Saloth Sar


Saloth Sar

Pol Pot

Buste de Pol Pot.

Saloth Sar (19 mai 1928[1][2][3][4][5]15 avril 1998), plus connu sous le nom de Pol Pot [6], était le leader des Khmers rouges et le Premier ministre du Kampuchéa Démocratique (Cambodge actuel) entre 1975 et 1979. Les politiques de son gouvernement ont provoqué la mort d'environ 1,5 millions de personnes[7].

Sommaire

Jeunesse

Issu d’une famille paysanne sino-khmère aisée liée aux autorités royales, Saloth Sar naît le 19 mai 1928[8][9][10][11][12] à Prek Sbauv, dans la province cambodgienne de Kampong Thom. Il quitte ensuite la campagne pour Phnom Penh où il suit l’enseignement d'une école catholique, l'école Miche. Il obtient une bourse d'étude et part suivre des études à l'École française de radioélectricité (actuellement EFREI) à Paris, de 1949 à 1953. Dès son arrivée en France, il rejoint les cercles du Parti communiste français, auprès desquels il se familiarise avec l’idéologie marxiste, et au sein desquels il passe la majorité de son temps. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Jacques Vergès.

Ascension vers le pouvoir

Saloth Sar quitte la France sans diplôme, mais devient pourtant professeur de français peu après son retour au Cambodge dans deux établissements privés de Phnom Penh, Chamroeun Vichea et Kampuchaboth (1956-1963).

Lorsque les Français se retirent d'Indochine en 1954, le roi Norodom Sihanouk est nommé à la tête de l'État et la monarchie est restaurée au Cambodge. Comme plusieurs de ses contemporains, Saloth Sar s'oppose au nouveau pouvoir et entre dans un parti communiste de faible envergure, le Parti révolutionnaire du peuple khmer (ce parti deviendra par la suite le Parti communiste du Kampuchéa, l'organe politique des Khmers rouges). Il est élu secrétaire du comité central du parti en 1962. Les autorités de la Chine communiste qui commencent à s'intéresser à cette étoile montante du mouvement communiste cambodgien lui attribuent le surnom de Political Potential.

En 1963, pour fuir la police de plus en plus suspicieuse quant à ses activités politiques, Saloth Sar prend le maquis avec ses compagnons et entre dans la clandestinité. Il s'efforce alors de former les premiers combattants Khmers rouges avec l’aide et le soutien de la Chine. À cette époque, Mao Zedong voit en lui un moyen aisé de favoriser l'expansion du communisme anti-soviétique et pro-chinois dans la région.

À la fin des années 1960, la guerre que les États-Unis livrent au Viêt Nam s’étend au Cambodge, d'où les troupes américaines tentent de déloger par des bombardements massifs les forces vietnamiennes qui s’y réfugient pour fournir des armes au Front national de libération du Viêt Nam du Sud (Vietcong). Le 18 mars 1970, avec la bénédiction de la CIA, le maréchal Lon Nol orchestre un coup d'État et renverse la monarchie cambodgienne, incapable selon lui de faire respecter la loi dans le pays.

Une guerre civile éclate. Norodom Sihanouk et ses partisans se joignent aux Khmers rouges contre le nouveau régime sous la bannière commune du « Gouvernement Royal d'Union Nationale du Cambodge » (GRUNC).

Malgré l'appui du Viêt Nam du Sud et des États-Unis, le régime brutal et corrompu de Lon Nol s'avère incompétent dans la lutte contre le communisme. En 1973, la situation militaire se détériore et l'armée n'est en mesure que de défendre la capitale, Phnom Penh, surpeuplée de réfugiés fuyant les bombardements américains ou les mesures drastiques déjà imposées dans les zones rurales par les Khmers rouges.

Pol Pot au pouvoir

Les forces communistes menées par Saloth Sar triomphent de l’armée de Lon Nol le 17 avril 1975, date à laquelle Phnom Penh tombe entre les mains des Khmers rouges, considérés au départ comme une force libératrice par la population. Saloth Sar se fait alors connaitre comme le « frère numéro un » et adopte son nom de guerre : Pol Pot. Il est le membre le plus important de l'Angkar, forme abrégée d'"Angkar padevat" (en khmer, « Organisation révolutionnaire »), l'organe suprême du gouvernement des Khmers rouges.

Dès leur prise de pouvoir, les Khmers rouges soumettent le pays à la dictature. Se servant de la légitimité du GRUNC pour gouverner, Pol Pot et ses alliés mettent en place un régime totalitaire qui entreprend rapidement d'éliminer tout individu lié au gouvernement de Lon Nol. Sous le prétexte, fictif ou réel, d'une attaque américaine imminente, Phnom Penh est pratiquement vidée de ses deux millions d'habitants dans les jours qui suivent. Assimilés au capitalisme, tous les citadins, par la pointe du fusil, sont forcés d'aller travailler dans les campagnes.

Pendant près de quatre ans, les Khmers rouges font régner la terreur dans le pays, s'acharnant particulièrement sur la population urbaine et sur les intellectuels. Une prison d'État est instituée dans ce qui reste de Phnom Penh. Surnommé S-21, ce centre de détention voit passer, entre 1975 et 1979, plus de 20 000 détenus, dont sept seulement survécurent. Tout ce qui pouvait rappeler la modernité ou l'Occident est systématiquement détruit, telle la cathédrale catholique de Phnom Penh et la Banque nationale du Cambodge, toutes deux détruites par les flammes en 1975. La monnaie, la famille, la religion et la propriété privée sont abolies. Le Cambodge est coupé du monde.

