Serge July


Serge July

Serge July (né le 27 décembre 1942 à Paris, dans le 15e arrondissement) est un journaliste français, cofondateur du journal Libération qu'il a dirigé de 1973 à 2006.

Sommaire

Biographie

Années 1960

En octobre 1963, alors qu'il est étudiant en histoire de l’art à la Sorbonne, il adhère à l’Union des étudiants communistes (UEC, proche du PCF), dominée par la tendance « italienne » (en référence à l’aile togliattiste du PC italien). Il commence alors à collaborer au journal Clarté, publiant une interview de Louis Malle dans le numéro de novembre, une étude du théâtre moderne à travers l’œuvre de Samuel Beckett et des ballets de Maurice Béjart, dans le numéro de décembre, un compte-rendu de lecture de Michel Butor en janvier 1964 et une analyse sur le phénomène des « copains » en février 1964. À ses côtés, Jean-Marcel Bouguereau, Marc Kravetz et Jean-Louis Péninou, que l’on retrouvera tous les trois, quelques années plus tard, à Libération.

Grâce à Félix Guattari, psychanalyste de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher, Serge July réussit à se faire réformer et échappe au service militaire.

En 1965, il est vice-président de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), chargé de l'information. De 1966 à 1969, il est enseignant au collège Sainte-Barbe.

Le 23 mars 1968, il rejoint à Nanterre le comité du Mouvement du 22-Mars. Pendant les « événements » de Mai 68, il fait partie de ceux de l'extrême gauche qui politisent fortement le mouvement. À Nanterre, il anime le bulletin d'information militant Interluttes. C'est à cette occasion qu'il rencontrera pour la première fois le philosophe Jean-Paul Sartre qui en devient directeur de la publication. Cette stratégie permet aux militants d'échapper à la répression que subissent les militants politiques à cette époque et sera réutilisée lors de la dissolution de La Cause du peuple sous le coup des lois Marcellin.

En août 1968, Serge July et Alain Geismar font un voyage à Cuba où ils sont reçus triomphalement. De retour ils rédigent un livre intitulé Vers la guerre civile : « […] Mai… a remis la société française sur ses pieds… il a remis la révolution et la lutte de classe au centre de toute stratégie. Sans vouloir jouer aux prophètes : l’horizon 70 ou 72 de la France, c’est la révolution… Mai en France, c’est le début d’une lutte de classe prolongée[1]. »

Après mai 1968, il fait partie des fondateurs de la Gauche prolétarienne, le 31 octobre 1968, et de son comité exécutif (comme rabatteur de phénomènes nouveaux en émergence). Elle est autodissoute par Benny Lévy (alias Pierre Victor) en 1973, de peur d'une dérive terroriste.

Le 11 avril 1970, Serge July et Michel Le Bris signent une « Libre opinion » dans Le Monde. Citant Saint-Just et Marat, ils réaffirment la centralité de la lutte des classes en France et la nécessaire résistance contre le pouvoir gaulliste/pompidolien et l'exploitation capitaliste. Trois jours plus tard, Raymond Marcellin ordonne l’arrestation de Michel Le Bris.

Activité dans le Nord

En avril 1970, il est responsable du mouvement maoïste dans le nord de la France, sous le pseudonyme de Marc. Il succède à Jean Schiavo comme chef mao du Nord, après l’arrestation sur dénonciation de ce dernier en mars pour l’attentat des Houillères (17 février, action de représailles contre les Houillères de Fouquières-les-Lens après un coup de grisou dans une mine qui a fait seize morts).

Le 12 décembre 1970, il est l'un des organisateurs d'un « tribunal populaire » à Fouquières-lès-Lens qui juge de la responsabilité de la direction des Houllières. Sartre y joue le rôle de procureur.

En avril 1972, il couvre, comme journaliste de La Cause du peuple, l'affaire de Bruay-en-Artois (commune minière du Pas-de-Calais) : la jeune Brigitte Dewevre, quinze ans et demi, fille de mineur, est découverte morte dans un terrain vague. Sur place, il fait campagne avec les responsables locaux de la Gauche prolétarienne, Joseph Tournel et François Ewald, contre Pierre Leroy, un notaire de la ville, et sa compagne Monique Beghin-Mayeur, et contre ce qu’ils appellent la justice bourgeoise. C'est lui qui corédige les articles qui paraissent dans le journal de la Gauche prolétarienne. Le notaire inculpé bénéficie d'un non-lieu en 1974.

