Scrutin uninominal majoritaire a deux tours


Scrutin uninominal majoritaire a deux tours

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours

Article principal : Système électoral.
Schéma du mode de scrutin majoritaire

Parmi les systèmes électoraux, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours est un vote simple sans pondération. L'électeur doit choisir un candidat parmi plusieurs. On compte alors le nombre de voix obtenues par chaque candidat. Si un candidat recueille la majorité absolue (plus de 50% des suffrages exprimés) il est élu. Sinon, on organise une seconde élection, par exemple 8 à 15 jours plus tard, pouvant comporter un nombre plus réduit de candidats, et à l'issue de laquelle est élu celui qui recueille le plus de voix (majorité relative) parmi les suffrages exprimés.

Sommaire

Mise en œuvre

Il existe de nombreuses modalités de mise en œuvre.

L'élection au premier tour peut être soumise à des conditions différentes :

  • En France par exemple, lors des élections législatives, pour être élu au premier tour, un candidat doit recueillir plus de 50% des suffrages exprimés et les voix de plus de 25% des inscrits.
  • Au Costa Rica, pour l'élection présidentielle, un candidat peut être élu au premier tour de scrutin avec seulement 40 % des voix.
  • Au Sierra Leone, pour l'élection présidentielle, il faut obtenir 55% des suffrages exprimés.
  • En Argentine, un candidat doit obtenir 45 % des voix ou 40 % plus une marge d'au moins 10 % sur le candidat qui occupe le deuxième rang pour être élu.

L'élection au deuxième tour peut être précédée d'une élimination de certains candidats.

  • En France, lors de l'élection présidentielle, seuls peuvent se maintenir les deux candidats arrivés en tête.
  • En France, lors des élections législatives, ne peuvent se maintenir que les candidats ayant obtenu les voix d'au moins 12.5% des inscrits ou, à défaut, les deux candidats arrivés en tête.

Ce type de suffrage est utilisé en France pour l'élection des conseillers généraux.

Utilisation

Ce système de vote est utilisé pour l'élection du président de la république dans de nombreux pays : la plupart des pays de l'Amérique latine, de l'Afrique francophone ainsi qu'en Europe pour l'Autriche, la Bulgarie, la Finlande, la France, le Portugal, la Russie, la Roumanie et l'Ukraine.

On le retrouve aussi lors d'élections parlementaires ou législatives dans le vote par circonscriptions.

Avantages et inconvénients

Le scrutin majoritaire à deux tours est un vote facile à dépouiller.

La présence d'un second tour permet un report des voix pouvant amener à un consensus. Il favorise aussi une division bipartiste du monde politique, cas particulier qui permet selon certains aux choix démocratiques de retrouver la caractéristique de cohérence (voir Théorème d'impossibilité d'Arrow).

En contrepartie, il surreprésente la majorité parlementaire et sanctionne les minorités. Par exemple, lors des élections législatives françaises de 2002, l'Union pour la majorité présidentielle a obtenu plus de 60 % des sièges en ne rassemblant que 33,3 % des suffrages exprimés au premier tour (et 47,3 % au second tour), tandis que le Front national, malgré ses 11,3 % au premier tour, n'a pas eu le moindre siège. Toujours concernant cette élection, l'Union pour la démocratie française avait emporté 29 sièges sur 577 pour 4,9 % des suffrages exprimés au premier tour, le PCF 21 sièges pour 4,8 %, les verts 3 sièges pour 4,5 % et le Parti radical de gauche 7 sièges pour 1,5 %. L'Assemblée nationale française n’a jamais été vraiment représentative du vote populaire sous la Cinquième République, excepté en 1986, les élections ayant alors eu lieu au scrutin proportionnel plurinominal.