Victimes du génocide perpétré par les khmers rouges

Les Khmers rouges tardent à se doter d'un gouvernement. La République Khmère (nom donné au Cambodge depuis 1970) ne devient le Kampuchéa démocratique qu'en 1976. C'est à ce moment que Pol Pot est nommé Premier ministre et qu'une nouvelle constitution, un nouveau drapeau et un nouvel hymne national sont adoptés. Ailleurs dans le monde, les informations concernant le Kampuchéa démocratique arrivent au compte-gouttes, sauf en Chine et au Viêt Nam, dont quelques journalistes et hommes politiques sont autorisés à visiter le pays. Pour sa part, Pol Pot est pratiquement absent de la scène internationale. Personnage effacé et méconnu de son propre peuple, il se déplace peu et évite les interviews et les apparitions publiques.

À partir de 1977, après avoir survécu à trois tentatives d'assassinat et constatant l'incapacité des Khmers rouges à maintenir l'ordre, Pol Pot multiplie les purges au sein de son parti, parsème les frontières de mines anti-personnelles et se montre très menaçant envers le Viêt Nam, son ancien allié, à qui il impute la responsabilité de ses échecs. Son gouvernement ne cesse de créer des incidents avec ses voisins en mettant en avant des revendications territoriales. Dans une tentative de raviver l'économie à la dérive, Pol Pot élabore également un plan quadriennal aux effets catastrophiques, dont les objectifs irréalistes ne peuvent être partiellement atteints que par un effort surhumain de la population.

Au total, plus d'un million et demi d’individus périssent sous la direction de Pol Pot, par les exécutions et la torture, le travail forcé excessif, la maladie non traitée ou la famine.

La chute

Fin 1978, en réponse à des menaces sur ses frontières le Viêt Nam envahit le Cambodge dans le but de renverser le régime de Pol Pot. L'avance de l'armée vietnamienne est rapide, et dès le 11 janvier 1979, un nouveau gouvernement est formé par d'anciens Khmers rouges opposés à Pol Pot, dont la plupart ont fui les innombrables purges de 1977-1978. Le Kampuchéa Démocratique devient la République Populaire du Kampuchéa.

Pol Pot et ses fidèles s'enfuient alors dans la jungle, d'où ils organisent une guérilla contre le nouveau régime pro-vietnamien. Le chef des Khmers rouges quitte ses fonctions militaires en 1985. Condamné à mort par contumace par les autorités pour les crimes commis pendant son règne, il disparaît jusqu’à la fin des années 1990. Selon les dires de plusieurs personnes, il aurait coulé des jours paisibles bien loin de la jungle cambodgienne, dans une résidence luxueuse en Thaïlande. Il se serait, par ailleurs, livré au trafic illégal de bois et de pierres précieuses pendant cette période.

Ses anciens camarades le retrouvent, en juillet 1997, affaibli par la malaria et d'importants problèmes de santé. Sur ordre de son rival Ta Mok, il est arrêté par ses propres troupes pour l'assassinat de Son Sen, l'ancien chef de la sûreté du Kampuchéa Démocratique, et condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Alors que ses derniers fidèles désertent et que les États-Unis travaillent à la mise en place d'un plan visant à le capturer et à le traduire devant la justice internationale, Pol Pot meurt le 15 avril 1998 à l’âge de soixante-neuf ans, officiellement d'une crise cardiaque. Certains journalistes ont prétendu qu’il s’était suicidé, d’autres qu’il avait été empoisonné par son médecin. La fin de son existence s'est déroulée dans des conditions particulièrement mystérieuses, qui laissent encore planer un doute quant à la véracité de sa mort. Sceptique vis-à-vis de l’identité du corps, le gouvernement cambodgien, appuyé par la communauté internationale, a demandé qu’une autopsie indépendante soit réalisée. Mais le corps a été incinéré très rapidement, et la preuve de sa mort n'a jamais véritablement été apportée.

Bibliographie

Philip Short: Pol Pot : Anatomie d'un cauchemar , Denoël éditions( 2007)

Notes et références

  1. Brother Number One, David Chandler, Silkworm Book, 1992 p.7
  2. Kiernan, Ben. The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia under the Khmer Rouge, 1975–79. New Haven, CT: Yale University Press, 1996.
  3. http://www.asiasource.org/news/special_reports/polpot.cfm
  4. John Pilger, « America's long affair with Pol Pot », dans Harper's Magazine, vol. ??, July, 1998, p. 15-17 
  5. http://www.notablebiographies.com/Pe-Pu/Pol-Pot.html
  6. Nom que le parti chinois lui donna, venant de l'expression Political Potential (Pol Pot : Anatomie d'un cauchemar , Philip Short)
  7. (en) Ben Kiernan, The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia under the Khmer Rouge, 1975-79, New Haven: Yale University Press, 1996, pp. 456-460.
  8. Brother Number One, David Chandler, Silkworm Book, 1992 p.7
  9. Kiernan, Ben. The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia under the Khmer Rouge, 1975–79. New Haven, CT: Yale University Press, 1996.
  10. http://www.asiasource.org/news/special_reports/polpot.cfm
  11. John Pilger, « America's long affair with Pol Pot », dans Harper's Magazine, vol. ??, July, 1998, p. 15-17 
  12. http://www.notablebiographies.com/Pe-Pu/Pol-Pot.html
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