A la même période il participe au lancement de l'agence de presse Libération avec Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Il rencontre les journalistes militant du bulletin Pirate lancé quelques mois auparavant dans le but d'expérimenter de nouvelles formes de journalisme militant.

Directeur de Libération

En novembre 1972, Benny Lévy est convaincu de lancer le quotidien Libération. Sartre pèse pour qu’il ne soit pas strictement maoïste.

July est nommé le 6 décembre 1972 « responsable politique » du projet Libération par Benny Lévy.

Le 4 janvier 1973, présentation de Libération à la presse qui commencera à paraître à partir du 18 avril, à la Maison verte, rue Marcadet. À la tribune, Serge July, Philippe Gavi, Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier et Jean-René Huleu. Initiative de création qui revient à Jean-Claude Vernier, fondateur de l’Agence de presse Libération.

Sartre en est le directeur de la publication jusqu'au 24 mai 1974. Serge July lui succède.

Le journal, qui se veut un quotidien d'information en rupture avec la presse bourgeoise (« Peuple, prends la parole et garde-la ») disparaît en 1980. Serge July déclare la même année : « Le gauchisme et la contre-culture ont cessé d'être des forces créatives ».

En 1981, date de la renaissance d'un Libération plus modéré, il devient gérant (puis co-gérant avec Evence-Charles Coppée en 1996) de la SARL Société nouvelle de presse et de communication (SNPC) créée en 1974 pour reprendre en location-gérance le titre Libération, propriété des Éditions Libération.

July est par ailleurs éditorialiste politique :

En 1999, la justice française condamne Serge July pour avoir publié des extraits du livre de Mathieu Lindon, Le Procès de Jean-Marie Le Pen, que la justice française juge diffamatoires envers Jean-Marie Le Pen. La Cour européenne des droits de l'homme confirmera cet arrêt le 22 octobre 2007[2].

Le début des années 2000 est difficile pour Libération : il chute de 200 000 exemplaires à moins de 135 000 ; les différentes recapitalisations échouent à remettre le journal sur les rails, faute de modification réelle dans la gestion du journal, ce qui aboutit au licenciement de plus de 25 % du personnel en 2006.

Le 13 juin 2006, il dément[3] avoir annoncé son départ de Libération « contraint et forcé » demandé par le principal actionnaire de Libération, Édouard de Rothschild, en raison d'une situation financière du journal difficile.

Le 28 juin 2006, il annonce[4] son départ du journal conformément à la demande du principal actionnaire, Édouard de Rothschild.

Depuis son départ de Libération

Depuis, il est éditorialiste à RTL et réalise des films avec sa compagne Marie Génin.

Depuis 1993, il fait partie du club Le Siècle, comme Laurent Joffrin, qui lui a succédé à Libération, et Édouard de Rothschild.

Œuvres

Écrits

  • Vers la guerre civile (avec Alain Geismar et Erlyn Morane), Éditions et publications Premières, Lattès chez Denoël, 1969
  • Dis maman, c'est quoi l'avant-guerre ?, Alain Moreau, 1980
  • Les Années Mitterrand, Grasset, 1986
  • La Drôle d'année, Grasset, 1987
  • Le Salon des artistes, Grasset, 1989
  • La Diagonale du Golfe, Grasset, 1991
  • Un Nouveau monde, l'album pour les 20 ans de "Libération", 1993
  • Entre quatre z'yeux, en collaboration avec Alain Juppé, Grasset, 2001
  • Gérard Fromanger, Cercle d'Art, 2002
  • Faut-il croire les journalistes ?, avec Philippe Gavi, Edwy Plenel et Jean-François Kahn, Éditions Mordicus, 2009 

Documentaire

Liens externes

Voir aussi

Références

Citation

  • « Le monde démocratique a besoin de l'Amérique. Dans la globalisation, les défaites politiques de l'Amérique sont des défaites de la démocratie. » Libération, 26 mars 2003.

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