Cansino; Gellner, Ernest; Geliner, E.; Merquior, José Guilherme; Emil, César Cansino, 1996, Liberalism in Modern Times: Essays in Honour of Jose G. Merquior, Central European University Press Budapest
  • Simhony Avital, Weinstein David,, 2001, The New Liberalism: Reconciling Liberty and Community , Cambridge University Press ISBN 0521794048 Cambridge
  • Adams Ian, 2001, Political Ideology Today Manchester University Press ISBN 0719060206 Manchester
  • José Guilherme Merquior, 1991, Liberalism Old and NewTwayne Publishers ISBN 0805786279 Cambridge
  • Michael Freeden, 1986, Liberalism divided : A study in British Political Thought 1914-1939, Clarendon Press (cet auteur distingue durant cette période en Angleterre, deux libéralismes progressistes : un qu'il appelle centriste et un de gauche)

Articles parus dans des revues universitaires

  • John W. Seaman, 1978, "L.T. Hobhouse and the Theory of Social Libéralism" Canadian Journal of Political Science, Vol.11, N°4, Dec. 1978.

Grands auteurs

  • John Atkinson Hobson, 2000, The Crisis of Liberalism: New Issues of Democracy Adamant Media Corporation ISBN=1421227819 Delaware
  • Leonard Trelawny Hobhouse, 1994, Liberalism and Other Writings Cambridge University Press ISBN Cambridge
  • John Stuart Mill 'On Liberty' and Other Writings Cambridge University Press ISBN 0521379172 Cambridge
  • John Rawls, 2005, Political Liberalism Columbia University Press ISBN 0231130899 New York
  • John Rawls, 2005, A Theory of Justice Harvard University Press ISBN 0674017722, Harvard

Auteurs francophones

  • Thierry Leterre, La gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po, ISBN 2724608038
  • Monique Canto-Sperber, Le Socialisme libéral. Une anthologie (Europe - États-Unis), Esprit, Paris, 2003 (ISBN 2-909210-29-4)
  • Monique Canto-Sperber et Nicolas Tenzer, Faut-il sauver le libéralisme ?, Grasset, Paris, 2006, (ISBN 2-246-69171-0)

Liens externes

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