Toujours dans le cas de la France, une étude de la Fondation pour l'innovation politique[1] a démontré que, à l’issue des législatives de 1988, le système de 1986 aurait permis au groupe socialiste d'emporter plus de 50 % des sièges, alors que dans les faits, avec le scrutin majoritaire à deux tours, il n'en avait eu que 48 % (soit plusieurs points de plus que la droite et sans véritable allié potentiel, y compris du côté des communistes). Ce mode de scrutin n'est donc pas forcément le plus apte à dégager une majorité parlementaire, si celle-ci doit fatalement être unipartite pour être claire, un problème qui ne se pose pas dans d'autres pays européens traditionnellement tournés vers la négociation (la logique du conflit étant plus présente en France). En Suède, par exemple, l'actuelle majorité parlementaire est formée de 4 groupes tous individuellement minoritaires. Des situations similaires ont pu être observées en France deux fois sous la Ve République : entre 1958 et 1962, les gaullistes s'alliant au CNIP (bien qu'aucune alliance n'ait été conclue avant le scrutin) et entre 1997 et 2002 avec la Gauche plurielle. Reste le cas particulier de 1973, où les gaullistes, très clairement mis en minorité, ont dû faire alliance avec les centristes, une alliance de circonstance qui n'était pas prévue à l'origine. Quoiqu’il en soit, l’Assemblée a toujours été dominée par un seul groupe parlementaire (ou deux ne formant qu’un seul bloc électoral dans le cas de la droite entre 1978 et 2002, alors représentée par le Rassemblement pour la République et l’UDF) disposant d’une majorité absolue de sièges (ou presque, cf 1988) pour une part beaucoup plus faible de voix au premier tour.

Par ailleurs, le risque existe de voir la mobilisation du corps électoral s'effriter entre le premier et le deuxième tour. Certaines dispositions sont parfois mises en œuvre pour pallier ce risque, dont :

  • l'obligation de vote
  • la nullité si moins de 50 % des électeurs se sont exprimés (quorum des assemblées générales)

Lorsque le nombre de candidats au premier tour est très important, le vote des électeurs se dilue alors très fortement. Un dicton français dit qu'« au premier tour on choisit, au deuxième on élimine », mais il ne faut pas sous-estimer alors le risque de ne retrouver au deuxième tour que des candidats que l'on aurait tous éliminés. Lors de l'élection présidentielle française de 2002, la présence de seize candidats a conduit à une dilution des votes et au maintien au second tour d'un candidat que 82% des votants vont rejeter. Le maintien d'un troisième candidat au second tour, ou l'absence de certains autres au premier tour, auraient sans doute conduit à un résultat différent.

Les bulletins blancs désignent les votes non exprimés. Ceux-ci ne sont pas pris en compte par la classe politique, alors qu'ils sont manifestement le signe d'un désaccord du citoyen sur le choix qui lui est proposé. Certains théoriciens proposent alors l'option « NOTA » qui permettrait d'exprimer un suffrage à l'encontre de toutes les personnes qui se présentent (« None of the Above », traduit en français par « Aucun de ceux là »). Il permettrait aux citoyens d'obliger une nouvelle tenue d'élection, avec des candidats nouveaux.

Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ne respecte pas le critère de Condorcet : au premier tour, on risque d'éliminer un candidat qui aurait pourtant gagné tous ses duels face aux autres candidats.

Exemple :
Sur 21 électeurs, voici les choix (par ordre de préférence)
  • 7 électeurs choisissent : A puis C puis B,
  • 8 électeurs choisissent : B puis C puis A,
  • 6 électeurs choisissent : C puis A puis B.
Dans ce système, le candidat C est éliminé dès le premier tour alors qu'il aurait gagné son duel contre A (A:7 et C: 14) et son duel contre B (B : 8 et C : 13).

Nicolas de Condorcet est un des premiers à avoir mis en évidence cette incohérence du vote à la pluralité.

Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ne respecte pas le critère de monotonie : en rétrogradant un candidat perdant, on peut lui permettre de gagner les élections.

Exemple :
Sur une population de 17 électeurs et 3 candidats A, B et C, voici les choix (par ordre de préférence) :
  • 8 : A puis C
  • 5 : B puis A
  • 4 : C puis B
Le candidat C est éliminé au premier tour, B est élu au second tour (A : 8 et B : 9)
Maintenant imaginons que, parmi les 8 électeurs qui préféraient A, deux d'entre eux rétrogradent A par rapport à C. Nous avons donc :
  • 6 : A puis C
  • 2 : C puis A
  • 5 : B puis A (inchangé)
  • 4 : C puis B (inchangé)
Le candidat B est alors éliminé au premier tour et A est élu au second tour (A : 11 et C : 6)
L'incohérence apparaît alors : le fait que deux électeurs ne veuillent plus voter pour A a fait élire A.

Ces différentes incohérences ont poussé certains théoriciens des systèmes de vote à proposer des votes par classement (méthode Condorcet, vote alternatif) ou par pondération. Ces méthodes évitent d'ailleurs de voter deux fois, la première suffit pour déterminer de façon certaine la personne la plus populaire.

Notes et références

Lien externe

Projet ACE : Projet Administration et coût des élections

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